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"^^ 



BULLETIN 



DE LA 



r r 



SOCIETE DE GEOGIIAPHIE 



liepUème •érto 



TOME in 



LISTE 

DES PRÉSIDENTS HONORAIRES DE LA SOQÉTÉ* 



MM. 

* Marquis DE Laplace. 
"'Marquis de Pastoret. 

* Vt« DE GHATEAUBRIAMD. 

* C" Chabrol de Volvic. 

* Becquet. 

*G(« Chabrol de Crou- 

SOL. 

* Baron Geor^s Cuvier. 

* B" Hyde de Neuville. 

* Duc DE DOUDEAUVILLE. 

* Comte D*ÀRGOUT. 

* J.-B. Eyriês. 

* Vice-amiral de Rignt. 

* Contre^m. dTrville. 
*Duc Decazes. 

* Comte DE Montaltvet. 

* Baron de Baramte. 

* Général baron Pelbt« 
♦GoizoT. 

* De Salyandt. 

* Baron Tupinier. 



BIM. 

* Comte Jaubert. 

* Baron de Las Cases. 

* VlLLEMAlN. 

* Cunin-Gridaine. 

* Amiral baron Roussnv. 
*Am. baron deMàckau. 

*B~ Alex.DEHDMBOLDT. 

* Vice-amiral Halgan. 

* Baron Walckenaer. 

* Comte MoLÉ. 

* De la Roquette. 

*J0MARD. 

Dumas. 

*Contre-am. Mathieu. 
*Vice-amir. la Place. 

* Hippolyte Fortoul. 

* Lefebvre-Duruflé. 
^guigniaut. 

* Dausst. 

* Général Daumas. 

^ÉLIE DE BEAUMONT. 



MM. 

* ROULAND. 

*Am. Desfossés. 
C. DE Grossolles-Fla- 
marens. 

* Duc DE PERSIGNT. 

* Vice-amiral de la Ron- 

ciére le Nourt. 

* Comte Walewski. 

De Quatrefages. 

* Michel Chevalier. 

Alfred Maurt. 
Vivien de St-Martiv. 

*Mi6 DE ChASSELOUP- 

Laubat. 
Meurand. 

Contre - amiral Mou- 
chez. 
Ferdinand de Lesseps. 
Alphonse Milne Kd- 

WARDS. 

Alfred Grandidier. 



COMPOSITION DU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ 

POUR L*ANNÉB 1882-1883 

Priddent M. Ferdinand de Lesseps, membre de Tlnstitut. 

Viti^nrésidenU 1^' *® co^o^^^l P« Perrier, membre de Tlnstitut. 

(M. Antoine d'ABBADiE, membre de Tlnstitut. 
„ . . ( M. le docteur J. Montano. 

(M. Henri Cordier. 
SecréUnre M. Georges Revoil • 

(TRÉSORIER DE LA SOCIÉTÉ :| 
M. Meignen, ancien notaire, boulevard Malesherbes, 20. 

ARCHITECTE DE LA SOCIÉTÉ : 
M. Edouard Leudière. 

AGENCE : 

A l'hôtel de la Société, boulevard Saint-Germain, 184. 

M. Charles Aubrt, agent. 



1 . \a Société a perdu (onfl les Présidents dont les noms sont précédés d*nn *. 



BULLETIN 



DE LA 



SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

RÉDIGi 

ATK LR CORGOIIBS DE LA SEGTIOll DE POBLIGiTIOll 

PAR 

LES SEGRÉTAIRES DE lA COMMISSION CENTRALE 



SEPTIÈME SÉRIE. — TOME TROISIÈME 

ANNÉE 1882 
PREMIER TRIMESTRE 






•'bodl:l!Rr;*: 



PARIS 

SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

Boulevard Saiot-Germain, 18i 



1885 25 

I \9X^ 



1 COMPOSITION DU BUREAU 

ET DES SECTIONS DE LA COMMISSION CENTRALE 

POUR 1882 



t 



•■• 



BUREAU 

M. Henri Duvzteier. 
M. Victor GnÉRUf. 
H. William HObbr. 
M. Charles BfAUNOiR. 
M. J. B. Pàqdier. 
M. Jules GiRiiRD. 

Seerétaire général honoraire. M. Y. A. Malte-Bruh. 
Secrétairû'ad^oint honoraire,. M. Richard GoRtambert. 
Ardiimte-biblioihècaire H. James Jackson. 

Section de Correspondance. 



Président 

Vice-présIdenU . . . 
Secrétaire général. 
Secrétaires adjoints,. 



Antoine d*Ahhadie, de l'Institut. 
A. Danbrée, de Tlnstitut. 
Barbie du Boca^. 
Charles Gauthiot. 
Le D* E.-T. Hamy. 
Le comte de Marsy. 
Alph. Milne Edwards, de l'In- 
stitut. 



MM. Georges Perin. 

Colonel Perrier, de Plnsti- 

tot. 
Franz Schrader. 
Charles de Ujfalvy. 
Louis Vigne, capitaine de 

vaisseau. 



Section de Publication. 



MM. Richard Cortambert. 

Le vicomte Henri de Bizemont. 

Bouquet de la Grye, ingén. h ydr . 

Jules Garnier. 

Ad. Germain, ingén. hydrogr. 

James Jackson. 

Janssen, de llnstitat. 



MM. Emile Levasseur, de Tlnstitut. 

V.-A. Malte-BruD. 

De Quatrefages, de Plnstitut. 

Guillaume Rey. 

Vidal de La Blache, sous-direc- 
teur de l'École normale supé- 
rieure. 



Section de Comptabilité. 



MM. Casimir Delamarre. 
M. Félix Foumier. 
A. Grandidier. 



MM. William Martin. 

Meignen, ancien notaire, trésorier. 
Paul Mirabaud. 



Membres honoraires de la Commission centrale. 

MM Edouard Charton, de l'Institut, sénateur. — Jules Codine. — lu 
docteur Alfred Demersay. - Ernest Desjardins, de l'Institut. - Alfred 
Maury, de l'Institut. — Le vice-amiral Paris, de l'Institut. — Vivien de 
Saint-Martio. 



RAPPORT 

soa 

LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

ET SUR 

LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES 

PENDANT L'ANNÉE 1881 

PAR GH. MAUNOIR 
Secrétaire général de la Commission centrale . 



Messieurs, ceux-là auxquels tous remettez le 3oin de diri- 
ger notre association ont le devoir de tous exposer chaque 
année les faits essentiels de son existence, et de vous faire 
apprécier le chemin parcouru vers la conquête scientifique 
de la Terre. Selon l'usage, selon les statuts, la seconde 
séance semestrielle est consacrée à la lecture de ce compte 
rendu. 

Des pertes particulièrement douloureuses ont frappé la 
^ Société dans le cours de Tannée qui s'achève. L'expression 
de ses regrets se porte tout d'abord sur Thomme supérieur 
qu'elle accueillait en 1857, qui fut l'un de ses YicevPrésidents 
pour 1861-1862 et 1862-1863, et qui, de 1873 à 1881, présida 
de haut à ses destinées. Un rapport général ne comporte 
point une biographie, et le vice-amiral de La Roncière le 
Noury ne nous appartient que par les vingt-quatre ans de 
son passage au milieu de nous, mais la Société de Géo- 
graphie peut se dire qu'il s'était voué de tout cœur à ses 
intérêts. Dès son arrivée à la présidence, il se renseigna soi- 



6 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

gneasement auprès de Tan de nous sur les usages, les tra- 
vaux, les besoins de la Société. « Jamais, dit-il, je n'ai 
accepté d'occuper des fonctions sans les remplir; vous 
m'appelez à l'honneur, je veux être à la peine ; toutes les 
fois que la Société aura besoin de son Président, elle le trou- 
vera. » Elle l'a trouvé en effet, car elle a vu, sous la prési- 
dence de l'amiral La Roncière, son développement prendre 
une ampleur et sa marche une allure, inconnues jusqu'alors. 
Bien discrète, bien mesurée cependant a toujours été l'in- 
tervention de l'amiral et la Commission centrale, chargée 
d'administrer en votre nom, lui doit ce témoignage qu'il 
n'usa jamais qu'avec la plus discrète réserve des prérogatives 
présidentielles. Dans les grandes questions seulement, celles 
qui touchaient au renom ou à Tavenir de la Société, il inter- 
venait pour amener à ses vues en les leur développant, des 
collègues enclins aux prudences extrêmes. 

Ainsi en arriva-t-il pour le Congrès international des 
Sciences géographiques en 1875, oh quelques-uns redou- 
taient de voir intervenir notre Société. Sous l'inspiration 
de son Président, elle se mit à l'œuvre et vous savez ce qu'a 
été cette solennité. 

Il en fut de même encore pour la construction de la de* 
meure qui nous abrite : devant mie entreprise aussi consi- 
dérable, les hésitations étaient permises ; l'amiral en 
triompha par des considérations dont ce qui était alors 
l'avenir a démontré la justesse, et nous sommes aujourd'hui 
chez nous. Pour la réunion des Sociétés françaises de géo- 
graphie, pour la célébration du centenaire de la mort de 
Cook, pour la réunion du Congrès international d'étude du 
canal interocéanique, le Président a toujours accordé aux 
solutions les plus larges, les plus hautes, l'appui de son 
autorité. 

Ceux de nous qui furent en relations avec lui peuvent 
dire combien il était dévoué à la Société, combien étaient 
empressées ses démarches pour le succès des entreprises 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 7 

dans lesquelles elle était engagée, avec quel infatigable zèle 
il plaida toujours auprès des plus hautes autorités du pays 
la cause des explorations à récompenser ou à soutenir. En 
l'amiral La Roncière, la Société de Géographie a perdu le 
Président qui s'était le plus sincèrement associé à ses 
efforts^ le plus activement et le plus heureusement consacré 
à ses progrès. 

M. Delesse, de l'Institut» est l'un des hommes dont la 
perte devait être douloureusement ressentie parmi nous. 
Depuis 1866 il était des nôtres. Scrutateur en 1868-1869, 
admis dans la Commission centrale en 1870, il en devenait 
Vice-Président en 1873, puis Président en 1874. Par une 
mesure tout à fait exceptionnelle, il fut maintenu à ses 
fonctions pour l'année suivante, l'année du Congrès inter- 
Dational des Sciences géographiques à la préparation duquel 
il avait si largement contribué. C'est à lui que fut dévolue 
la tâche délicate de présider le Jury de l'Exposition jointe au 
Congrès; il s'en acquitta avec un soin scrupuleux auquel 
tous rendirent hommage. Ses beaux travaux sur diverses 
branches de la géologie, notamment la lithologie sous- 
marine et la valeur des sols cultivables, sont de ceux aux- 
quels la géographie est directement intéressée, soit qu'elle 
y contribue, soit qu'elle y puise à son tour. 

L'un des représentants les plus laborieux et les plus 
connus de renseignement géographique, M. Eugène Cor-* 
tambert, conservateur des cartes à la section géographique 
de la Bibliothèque nationale, était depuis quarante-cinq ans 
membre delà Société. A diverses reprises il a été appelé au 
Bureau : c'est ainsi qu'il fut élu Secrétaire de la Société pour 
1848-1849, pour 1852-1853 et pour 1855-1856. Il fut nommé 
Scrutateur en 1857-1858 et en 1866-1867. Depuis 1844 il 
appartenait à la Commission centrale dont il fut Secrétaire 
général en 1853-1854. Il en devint Vice-Président en 1865 et 
en 1872, puis il fut porté à la présidence en 1873. 
 une époque où notre science était moins en faveur 



8 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

qu'aujourd'hui, M. Eugène Cortambert resta Tun de ses 
fervents adeptes et les ouvrages d'enseignement qu'il lui 
consacra sont répandus dans ,1e monde entier. Le nombre 
des comptes rendus ou articles qu'il a publiés au Bulletin 
est considérable, et jamais M. E. Cortambert ne recula de- 
vant le travail que la Société eut à réclaïqer de son dévoue- 
ment. Ses collègues de la Commission centrale regrettent 
en lui un collaborateur précieux par son savoir étendu comme 
par sa grande affabilité. 

L'enseignement géographique a vu disparaître en même 
temps que M. E. Cortambert^ un professeur tout dévoué à sa 
tâche, H. Louis Bonnefont, membre de la Société depuis 
1867. Plus d'un parmi vous le connaissait et l'atlas qui porte 
son nom reste encore l'un des meilleurs qui se soient pu- 
bliés en France. 

L'abbé Durand dont le nom figurait depuis 1867 sur 
notre liste, avait été, en 1873, élu membre de la Commission 
centrale, et de 1874 à sa mort il remplit les fonctions d' Ar- 
chiviste-bibliothécaire, si importantes pour la Société. Il 
avait entrepris le long travail de la table analytique des vingt 
dernières années du Bulletin, qu'il laisse malheureusement 
inachevé. Un séjour au Brésil en qualité de missionnaire 
avait dirigé l'abbé Durand vers l'étude de ce pays, mais en 
dernier lieu ses recherches s'étaient tournées vers l'histoire 
du r61e des Portugais dans les découvertes en Afrique. 

Nous avions vu se joindre à nous, en 1872, M. Henri 
Bionne. Les membres de la Commission centrale où vous 
le fîtes entrer en 1878, ont été particulièrement impres- 
sionnés en apprenant cette fin inopinée qui leur enlevait un 
collègue aussi distingué que sympathique. Il était de ceux 
que n'arrêtent pas les difficultés de détail quand il s'agit 
d'atteindre un résultat de quelque importance. Nous nous 
rappelons tous la part active qu'il prit à l'étude du projet 
de construction de notre hôtel; tous aussi nous nous 
rappellerons qu'il a payé de la vie son dévouement à 



ET Sim LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 9 

l'œuTre grandiose da percement de Tisthme américain. 

L'un de ces marins qui ne bornent pas leur ambition à 
naviguer beaucoup^ Tamiral Fleuriot de Langle^ s'était in- 
scrit parmi nousen 1862, et la Société l'avait nommé Yice- 
Président ponr 1863-1864. Elle tenait à reconnaître ainsi 
les services rendus par l'amiral à l'intelligente initiative du- 
quel la géographie devait ses premières notions positives 
sur le Gabon, son estuaire et les pays circonvoisins, ainsi, 
que sur les peuplades de la côte occidentale d'Afrique, du 
Sénégal an Congo* La Société qui dut en diverses circon- 
stances recourir aux lumières de l'amiral Fleuriot de Langle 
pour des questions spéciales, le trouva toujours empressé à 
répondre à ses désirs. 

Une perte dont la mention doit encore trouver place ici 
est celle de M. Adolphe Joanne, notre collègue depuis 1871. 
En 1870, la Société avait décerné à M. Joanne une médaille 
pour ses nombreux et utiles travaux de géographie pra- 
tique. Depuis lors il a rendu un nouveau service à l'étude 
de la France, en prêtant son concours' à notre collègue 
M. Abel Lemercier dans ses efforts heureux pour fonder le 
Qub-Alpin français. A la mort de M. Cézanne, M. Joanne fut 
unanimement désigné pour la présidence de cette associa- 
tion aux progrès de laquelle nous ne saurions trop ap- 
plaudir. 

Au moment de^ partir pour une seconde mission au 
Sahara, le lieutenant -colonel Flatters était devenu des 
nôtres. Son nom a été arraché de nos tableaux parle drame 
qui a provoqué une si douloureuse émotion. La Société, 
désireuse de consacrer un hommage à la mémoire du cou- 
rageux officier, a confié à M. le lieutenant-colonel Derréca- 
gaix le soin d'écrire un récit des deux missions dirigées par 
M. Flatters. Ce travail sera prochainement publié. En atten- 
dant, saluons une foi s de plus la mémoire du colonel Flatters 
et de ses compagnons de tombe, victimes héroïques de la 
science et du dévouement au pays. 



10 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

Pourrions-nous enfin omettre de mentionner ici M. des 
Rosiers dont la sympathie éclairée pour nos communs ef- 
forts a été attestée par un legs à la Société dans laquelle il 
étaitenttéenl863? 

Tels sont ceux de nos morts dont la vie avait été plus 
spécialement consacrée à la géographie ou dévouée aux in- 
térêts de notre association. Pour compléter ce nécrologe 
qui ne compte pas moins de quarante et un noms, il faut 
citer encore : MM. le colonel Frapolli (1848) •jPrançois Bar- 
tholony (1 853), James de Rothschild (1 863) , le doc leur Ëwald 
(1864), Prosper Ramel (1865), J. Blanchet (1865), Emile Wiet 
(1866), Drouyn de Lhuys (1869), Léopold Ansart du Fiesnet 
(1869), Jules Romain Boulenger (18T3), Ildefonse Plichon 
(1873), Etienne Aignan (1873), Auguste Allais (1874), 
Bonnefonds (1874), Emile Justin Ménier (1874), Alphonse 
Senn (1875), le vice-amiral Dupré (1875), le docteur Ballard 
(1875), B. J. Dutocq (1876), Letellier de Saint-Just (1876), 
Nonce-Rocca (1877), le général Ney d'Elchingen (1877), 
Auguste Dolfus (1877), B. de Castro (1877), Alfred 
Alexandre Bellenger (1877), le marquis de Béthisy (1879), 
Emile de Girardin (1879), Georges de Peyramont (1879), 
Paul Thiébault (1880), Mohammed Fadil (1880), J. B. Ma- 
gloire Déa (1881). 

Votre rapporteur vous retiendra encore un instant avant 
de commencer l'aperçu des principaux voyages qui ont 
contribué au progrès de la géographie. Il vous doit, en 
effet, quelques mots sur la vie intérieure de la Société. 
Appelés à remplacer notre regretté Président, l'amiral de 
La Rancière, nous n'avons pas eu l'embarras du choix. Une 
haute personnalité s'imposait à nos suffrages par l'éclat de 
ses titres et de son nom, le plus prestigieux peut-être qui 
existe. Nous avons acclamé M. de Lesseps et si la formule 

1 . Les millésimes entre parenthèses indiquent les années d'admission au 
sein de la Société. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQXIES. Il 

anglaise a the right man in Ihe right place » fut jamais 
Traie» c'est bien en cette circonstance. L'ère de prospérité 
dans laquelle notre Société est entrée se continuera sous 
l'impulsion supérieure de Thomme qui à doublé le monde. 

Des publications commencées Tan dernier, trois sont 
aujourd'hui terminées. L'une est le Guide hygiénique du 
voyageur dans les régions intertropicales ^^ publié avec le 
concours plein d'empressement de toutes les Sociétés fran- 
çaises de géographie et de la Société de Médecine pratique 
de Paris. La deuxième comprend les 39 feuilles à grande 
échelle* des levés exécutés par le docteur Crevîux sur six 
fleuves de la Guyane ou du Brésil. Ce sera là un document 
précieux pour l'établissement de la carte de ces régions si 
mal connues. La troisième est la Liste provisoire des biblio- 
graphies géographiques^ par M. James Jackson, notre actif 
Archiviste-bibliothécaire. La Société ne saurait trop le re- 
mercier du soin d'érudit avec lequel il s'est acquitté de cette 
laborieuse tâche, et dont les travailleurs lui seront certaine- 
ment reconnaissants. 

Quant à la liste des positions géographiques en Afrique, 
œuvre de M. Henri Duveyrier, elle est actuellement en 
cours d'impression et le prochain rapport en enregistrera 
TachèvemenL 

Ce qu'ont été nos séances, vous le savez tous; l'intérêt de 
la correspondance, la variété des communications ont attiré 

1. Guide hygiénique et médical des voyageurs dans l'Afrique inter- 
tropicale, rédigé au nom d'une commission de la Société de Médecine 
pratique de Paris par le D' Ad. Nicolas, le D' H. Lacaze, et M. Signol, 
publié par la Société de Géographie et la Société de Médecine pratique 
de Parif, avec le concours des Sociétés françaises de géographie. 1881, 
io-S*, 98 pages. 

1 Rouapir etKou (1/125,000), 1 feuille. —Oyapock (1/225,000), 2feuilles. 
-Parou (1/125,000), 8 feuilles. — Iça (1/200,000), 12 feuilles. — Yapura 
(1/235,000), 14 feuilles.— Yary, seconde édition (1/400,000), 2 feuilles.— 
Tableau d^assemblage (1/3,500,000), 1 feuille. 

3. Liste provisoire de bibliographies géographiques spéciales, par James 
Jaduon. Paris, 1881, in-8% \Jii-340 pages. 



12 RAPPORT SDR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

un auditoire toujours assez nombreux. En certains ôas il la 
été trop pour les dimensions de notre salle et la Commis- 
sion centrale a été sollicitée à se préoccuper des moyens de 
restreindre autant que possible le droit d'entrée aux seuls 
membres de la Société. 

Notre bibliothèque s'est enrichie de plus de 800 ouvrages 
ou cartes dont quelques-uns fort considérables. Aujourd'hui 
même la maison Jlachette lui adressait la collection entière 
des belles publications qu'elle consacre depuis plusieurs 
années à la géographie. Par les soins de M. J. Jackson, 
des mesuies d'ordre devenues nécessaires en présence des 
nombreuses demandes de communication d'ouvrages, 
assureront à la fois les intérêts des lecteurs et la conserva- 
tion de la bibliothèque. 

Grâce aux bons soins de la Section de comptabilité, prési- 
dée par M. Paul Mirabaud, nos finances sont dans un état 
satisfaisant sinon brillant. Nous devons nous attendre du 
reste, à ne guère capitaliser tant que n'aura pas été effectué 
le remboursement de l'emprunt contracté pour la construc- 
tion de rhfttel. 

Préoccupée avec raison des retards que subit la publica- 
tion du Bulletitif la Commission centrale a décidé un 
changement dans le mode de publication de ce recueil. 
Les membres de la Société recevront désormais un compte 
rendu des séances huit ou dix jours après chaque séance, 
et trimestriellement un fascicule de Bulletin renfermant 
les notices de quelque étendue. 

Les détails du service intérieur augmentant avec la pros- 
périté de notre association, le secrétariat devrait renoncer 
à y faire face s'il ne trouvait un extrême bon vouloir dans 
tout le personnel chargé de ce service, s'il n'avait surtout 
le concours aussi intelligent qu'infatigable de M. Charles 
Aubry, l'agent de la Société. 

Pour les généralités, la facette brillante de l'année a été 



ET SUR LES PHOGRËS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 13 

Venise avec le Congrès iaterriational des Sciences géogra- 
phiques. Cette réunion marquait la troisième étape de 
rinstitation de nos Congrès, inaugurée à Anvers en 1871, 
continuée à Paris en 1875. Avec son caractère particulier, 
die a fort dignement répondu aux espérances. Par la ma- 
gnifique Exposition installée au Palais-Royal les adeptes ont 
po apprécier le progrès réalisé depuis cinq ans dans les 
méthodes employées pour mesurer la Terre, la représenter 
soDS des formes diverses, la faire de mieux en mieux 
connaître. A côté des longs itinéraires en plein inconnu, 
étaient figurées les manifestations de divers phénomènes 
sociaux de nos civilisations. De quelque point de vue qu'il 
partit, le savant trouvait I& de précieux éléments pour la 
série de ses éludes. Il faut accorder une particulière mention 
à l'Exposition, unique en son genre, des portulans de 
l'École italienne personnifiée en quelque sorte par la vé- 
nérable Mappemonde de Fra Mauro dont l'amiral Paris 
nous atout récemment offert une belle reproduction pho- 
tographique. 

Les grands services publics des États étaient représentés 
par tears plus belles productions, tandis que le travail privé 
tenait, de son côté,une place des plus honorables à l'Exposi- 
tion, La France ne s'est montrée inférieure à aucune autre 
nation. 

Peat-6tre, disons-le en termes généraux, y aurait-il plus 
d'une amélioration à introduire dans ces Congrès, mais 
c'est là un sujet qui serait ici hors de propos. 

Il faut retenir encore du Congrès de Venise la réception 
dont les visiteurs ont été l'objet, et les représentants de la 
géographie française n'ont pas été les moins cordialement 
accueillis. S. M. le roi Humbert a voulu rehausser par sa 
présence l'éclat de cette solennité, marquant bien ainsi en 
quel honneur l'Italie tient la science. 

Nous ne saurions manquer au devoir de remercier encore 
la Société italienne de géographie qui a tenu si haut le 



14 RAPPORT STR LES TRATAUX DB LA SOCIÉTÉ 

dmpeaa remis en ses mains par notre Société; nous derons 
aussi exprimer de nooTeaa notre reconnaissance à la Moni- 
cipalité trénitîenne et aux oi^anisateors da Congrès qui ont 
fait assaut de gracieux empressement pour la réussite d'une 
entreprise à laquelle nous portions un intérêt tout particulier. 
Vous TOUS étonneriez enfin que le rapporteur ne remer- 
ciât pas chaleureusement, au nom de la Société, notre collè- 
gue M. Yan den Broek d'Obrenan, le délégué général qu'elle 
ayait désigné pour aller présider sur place à Torganisation 
de la partie française du Congrès et de l'Exposition. Les fati- 
gues qu'ont imposéesà M. Yan den Broek d'Obrenan l'accom- 
plissement de ce mandat, ont malheureusement porté à sa 
santé d'assez graves atteintes. Une part des sentiments que 
nous lui exprimons ici doit aller i ses jeunes collaborateurs si 
pleins de zèle et d'entrain, i M. Cavaglione, le délégué italien 
à Paris, qui a rendu tout possible par sa bonne grâce active 
et ses larges Tues. 

La carte du monde telle que les atlas nous la présentent, 
ne donne point une idée exacte de nos connaissances géo- 
graphiques. Les espaces encore mal connus et tout i fait 
inconnus y apparaissent ou plutôt y disparaissent sous des 
indications souvent douteuses, sous les écritures qui occu- 
pent toujours, en raison de l'échelle des cartes d'atlas, 
des étendues considérables. De plus, les traits généraux 
y sont seuls exprimés, et dans des conditions qui ne pa- 
raissent suffisantes qu'à un examen superficieL 

L'Europe elle-même présente des étendues considérables 
de pays qui n'ont point été levés régulièrement et dont le 
figuré repose soit sur le rapprochement d'itinéraires, nom- 
breux il est vrai, soit sur des informations recueillies à di- 
verses époques. Les cartes les meilleures de la Turquie, 
par exemple, sont toutes plus ou moins erronées. La 
guerre entre la Russie et la Turquie aura marqué un pro- 
grès à ce point de vue, car au cours de la campagne l'Étatr 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 15 

major rosse a effectué dans la Bulgarie et la Roumélie 
orientale^ ainsi que sur le territoire situé à l'ouest de Cons- 
tantmople, une triangulation et des levés qui constitueront 
des éléments nouveaux pour la carte de la contrée. Les Bal- 
khans^en particulier, ontfaitrobjet d'une topographie dont 
la publication serait fort à désirer. 

En attendant que Tagraûdissement de la Grèce soit un 
fait complètement accompli, la question de la coupure de 
l'isthme de Gorinthe a fait un pas considérable. Par l'ini- 
tiative du général Turr, des études de l'isthme en vue du 
percement ont été exécutées, et des trois tracés mis en 
avant, celui qu'avait déjà choisi Néron a été adopté : il 
anra une longueur de 6342 mètres. L'éminent général atta- 
chera son nom à une entreprise qui doit accroître encore 
dans une large mesure le commerce déjà immense du 
Levant. 

Au nord de l'Europe M. Charles Rabot a continué avec 
une persévérance dont nous ne saurions trop le louer, l'ex- 
ploration des parties les moins connues de la Scandinavie; 
il a parcouru, cette fois, les provinces de Nordland, de 
TromsôetlaLaponie suédoise et norvégienne. 

Après avoir visité le Rôsvand, le plus grand des lacs de 
la Norvège septentrionale, gravi le Kjeringtind, voisin du 
lac et auquel il attribue 4465 mètres, suivi la grande dépres- 
sion qui coupe parallèlement à la côte les plateaux de sépa- 
ration entre le Rôsvand et la mer, il a fait des excursions aux 
plateaux inconnus situés entre le Beierendal et le Dunders- 
dal. Sur le territoire suédois, il a vu les grands lacs Horn> 
Afvan et Tjôggelvas, et enfin gravi le Sarjektjokko, le plus 
haat sommet de la Scandinavie septentrionale. Son voyage 
s'est terminé en Norvège par de nouvelles études sur les gla- 
ciers du Sulitjelma, puis sur le Jdkulijeld dans le Fin- 
mark. 

Uoe mission du Ministère de l'Instruction publique a 
conduit M. Georges Pouchet, professeur au Muséum, sur 



16 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

les frontières de la Laponie russe, de la Laponie suédoise 
et de la Finlande. L'histoire naturelle était le but spécial 
de cette mission, qui nous aura cependant acquis plus d'une 
information sur la contrée à peine visitée du lac Enara, et 
sur le cours du Pasvik qui sort de ce lac comme d'une 
vasque pour aller se jeter dans le Varanger-fiord. L'un des 
traits intéressants que nous ait révélés M. Pouchet est 
l'existence, sur la rive droite de Pasvik, de montagnes que 
n'indique aucune carte, mais qui seront sans doute portées 
sur la carte encore inachevée de la Finlande russe. Ce 
groupe montagneux est formé principalement de trois mas- 
sifs au profil à peu près semblable, le Colkoané, le Casca- 
motondéré et le Laokotondéré. Ce Pasvik dont les eaux 
poissonneuses traversent un terrain de granit rose, avec du 
gneiss sur quelques points, présente neuf chutes après sa 
sortie du lac Enara ; après ces chutes, il s'élargit en lacs peu 
profonds, aux rives plates et marécageuses, aux lits de vase 
rouge. 

Il ne faut point quitter l'Europe sans consacrer un para- 
graphe spécial aux recherches sous-marines accomplies 
dans cette Méditerranée qui a exercé, qui exercera toujours 
une puissante influence sur les destinées de notre continent. 
La navigation à vapeur, en augmentant dans des proportions 
énormes le mouvement maritime, a fait de la grande mer 
comme un boulevard entre l'Europe et l'Afrique. 

Pendant de longs siècles les navigateurs ont parcouru les 
océans et les mers sans faire plus que d'en observer la sur- 
face, d'en étudier les phénomènes importants pour la navi- 
gation. Les eaux, cependant, couvrant la majeure partie 
du globe, la science devait en arriver à se préoccuper de 
la configuration, de la nature des fonds, et des phénomènes 
de la vie dans ces immensités. C'est une contre-partie indis- 
pensable aux études de la terre énaergée et quelque jour 
sans doute elle étendra encore Tampleur des lois jusqu'ici 
constatées. 




ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 17 

Deuc croisières d'hydrographie sous-marine ont été ac- 
complies dans la Méditerranée. A l'ouest, celle du Travail-- 
leur^ de la marine française, à l'est, celle du Washington, 
de la marine italienne. La commission scientifique embarquée 
sur le Travailleur, sous les ordres du commandant Richard 
qui Tan dernier l'avait déjà dirigé dans les eaux du golfe de 
Gascogne, se composait de M. Alphonse Milne Edwards, de 
l'Institut, président, de MM. Vaillant et Perrier, profes- 
seurs au Muséum, de Folin et Marion, professeurs à la Faculté 
des sciencesdeMarseille,Fischer,aide-naturalisteau Muséum. 
Les côtes de la Provence ont été fouillées avec soin, ainsi que 
celles de la Corse, jusqu'à une profondeur de 2660 mètres. 
Se dirigeant ensuite sur Oran, le Travailleur j après avoir 
dragué entre l'Espagne et les Baléares, est allé relâcher à 
Tanger aux portes de l'Océan. Tanger fut le point de départ de 
la seconde partie de la campagne, qui s'effectua dansFOcéan. 
La Méditerranée est moins peuplée dans ses profondeurs 
qu'on ne le croyait; cependant la commission y a constaté 
l'existence d'un assez grand nombre d'animaux signalés 
seulement dans les profondeurs océaniques. Elle a décou- 
vert plusieurs espèces nouvelles appartenant à des types 
zoologiques connus jusqu'à présent pour habiter la mer 
des Antilles. 

11 résulte de la campagne du Travailleur que la Méditer- 
ranée ne possède pas une faune qui lui soit propre; elle a 
été peuplée par l'émigration d'animaux venus de l'Océan. 
Ceux-ci, trouvant dans ce bassin nouvellement ouvert un 
milieu favorable à leur existence, y ont pullulé en subissant 
parfois des modifications dues aux conditions biologiques 
particulières dont ils étaient entourés. 

Comme l'avait déjà observé fiérard, la température des 
("aux méditerranéennes, variable près de la surface, offre, au- 
dessous de 200 mètres, une constance remarquable; elle 
reste à-|-43*jusqu'au lit de la mer, quelle qu'en soit la pro- 
fondeur. L'Océan, au contraire, est sillonné par des courants 

soc. DE GÉOGR. — !*' TRIMESTRE 1882. UI. ~ 2 



RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOaÉTÉ 

i' oids d'origine polaire, dont la température descend à 
deux ou trois degrés. L'absence de marées, le relèvement 
du seuil de Gibraltar, véritable barrière opposée aux cou- 
rants océaniques, contribuent à cette uniformité de tempé- 
rature qui doit exercer une grande influence sur la vie 
animale. Des échantillons recueillis à diverses hauteurs au- 
dessus du fond, ont permis de connaître la composition et le 
degré de salure de l'eau. 

Les nombreux sondages et dragages faits en vue du Por- 
tugal, au large de Sétubal, donnèrent des résultats remar- 
quables. La commission y trouva, à 1500 ou 1800 mètres, 
de grands poissons de la famille des requins, qui vivent dans 
ces abîmes en troupes nombreuses, sans jamais venir à la 
surface. Des récoltes extrêmement riches furent faites au 
nord duFerrol. Dans ces parages, à une profondeur variant 
entre 900 et 1200 mètres, le lit de l'Océan, au lieu d*ôtre 
caché sous une épaisse couche de vase, est rocheux et cou- 
vert de coraux au milieu desquels vivent une foule d'animaux 
variés, aux formes bizarres. Plusieurs étaient tout à fait in- 
connus, d'autres présentaient beaucoup de ressemblance, 
parfois une complète identité, avec ceux du fond des mers 
américaines ou même des mers boréales. ' 

En revenant à Rochefort par 44**48'30' de latitude nord 
et T^ OO'SO* de longitude ouest, le Travailleur a atteint la 
profondeur la plus considérable que la drague ait jamais 
touchée dans les mers d'Europe, 5100 mètres. 

Le limon rapporté par l'appareil contenait un très grand 
nombre d'espèces de foraminifères et de radiolaires, plu- 
sieurs crustacés et un annélide. La présence de ces animaux 
sous la pression énorme que supposent de pareilles profon- 
deurs excite l'étonnement. 

En présence des succès des deux explorations du Travail- 
leur^ la Société de Géographie ne saurait s'associer avec 
assez d'empressement au vœu exprimé de la continuation 
régulière de ces campagnes qui doivent apporter des élé- 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 19 

meots si précieux à la connaissance de notre globe. Le dé- 
partement de rinstniction publique et celui de la Marine 
cootinueront» sans doute, à prêter leur concours à des 
missions d'une telle importance. 

Dans le bassin oriental de la Méditerranée, le Washington, 
commandé par le capitaine Magnaghi, a procédé à des 
opérations analogues à celles du Travailleur» Il avait à son 
bord, H. Henri Giglioli, le savant naturaliste de la croisière 
da Magenta. Quelque^ dragages d'essai faits à la côte ouest 
de la Sardaigne, ramenèrent d'un fond de 3000 mètres un 
spédmea de la Willoemsia leptodactyla que le Challenger 
avait découverte dans l'Atlantique nord, et qui se distingue 
par une sorte de réseau à mailles compliquées. 

La plus grande profondeur d'où le Washington ait re- 
monté des échantillons est de 3115 mètres, toutefois un 
sondage entre la Sardaigne et la côte de Naples a donné 
3630 mètres. 

Les profondeurs iboyennes dont on retira surtout des 
crustacés, des crevettes et des annélides, furent de 950 à 
il45 mètres, sur les côtes est, ouest et sud de la Sardaigne. 
Cest de 2800 à 2900 mètres qu'on relira les plus beaux spé- 
cimeos de plusieurs espèces de macrourides remarquables 
par leurs yeux supplémentaires. De 623 à 1600 mètres, on 
obtint de beaux échantillons de spongiaires. Des oursins 
furent remontés de 2140 à 2300 mètres, et les dragages de 
600 à 1200 mètres donnèrent des ptéropodes et des gastéro- 
podes,ainsi que d'intéressantes espèces de madrépores. 

Quelques-uns de nos départements ministériels pour* 
soiTont des œuvres auxquelles la géographie ne saurait por- 
ter trop d'mtérét. 

Le Dépôt de la Guerre, après un siècle d'existence, vient 
de sabir une transformation fondamentale. Sous le nom de 
Service géographique de l'armée il sera désormais pourvu 
de moyens d'action plus puissants que par le passé. En atr 



20 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

tendant, voici un aperçu des travaux qu'il a accomplis au 
cours de cette année. 

Dans le courant de 1881, la section géodésique a exé- 
cuté les travaux suivants : 

Pendant l'hiver elle a procédé à la détermination des 
différences de longitude entre Alger et Guelt-es-Stel et 
entre ce dernier point et Laghouat. La station de Guelt-es- 
Stel est située à peu près à égale distance entre Alger et 
Laghouaty sur le méridien de Paris. Ces deux différences 
de longitude forment, avec 'la longitude Alger-Laghouat 
précédemment déterminée, un triangle qui doit fermer à 
zéro et fournir ainsi le contrôle des opérations. A Guelt-es- 
Stel comme à Laghouat, on a mesuré la latitude et l'azimut 
astronomique d'une mire lointaine. 

Les deux stations seront reliées géodésiquement à la 
triangulation de la méridienne d'Alger à Laghouat, dont la 
reconnaissance est faite et qui sera exécutée incessamment. 

Les travaux dont il vient d'être parlé forment la suite 
naturelle des opérations entreprises pour la mesure du grand 
arc méridien passant par Paris et qui se prolonge actuelle- 
ment jusqu'en Algérie, depuis que la liaison géodésique a été 
effectuée entre l'Espagne et l'Algérie par-dessus la Méditer- 
ranée. I 

Interrompus en 1870, les travaux géodésiques de 
deuxième ordre ont été repris cet hiver en Algérie. Un seul 
officier y a participé ; il a triangulé une surface de 240 kilo- 
mètres carrés. Ces travaux vont être, à partir de 1882, acti- 
vement poursuivis. 

Pendant la campagne militaire exécutée au printemps en 
Tunisie, une section géodésique placée sous les ordres du 
lieutenant-colonel Perrier, de llnstitut, président actuel de 
notre Commission centrale, a été organisée pour trianguler le 
pays des Kroumirs dont on ne possédait aucune carte. Les 
opérations, faites sous la protection des colonnes, ont permis 
d'obtenir un nombre de points suffisants pour assurer l'as- 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 21 

siette de la carte levée dans cette région par les officiers de 
lasection topographique. 

Pendant Tété et l'automne^ la reconnaissance de la méri- 
dienne de France a été poursuivie jusqu'au parallèle de 
Compiègne, tandis que les constructions de signaux ont été 
exécatées jusqu'au parallèle de Paris. 

Dans la môme période, des opérations astronomiques 
ont été entreprises, de concert avec TObservatoire de Milan , 
poor déterminer les différences de longitude entre Paris et 
Milan. 

Les observations ont été faites par le lieutenant-colonel 
Perrier et M. Gelorsa, astronome italien. Afin de donner 
plos de précision aux résultats, on a fait, entre les deux 
stations, réchange des observateurs et des instruments. 

Une opération analogue a été exécutée par le commandant 
Bassot et H. Perrotin, pour déterminer la différence de lon- 
gitude entre Paris et l'Observatoire de Nice. Ce travail 
constitue pour ainsi dire l'inauguration scientifique du grand 
observatoire fondé par M. Bischoffsheim, qui sera certaine- 
ment, grâce aux libéralités de ce généreux protecteur des 
sciences, le plus remarquable des établissements astrono- 
miques. 

Qoant aux travaux intérieurs du Dépôt de la Guerre, 
devenu Service géographique de l'armée, en voici un som- 
maire aperçu. 

Les feuilles Bastelica et Gorte, les dernières qui restent à 
publier de la carte de France à 1/80 000, ont été terminées 
et paraîtront prochainement. 

La tenue à jour d'un document aussi considérable que la 
grande carte de France, est un problème dont la solu- 
tion, simple en apparence, rencontre en pratique de 
grandes difficultés ; le précédent rapport indiquait som- 
mairement la marche adoptée pour les résoudre. Elle a cou- 
dait au résultat voulu. Désormais pourront être menées de 
front la revision sur le terrain et la gravure des corrections, 



22 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIËTA 

si bien que la revision se faisant chaqae année sur un cin- 
quième du territoire, la carte de France sera en quelque 
sorte renouvelée tous les cinq ans; on ne saurait raisonna- 
blement demander mieux. 

Le précédent rapport, en signalant l'utilité considérable 
de la gravure sur zinc pour assurer ce progrès, enre^strait 
l'apparition d'une nouvelle édition de la carte de France 
à i/80000 gravée sur zinc et publiée par quarts de feuilles. 
L'œuvre nouvelle en est aujourd'hui à sa 23* livraison^. 
Favorablement accueillie dès le début, elle continue à 
être appréciée, ainsi que l'indique le chiffre de 245 610 feuilles 
auquel s'est élevé le débit de cette carte du 1*' janvier au 
31 décembre de Tannée courante; c'est plus du tiers du 
nombre de feuilles délivrées, qui s'est élevé pendant la môme 
période à 717430 feuilles. Ce chiffre marque encore un 
progrès sur celui de l'année précédente. 

Le module adopté au commencement de ce siècle pour 
les cartes topographiques a cessé de répondre aux exigences 
des services qui les utilisent. Les États de l'Allemagne^ 
par exemple, dont les cartes avaient été publiées à 1/50000 
vont être publiés à 1/25000. La France ne pouvait 
échapper aux mêmes nécessités et sa carte d'État-Major, 
si complète qu'elle fût d'arilleurs, est devenue insuffisante. 
Le Ministre de la Guerre a décidé, en conséquence, l'exé- 
cution d'une nouvelle carte de France à 1/50000, imprimée 
en couleurs avec le figuré du terrain par courbes de ni- 
veau. 

Quant à la carte de France à 1/320000, la dernière feuille, 
celle d'Avignon,' sera prochainement achevée. Elle avait été 
retardée par la difficulté de gravure de la partie des Hautes- 
Alpes comprise dans son cadre. 

11 faut mentionner ici l'apparition de la carte hypso mé- 
trique de la France à 1/800 000, dont l'intérêt géographique 

1. 398 quarts de feuilles portant sur 118 feuilles. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 23 

ne saurait échapper à personne. Elle remplace sous une 
forme définitive les premiers essais entrepris il y a quelques 
aimées et nous donne, généralisés avec exactitude et clarté 
par des courbes de 100 en 100 mètres, les grands accidents 
du sol de notre pays. 

Les levés topographiques exécutés par une trentaine 
d'officiers sous les ordres du lieutenant-colonel Mercier ont 
porté, cette année, sur environ 3900 kilomètres carrés du 
Tell des trois départements d'Alger, Oran et Gonstantine. 

La carte de TAlgérie sera publiée en deux éditions à l'é* 
chelle de 1/50000, avec le relief du sol figuré en courbes à 
réqnidistance de dix mètres. L'une des éditions sera im- 
primée en couleurs, l'autre le sera toute en noir. Les feuilles 
d'Alger et de Cheraya sont prêtes à paraître. 

Le chapitre spécial de l'Afrique mentionnera les itiné- 
raires exécutés sur le terrain par les officiers topographes 
qui accompagnèrent les colonnes d'opération en Tunisie. 
Le Service géographique a dû pourvoir à la reproduction 
de ces itinéraires au fur et à mesure qu'ils lui étaient livrés ; 
c'est ainsi qu'ont été gravées dix feuilles d'itinéraires dans le 
nord-est de la Tunisie et dans le massif du pays des Krou- 
mirs, avec une série de reconnaissances faites soit au- 
tour de Tunis et de Bizerte, soit de Tunis ou de la frontière 
algérienne à Kairouan. Après la guerre, ces matériaux de- 
viendront précieux pour les études scientifiques dont la 
Tunisie sera certainement l'objet. 

La grande carte de France — et ce n'est pas là le moindre 
hommage qui lui ait été rendu, — a servi de base à de nom- 
breuses productions, sans compter même la carte géologique 
détaillée. Divers services publics en ont fait le corps d'au- 
tres œuvres destinées à répondre à des besoins spéciaux, 
à satisfaire à des exigences variées. L'an dernier, votre 
rapporteur vous signalait ici même la carte à l'échelle de 
1/100000 publiée par le Ministère de l'Intérieur sous la 
direction de M. Anthoine. Cette publication a notablement 



24 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

avancé dans le cours de l'année; 83 fenillesen sont actuelle- 
ment publiées et le Ministre a décidé que les feuilles por- 
teraient désormais le relief du sol figuré au moyen d'un 
estompage. 

Il est une autre œuvre qui procède également de la grande 
Carte de France et dont vous a entretenus ici même M. Cheys- 
son chargé d'en diriger l'exécution. C'est la carte de France 
à l'échelle de 1/200000 publiée par le Ministère des Travaux 
publics. Vous en trouverez la description au Bulletin^ et il 
suffira de rappeler que neuf feuiUes de cette nouvelle carte 
ont déjà paru. 

Enfin, la carte du Dépôt des Fortifications, qui se publie en 
trois éditions distinctes ', sous la direction du commandant 
Prudent, en est arrivée cette année à plus des trois quarts de 
sa publication, puisqu'il en reste quatre feuilles seulement 
à publier sur quinze dont se compose l'œuvre entière. Les 
feuilles XIII et XIY donneront Madrid et Perpignan. 

Au Dépôt de la Marine, les ingénieurs hydrographes ont 
continué le travail permanent de revision qui s'opère chaque 
année sur les côtes de France. 

M. l'ingénieur Bouquet de la Grye a levé à nouveau le 
cours inférieur de la Loire depuis sa partie endiguée jus- 
qu'à la mer, et poursuivi au lai^e l'étude des fonds d'atter- 
rissage, afin de reconnaître les modifications survenues dans 
le régime des eaux, et, par suite, celles qui doivent en ré- 
sulter dans le balisage et dans la navigation. La comparai- 
son de l'état actuel avec les états antérieurs, les études 
précises de courants et de marées faites pendant cette cam* 
pagne, permettront de rechercher dans quel sens se produi- 
ront les changements à venir. 

H. l'ingénieur Manen a exécuté une reconnaissance ana- 
logue à l'embouchure de la Gironde et dans la partie infé- 

1. 1" Carte complète, avec figuré da terrain en hachures, sans courbes 
de niveau; 2** carte routière, avec terrain en courbes à réquidistance de 
100 mètres; 3* carte oro- hydrographique. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 25 

rieure de son cours. D'importantes modifications ont été 
constatées dans la passe du nord; les fonds des chenaux 
actoels sont inférieurs à ceux de l'ancienne passe. Du côté 
de Pauillac, au contraire, a disparition de certains bancs a 
agrandi l'étendue du mouillage des petits bâtiments. En 
somme l'état général du fleuve reste satisfaisant. 

M. l'ingénieur Héraud a levé un nouveau plan à grande 
échelle^ sooo ) ^^ ^^ ^^^^ ^® Cherbourg'. Les projets de fer- 
meture de la rade, actuellement en discussion, exigeaient 
Qoe étude minutieuse des fonds et du mouvement des eaux. 
Les travaux de sondage exécutés par M. Héraud, les obser- 
vations de courants dans les passes, à l'extérieur et à Tinté- 
riearde la rade, notamment pendant les grandes marées de 
mai, août et septembre, fourniront tous les éléments né- 
cessaires pour connaître le régime des eaux en circulation. 
M. Héraud a publié, de plus, un rapport donnant les résul- 
tats de la reconnaissance de la baie de Somme dont il 
avait été chargé en 1878. 

A l'extérieur, les principaux travaux hydrographiques se 
rapportent à la Cochinchine et aux parages voisins. M. l'in- 
génieur Pavé y continue l'œuvre de ses prédécesseurs. Il 
s'est occupé principalement de reconnaître les abords du 
détroit d'Hainan du côté de l'ouest et de faire le levé de 
l'Archipel des Fitze-long qui occupe toute la partie septen- 
trionale du golfe de Tongkin, entre la Cae Bâ et le capPak- 
lung; ces parages étaient complètement inexplorés jusqu'ici. 
La carte du Tongkin septentrional depuis la Cae Bâ jusqu'à 
Pakoi, dressée par M. l'ingénieur Renaud, est en cours de 
publication. 

I^s plans de la baie d'Halong et des mouillages de Bâ 
moon, Gui thi moon et Gaibao, levés par MM. les enseignes 
de vaisseau Poulasis de Saint Père et de Roujon sont égale- 
ment en cours de publication. 

Les cartes de ces parages, publiées en 1881, sont au 
nombre de quatorze et résument les travaux de MM. Cas- 



26 RAPPORT SUR XES TRAVAUX DE LA SOGIËTË 

pari et Renaud, ingénieurs hydrographes; Yavin, capitaine 
de vaisseau ; Schmitz et Astrel, enseignes de vaisseau. 

Dans l'océan Pacifique, le capitaine de frégate Chambey- 
ron a continué l'hydrographie des parties encore insuffi- 
samment explorées de la Nouvelle-Calédonie. Le Dépôt de 
la Marine a publié le plan des passes d'Isié par MM. Glot et 
Tessier, enseignes de vaisseau, et le plan de l'île Polt et 
d'une partie de Ftle Art, par M. le capitaine de vaisseau 
Pierre. 

A Tahiti, le levé de )a côte continué par M. Pierre a donné 
lieu à la publication de trois cartes qui comprennent la par- 
tie qui s'étend de Mahaena à Yaitoto. Cet officier supérieur 
a dressé également une nouvelle carte des îles Marquises 
(n'' 3673) et le plan de l'île Lobos de Tierra, à la côte du 
Pérou. 

Le Dépôt a également terminé six plans de baies des îles 
du grand Océan, levés -par MM. Gontault, Noël et Feyzeau, 
lieutenants de vaisseau ; Kergrohen, Crosharet, Simon et 
Yallut, enseignes de vaisseau. 

DansTocéan Indien, nous avons vu ajouter à notre hydro- 
graphie un croquis de l'entrée de la rivière de Mahé, aux 
côtes ouest de l'Indoustan, par M. Lartigue, lieutenant de 
vaisseau. 

M. Brault, lieutenant de vaisseau, a fait paraître quatre 
cartes météorologiques de l'océan Pacifique, donnant 
pour chaque trimestre la direction et l'intensité des 
vents. 

Dans Tocéan Atlantique, le capitaine de frégate Le- 
clerc, commandant VIndrey et H. Pillot, lieutenant de vais- 
seau, commandant l'EvangelinSy ont continué l'hydrogra- 
phie des côtes de Terre-Neuve. Outre les rectifications et 
additions apportées aux publications antérieures, ils ont 
sondé les abords de Saint-Pierre, levé le bras de la source 
et l'anse des Rochers Blancs, ainsi que la côte comprise 
entre la baie de Canada et la baie de Boutitou. Le com- 



ET SDR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 27 

mandant Leclerc a observé la déclinaison dans tous les 
points de la côte yisités par son bâtiment. 

Quant à la part du Ministère de ^Instruction publique 
dans le mouvement que doit signaler ce rapport, vous la 
trouverez fréquemment inscrite au chapitre spécial de 
chaque pays. 

Si nons entrons en Asie par l'Arabie, nous trouvons dès 
l'abord un voyage qui remonte assez loin déjà, mais qui n'a 
été connu que cette année par une note du Globus. — 
Après avoir fait, en 1874 et 1875, d'intéressantes découvertes 
de ruines dans TArd-es-Saouan, région de l'Arabie Pé- 
trée au sud-est de la mer Morte, M. Mac-Doughty partait 
le 13 novembre 1876 de Mzerib, à l'est du lac de Tibériade, 
avec une caravane de pèlerins musulmans.il se proposait de 
visiter la zone comprise sur la route du Hadj, entre le littoral 
delamerRougeet leNedjed. Sa route, dirigée d'abord vers 
le sud, le conduisit à Maan près des ruines de Petra; puis, 
tournant un peu au sud-est, elle suivit une direction sen- 
siblement parallèle à celle des itinéraires de M. Guarmani 
et de M. et M"** Blunt. En vingt jours, il atteignait Mad- 
jtm-Salik, l'Egra de Pline et de Ptolémée, située dans une 
région fort intéressante au double point de vue physique 
et archéologique. Il y séjourna jusqu'en 1877, parcourant 
avec des nomades le pays qui s'étend depuis l'El-Hidjr dont 
Hadjtm Salik est le chef-lieu, jusqu'aux confins du Nedjed. 
Il pénétra ensuite dans l'intérieur jusqu'à Koifar et Haïl, 
dans le Djebel Shammar, où assez mal reçu par l'émir Ibn 
Reschid, il resta néanmoins un mois. Ballotté pendant 
près d'une année entre Haïl et Rhaïbar, il parvint enfin 
à gagner le Kasîm, dont il fit le point de départ d'explora- 
tions nouvelles dans le sud, jusqu'à la Mecke et Taïf. 

Le voyage de M. Mac-Doughty, dont on ne saurait trop 
désirer une relation complète, apportera de précieuses infor- 



28 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

mations pour la géographie de cette partie du inonde encore 
si mal étudiée. 

Il nous renseignera sur les zones des terrains volcaniques 
qui s'étendent de Paimyre à Aden, par la région de la mer 
Morte, TArd-es-Souan, la vallée de Tebouk, le sillon du 
Ouadi-es-Sani ; il nous indiquera les grands traits hydrolo- 
giques de partie de la péninsule Arabique dans leur rela- 
tion avec les moussons d'été ; il décrira les vastes chambres 
sépulcrales millénaires qu'il a visitées à Madjin«Salih, et en 
d'autres points; il parlera enfin des inscriptions nombreuses 
qu'il a relevées et qui semblent riches de promesses pour 
l'histoire de l'Arabie préislamique. 

A la suite de M. Ernest Chantre, chargé d'une mission da 
Ministère de l'Instruction publique, nous arriverons à Diar- 
beker, puis à Bitlis, au sud du lac de Van, et à Bayazîd, en 
longeant la frontière turco-persane. Sur sa route, M. Chantre 
n'a pas cessé, avec Tintelligent concours du capitaine Barry 
qui l'accompagnait, de recueillir des collections de toute 
nature, des renseignements, des notes précieuses pour la 
géographie, l'archéologie préhistorique et l'ethnographie 
des pays parcourus. Après avoir ainsi visité la Mésopotamie 
et le Kourdistan, M. Chantre franchit le Caucase, et tandis 
que son compagnon de route allait faire des études spé- 
ciales sur le Daghestan, il entreprenait des fouilles très 
fructueuses à Kohan en Ossethie, à Marienfeld, à Hsketh et 
à Delijan. 

Cette année encore nous aurons à signaler de nombreux 
travaux publiés, soit en Angleterre, soit en Russie, à la suite 
des dernières expéditions accomplies au cœur du continent 
asiatique. 

Avant de quitter l'Asie occidentale, nregistrons pour la 
géographie des terres bibliques la publication de deux 
œuvres considérables, complément l'une de l'autre et qui 
font grand honneur au Comité du « Palestine Exploration 
Fund>. L'une est une grande carte en 26 feuilles à 1/63360, 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 29 

de toute la partie de la Palestine située à l'ouest du Jour- 
dain, entre Tyr et Tell es Sebâ. C'est en 1875 que commen- 
cèrent les travaux d'exécution de cette carte qui, reposant sur 
une triangulation, constitue le document le plus complet 
auquel on puisse recourir pour l'étude du pays. A côté de 
la carte ont paru trois volumes dont le premier, dû aux 
lieutenants Gonder etKitchener, est un développement des 
indicatioKS données dans les six premières feuilles de la carte. 
Ouvert par un excellent historique des levés sur lesquels 
elle repose, il développe, pour chacune des localités in- 
scrites sur ses six feuilles d'abondantes indications topo-* 
graphiques et archéologiques. Le tome deuxième renferme 
la liste desnoms inscrits sur les vingt-cinq premières feuilles, 
avec l'indication de l'orthographe arabe, de la transcription 
anglaise et de la signification de ces noms. Enfin le troisième 
volume est consacré aune série de mémoires sur divers sujets 
intéressant la géographie historique et physique de la Pales- 
tine. 

Les travaux anglais intéressent l'Afghanistan, le Belout- 
cUstan, THindou-Kouch et l'Himalaya, le Khoraçan et le 
Herat-Hood. Les travaux russes se rapportent au Turkes- 
tan oriental, au Pamir, au bassin duSyr Dariaet de l'Amou 
Dana, enfin à la partie sud de la région aralo-caspienne. 

La géographie peut aujourd'hui se rendre un compte 
exact du profit qu'elle relire de la guerre de l'Afghanis- 
tan; en effet, les rapports des savants officiers attachés aux 
corps d'armée viennent d'être publiés. 

En premier lieu, il faut mentionner le rapport du capi- 
taine Holdich qui, chargé de relever la route de Pescha- 
ver à Djellalabad, a complété le travail de la triangulation 
déjà commencée entre les vallées du Caboul et de Kounar. 

Le major Woodthorpe a donné, pour sa part, le relevé de 
la route du Kurram et du Chaturgan.. 

Sur la rjgion du Gandahar et la route du Gandahar à 



30 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÊTË 

Caboul par Ghazni, nous avons le travail du lieutenant 
Gore qui avait aussi relié par une triangulation le pays 
compris entre Quettah, Thal-Chotiali et Sibi. 

Enfin, le major Leach apporte le résultat de ses levés de la 
vallée de TArgandab, avec la région sud de l'Hazara. 

Au total, les levés des Anglais à l'occasion de leur der- 
nière campagne en Afghanistan, sont la prise de possession 
scientifique d'une superficie de pays de plus de 26 000 milles 
carrés, entre le Belouchistan,le Candahar et le Cabouiistan. 
Le plus grand nombre des cols du Soleiman-Dagh ont été 
reconnus, depuis ceux des Kurram et du Gomul, jusqu'aux 
pays du Bolan. Les grandes routes militaires qui conduisent 
de rindus à TUelmund , à Ghazni et à Caboul, ont été relevées 
et la carte de l'Afghanistan oriental ne présente plus au- 
jourd'hui que peu de lacunes à combler. 

Dans la région occidentale, notamment le Hazarah et le 
Herat-Rood supérieur, il reste encore de vastes étendues de 
pays inexploré. C'est de ce côté que devra se porter désor- 
mais l'effort des explorateurs et des savants. 

Les travaux que nous avons signalés se complètent de 
ceux que viennent de publier le colonel Tanner, le major 
Biddulph et le major Raverty, sur les districts de l'Hindou- 
Kouch et le bassin supérieur de l'Indus. 

Au nord-est de l'Afghanistan proprement dit, le colonel 
Tanner a continué sa triangulation des parties de l'Hindou- 
Kouch au sud dii Pamir et à l'ouest de l'Himalaya, notam- 
ment du Chitral et du Gilgit. En même temps qu'il donnait 
d'intéressants détails sur la ligne de partage des eaux entre 
le cours de Flndus et celui du Gilgit, il signalait Texis- 
tence du pic Tirich-Nur qui s'élève à 24 ou 25000 pieds 
d'altitude. Plus à l'ouest^ H. Tanner a visité une partie du 
pays des Chuganis et des Kafiirs sur lesquels il a écrit une 
relation d'un véritable intérêt. 11 a enfin relevé le cours du 
Swat et du Kunar qui.peuvent y conduire les explorateurs 
venant de Caboulistan. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 31 

Le major Biddulpb, actuellement agent politique anglais 
à Gilgit, a continué ses recherches sur cette curieuse ré- 
gion. A la fin de 1880, il publiait un remarquable volume sur 
les tribus de THindou-Kouchy dans lequel il aborde enfin la 
qaestion des Kaffirs. Son travail jette une vive lumière sur 
toQte cette région du Chitral, du Kachkar, du Hunza et du 
Kanunbary que l'on connaissait à peine. 

Le major Raverty vient de publier également une série 
de précieuses notes relatives à l'Afghanistan et à la région 
de l'Himalaya occidental. L'une des questions qu'il aborde 
est celle de l'existence du Bolor, que le major Biddulph 
traite aussi dans le travail mentionné plus haut. Les deux 
savants diffèrent d'opinion à ce sujet. M. Raverty place, en 
effet, le Bolor dans le Baltistan , tandis que le major 
Biddalpb le reporte plus au nord-ouest, entre le, Gilgit et 
le Ghitral. 

Il faut parler ici d'une exploration de la plus grande im- 
portance accomplie par le colonel Stewart, d'avril 1880 à 
avril 1881, dans la Perse, le Khoraçan, la région de Mesched, 
et la vallée des Turkmens Tekkés. 

Ce voyage nous éclaire sur Tun des points de l'Asie 
centrale les plus intéressants à connaître aujourd'hui; nous 
risitonsen eiret,avecle colonel Stewart, les pays limitrophes 
de la Perse et de la plaine aralo-caspienne où les Russes 
s'avancent à marches forcées dans la direction de Merv et 
de TAlrek. 

C'est aux expéditions militaires et aux explorations des 
voyageurs russes que nous devons toutefois les renseigne- 
ments les plus nombreux sur cette contrée. 

L'an dernier^ un officier russe à la fois érudit et voyageur, 
le colonel Venukof, publiait un intéressant aperçu his- 
torique des découvertes faites dans la Russie d'Asie depuis 
les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. La géographie 
timbrasse d'un coup d*œil, dans cet excellent travail, ce 
qu'elle doit aux efforts des Russes pour étudier et faire 



32 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

connaître leurs immenses territoires asiatiques. Un re- 
cueil allemand pujblié à Saint-Pétersbourg a donné récem- 
ment un relevé d'où il résulte que pendant les vingt- 
sept années, de 1854 à 1881, le continent asiatique a été 
exploré par trois cent vingUtrois voyageurs russes qui ont 
donné des relations. C'est une moyenne de douze voyageurs 
par an. Elle s*élève à dix-sept, en prenant à part les expé- 
ditions comprises entre 1875 et Tannée actuelle. Il faut 
ici rendre hommage à Tactivité de la Société Impériale 
géographique de Russie et de ses sections qui contribuent 
largement à activer et à diriger un mouvement si précieux 
pour la science. 

Les Russes sont parvenus à l'extrême sud des déserts du 
Turkestan occidental, et la grande expédition contre les 
Turkmens Tekkés a ouvert un nouveau champ à l'enquête 
géographique 

Les topographes russes ont continué leur travail antérieur 
jusqu'au voisinage du haut Herat-Rood ; là, ils ne sont 
plus qu'à une trentaine de milles du point où s'arrêtent 
les triangulations anglaises du côté du sud ; l'intervalle à 
remplir n'est donc plus considérable. 

Quant à Merv, elle a été visitée par M. O'Donovan, repor- 
ter d'un journal anglais, auquel nous devrons une première 
description un peu détaillée de cette oasis où s'était orga- 
nisée la résistance des Turkmens contre les Russes. 

Les invasions mongoles auxquelles on attribue beaucoup 
de méfaits, ont aidé sans doute à l'action du phénomène de 
dessèchement qui semble se produire dans les environs de 
la mer Caspienne et de l'Aral, comme il se produit sur une 
partie du Sahara africain, de l'Egypte et du Soudan. Quoi 
qu'il en soit, la région aralo-caspienne présente des condi- 
tions physiques contre lesquelles la Russie a tout intérêt à 
réagir. 

Les études que, depuis plusieurs années, elle a dirigées 
sur l'ancien lit par lequel les eaux de l'Oxus arrivaient direc- 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 33 

lementàla mer Caspienne, ne sont pas simplement théori- 
ques; elles tendent à résoudre le problème d'ouvrir une 
Toie navigable entre l'Europe orientale et le centre de l'Asie, 
en ramenant rOxusà son cours passé. 

Depuis que les campagnes contre Khivaont permis d'étu- 
dier l'ancien lit du fleuve, desséché, dit-on, par une dériva- 
tion des eaux au profit des terres khiviennes, plus d'une 
mission a été chargée d'étudier le sujet, mais jusqu'ici les 
ans sont partagés devant l'ampleur et la difficulté du pro- 
blème. Des niyellements exacts et complets permettront 
seuls de décider la possibilité de l'opération. 

Une expédition scien tique organisée par le gouverne- 
ment russe, il 7 a deux ans, a continué, la série de ses tra* 
vaux. Elle devait, cette année, les reprendre en février mais 
Tétat de l'atmosphère s'y opposa jusqu'au milieu de mars. 
Da nouveau repère ayant alors été placé à Merichkalah, 
Tonest da Daoudan, le nivellement se dirigea vers le lac 
Tunuklu. Aux dernières nouvelles qui nous soient parve- 
nnef, ce qui ne veut point dire que ce soient absolument 
les plus récentes, l'expédition était dans la steppe qui 
s'étend de Tarpak-kalah au Sarikamich et à Tcharichli. 
inabordable en juin et juillet, la steppe qui, sur 150 kilo- 
mètres n'offre aucun puits, devait ôtreexploréetout d'abord, 
mais il ne fut pas possible de la traverser. 

On soupçonnait, d'après certains renseignements des Turk- 
mens, que l'OusboI qui va de l'Aral à la Caspienne, n'était 
pas le seul lit mort de l'Amou Darya, mais qu'il de- 
vait s'en trouTcr d'autres dans le sud. Pour s'assurer du 
fait, il fallait pénétrer dans le désert du Kizil Koum dont 
les sables s'étendent du fleuve au pays des Tarkmens Tekkés. 
Le lieutenant Kalitine, de l'armée russe, vient de réaliser cette 
ttploration. Partant de Gœk-Tépé, il a effectué la périlleuse 
traversée des 200 kilomètres du Kizil-Koum et par 40^,10^ de 
latitude nord, 56* de longitude est (Paris), il a découvert une 
vallée qu'il considère comme le lit duTchardjouiDaria. Sur le 

soc Vg fiiOGR. — 1* TRinSTRI 1882. m. — 3 



34 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOGliTt 

point OÙ il l'a rencontrée, cette Tallée large de 600 mètres pré- 
sente au nord une rive élevée, tandis que l'autre rive est basse. 
Le courageux officier qui a suivi la dépression pendant une 
trentaine de kilomètres, a constaté qu'elle fait un coude 
vers le nord pour aller ensuite, du c6té de l'est, re- 
joindre les abords du cours actuel de l'Amou Darya. Au loin 
dans cette direction, M. Kalitine a pu apercevoir de hautes 
collines des deux cAtés du sillon qui traversait un cbatnon 
de montagnes encore inconnu. En plusieurs endroits le 
Tchardjoui Darya est envahi par les sables mouvants. 

En attendant les conclusions de l'enquête ouverte sur 
l'ancien bas Oxus, on s'est préoccupé d'une autre solution 
de la question ; elle consisterait à utiliser ce lit aujour- 
d'hui à sec de la rivière Ghegan qui longe le nord du pla- 
teau de rOust Urt et dont l'extrémité supérieure n'est 
distante que d'une centaine de kilomètres de TAral. 

L'élévation n'en doit pas être grande, puisque la partie 
de l'Oust Urt qui domine la vallée n'est que de 2i3 mètres 
au-dessus du niveau de l'Aral. Une circonstance qui pourrait 
faciliter l'entreprise, est le fait qu'une vallée large et pro- 
fonde, connue sous le nom d'Arys, se détache de la mer 
d'Aral pour se diriger vers le Ghegan. 

De l'autre côté de l'Aral, dans le cercle de Kazalinsk, le 
gouvernement russe a fait restaurer plusieurs oanaux dérivés 
du Syr Daria ou Yaxartes. Ges améliorations de détail ont 
déjà, parait-il, modifié le sol dans un sens éminemment 
favorable aux populations riveraines. 

Plus au nord, entre les bassins du Syr Daria et de 
l'Amou Daria, nous retrouvons M. Severtsof qui prépare 
en ce moment la relation de son dernier voyage au Fer- 
ghanah, à l'Alai et au Pftmir. En rapprochant ses conclu- 
sions de celles de ses devanciers, il arrive à modifier à 
peu près complètement la géographie de cette contrée sin- 
gulière du Pamir, longtemps considérée comme un plateau 
immense et assez uniforme. M. Severtsof y signale une fois 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 35 

de plas des vallées étroites, profondément encaissées, 
dookinées par des sommeU de 3600 à 3900 mètres, des pics 
plas hauts encore et tous les accidents d'un sol bouleversé , 
qne creusent sans cesse de nombreux cours d'eau, rivières 
ou torrents. Ce travail constituera un élément de premier 
ordre pour la géographie de la haute Asie. 

Remontons plus à l'est le cours du Syr Daria et nous 
arriverons dans la région de Turfan, à Kouldja, que le docteur 
Regel vient de parcourir et d'où il a rapporté des informa- 
UoDs capitales pour l'histoire naturelle, l'archéologie et 
la géographie. 

M. Regel vous est déjà connu ; depuis 1876 il sillonne 
la contrée du Kouldja et les versants des Thian Shan. 

Bien que la botanique soit sa spécialité, il n'en a pas 
moins observé le pays à d'autres points de vue également 
intéressants pour la géographie. 

Son dernier voyage, accompli en 1879, l'a conduit au 
bat dès longtemps entrevu par lui, c'est^-dire à Tourfan, 
sur les confins de la Mongolie et du Turkestan. 

11 partait de Kouldja en mai 1879 et remontant le Kash, 
rivière parallèle au Koungès, il traversa la chaîne de l'Irenka' 
birga pour arriver à Shikho, oasis située entre les énormes 
Montagnes Célestes et cette ligne de marais immenses, restes 
d'une ancienne mer, qui relient l'Ebi-nor au Gar-nor et 
au Bor-nor. Le gouverneur chinois de Shikho lui ayant 
enjoint de ne pas continuer son voyage, M. Regel dut re- 
brousser chemin; il revint à son point de départ à travers 
des passes de montagnes situées à l'est de celles qu'il avait 
franchies en quittant Kouldja. Plus d'une donnée intéres- 
^vanle a marqué ce voyage d'essai auquel nous devons, en 
] articuUer, des informations générales sur les versants sep- 
tenlrionaux de l'Irenkabirga, puissante chaîne dominée 
par plusieurs sommets de 4800 mètres. 

M. Regel ne se tint point pour battu. En juillet il repar- 
tait, et remontant cette fois toute la rive droite du Kash, 



36 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOdÉTË 

il fit dans les contreforts méridionaux de la grande chaîne, 
deux- reconnaissances dont Tune le conduisit à travers les 
neiges et d'immenses glaciers, jusqu'aux têtes de la rivière 
Wansadyk qui va passer non loin de Shikbo. Des sources 
du Kash', il passa par l'Aristan Daban, col de 3350 mètres, 
dans la vallée de Koungès, puis parle colOdinkouryhautde 
3000 mètres, dans la vallée du Youldous. A six journées 
de là, il rencontra un troisième col qui le conduisit chez les 
Torgoutes de la Princesse d'or. Ceux-ci, d'accord avec les 
Chinois, tentèrent sans succès de le diriger sur Karashar à 
travers des montagnes où il eût été facile d'anéantir son 
expédition. EnQn, au-delà de la passe de l'Algoi, M. Regel 
aborda la vallée qui devait le conduire à Tourfan. Le28sep- 
tembre, il n'était qu'à 3 kilomètres de cette ville quand 
les autorités chinoises furent informés de sa présence; 
sans le renvoyer, elles entravèrent par des difficultés sans 
nombre, ses courses dans les environs. 

Depuis le Jésuite Benedict Goez dont le voyage remonte 
à 1605, Tourfan n'avait été visitée que par le voyageur 
hellène Panagiotes Potagos qui s'y trouvait en 1871, se 
rendant à Hami. La relation de Goez est peu claire, celle 
de M. Panagiotes Potagos, encore à l'état manuscrit, est 
également pauvre de détails, si bien que le voyage de 
M. Regel à Tourfan conserve toute son importance. 

Tourfan est divisée en deux parties', l'une chinoise, l'autre 
tarantshi. A une soixantaine de kilomètres de cette double 
cité est l'antique Tourfan fondé, pense-t-on, par Tempe- 
reur payen Takianos, vers le commencement de l'ère chré- 
tienne et détruite à la fin du quinzième siècle. Ses ruines, 
d'une immense étendue, dénotent trois époques différentes ; 
à côté des monuments les plus anciens qui rappellent l'art 
grec ou romain, sont de magnifiques tombeaux mahométans 
et des restes bouddhiques. M. Regel n'admettant pas que 
les Grecs ni les Romains aient été aussi avant dans le 
centre de TAsie, attribue les monuments primitifs de Tour- 



fer stjk Les pftoGiiËs b^s sciences GéoGkÀt>blQûfiS. 37 

fan, comme ceux d'autres villes de la région, à un antique 
peuple du Turkestan qui aurait précédé les Ouïgours. 

M. Regel quittait Tourfan au commencement de novem- 
bre, pour se diriger d'abord au sud*ouest sur Toksoun, puis 
remonter au nord, traverser la vallée de Dabanshan auprès 
de l'énorme massif Bogdooula et atteindre Ouroumtsi, 
nlle toute chinoise dont la populace l'accueillit fort mal. Il 
allait, à partir de là^ se trouver en plaine et gagner Shikho 
par Sandschi et Manas. 

L'itinéraire de M. Regel, qiii forme un complément heu- 
reux à ceux de Sosnowski,de Potanineet de Prjévalsi, con- 
tribaera à fixer les positions encore indécises de bien des 
points, et déjà la carte publiée aux Mittheilungen par 
M. Hassenstein, avec le résumé du voyage, marque un pro- 
grès sensible sur les cartes antérieures. Il est aisé de voir 
par cet aperçu, que la relation complète du voyage ajoutera 
un chapitre aussi considérable que curieux à la géographie 
physique et historique de l'Asie centrale. 

Il faut rappeler ici qu'un voyageur anglais bien connu 
dans le monde de la géographie, M. Qelmar Morgan, a 
\isi[é, de son côté, la partie limitrophe de la Sibérie et du 
Turkestan russe. Les observations qu'il a recueillies au 
cours de son voyage de Tachkent à Semiretchinsk, à Ver- 
noîé, au Kouldja et à la passe de Mouzart, apporteront 
plus d'un utile élément à nos connaissances encore bien 
insuffisantes sur les versants septentrionaux du Thian 
Shan. 

Une question qui relève de la géographie politique a été 
résolue cette année. Il s*agit de la frontière de la partie du 
Kouldja rétrocédée à la Chine par la Russie. Les cartes 
devront désormais faire passer cette frontière par les Bed- 
jineTan et le cours du Khargos jusqu'à son confluent avec 
nii; elle gagnera de là les Ouzoum Tau dont elle suivra un 
embranchement jusqu'au Tekès; puis elle traversera ce 
bave pour suivre son affluent, le petit Mouzart, et atteindre 



38 RAPPORT SUR LES TRAYAITX DE LA SOaÉTÉ 

les Thian Shan dontxUe suivra les crôtes vers Touest, jus- 
qu'à la gorge de Souok. 

Rouldja devant être rendue aux Ghiaois, une partie des 
habitants a résolu de s'expatrier et le gouvernement russe a 
fait rechercher remplacement d'une nouvelle ville à bâtir 
pour recevoir les émigrants. Les recherches faites dans ce 
but établissent que la région comprise entre le Khoi^os et 
rOussek serait tout-à-fait favorable. Elle est couverte, en 
effety d'oasis jadis florissantes et présenterait un riche champ 
de culture. 

Nous avons, cette année, à citer deux noms de voyageurs 
français dans les régions que ne visitent guère nos na- 
tionaux. Au cours d'un voyage rendu possible par l'inépui- 
sable libéralité de M. Bischofisheim pour les progrès de la 
science, MM. Gapus et Bonvalot, s'ils n'ont pas accompli de 
découvertes géographiques proprement dites, ont du moins 
parcouru des territoires neufs et recueilli de nombreux faits, 
ainsi que d'abondants matériaux d'histoire naturelle. 

Une excursion de deux mois les a d'abord conduits 'de 
Samarkande aux rives de l'Amou Daria, à travers la Bou- 
kharie. Longeant les contreforts extrêmes des chaînes qui 
forment la vallée du Dérafshane, ils s'engagèrent à partir de 
la frontière du Turkestan russe, dans la steppe légèrement 
ondulée de Karshi. On était alors à la mî-mars ; quelques pré- 
coces plantes bulbeuses, des coléoptères hâtifs, le réveil de 
deux ou trois tortues signalaient seuls les approches du prin- 
temps cependant la température commençait à être élevée. 
Karshi, avec son commerce, avec les 80000 âmes de son 
oasis, est la seconde ville du Boukhara. A partir de Karshi, 
le terrain est formé de sédiments jurassiques tertiaires, 
analogues à ceux des montagnes situées plus à l'est, autour 
de Ghouzar et de Shirabad. Plus loin, la steppe s'accidente 
de chaînons de calcaire, de grès, de marnes multicolores, 
entre lesquels s'étendent des déserts salins. L'eau est rare et 
mauvaise; dans des lits à peine marqués, coulent quelques 



ET SUR LES PROGRÈS DES, SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 39 

ruisseaux impuissants à produire une flore. Le 24 mars, la 
carayane avec laquelle voyageaient MM. GapusetBonvalotat- 
teigoait, àKilif, les bords de l'Amou Daria; resserré là entre 
des fflontagneSy il n'a plus qu'aune largeur de 400 mètres. 
Longeant alors la rive droite du fleuve, ils remontèrent à 
Shirabad, pour revenir sur Akkourgane. 

Eatre ce point et TAmou Daria, sur 50 ou 60 kilomètres, 
s'espacent trois groupes de ruines, désignés sous les noms de 
Chahri Goul Goula, Ghahri Samân, et Termes. Les Ouz- 
begs n*ont que des notions fort embrouillées d'histoire ; ils 
coofondent Baber avec Alexandre-le-Grand et leurs rensei- 
gnements sur ces ruines sont tout-à-fait rudimentaires. Nos 
voyageurs se sont demandé si elles ne seraient pas super- 
posées aux ruines d'une cité grecque, comme à Balkh dont 
ils étaient tout près et où malheureusement ils ne purent 
pas aller. Voilà donc un nouveau problème pour la géogra- 
phie ancienne et pour l'archéologie. Nous aurons, par les 
soins de nos deux compatriotes, un plan approximatif et 
une description du site de ces restes. MM. Capus et Bonvalot 
effectuèrent parles montagnes de Shirabad et Ghouzar, leur 
retour à Karshi; mais delà ils prirent, pour rentrer à 
Samarkande, la fertile vallée du Kaschka-Daria. Pendant 
tout leur voyage, ils ont recueilli, autant du moins que le 
comportaient d'insuffisants instruments réunis à Tashkent, 
des observations météorologicpies, thermométriques et 
barométriques. Us ont réuni aussi des informations de toute 
natare et des collections d'histoire naturelle assez consi- 
dérables. 

Dn second voyage les a conduits le long du Zerafshane 
jusqu'à Varsiminor et leur itinéraire a été complété par des 
excursions dans les vallées latérales. Après le Zerafshane, 
dont une route en corniche assez difficile longe les rives, ils 
ont abordé le Fan Daria qui n'est que le Yagnaoub grossi 
des eaux de l'Iskander Daria. 
En face de Rabad, sur le Yagnaoub, est une montagne 



40 1^ÀPPoki SUR IseA ¥tûVÀttt bÉ Là ÈotiÈtÈ 

appelée par les genâ du pays Kalittag, c'est-à-dire € iiiôti-> 
tagne de sucre ». Cotnposée principalement de couches de 
charbon de terre, elle brûle dans sa partie supérieure. 
MM. Gapus et Bonvalot parvîilrent par un sentier yerligi- 
neuz, à l'alUtude de 3000 mètres, d'où ils purent contem- 
pler le terrible et grandiose spectacle de cette montagne en 
combustion. Des fissures de la fournaise gigantesque 
s'échappent de suffocantes vapeurs sulfureuses, et le sol 
brûle les pieds. Un industriel retire économiquement de 
cette usine gigantesque de magnifiques cristaux de soufre. 
La galerie de passage qui longe le Yagnaoub ayant été 
emportée par les eaux, il fallut, pour continuer la route, 
franchir par 3400 mètres d'altitude et au milieu des neiges, 
le Djijikrut, contrefort latéral de la vallée. Le Yagnaoub naît 
à 3250 mètres d'altitude, de quatre torrents qui sortent 
d'un nœud de hautes montagnes dont les trois principaux 
chaînons s'appellent le Barssangi, le Gouybas ou Kumbil et 
le Takkakhâna. 

A partir d'un point nommé Varzaoute, sur le cours supé- 
rieur de la rivière, les habitants sont des Yagnaubs qui 
parlent entre eux un dialecte spécial dont M. de Ujfalvy 
nous a naguère entretenu, et dont le major Âchinbéiief a 
heureusement publié une grammaire, car ce dialecte tend à 
disparaître devant la langue tadjik. 

MM. Gapus et Bonvalot sont revenus par llskander Koul 
dont les abaissements successifs sont nettement^ marqués 
aux flancs des montagnes qui rencaissent. Ils ont pu, dans 
leur itinéraire de retour, examiner les glaciers immenses 
qui alimentent TArtcha Maîdane Daria.* Le retour à 
Samarkande eut lieu en coupant les belles vallées du 
Magïan et de Farab. 

Nos deux voyageurs n*ont pas été les seuls, cette année, 
à voir une montagne en feu. Au nord et à 16 où 17 kilo«- 
mètres de la ville de Koutché, dans le Turkestan oriental, 
l'expédition russe de M. Kissélef a constaté que le Péchau 



fir StÀ LÉS t»tlOGR&S bÈâ SCIËNCSâ ééÔGtlÀPfitQtiËd. 41 

oa plutôt le Baï-fen-san, dont le nom turc est Zemôh-iag 
(montagne d*alun) brûle depuis longtemps. Une autre tnon« 
Ugne voisine, le Kizyl-Tag (montagne rouge) avait autrefois 
présenté le même phénomène, mais elle est actuellement 
éteinte. 

Ce fait est intéressant à rapprocher de Thypothèse de 
Humboldt sur l'existence de trois volcans actifs dans les 
Thian Shan. 

Avant de gagner le sud de l'Asie où se sont passés les 
iaits les plus importants à signaler, rappelons, dans une 
rapide pointe en Sibérie, qu'à la fin de mai dernier, partait 
soos la conduite du colonel Moïsséeff, du service des pilotes, 
une expédition russe chargée de faire des levés aux embou- 
chures de rObi et d'étudier l'estuaire du fleuve ^ Les résul- 
tats de ces travaux sont assez importants pour attirer 
l'attention des géographes. M. Moïsséeff a suivi la côte 
orientale de la baie de l'Obi, entre 67 et 72 degrés de lati- 
tude, et onze déterminations astronomiques ont prouvé 
qu'il faut, sur nos cartes, faire reculer cette partie du lit- 
toral an moins de 20 ou 25 kilomètres vers l'ouest. La baie 
de l'Obi deviendrait ainsi plus étroite qu'on ne la représente 
ordinairement, tandis que la presqu'île située entre cette 
baie et celle du Tase s'élargirait Toutefois, il convient d'at- 
tendre la publication des rapports de M. Moïsséeff pour voir 
si la côte occidentale de la baie de l'Obi ne doit pas éga- 
lement être reculée vers l'ouest. Dans ce dernier cas, 
c'est la presqu'île de Yal dont les formes seraient 
modifiées. 

Par l'initiative de la Société Impériale géographique de 
Russie, et avec le concours des autres institutions scien- 
tifiques de Saint-Pétersbourg, un observatoire météorolo- 

i. M. Fuchs était rastronome de Texpédition, à laquelle étaient atta- 
chés le capitaine Âbramof; les lieutenants Philippof et Mikhéioff et deux 
jeues médecins. 



42 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

gique et magnétique va être fondé aux bouches de la Lena. 
Récemment s'est mis en route M. Jurghens, Tobservateur 
chargé d'occuper ce poste. Pour s'y rendre il lui faudra au 
moins cinq mois de voyage, car après un trajet de 6000 ki- 
lomètres en traîneau, il en parcourra 3000 en canot ou en 
barque pour descendre le fleuve de Katchouga à Oust Lena. 
Au bout d'une année deséjour à son observatoire,il devra re- 
faire la môme route pour rentrer en Europe. M. Jurgbens 
est parti bien pourvu d'instruments et d'objets indispen- 
sables à la vie, mais nous n'en devons pas moins rendre 
hommage à son dévouement car il aura sans doute à lutter 
contre des difficultés de toute espèce pour s'établir et vivre 
dans cette contrée inhospitalière. 

Pour rinde anglaise l'année se caractérise tiar la publica- 
tion des résultats du dernier recensement qui porte la po- 
pulation de ces pays à 252Ô millions d'âmes, avec une 
augmentation de 6,5 pour 100 sur le chiffre donné par le 
précédent dénombrement. 

Dans le domaine de la littérature il faut signaler l'appa- 
rition du commencement de V Histoire universelle par 
M. Marins Fontane. L'auteur y explique l'histoire des peuples 
par leur position géographique, et le premier volume, con- 
sacré kVInde Védique^ montre que la configuration du haut 
Indoustan a imposé à l'Arya ses destinées. Placés entre 
rindus, les Himalaya et la mer, devenus trop nombreux 
dans le Pendjab, les Aryas primitifs furent obligés de se 
répandre vers l'Orient, vers le Gange où ils se mêlèrent à la 
race jaune. Le second volume, les Iraniens montre la fatale 
influence exercée sur les Iraniens par le grand désert de 
Rhaver, ancienne mer intérieure desséchée qui s'opposait, * 
au centre de l'Iran antique, à la formation d'une nationalité 
compacte. 

Cette année a vu s'achever une œuvre considérable entre- 
prise il y a vingt ans, ÏImperial Gazetleer of India, par 
M. W. W. Hunter, dont les neuf volumes renferment un 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 43 

trésor de renseignements aussi précieux pour le géographe 
qne pour l'administrateur et pour Thistorien. 

Le rapport annuel pour 1879 signalait un élément nou- 
Teau pour la solution du grand problème géographique du 
Tsan-po du Tibet. Un pundit s'était ayancé dans l'est jus- 
qu'au point où le fleuve tourne brusquement au sud-est; 
toatefois, il avait laissé encore une longueur de 160 kilo- 
mètres de fleuve à reconnaître de visu. 

Abordant la question par un autre côté, le lieutenant 
Sandman, attaché aux levés de l'Inde, a envoyé, en 1879 et 
1880, un pundit désigné par les lettres Â^— -a, reconnaître le 
haut cours de l'Iraouady. Cet explorateur indigène, parti de 
Bhamo, a remonté le fleuve en barque jusqu'à Katcho, puis 
parterre, en suivant la rive gauche du fleuve, il est arrivé 
à Mo-goung-poun, par 26'',08' de latitude septentrionale, 
entre le Maleeka et le Meh-ka, noms donnés par les indi- 
gènes Rakyen aux branches occidentale et orientale de 
riraouady. 

Les principaux résultats géographiques de cette mission 
sont la reconnaissance du fleuve et de sa vallée orientale, 
entre les parallèles de 25 degrés et 26 degrés, et la confirma- 
tion de l'existence de la branche orientale de l'Iraouady, 
dont Wilcox avait entendu parler en 1826. Il avait supposé 
la jonction des deux branches par 25'*,03'. Le lieutenant 
SaDdman, qui en ces dernières années, a remonté l'Iraouady 
josqu'à la rive du Mo-goung, avait fixé cette jonction par 
% degrés; le pundit la place à 25^,45'. 

De renseignements founis par les indigènes, l'explorateur 
A -* a conclu que le Malika, bras occidental de l'Iraouady, 
naîtrait à 23 jours de Katcho, dans le pays des Kamti. 
L'indication de cette distance ne nous apprend rien, mais le 
nom du pays désigne la région où Wilcox avait pénétré et 
avait cru découvrir les sources du fleuve. 

Le bras oriental ou Meh-ka qui a paru au pundit moins 
important que l'autre, sortirait de deux sources, l'une située 



a iUPPOAT SÛH LÈS tRÀVAti t)Ë LA ÛOCàtà 

à Test, au lac Nouag sa, Tautre située dans des collines à 
60 milles de Mo-goung-poun. 

Il résulte des indications données par le pundit que les 
deux têtes principales de Tlraouady naissent Tune^ celle de 
Malika, par 28 degrés, Tautre, celle de Meka, par 37%10 
environ. A — a se trouve, pour la première, d'accord avec 
Wilcoz qui donne au contraire à la branche orientale plus 
d'importance qu'à l'autre. Ni Tun ni l'autre, d'ailleurs, 
n'admet Tidentification du Tsan-pou et de l'Iraouady; mais 
il faut reconnaître que le pundit A — ^a, s'étant arrêté de 
deux degrés trop au sud pour ce qu'eût exigé l'observatioû 
directe, la question reste encore dans le domaine spéculatif. 

M. Creitner, compagnon de voyage du comte Biela Sze- 
chenyi s'est rangé à l'opinion qui fait du Brahmapoutra la 
continuation duTsan-pou. Son opinion s'appuye sur les as- 
sertions recueillies par le Père Faure, missionnaire, de la 
bouche des Kakyen d'après lesquels l'Iraouady aurait ses 
sources au loin dans le nord. 

La discussion n'est donc pas close et parmi nous M. Du- 
treuil de Rhins, après en avoir attentivement comparé les 
éléments, a pu resserrer quelque peu les limites entre les- 
quelles il faut chercher la vérité. Sa correspondance avec 
l'abbé Desgodins lui a fourni à ce sujet des indications pré- 
cieuses; le laborieux abbé, en eifet, est le voyageur qui 
avec Wilcox s'est le plus approché de la région où se dérobe 
encore la solution du problème, qui a le plus étudié du côté 
du Tibet, comme Wilcox l'avait fait du côté de l'Assam, le 
régime des cours d'eau. M. Dutreuil de Rhins, avec Rennell, 
Wilcox, le colonel Yule, l'abbé Desgodins, le lieutenant 
Harman et d'autres, estime que^ le Tsan-pou doit être iden* 
tiûé au Brahmapoutra et que les sources de Tlraouady se 
trouvent par environ 30 degrés de latitude nord, entre 94 de- 
grés et 95 degrés de longitude est de Paris. Les partisans de 
l'identificaiion du Tsan-pou à l'Iraouady comptent d'Anville, 
Klaproth et de nos jours MM. R. Gordon et Elisée Reclus. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 45 

La Cochinchine, après rAlgérîe le plus beau fleuron de 
notre couronne coloniale, aura ici sa place, car elle a été le 
théâtre d'assez récentes explorations qui méritent d^tre 
citées. 

Mais, tout d'abord doit-ôtre rappelée l'apparition de la 
carte de l'Indo-Chine Orientale à 1/900000, par M. Dutreuil 
de Rhins. Fruit d'un labeur persévérant, cette carte à la 
construction de laquelle a présidé une laborieuse critique, 
restera longtemps, avec sa réduction à 1/1 800000 le meil- 
leur des instruments de travail que puissent désirer les 
géographes. Ils remercieront le Ministère de la Marine au- 
qael en est due la publication, mais ils formuleront aussi 
un vœu dont notre Société a le devoir de poursuivre la 
réalisation. Une partie de la carte de M. Dutreuil de Rhins 
est restée manuscrite; c'est celle qui renferme la Chine du 
sud-ouest, le Tibet oriental et la longue presqu'île malaise. 
Or personne de vous n'ignore combien les explorations et 
les événements dans ces contrées sont difficiles à suivre, 
faute de cartes suffisantes. Nos Sociétés françaises de géo- 
graphie, aidées du concours des Ministères intéressés, ne 
pourraient-elles assurer l'achèvement d'une œuvre impor- 
tante qui serait certainement accueillie avec faveur par le 
public savant? 

Le Gouverneur actuel de la Gochinchine, M. Le Myre de 
Yilers, a donné une impulsion active aux explorations dans 
la colonie même et sur les territoires avoisinants, si impor- 
tants à connaître. 

La bonne politique, la bonne administration sont égale- 
ment intéressées à savoir ce que renferment les pays qui 
entourent une colonie, quelles populations les habitent, 
quelles relations doivent être établies^ quelles voies peuvent- 
être ouvertes au commerce. 

Au commencement de l'année, le docteur Neïs, dont 
nous a entretenus ici même le docteur Harmand, se remet- 
tait en route pour la troisième fois, avec l'intention d'aller 



46 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÂ 

visiter les Mois ou a sauvages » qui vivent sur les frontières 
de la Cochinchiae et de rAnnam. Quelques-unes de ces tri- 
bus semblaient disposées à nouer des relations avec nous, 
et dans cette intention Tun de leurs cbefs, nommé Putao, 
avait fait Tan dernier le voyage de Saigon. Au départ, il 
fut accompagné par le docteur Neîs jusqu'au village de 
Kroutk, sa résidence habituelle, à environ 30 kilomètres de 
notre frontière orientale. 

C'est le 21 février que M. Neïs, accompagné du lieute- 
nant Septans, chargé du levé de l'itinéraire, arrivait à 
Kroutk. Depuis lors Putao y a établi des magasins et des 
chinois de Saigon y ont ouvert un petit commerce de sel et 
d'étofies.' 

MM. Neïs et Septans continuant vers le nord-est, attei- 
gnirent le 18 mars, les sources du Donna! d'où ils regagnè- 
rent la Cochincbine en suivant pas à pas le fleuve à travers 
un dédale de montagnes. 

Ils ont pu étudier ainsi les Trao, tribus riveraines sur les- 
quelles l'autorité de Putao lui a paru assez faible, bien 
qu'elle ait suffi à faire respecter la mission. M. Neïs s'oc- 
cupait surtout d'anthropologie, mais il a pris un grand 
nombre de notes d'où il résulte que l'anthropophagie n'est 
pratiquée qu'accidentellement et à l'égard des étrangers 
qui s'introduisent dans le pays sans autorisation. 

Au point de vue géographique, M. Neïs estime avoir par- 
couru en tout 500 kilomètres et place par 12%30' nord et 
lOU'^yOS' est, le point extrême atteint sur le Donnaï. Du 
rapprochement des dates et des distances données par la 
relation, il est permis de conclure que cette position serait 
indiquée un peu trop au nord. 

Tandis que M. Neïs explorait la frontière orientale de 
notre territoire, le capitaine Aymonier, représentant du 
protectorat français au Cambodge et bien connu par ses 
travaux antérieurs sur l'Indo-Chine, poursuivait entre les 
grands lacs et le Mé-Rong les recherches archéologiques et 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 47 

historiques ressucitées à Angkor, il y a quelque trente ans, 
par le père Bouillevaux. 

On sait que les principaux successeurs français du mis- 
sionnaire ont été Mouhot» de Lagrée et Francis Garnicr, 
enfin M. Delaporte qui est en ce moment-même sur le 
terrain, accomplissant de nouvelles fouilles. 

Dans sa dernière exploration à Test des lacs,M. Aymonier 
a retrouvé de nombreuses ruines laissées par les popula- 
tions Khmer et Qhiam, et relevé un grand nombre d'ins- 
criptions dont plusieurs sont en sanscrit, en qhiam vulgaire, 
en dalil ou idiome sacré des Qhiam, et môme en banij 
langue spécialement réservée aux chants de la religion 
musulmane. 

L'Académie des inscriptions et Belles Lettres est disposée 
à solliciter l'appui de TÉtat en faveur des nouvelles explo- 
rations que H. Aymonier projette d'entreprendre à Test du 
Cambodge et en particulier chez les Qhiam, dont les débris 
semblent avoir été refoulés par les Anqapites sur les fron- 
tières du Bigne Thouane et du Khâgne hoa. 

Avant de revenir en France, M. Aymonier avait fait un 
voyage de PnomPègne, capitale du Cambodge, à Kampot 
snr les bords du golfe de Siam. Il était accompagné de 
H. Pavie qui a commencé à publier un récit du voyage 
dans le précieux recueil des Excursions et Reconnais- 
sances. 

La première partie du récit ajoute aux renseignements 
antérieurs quelques pages de géographie descriptive. 

L'étude des mollusques qui est sa spécialité, n'empêcha 
pas M. Pavie de glaner un peu dans le domaine de la flore 
et de donner des détails sur la petite localité de Kampot, 
qui par sa situation entre la baie de Kompong Soaï et 
Hatiène, semble vouée à une importance secondaire. 

La Cochinchine est entourée de contrées immenses dont 
la carte, blancbe encore, sollicite les explorateurs. 

L'étude de ces pays doit particulièrement fixer l'atlen- 



48 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

tion du Ministre de l'Instructien publique aiusi que du Mi- 
nistre du Commerce et des Colonies, et il conviendrait 
qu'elle fût systématiquement poursuivie par une longue 
suite de voyages. 

En remplacement de YEllengowan mis hors de service 
par plusieurs années de courses sur les côtes de la Nouvelle- 
Guinée, on a lancé à Dundee un petit vapeur qui semble 
devoir hériter de l'activité comme il a hérité du nom de 
l'autre. Il a déjà conduit deux missionnaires qui nous sont 
connus, MM. James Chalmers et Thomas Beswick, à la 
recherche de points salubres pour l'établissementdes postes 
d'évangélisation. Arrivés en 1881 à Port Moresby, à l'em- 
bouchure de TAroa, ils ont suivi les rives de ce fleuve et de 
l'un de ses aMuents, le Yaïlouï, à travers un beau pays fort 
bien cultivé, et parmi des populations pacifiques. Arrivés 
en un point nommé Iduna, situé non loin de la côte, 
ils constatèrent que les indigènes portaient des ornements 
particuliers obtenus par le trafic avec la côte nord. 

Le voyageur russe Miklouko-Maklay parait avoir définiti- 
vement renoncé à ses explorations en Nouvelle-Griiinée^ car 
il vient de fonder sur la côte australienne, au nord de 
Sydney, un laboratoire pour l'étude de la faune et de la 
flore sous-marines. 

Ajoutons que la Nouvelle-Galles du sud, la plus ancienne 
des provinces australiennes, a fixé définitivement cette 
année la limite de son territoire du côté de Queensland^ 
la plus jeune de ces provinces. 

La vérité n'est pas connue encore sur les destinées de 
Leichhardt. On se rappelle qu'un certain Skuthorpe préten- 
dait avoir trouvé sur l'Herbert River le journal de Leich- 
hardt et celui de Classen,run des membres de l'expédition. 
Ce dernier document, que Skuthorpe ne veut point commu- 
niquer non plus que l'autre, contiendrait la déclaration que 
Glassen, envoyé par son chef à la recherche d'une source 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 49 

pîèi duSaltwa'er Greek, aurait trouvé, en revenant, Leich- 
liardt assassiné; fait prisonnier lui-même, Glassen aurait dû 
suivre alors les indigènes au milieu desquels il serait resté 
jusqu'à ces dernières années. 

D'autre part, M. Charles Todd, d'Adélaïde, créateur et di- 
recteur général du télégraphe transaustralien, désigne le 
Molligan River comme la région où aurait péri Leichhardt. 
Selon des informations recueillies par des employés du 
télégraphe, l'expédition attaquée à Timproviste, aurait été 
massacrée. Après avoir brûlé les chariots et les harnais, 
les indigènes enterrèrent leurs victimes dans des collines 
de sable du Pitcherie Gountry^ à l'est ^e la station télégra- 
phique de Charlotte Waters, au triple confin des provinces 
de l'Australie méridionale, du Queensland et du Northern 
Territory. S'appuyant sur toutes ces données, les proprié- 
taires du Sydney Bulletin et le baron Ferdinand de MuUer, 
(le Melbourne, ont demandé aux gouvernements des colonies 
australiennes les fonds nécessaires pour envoyer une expé- 
dition à la recherche des restes de Leichhardt. M. Ernest 
Giles aurait offert de prendre le commandement de cette 
expédition qui, tout en poursuivant son but spécial, enri- 
chira la géographie. 

La Queensland n'est pas la muins active des colonies aus- 
traliennes. En 1880, le gouvernement avait publié une carte 
dressée en vue de la continuation jusqu'au golfe de Carpen- 
tarie, du chemin de fer qui pénètre déjà à 500 kilomètres 
dans l'ouest. En 1880, l'administration provinciale faisait 
paraître une carte à plus grande échelle, dressée par MM. F. 
Bailey et R. H. Lawson. On s'est mis, depuis lors, à l'étude 
du tracé projeté qui, partant de Roma, Tune des stations 
actuelles du chemin de fer, se dirigerait vers la région de 
partage des rivières Flindc^rs et MûUer; elle gagnerait de là 
les sources du Leichhardt, passerait entre ce cours d'eau et 
leOregory River et irait aboutir soit à Burketown, soit à 
Port Parker, sur le golfe de C^rpentarie. 

Si€. DE SÉOGa. — 1* TRIMESTRE 1882. III. — 4 



50 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

Une première reconnaissance, dirigée par M. F. Watson, 
était heureusement parvenue au bord du golfe, après avoir 
traversé de beaux pays et trouvé le sol favorable à la cons- 
truction d'un chemin de fer. 

Toutefois, elle avait rencontré trop de cours d'eau débordés 
et, en 1881, une seconde expédition dirigée par M. W. Fiel* 
ding, avec M. Robinson comme ingénieur, a été chargée de 
rechercher un autre tracé. 

De son côté, M. W. E. Armit a étudié, pour le gouvei^ 
nement colonial de Brisbane, le district de Burke, au sud 
du golfe. Il s'agit de trouver une ligne de passage pour le 
chemin de fer, à travers cette contrée sujette aux inonda- 
tions par suite du réseau des rivières qui la traversent pour 
s'aller jeter dans le golfe de Garpentarie. 

L'exploration des côtes du Queensland n'a pas été négligée 
non plus. En juin 1880, le capitaine G. Pennefather a visité 
la côte orientale, à peine connue encore, du golfe de Gar- 
pentarie. II remonta d'abord la rivière Goen dont le court 
trajet aboutit vers la côte à de vastes marais ; puis la rivière 
Archer dont la vallée assez pauvre, est peuplée d'indigènes 
agressifs; enfin, dans le nord, non loin du cap York, M. Pen- 
nefather a reconnu la rivière Batavia qui arrose des terres 
excellentes et débouche dans une belle rade. 

M. Pennefather consacra la fin de Tannée à étudier les îles 
Swer, Bentinck^ Fowler, Allen, situées près de la partie la 
plus enfoncée du golfe de Garpentarie et dont le sol est riche 
en productions tropicales. Il en est de même pour Port Par- 
ker, situé sur la terre ferme, au voisinage de ces petites îles. 

M. Alexandre Forrest dont vous n'avez certainement pas 
oublié la récente et fructueuse exploration dans le nord- 
ouest de l'Australie, le long de la rivière Fitzroy, a publié 
cette année le journal de son expédition. Il fixe à 25 mil- 
lions d'acres la surface colonisable du pays parcouru par 
lui et qui s'appellera district Kimberley. Ajoutons que 
M. Forrest, en récompense de ses services, a reçu une 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 1H 

concessioQ de 10000 acres avec le choix de l'emplacement. 

Au sad da continent australien, nous avons à enregistrer 
^reconnaissance des plaines de Nullarbour par M. W. Jones, 
qui nous apprend que ces plaines sont à environ 180 mètres 
d'altitude, qu'elles reçoivent autant de pluie que le littoral, 
mais qu'en raison de sa nature, le sol qui produit de bons 
pâturages à la suite de la saison humide, ne produit guère 
le reste du temps qu'une végétation sans valeur. Une parti- 
cularité qui distingue la réjgion de Nullarbour est Texis- 
tence de nombreuses et immenses galeries souterraines qui 
s'étendent sur plusieurs lieues. 

Dans Test de la province d'Australie méridionale, M. E. 
B. SuDgem a exploré le territoire compris entre les Govern- 
meot Gums, forêts de gommier du gouvernement, et la 
localité de Hamswankanina. 

lise divise en deux zones dont la première, celle du sud, 
est formée de plateaux pierreux, avec .une dépression au 
centre et quelques plaines d'alluvion. Les rivières courent 
dans la direction des lacs Eyre et Amédée ou d'autres lacs 
salés de l'intérieur. Au moment des pluies, d'immenses 
quantités de détritus descendent de ces plateaux pour aller 
s'entasser dans les plaines; les courants débordés refoulent 
alors même le courant de la rivière Cooper. A la saison 
sèche, l'eau des rivières et des lacs devient salée. La seconde 
zone, située au nord de celle-là, est caractérisée par des col- 
lines basses de sable blanc qui s'étendent sur des centaines 
de milles au nord et à l'ouest et font partie du désert cen- 
tral australien. 

L'entrée de la baie d'Hudson, par 66 degrés environ de 
latitude Nord, peut être considérée comme appartenant aux 
régions polaires. Elle les sépare de cette partie de l'Amé- 
rique qu'on pourrait appeler subpolaire, et par laquelle nous 
allons commencer la rapide esquisse des principaux élé- 
ments des progrès de la géographie américaine pour 1881. 



52 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

Les terres des abords de la baie d'HodsoD ne sont, à vrai 
dire^ guère mieux connues que certaines terres polaires. 
La Compagnie de la baie d'Hudson et le service des levés 
géologiques du Canada, donnent annuellement des missions 
à leurs agents qui doivent explorer diverses parties de la 
contrée. 

C'est ainsi que le capitaine Boulton, envoyé par la Com* 
pagniCy a eu l'occasion de faire plusieurs corrections de 
positions géographiques entre les baies de Childley et de 
Nakvak, à la côte nord-ouest du Labrador, environ sous 
60 degrés et 59 degrés de latitude nord, ainsi que dans la 
baie dIJngava, jusqu'à l'embouchure du Kotsoak River, 
dans la baie d'Hudson. La région est désolée, sans végé- 
tation, et les Esquimaux n'entretiennent guère leur chétive 
existence que grâce aux secours des missionnaires dont les 
stations sont échelonnées du 54* .au 59* degré de latitude 
nord. 

Assez différent est le tableau que fait un envoyé du Geo - 
logical Survey du Canada, le professeur Robert Bell. Il 
décrit comme presque riants les abords du golfe Ri chemond, 
qui entaille profondément la côte orientale de la baie d'Hud- 
son entre le 56* et le 57* degré de latitude. La mer qui, vers 
la baie d'Ungava, charrie, môme en août, des flottes d'ice- 
bergSf est au contraire dégagée dans les parages du golfe 
Richemond. Les golfes et les baies intérieurs sont peuplés 
de phoques et d'autres animaux ainsi que d'oiseaux aqua- 
tiques. 

La marée, accompagnée de phénomènes particuliers, s'y 
fait sentir depuis la mer d'Hudson jusqu'au fond du golfe 
même, par un étroit passage. Avec ses roches de plusieurs 
centaines de mètres de hauteur qui plongent à pic dans la 
mer et ses lacs aériens, cette région offre un aspect d'une 
grandeur sauvage. 

Comme complément à ses recherches, H. R. Bell a encore 
(lonné dans les Proceedings de la Société Royale géogi a- 



phiqae de Londres, en môme temps qu'une carte impor- 
tante, la description des rivières Ghurcliill et Nelson, et des 
lacs God et Island, situés dans l'intérieur des terres, à l'ouest 
de ia baie d'Hudson. 

Descendant un intervalle de quelques degrés, nous trou- 
vons dans la Dominion dti Canada et dans la Colombie, les 
apprêts d'une entreprise immense, le Canadian Pacific Rail- 
«ay. M. Stanford Flemming attache décidément son nom à 
rexploraiion du vaste territoire qui s'étend du lac Winni- 
peg, dans le Manitoba, au fort Simpson sur le Pacifique; les 
traTaoz relatifs à ce projet ont constitué déjà depuis cinq 
ans, une importante bibliothèque. Le nom du fort Simpson, 
silaê sous le 54* parallèle, nous dit que, du côté du Pacifique, 
les topographes et les ingénieurs, trouvant les régions du 
sud trop difficiles pour leur tracé, l'ont infléchi assez forte- 
ment vers le nord. 

M. Daniel Gordon, membre de l'expédition, présente un 
tableau pittoresque de toute la région étudiée, avec la des- 
cription des bassins des rivières Skeene, Peace et Pine, et 
de leur trajet à travers les Montagnes Rocheuses jusqu'aux 
Prairies. Les îles de la Reine-Charlotte étant situées vis-à-vis 
du fort Simpson, M. Dawson, Tun des topographes de l'ex- 
pédition de H. Flemming, a fait l'exploration et la descrip- 
tion complète de cet archipel, découvert en 1787 par le 
capitaine Dixon. 

La principale de cqs îles passait encore, il y a une dizaine 
d'années, pour former un tout unique. Nous savons actuel- 
lement qu elle est, comme la Nouvelle-Zemble ou la Nou- 
velle-Zélande, divisée en deux fragments, File Graham et 
Ille Horesby, séparées par un détroit extrêmement resserré. 

Ces deux îles, très déchiquetées par des golfes profonds, 
semblent continuer le système montagneux qui, partant du 
mont Olympe dans le territoire de Washington, se continue 
par nie de Vancouver. 

Les Haldas, habitants de Tarchipel, sontrune des curieuses 



54 RAPPORT SUR LKS TRAVAUX DE LA SOGIÂrA 

particularités de ce groupe; ils ont poussé l'art de la sculp- 
ture sur bois à un très haut point de perfection. Malheureu- 
sement, cette population d'artistes, réduite à quatre ou 
cinq mille taies, est de celles qu'il faut se h&ter d'étudier 
car elle marche rapidement à l'extinction. 

Les États-Unis ne présentent aujourd'hui rien de spécial à 
mentionner. Les levés géographiques et géologiques dans 
l'ouest des Montagnes Rocheuses, si habilement dirigés par 
le docteur Haydea pour le département de l'intérieur et par 
le capitaine Wheeler pour le département de la guerre, ont 
continué sans interruption. 

La partie zootogique de ces belles études est attribuée à 
MM. Scudder et Goues, la botanique à MM. Hooker et Âsa 
Gray, tandis que l'ethnographie et la linguistique sont 
confiées k M. Powell. 

Ce dernier a fait publier des grammaires et des vocabu- 
laires de langue des Rlamaths (Orégon), des Ponkas du 
Nebraska, et des Dakotas* Pour leur part, MM. Hooker et 
Asa Gray ont établi la ligne de partage entre les deux grandes 
zones botaniques de l'Union. Cette ligne passe, on le com- 
prend aisément, par les Montagnes Rocheuses. L'une et 
l'autre des zones présentent des végétaux de la zone tem- 
pérée; mais, tandis que l'appoint de la zone du Pacifique est 
constitué par des productions subtropicales et tropicales du 
Mexique, la zone de l'Atlantique, dont la limite est le Gap 
Nord, comprend un certain nombre d'espèces botaniques 
boréales. MM. Hooker et Asa Gray assimilent cette dernière 
k la flore du Japon septentrional et de la Mantchourie. 

En quittant le « Geological Survey » où il laisse d'excel- 
lentes traditions que continuera son successeur M. Powel, 
M. Ghrence King a vu s'achever une œuvre intéressante, la 
carte k 1/10000 des districts à métaux précieux, dont les 
centres sont Eurêka dans le Nevada, et Leadville. 

Le Mexique, le Yucatan et la partie nord de l'Amérique 
centrale nous ont apporté quelques Gstits intéressants. 



ET SUR LES PROGRÉS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 55 

II faat commencer par signaler la délermination exacte 
de la position de la ville de Mexico. Elle a été obtenue par 
M. Femandez, de l'observatoire astronomique de la ville, 
e( par ringénieur Jimenes. — Mexico est situé par : latitude 
nord 19' 26' V, 3 longitude à l'est de Greenwich 99* 6' 39^, 
15; son altitude est de 2283 mètres. 

Vous vous rappelez tous la communication si intéressante 
faiteà la Société il y a quelques mois par M. Désiré Charnay^ 
à la suite de la mission qu'il a remplie au Mexique et dans 
le Tabasco pour le Ministère de l'întruction publique, avec 
le généreux concours de M. Lorillard. Le Bulletin vous 
donnera les résultats principaux de ce voyage. Notre col- 
lègue est parti de nouveau, accompagné cette fois de 
M. Bourgeois qui sera plus spécialement chargé de faire des 
levés d'itinéraires; les informations géographiques vont 
donc ajouter encore à l'intérêt des recherches archéolo 
giqaes que M. Charnay poursuit avec tant de persévérant 
courage. 

En 1879, M. Woeikof, un savant voyageur russe qui vous 
est bien connu, et en i880, M. Charles Lamp ont exploré le 
Tucatan soumis aux Mexicains. Mais nous savons que depuis 
1847 les Mayas de la partie orientale de cette grande pres- 
qu'île se sont rendus indépendants sous des rois auxquels 
ils ont donné le nom des souverains de leurs anciennes 
dynasties nationales. 

Dans les États de Tabasco et de Chiapas, travaille depuis 
un certain temps M. Ëdwin Rockstroh, auquel^ en outre 
de plusieurs corrections et additions géographiques, on devra 
la découverte, près du Raudal de Tenosique, de magnifiques 
niioes appelées Menche par les Indiens ; situées sur la rive 
gauche de l'Usumacinta, près de la ville de ce nom, elles 
M)nt peut-être moins grandioses, mais aussi elles sont mieux 
conservées que celles de Palenqué. 

A propos des découvertes importantes pour la plus an- 
cienne histoire des Américains et de leurs civilisations 



66 kÂppoRT im Les tHAVAùx bti là sbcfÉtÊ 

oubliées^ il faut rappeler que les célèbres moaumônts de 
Santa-Lucia de Golzutnalruapau, découverts un peu au sud 
du volcan del Fuego, dans le Guatemala, ont trouvé leur 
place dans le Musée ethnologique de Berlin. C'est d'après 
l'avis donné par le docteur Bastian à son retour en 1876, 
qu'ils y ont élé transportés. Enregistrons enfin la revendica* 
tion d'un Allemand devenu Américain, le docteur Habel, 
qui dit avoir examiné avant iM . Bastian ces restes dont il n'a 
d'ailleurs donné que tardivement la description dans les 
Smithsonian Contributions ta Knotcedge de 1880 *. Ils 
sont d'un style tout particulier, et mixte comme les popula- 
tions qui entouraient les lacs Quicbès, Kaxchiquels, Zonton- 
gits, etc. 

Pour le Guatemala, qui marche d'un pas soutenu dans 
les voies du progrès, il faut citer ici la création d'un bureau 
général de statistique. Ce bureau a déjà publié un petit 
volume intitulé : Deinarcacion politica de la Republica de 
Guatemala, sorte de dictionnaire des localités qui renferme 
d'utiles indications. 

Un travail analogue a été exécuté pour l'île de Cuba où 
depuis 1878, à la suile du dernier recensement, toutes les 
divisions territoriales avaient été changées. Il porte le titre de 
Division territorial de la Jsla de Cubay nomenclatur de sus 
poblaciones^y par D. Juan Stuyck y Heig. Ce travail donne 
pour la population de l'Ile, trois chiffres différents variant 
de 1 409 000 à 1 411 000 âmes, d'oii il est permis d'inférer 
que les méthodes de dénombrement ont laissé à désirer. 

Nous voici arrivés à cet isthme de Panama, où, par la 
puissante volonté de l'homme illustre qui nous préside, se 
poursuit l'œuvre de la réunion de deux océans. Elle inscrira 
en lettres d'or une grande date dans Thistoire. 

Des études difficiles, dangereuses, sont engagées sur di- 
vers points de la zone que suivra le canal. Notre collègue 

U T. XXII. 
2. Madnd, 1880. 



k¥ àtm LÈS MlOÛAÉS DES SCi£NCËâ 6é06tUPltlQt£ai. 6? 

M. Armand Reclus, qui vient de consacrer à la description 
de l'isthme une publication pleine d'intérêt^ est chargé de 
centraliser les résultats de ses travaux, dont la géographie 
comme la géologie retireront d'abondantes données, en at- 
tendant que le commerce y moissonne des richesses. 

Votre rapporteur ne saurait entrer ici dans des détails sur 
la marche de Tenlreprise, mais il doit signaler un fait qui 
relève de la géographie physique. 

Le percement de Tisthme de Suez a modifié le climat de 
la Basse Egypte, en faisant passer à travers le désert les 
eaux de deux mers réunies, surtout en constituant au centre 
deTisthme le lac Timsah et les grands lacs Amers. Le canal 
de Panama aura également son lac artificiel, dont l'existence 
modifiera également les conditions physiques du pays. 

Les Cordillères centrales envoient au Pacifique et à TAt* 
iantique des fleuves plus ou moins abondants que viennent, 
à certaines époques, grossir des pluies dihiviennes. De ces 
cours d'eau, le plus considérable, le Ghagres, qui en temps 
ordinaire coule paisible et calme versPAtlantique, se gonfle 
subitement une fois par année jusqu'à débiter ISOO mètres 
cuues, quelquefois même, mais rarement, 1800 mètres 
cubes à la seconde. Le Ghagres coupant la direction du ca- 
nal, il fallait le détourner ou l'arrêter; c'était, à vrai dire, 
la difficulté de l'œuvre. Une commission d'ingénieurs des 
plus distingués en a étudié la solution et s'est prononcée 
pour l'exécution d'un barrage colossal qui retiendra les 
eaux du Ghagres dans une vallée admirablement disposée 
pour recevoir ce lac, dont la contenance serait de plus d'un 
milliard de mètres cubes. 

La crue étant emmagasinée, les travaux permettront de 
régulariser l'écoulement le long du canal, soit à l'un, soit 
à l'autre des océans, soit même à tous les deux. Les ingé- 
nieurs vous diraient aussi que le barrage à élever étant à 
proximité d'une montagne à enlever, les deux opérations se 
combineront heureusement. L'entrée des eaux du Ghagres 



58 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

dans rimmense réservoir dont la construction emploiera 
quatre millions de mètres cubes de pierres, permettra en 
outre tout un système d'irrigations profitables au pays en 
général et en particulier aux villes de Panama et de Golon- 
Aspinwal. 

Dans l'angle nord-est de la Colombie, se dresse, détachée 
des Andes qu'elle domine, la Sierra Nevada de Santa-Marta. 
Un diadème de neige persistante couvre son front, qui 
s'élève à plus de 5300 mètres au-dessus des mers. Ce 
massif se distingue également par ses conditions géolo- 
giques. En effet, tandis que d'épaisses forêts escaladent 
jusqu'à leurs sommets, c'est-à-dire jusqu'à 3000 ou 3600 
mètres les Andes qui viennent finir à l'entrée de la pres- 
qu'île Guayero, elles ne s'élèvent pas à plus de 1500 mitres 
sur les flancs; de la Sierra de Santa-Marla. 

On devait à M. F. A. A. Simons un chapitre intéressant 
relatif à cette région, publié il y a deux ans dans les Pro- 
ceedings de la Société Royale géographique de Londres. 

Le même voyageur complète aujourd'hui son premier 
travail par de' nouvelles informations, résultat d'un long 
séjour et de nombreuses excursions au cours desquelles 'Il 
a étudié non seulement le massif même, mais encore les 
habitants du Rio Gesar et du Rio Ranchena. 

Après les fructueuses explorations du docteur Grevaux à 
travers la Guyane française et le voyage de M. Ëverard Im 
Thurn dans les hautes parties de la Guyane anglaise, voici 
que le Hollande a fait explorer sa colonie de Surinam. La 
Tijdsckrift de la Société de Géographie d'Amsterdam a pu- 
blié, avec une carte au 1/400000^, le récit du voyage accom* 
pli par M. J. Loths à la rivière de Saramaca, dont il a 
relevé les deux rives. 

Pour le Brésil, le regret peut être exprimé, comme pour 
la Russie, que les documents géographiques qui s'y pro- 
duisent nous demeurent trop souvent inconnus. Vous de- 
vrez cette fois-ci à la présence à Paris de l'un de nos col- 



ET* SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 59 

lègues, M. Gorceix, directeur de l'École des mines d'Ouro 
Preio, d'enteadre quelques informations sur des travaux in- 
téressants pour l'étude de ce vaste empire dont la carte 
présente encore tant de parties indécises, pour ne rien dire 
de plus. 

Il n'y a guère qu'une soixantaine d'années que séparé de 
sa métropole, le Brésil s'est donné un gouvernement indé* 
pendant. Il a dû, depuis lors, pourvoir à des exigences vi- 
tales, à des travaux immédiatement utiles, à l'établis bement 
des voies de communication fluviales et terrestres, à l'étude 
des cAtes. 

Depuis une dizaine d'années, un mouvement scienti- 
fique très marqué s'est produit, sous Pimpulsion de l'em* 
pereur Don Pedro II, que nous nous honorons de compter 
parmi les membres de la Société. L'École des mines d'Ouro 
Preto, par exemple, n'est pas constituée pour former seule- 
ment des directeurs d'exploitation et d'établissements mé- 
tallurgiques ; elle prépare aussi des hommes capables d'ex- 
plorer le pays. C'est ainsi que M. d'Oliveira , un ingénieur 
distingué sorti de cette École, a étudié la partie occidentale 
delà province de Minas Geraes formée par le bassin de 
l'Abaèté, affluent du San Francisco. La relation de ce 
voyage, insérée aux Annales de l'École, donne des rensei- 
gnements exacts sur les conditions climatologiques, la végé- 
tation et les productions des principales zones traversées. 
Ses itinéraires, relevés avec soin, ont permis de constater 
pins d'une erreur sur les cartes de cette région. 

Une partie du personnel de l'observatoire de Rio de Ja- 
neiro, dont l'organisation occupe depuis plusieurs années 
la sollicitude du gouvernement, a été employée en 1878 et 
en 1879 à déterminer les coordonnées géographiques de 
divers points des provinces de Rio de Janeiro et de San 
Paolo. Dans la première de ces provinces une triangulation 
a été entreprise. 

Un rapport encore manuscrit de M. Bauer, ingénieur des 



60 tupfont soâ itA îRÀVÀijx i)Ë u sociËtÉ 

mines, nous donnera la détermination de la latitude et dô 
la longitude de quelques points situés près de la ville de 
Gapan Grande, dans la province de San Paolo. 

Grâce aux documents recueillis pendant les études pour 
la construction de voies ferrées, il a été possible au Ministère 
des Travaux publics du Brésil, de publier une carte à l'échelle 
de 1/1 000000, des régions traversées par les chemins de fer, 
dans les provinces de Rio de Janeiro, San Paolo et Minas 
Geraes. Cette carte indique en outre les parties des voies 
ferrées livrées à l'exploitation, celles qui sont en construc- 
tion et les tracés à l'étude. D'après les ordres du gouverne- 
ment brésilien, un travail semblable sera publié en 1882 
pour l'ensemble du pays. 

Au mois de janvier dernier, la partie exploitée du ré- 
seau des chemins de fer brésiliens avait une extension de 
3551 kilomètres; les lignes en construction représentaient 
3284 kilomètres et le développement des lignes projetées 
était bien plus considérable. 

Une étude complète du San Francisco, de l'embouchure 
du fleuve à la cascade de Pirapora, c'est-à-dire sur une 
longueur de 2122 kilomètres, a été faite par M. Milnor 
Roberts, ingénieur. Dans la première section, de l'Océan 
à Penedo, le fleuve présente une largeur moyenne de 
1 500 mètres, qui atteint par endroits 3300 mètres. 

Sur toute cette section le San Francisco est navigable. 
C'est dans la seconde section, entre Penedo et Jatoba, 
que se trouve la célèbre chute de Paulo Affonso, autour 
de laquelle on construit un chemin de fer près d'être ter- 
miné ; quelques travaux seront nécessaires pour rendre 
navigable la troisième section, celle qui s'étend de Jatoba 
à Sobradinho, tandis qu'au delà, entre Sobradinho et 
Pirapora, le fleuve est presque partout navigable. A celte 
distance de l'Océan, sa largeur varie encore de 750 à 
1 500 mètres, avec une profondeur moyenne de 4 mètres, 
même pendant la saison sèche. 



BT SCm LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 61 

La reconnaissance du Rio das Yelhas jusqu'à son con- 
fluent avec le San Francisco, vient d'être terminée par 
TuD des ingénieurs qui accompagnaient M. Milnor Hoberts; 
la mort a emporté celui-ci au moment où il allait achever 
ie travail.^ 

Le prolongement du chemin de fer Don Pedro II est 
étudié jusqu'à Macaubas sur le Rio das Yelbas et la cons- 
truction en est très avancée entre Tarandahy et Sabara. 
D'ici à quelques années une communication directe sera 
ouverte de la baie de Rio de Janeiro à l'embouchure du San 
Francisco; elle traversera le Brésil sur une longueur de 
3000 kilomètres. 

Le rapport de M. Milnor Roberts donne des renseigne- 
ments précis sur le climat des provinces que baigne le 'San 
Francisco et sur les quantités de pluie qui tombent annuel- 
lement à Sobra, dans la province de Minas Geraes, au 
Geara et au Rio de Janeiro. 

On autre de nos collègues^ M. Victor Fournie, ingénieur 
distingué des ponts et chaussées, qui fut en 1874 chargé de 
la direction des travaux publics provinciaux de la province 
dePernambuco, a transmis à la Société une carte de cette 
province au 1/1 000000. Elle lui était adressée au nom de 
l'ingénieur brésilien F. Âpoligorio Léal, directeur actuel des 
travaux de la province. M. Fournie, qui en avait établi la 
première édition avec le concours de M. Béringer, l'une des 
victimes de la mission Fiatters, nous a donné, dans une 
lettre destinée au Bulletiny d'intéressants détails au sujet 
des documents sur lesquels repose cette œuvre. 

Peut-être aurons-nous quelques renseignements utiles 
pour la géographie, dans le catalogue d'une exposition 
d'objets relatifs à l'histoire du Brésil, qui a été organisée à 
Rio-Janeiro, par l'initiative de S. M. l'empereur Don Pedro II, 
sous la direction du docteur F. Ramirez Galvan, directeur 
de la bibliothèque nationale de Rio-Janeiro. 

H. Crèvaux n'est pas le seul Français qui ait contribué, en 



62 RAPPORT SUR LES TRÂYÀUX DS Là SOOfTfi 

cos fiemièreh aanées, à i'étiide des hauts affluents de rAma- 
zone. Le rapport précédent signalait le Toyage da vice-con- 
sai de France à Gnajaquil, H. CSiarles Wiener, le long du 
Rio Napo. Nous enregistrons cette fois une grande recon- 
naissance faite par M. Wiener dans les hauts tributaires de 
droite et de gauche du Maranon. Elle ayait comme but de 
constater leur importance au point de vue de la navigation, 
ainsi que de rechercher la meilleure station d'entrepôt 
pour le trafic entre l'Océan et les opulentes contrées 
qu'arrose l'Amazone. Ce point, d'après l'explorateur, serait 
aux environs du Pongo de Hanseriche, à la petite ville de 
Chachapoyas par où les produits européens a peuvent être 
débarqués à un jour de route des hauts plateaux de la Cor- 
dillère >. M. Wiener nous rapportera, entre autres matériaux 
utiles, des données sur un immense affluent du Maranon, le 
Rio Tigre, dont le tracé n'avait pas été étudié avant lui. Les 
indications qu'il donne dans son rapport obligeaofment 
communiqué à la Société par le Ministère des Affaires étran- 
gères, sont de nature à nous permettre d'espérer de ce côté 
une sérieuse contribution à la géographie de l'Amérique 
équatoriale. 

C'est sur le territoire du Brésil que l'Amazone reçoit le 
plus grand nombre de ses tributaires, au nombre desquels 
sont le Purus, par l'intermédiaire du Madeirà ; le Béni, et, 
près de la frontière nord de la Bolivie, le Purus lui-mônae 
se grossit, sur sa rive droite, des eaux du Sepatinym. Après 
une première tentative infructueuse, M. Thwaites Duke, 
agent de la « South American niissionary Society, » a re- 
monté pendant l'automne 1880 le Sepatinym en partant de 
son confluent. Au troisième jour, il atteignait un lac près 
duquel devaient se trouver les tribus qu'il allait évangéliser. 
Trompé dans son attente, il continua à remonter, mais tou- 
jours sans rencontrer de catéchistes. Enfin, le faible volume 
d'eau ne permettant plus la navigation, il fallut redescendre 
rapidement jusqu'au Purus. 



ET SUB LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 63 

M. Edwin Heath, voyageur américain^ successeur de 
M. Orton, a eu plus de succès avec le fieni où il a fait des 
découvertes intéressantes au double point de vue de la géo- 
graphie et des compunications commerciales. Parti d'un 
point du Hadidi, affluent de gauche du Béni, il atteignait, 
le 8 octobre 1880, le confluent de ce dernier cours d'eau^ 
avec le Madré de Dios. Le Béni, bien qu'il soit la branche 
principale, n'a que 220 mètres de large, tandis que le Madré 
de Dios en a 716. M. E. Heatb, après avoir découvert le jour 
saiTant un nouveau tributaire nord du Béni, auquel il donna 
le nom de rivière Orton, atteignit le Marmoré qu'il remonta 
sur 480 kilomètres jusqu'à Exaltacion d'où il prit la route 
des Pampas. Au lieu de tribus anthropophages qu'il s'atten- 
dait à rencontrer, il ne vit que quelques Indiens clairsemés 
et d'humeur pacifique. Les collecteurs de gomme prendront 
désormais cette route fluviale. 

M. ), B. Mincbin est l'auteur principal d'une carte au 
1/3600000 de la partie de la Bolivie comprise entre le lac 
Titicaca et le Rio Paraguay. Elle a été, publiée au recueil 
de la Société géographique de Londres, avec l'indication 
d'an nouveau voyage de M. Mincbin qui a soigneusement 
étudié ce pays, le plus montagneux peut être du monde, en 
raison de son étendue. 

La Bolivie orientale comprenant une partie du Grand- 
Chaco, nous conduit naturellement à la République Argen- 
tine, dont ce vaste désert occupe une partie. Les explora- 
tions dans le Grand Chaco se succèdent rapidement. La 
relation de M. Giovanni Pelleschi, voyageur italien % donne 
de curieux détails sur les Indiens Mattaco et sur la division 
passagère du Rio Vermejo en deux branches, dont celle de 
gauche, la branche orientale, prend le nom spécial de canut 
Tcnco ou Tenchtach. 

Le gouvernement argentin a chargé le lieutenant-colonel 

1. Otto Mesi nel Gran Ciacco. Viaggio Inngo ilfiume VermigUo. Buenos- 
Ajm et Florence, 1881. 



M BAPPORT SUR LES TBATAUX DE LA SOCIÉTi , 

Juan Sola de remonter le Rio Yermejo de Turija aussi haut 
que possible. M. J. Sola explorera ensuite an tributaire du 
Yermejo» le San Francisco, dont il Tisitera les deux têtes, 
le Lavayen et le Rio Grande de Jujuy. Parvenu au Pilcomayo, 
il étudiera la navigabilité des rivières et la fertilité de 
la contrée, en vue de l'établissement de colonies soit sur les 
rivesy soit dans l'iûtérieur. 

Pour les contrées voisines du siège du gouvernement cen- 
tral, il faut enregistrer les voyages entrepris par M. Wali- 
gnon le long du Rio Parana et par M. Wite dans le terri- 
toire des Missions. Ni l'un ni l'autre de ces voyageurs n'est 
de retour, ou du moins n'a donné les résultats de son 
voyage. Depuis la guerre du Paraguay, ce territoire des Mis- 
sions est resté un sujet de contestation entre les gouverne- 
ments brésilien et argentin. Dans une notice insérée au 
Boletin de l'Institut géographique de Buenos-Ayres, M. Vira- 
soro déclare que la commission hispano-portugaise chargée 
au siècle dernier de délimiter la frontière de ce territoire, 
avait pris comme frontière le cours du Pepiri-Guazu. Or 
cette rivière, d'après lui, ne serait point la rivière qui porte 
aujourd'hui cq oom, mais bien le Ghapeco. Partant de là 
M. Virasoro estime que le Brésil devrait rendre à la Répu- 
blique Argentine un territoire de 21500 kilomètres carrés^ 
Favorable également aux Argentins est le rapport du vicomte 
de San Januario, publié en 1880 sous le titre de Rapport 
sur ma mission auprès des Républiques sud-américaines, 
de 1878 à 1879. Il y est également question des Pampas. Les 
relations des voyages ainsi que les expéditions militaires 
exécutés ces dernières années dans les Pampas, chez les 
Ranqueles, les Tehuelches et en Patagonie, ont été publiés 
partiellement. 

Il en est ainsi, par exemple, des explorations du docteur 
Ramon Lista, de 1877 à 1880, de celle que le lieutenant 
Fr. Host, attaché à une expédition contre les Indiens, de 
1878 à 1880, a faite dans la région du Limay et du Keuquen 



BT SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 65 

de celles de M. Jolian Roca, président actuel de la Répu- 
blique Argeotine, et de M. Estanislao Zeballos, président 
dellostitnt géographique argentin. Notre Bulletin donnera 
les relations du voyage de M. Francisco P. More no, accom 
pagnée d'une carte qui modifiera complètement dans le sens 
d'an grand progrès, les cartes antérieures de la Patagonie. 
Les expéditions qui se poursuivent actuellement en Pata- 
gonie sont celle du général Yillegas, dirigée sur la région 
da Nahuel Huapi et celle du lieutenant J. J. Rohde, qui 
après avoir visité la môme région ainsi que les rivières 
Limay et Neuquen, doit rechercher la passe de Bariloche 
dans la Cordillère, découverte en 1715 par le Père José Guil- 
iermo. Elle permettrait d'atteindre en trois jours le bourg 
deRalan, aux versants occidentaux des Andes, vis-à-vis de 
111e Chiloé. Ainsi serait ouverte, au profit de ces vastes 
contrées actuellement presque désertes malgré des condi- 
tions favorables de climat et de sol, la route la plus courte 
entre l'Atlantique et le Pacifique. 

Le 23 juillet 1881, a été tranchée par voie de traité une 
question de territoire en litige depuis bien des années, c'est 
celle du partage de la Patagonie avec les îles y attenantes, 
entiela République Argentine et le Chili. Un traité préalable 
avait été conclu en 1856, puis en 1876 et en 1879, diverses 
propositions d'arrangement avaient été faites* La solution 
de cette année s'accorde à peu de chose près avec les 
propositions présentées en 1876. 

A partir du nord, la frontière suivra, pour se diriger vers 
le sud, la crête la plus élevée des Cordillères, jusqu'à 
53 degrés de latitude australe, d'où elle courra vers l'est 
jusqu'à rintersectiou du bi"" degré de latitude avec le 70» 
de longitude ouest (Greenwich). S'infiéchissant ensuite à 
l'est^ud-est, elle suivra les chaînes de montagnes de Los 
Cnatro Hijos, le mont Aymon et le mont Dinero, jusqu'à 
la Ponta Dungeness, un peu au sud du cap des Vierges, à 
l'entrée du détroit. 

soc. DE 6É0«R. ^ 1*' TRimSTRE 1881. UI. — 5 



66 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOGIÉJÉ 

f 

Le partage de la Terre de Feu se fera selon le méridien 
68%S4', entre le cap Espiritu Santo au nord, et le canal du 
Beagle au Sud. Le Chili possédera toute la partie située i 
l'ouest de cette ligne et au sud du canal du Beagle et de son 
prolongement. 

D'après le traité, le Chili n'aura que l'étroite bande de 
continent à l'Ouest de la Cordillère; puis, à partir du 52* 
degré de' latitude méridionale, que la portion de terre ferme 
terminée par la péninsule de Brunswick. En revanche, 
il a toutes les lies de l'ouest et du sud. La République 
Argentine, avec la seule île des États et le tiers de la 
Terre de Feu, aura la large zone de terre continentale qui 
renferme les bassins du Gallegos, du GoilCi du Santa-Cruz, 
du Chupar, etc. Le détroit de Magellan, déclaré neutre, reste 
ouvert aux pavillons de toutes les nations» 

A peine de retour en Europe, oti il semble n'être revenu 
que pour avoir l'occasion d'en repartir, le docteur Crevaux 
va de nouveau se m ettre en route pour continuer ses explo 
rations fluviales dans l'Amérique du Sud. Cette fois, il par- 
tira des embouchures du Paraguay pour remonter tout ce 
fleuve» franchir la région de partage et revenir à l'Amazone. 
M. Crevanx aura pour compagnon de voyage M. Billet dont 
la tâche consistera à faire les observations astronomiques. 
Il est probable qu'arrivés à la région du haut Paraguay, les 
voyageurs se sépareront pour regagner l'Océan ou l'Ama- 
zone, en étudiant deux rivières différentes : le Rio Tocan- 
tins, le Rio Xingu, le Rio Tapajos s'offrent à eux, tous éga- 
lement mal connus. 

En Afrique nous constatons un ensemble de résultats 
importants, dus aux aspirations dé la science ou de la foi, 
aux nécessités du commerce, de l'industrie ou de la poli- 
tique. Le mouvement y est actif, ardent même, car l'Afrique 
étant à proximité de l'Europe, chacun cherche k y prendre 
position. Nos voyageurs français participent dignement aux 



ET SCA LES PROGRÈS D£S SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 67 

efforts qui se font pour ouvrir l'immense continent où 
la France a des intérêts de premier ordre. C'est par les 
traTauz des voyageurs français que commencera cet 
exposé. 

Dès longtemps notre gouvernement avait eu à se préoc- 
cuper de l'établissement d'une carte du Beylik de Tunis, et 
les itÎDéraires effectués par le capitaine d'état-major Pricot 
de Sainte-Marie, en 1838, avaient servi à l'établissement 
d'ane première représentation de la Tunisie à 1400000, 
publiée par le Dépâtde la Guerre. Ce travail n'était pourtant 
qa'an travail provisoire, qui présentait encore bien des 
lacunes 

Cette année-ci, tandis que les troupes opéraient dans le 
pays encore inconnu des Khoumîr et de la frontière du dé- 
partement de Gonstantine à la ville de Tunis, des topo- 
graphes ont réuni de nombreux matériaux, plus exacts et 
plus complets; ils ont poussé leur levés jusqu'à la ville 
sainte de Qaïrouân et bientôt ils auront relié, par Gafça, les 
oasis du Djerîd aux villes de la partie nord du royaume. 
Utilisant alors les bases posées par le lieutenant-colonel 
Perrier, et d'autres documents inédits, au nombre desquels 
il faut citer les itinéraires de M. Duveyrier, le service géo- 
graphique de l'armée pourra dresser une carte de la Tunisie 
infiniment plus satisfaisante que toutes celles qui ont vu le 
jour jusqu'à présent. 

Dans l'intervalle des deux expéditions militaires, le doc* 
teur Gagnât chargé d'une mission du Ministère de l'Ins- 
truction publique, et accompagné d'un arabisant, M. Gas- 
selio, s'est livré à une exploration dont les résultats auront 
été heureux pour l'archéologie; ils comprennent, en effet, 
deux cent six nouveaux épigraphes latins recueillis sur un 
terrain visité déjà par quelques archéologues, parmi lesquels 
Q faut citer M. Adrien Berbrugger, M. Charles Tissot, 
M. Victor Guérin, sans parler du docteur Wilmanns, envoyé 
récemment par l'Académie de Berlin, pour compléter le 



6S RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

tome VIII, récemment publié, du Corpus inscriptionum 
latinarutn. 

La géographie historique trouvera son profit aux décou- 
vertes de MM. Gagnât et Gasselin, particulièrement inté- 
ressantes pour le tracé des voies romaines dans la partie 
nord de la Tunisie, et qui fixent l'emplacement des 
ruines de Masculula^ à Henchir Guergoûr, dans l'inté- 
rieur du pays, et de Thabraca, près de Bordj Djedid, 
en face de file de Tabarqa dont le nom ancien est à peine 
changé. 

Le Ministère de l'instruction publique a publié le rapport 
du commandant Roudaire sur sa mission de nivellements 
dans le sud de la Tunisie. Ce travail, tout en présentant les 
résultats définitifs de la seconde mission des Ghott, corrige 
pour les ramener au niveau commun de la Méditerranée, 
toutes les cotes d'altitude trouvées dans les premiers nivel- 
lements, et qui s'appuyaient sur la cote géodésique du si- 
gnal du Setah Mouï El-Eerràmîn, dans le Sahara de 
Gonstantine. 

Pour faire apprécier l'importance et la difficulté des opé- 
rations sur un terrain qui, sur beaucoup de points, pou- 
vait s'ouvrir et engloutir la mission, il faudrait entrer 
dans des détails techniques hors de propos ici ; mais du 
moins devons-nous constater que le rapport conclut à la 
possibilité de créer une mer intérieure saharienne, au sud 
de la Tunisie et de l'Algérie. 

Parmi les objections soulevées contre ce grand projet, 
il en est une que des événements récents oot fait dispa- 
raître; par suite de l'établissement du protectorat français 
sur la Tunisie, la mer saharienne serait, d'un bout à l'autre^ 
dans des territoires oti l'influence de la France est 
aujourd'hui prépondérante. 

Les missions catholiques d'Alger ont établi à Ghad&aiës 
une station dont les missionnaires ont réussi à nouer des 
relations avec les Touareg Azdjer. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 69 

Deux prêtres, les pères Richard et Kermabon, ont saisi 
roccasion de la première expédition du lieutenant-colonel 
Flatterspour aller faire un voyage jusqu'au Tasili. Bien qu'ils 
n'aient pas levé régulièrement leur itinéraire, ils ont publié 
daliles notes géographiques. Dans leurs premières marches, 
ils ont passé à l'est de l'itinéraire de notre collègue, M. Du- 
Teyrier, qu'ils ont repris aux goûr d'Aïder djânet jusqu'au lac 
deSâgheo ; ils ont relié cot itinéraire au lac temporaire d 'El* 
Heokhoûgh dans TOuâdi Tedjoûdjelt, terme de voyage de 
la première mission de M. Flatters. Ils ont aussi visité^ les lacs 
poissonneux d'Imlberô que, seul avant eux, avait visités le 
docteur von Barry. Leur retour à Ghad&mès, par Tebâlbâlet 
etTimâssanîn, leur a permis de faire quelques observations 
ooQTelles. Ce que nous devons surtout retenir du voyage 
des deux missionnaires, c'est Surtout les bonnes dispositions 
qu'ils ont rencontrées chez les Touareg Azdjer des tribus 
des Itnanghasâten, des Orâghen et des Ifôghâs. Au moment 
de leur départ (21 mai 1879) la paix régnait entre les Iman- 
ghasâten et lesOrâghen,et Ikhenoûkhen, le chef des derniers, 
était reconnu par les Imanghasâten comme le maître des des- 
tinées de tout le pays d'Azdjer. Un mois plus tard le vieux 
levaio de rivalité entre les Orâghen et les Imanghasâten 
s'était réveillé. Ikhenoûkhen, l'ami des Français, ne pouvait 
pardonner aux Imanghasâten les difficultés que certains de 
lear tribu avaient soulevées à la mission du colonel Flatters, 
et le bruit se répandait que les deux partis rivaux allaient 
une fois de plus en venir aux mains, 

L avenir nous apprendra si et dans quelle mesure les 
dissensions intestines entré Touareg n'ont pas exercé une 
influence indirecte sur le désastre qu'a essuyé la seconde 
mission du Ministère des Travaux Publics, dirigée par le 
colonel Flatters. Rien, d'ailleurs, n'avait été négligé pour 
en assurer le succès ; elle était abondamment pourvue de 
mres, d'armes, de munitions, de cadeaux et d'instruments. 
I^ colonel Flatters réunissait les qualités et l'expérience 



70 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOGIÉTfi 

voulues pour la diriger. De ses collaborateurs' plusieurs 
avaient partagé les fatigues et les dangers de la première 
mission. Enfin AhitArhen, le chef de la confédération des 
Ahaggâr, avait promis son concours au colonel. Cette 
expédition pacifique, mais dans la composition de laquelle 
entraient de nombreux Arabes algériens. et môme des 
volontaires pris dans les régiments de tirailleurs indi« 
gènes, se dirigea, au départ de Warglâ, vers le sud-ouest 
afin de chercher, dans les plaines lq[ui longent le plateau de 
Tademàyt, des terrains propres à recevoir un chemin de fer. 
Elle suivit la vallée de TOuâd Miya pour atteindre le puits 
d'El-Mesegguem, Tune des stations obligées de la route de 
Ghadàmës à In-Çalah, et de là elle gagna la vallée de Tlghar- 
ghar, près du confluent de l'Ouâd Rharîs. La mission ayant 
ensuite remonté Tlgharghar, passa en vue d'un des plus 
hauts sommets du Sahara, le mont Oudân, placé comme 
en vedette à l'extrémité d'une chaîne qui se détache au nord 
du plateau du Âhaggâr. Là elle était dans la vaste plaine 
qui sépare ce massif du Tastli des Azdjer, et renferme 
une mine de sel célèbre dans l'histoire du commerce du 
Sahara, la sebkha d'Amadghôr. Ici déjà les rapports des 
membres français de la mission font absolument défaut; 
c'est d'après les dépositions des indigènes attachés à la ca- 
ravane du colonel Flatters qu'on est parvenu à reconstituer 
la fin du voyage. 

Il est superflu de rappeler le drame lugubre qui a profon- 
dément ému notre pays ; sans prétendre dire aujourd'hui 
le dernier mot sur le désastre de la mission, on peut du 
moins affirmer qu'elle a, pour la première fois, reconnu 
et relevé une partie de la longue voie historique du com- 
merce de l'Algérie avec les pays des nègres, signalée pour 
la première fois par notre collègueM.Duveyricr. Si quelque 
jour les papiers des infortunés voyageurs se retrouvent, 

1. MU. les ingénieurs Emile Béringer, Roche et Santin, les capitaines 
Hasson et Dianous et le docteur Guiard. 



ET SUR LES PROGRÉS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 71 

ils ajouteront dans une notable proportion, aux données par 
nnseignements que Bartb et surtout M. Duveyrier avaient, 
pendant leurs explorations, recueillies sur ces contrées. 

Eq Sénégambie et dans la partie du Dhtoli-Bâ supé- 
rieur qui vient d'entrer aussi dans le rayon de l'action de la 
France, nous avons à enregistrer des résultats qui forment 
un heureux contraste avec les précédents. Le capitaine Gai- 
liénî que le rapport de Tan dernier laissait à Sftgou, est 
rentré avec sa mission, le 23 avril, à Bâkel. 

La géographie et l'ethnographie profiteront certainement 
et dans une large mesure du voyage de M. Galliéni à Sègou 
et du séjour prolongé qu'il y a fait; mais l'influence fran- 
çaise lui doit aussi un succès décisif sur le haut Dhiôli-Ba. 
H. Galliéni a rapporté, en effet, des conventions écrites par 
lesquelles le sultan Ahmadou et les chefs des petits États 
mandingues situés entre le Ba-Fing et Ségou acceptent le 
protectorat de la France. 

Ce résultat, si important au point de vue de la cons- 
truction d'un chemin de fer du Sénégal au Niger, est dû à 
la fermeté et à la patience du capitaine Galliéni, qui a su 
vaincre les hésitations du souverain de Sôgou. 

Outre de bons itinéraires levés par MM. Vallière et 
Piétri, la géographie gagne à cette mission un ensemble bien 
complet d'observations sur l'une des contrées auxquelles 
nous avons le plus de raison de nous intéresser. La Société 
de Géographie doit émettre le vœu que le Ministère de la 
Marine auquel est due la mission du capitaine Galliéni, en 
publie largement et promptement les résultats. 

M. Galliéni n'était pas encore rentré que le lieutenant co- 
lonel Borgnis-Desbordes partait à la tête d'une expédition 
militaire chargée de faire une démonstration et d'établir 
des postes dans le pays situé entre le Sénégal et le 
Dhiôli-Ba. 

Après avoir châtié la ville de Goubanko pour son hostilité 
à la mission du capitaine Galliéni, il fondait, le 25 février, un 



72 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

poste militaire à Kita ou Makan-Diambougou, cbef-lieu du 
Fouladougou. 

Le service topographique de la colonne était confié au 
commandant Derrien que nous ont déjà fait connaître ses 
travaux en Galilée et dans le sud de l'Algérie. Par des recon- 
naissances poussées jusqu-à Mourgoula, dans le pays de 
Birgo, il s'est assuré que, de Ba-Foulàbé & Kita, la confi- 
guration et la nature du sol se prêtent à l'établissement 
d'un chemin de fer et cette mission nous enrichira d'excel- 
lents levés appuyés sur quelques positions astronomiques. 

En 1860, sous le gouvernement si éclairé du général Fai- 
dherbe, M. Lambert, lieutenant d'infanterie accomplissait 
une mission auprès de l'Àlmâmi, c'estrà-dire du prôtre-roi, 
du Foûta-Dhiallon. Au printemps de cette année de doc» 
teur Bayol, médecin de la marine, est parti pour Timbo, 
capitale du Foûta-Dhiallon. Ildevait pousser jusqu'à Kankan 
puis reconnaître la Milo, grand affluent du haut Dhi<Ui-Ba, 
enfin revenir sur le Sénégal dans la direction du nord, en 
explorant le fameux pays de Boûré, dont la richesse en 
mines d'or est célèbre dans toute la Nigritie occidentale. 

Le 17 mai M. Bayol quittait le poste français de Boké ou 
Deboké, sur la rive sud du Rio-Nuîiez ou Tiguilinta pour 
lui donner son nom indigène. 

De hauts plateaux au sol argileux sur lesquels s'élève le 
massif ferrugineux de Koua où naissent le Rio-Nunez, le Rio- 
Pongo, et le Kogon ou Rio-Khassafàra, amenèrent les voya- 
geurs, le U mai, à Bambaya, chef-lieu de la province du même 
nom, qui fait partie du Foûta-Dhiallon. Ce pays accidenté 
étant entièrement dénudé,le ravitaillement y est impossible. 
D'autre part, le caractère soupçonneux des habitants au 
delà de cette zone prépare de pénibles épreuves aux vo- 
yageurs européens. Dans la province de Bambaya le paysage 
devient plus riant. Jusqu'à trois journées de marche dans 
la direction du sud, toutes les collines, écrit M. Bayol, sont 
couvertes de culture de caféier dont les récoltes abon- 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 73 

dantes sont transportées aux comptoirs du Rio-Nunez, ainsi 
(pe les autres productions des cultures et de l'industrie du 
Bunbaya. Les nouvelles du docteur Bayol s'arrêtent ici. 
Poisse-t-il avoir trouvé le bon accueil qu'il mérite à Timbo, 
aaprès dlbrâhlm Sori, Almâmy actuel du Foûta-Dhiallon. 
Beancoup plus au sud, nous retrouvons sur la brèche 
notre collègue M. Savorgnan de Brazza. Après avoir fondé la 
station de Franceville au confluent de la Passa dans TOgôcué, 
il s'était remi^s en route avec la ferme résolution d'at- 
teiodre le Congo à Stanley-Pool ou en amont de ce point. 
Parti de Franceville en juillet 1880, il atteignit d'abord l'A- 
lima qu'il avait découverte en compagnie du docteur Ballay, 
età partir de laquelle la suite de son trajet s'efTectua en pays 
absolument inexploré. Faute d'une relation qui n'est pas en- 
core parvenue en Euro pe, nous devons, à l'aide des indications 
d'an télégramme, de quelques courtes lettres et d'un tracé 
sommaire, reconstituer la route suivie par M. de Brazza. 

Se confiant au courant de l'Alima qui sillonne un plateau 
fertile, salubre, populeux, il passe d'abord chez les Achi- 
Gongo, les Ballali et le Banyaka, établis entre l'Alima et la 
M'paka, et qui, avec les Adouma, obéissent au puissant roi 
Makoko. L'Alima débouche dans la rivière Lefini, que 
H. Stanley avait marquée sur sa carte avec le nom de Lawson 
River, à l'endroit où elle rejoint le Kongo. 

C'est sur la Lefini que M. de Brazza rencontra les Ouban- 
dji, un peuple de même race que les Apfourou dont les 
attaques l'avaient arrêté lors du précédent voyage. Grâce k 
ses qualités de persuasion, notre voyageur réussit à négocier 
avec eux une convention pacifique, et les terribles Ouban- 
dji hissèrent sur leurs pirogues les couleurs françaises. 

Le roi Makoko qui commande non seulement aux rive- 
rains de l'Alima, mais encore à ceux du Kongo, en amont 
de la dernière cataracte, céda à M. de Brazza un territoire 
sitaé à Ntamo, sur la rive sud du fleuve, tout près 
du Slanley-Pooi. Sur la proposition de M. de Quatrefages, 



74 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

et d'accord avec le Comité français de rAssociation inter- 
nationale africaine, la Société de Oéographie a décidé que 
cette station porterait désormais le nom de Brazzaville. 
L'intrépide voyageur, abandonnant ici le trajet par eau, 
suit la rive gauche do Kongo et ses observations nous 
apprennent sommairement les difficultés que rencontrerait 
rétablissement d'une route de terre destinée à éviter les 
trente-deux cataractes du Livingstone. 

Le fleuve, en effet, ne parvient à l'Océan qu'en descendant 
une succession déterrasses. Pour utiliser* la magnifique voie 
fluviale, libre sur 1300 kilomètres, le meilleur moyen, 
d'après M. de Brazza, est d'établir une route de 300 à 350 
kilomètres sur le terrain facile qui sépare Franceville sur 
rOgôoué, de Brazzaville sur le Kongo. Cette voie aurait pour 
nous l'avantage d'être une voie française par son point de 
départ. 

Le 11 novembre 1880, M. de Brazza arrivait enfin à 
N'dambé Yidengo poste avancé de M. Stanley, à 40 kilo- 
mètres en amont de M'vivi (ou Yivi). 

Rentré au Gabon et n^ trouvant point le docteur Ballay 
et l'enseigne Mizon, il se remit courageusement en route 
pour aller ravitailler les hommes qu'il avait laissés aux sta- 
tions fondées par lui, six mois auparavant, à Franceville et 
à Brazzaville. 

Les dernières nouvelles du voyageur remontent assez 
loin. Elles- nous apprenaient qu'une blessure au pied reçue 
en faisant franchir à ses pirogues les chutes de Bôwé, s'était 
envenimée et que M. de Brazza avait dû lui-même procéder 
à une douloureuse opération dont les suites l'avaient 
contraint à garder riromobilité. 

C'est à Kwa Mgoungou, dans l'Ousagara, au milieu d'une 
belle végétation et d'habitants adonnés à la vie pastorale, que 
le capitaine Bloyet a fondé la station de l'Afrique 
orientale. 

La civilisation a bien à faire encore dans ces régions dont 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 75 

les habitants pensent que, pour expier la mort naturelle 

d'un membre de leur tribu, il est indispensable de sacri- 
fier une Ticlime humaine en la brûlant vive. 

De plus, la station établie par M. Bloyet pour le Comité 
français de l'Association africaine, a déjà offert Thospi- 
falité a plus d'un voyageur européen; ajoutons enfin que 
H. Bloyet a envoyé au comité des documents dont la 
géographie pourra tirer bon parti. 

Au pays Çômâli nous avons à signaler plusieurs voyageurs 
français : M. Alfred Bardey, M. Lucereau et M. Révoil. En 
août 1880 M. Bardey partait pour Adar (ou Hèrèr) traver- 
sait les plaines du pays dénudé et inculte des Çôroftli-Isa, 
la région accidentée mais fertile des Orma ou Galla de la 
tribu des Nolli, puis arrivait à Adar, ville égyptienne depuis 
quelques années et qui, située aux abords d'une région 
inconnue, sera longtemps encore un point de départ pour 
les voyageurs. Mais les explorations rencontreront de ce 
côté-là des difficultés et des périls douloureusement 
attestés par un fait récent. 

Vous avez compris qu'il s'agit du malheur de M. Luce- 
reau, dont la nouvelle seule nous était parvenue lors du 
précédent rapport annuel. 

Arrêté dans ses projets par des influences qu'il attribuait 
au gouverneur de Zela, Aboû Beker Pacha, M. Lucereau 
avait réussi à atteindre la ville d'Adar, peu de temps après 
M. Bardey qui lui offrit de bons offices pour l'aider à réa- 
liser la suite de son voyage vers le Ghowà. M. Lucereau 
esprit ardent et audacieux, ne pouvait s'accommoderdes, 
lenteurs auxquelles sont exposés les explorateurs parmi les 
néo-mahométans de l'Afrique orientale et septentrionale. 

Aux puits de Warabelli, à quelque 36 kilomètres d'Adar, 
le chef du district déclara à M. Lucereau qu'il ne pouvait 
pénétrer chez les Orma-Ittou sans les avoir prévenus de son 
intention. Encore en territoire égyptien et se croyant fort 
de l'autorisation accordée par Nadi Pacha, gouverneur 



76 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

d'Aden, il déclare qa'il partira le lendemain^ {U octobre). 
Là-dessus et tandis qu'il se levait pour rentrer dans sa 
tente il reçut une blessure; ^a tentative pour se défendro 
fut le signal du massacre et du pillage général de la mis- 
sion. 

Des explorations françaises au pays Cômâli, celle de 
M. Georges Révoil, a été la plus féconde. 

[/auteur des Voyages au cap des Aromates rentrait à la 
fin de l'année passée sur le théâtre de ses précédents tra- 
vaux. Entre Touthé au nord, près des sources de la rivière 
Awâsi, oh s'est arrêté M. Hochet, Bogan, à l'ouest dans le 
pays de Kaffa, terme des découvertes de M. Antoine d*Ab- 
badîe, la ville d'Adar et les vallées de la route d'Ogadên, 
explorées par M. Munzinger, à l'est, et le point du fleuve 
Djouba où périt le baron von dcr Decken, au sud, tout l'in- 
térieur delà large base du promontoire des Aromates était 
un terrain inconnu. 

M. Georges Révoil a pu, cette fois, non seulement péné- 
trer sur les territoire des Medjourtîn,desDolbohanlé et des 
Warsanguéliy mais parcourir en tous sens les pays Gôm&li 
jusqu'aux montagnes de Karkar dont le flanc nord forme 
le Darror, tandis que leur flanc sud donne naissance au 
Nogâl, deux fleuves sur lesquels M. Révoil est désormais en 
mesure de nous renseigner soit de visu, soit d'après des 
informateurs indigènes. Il n'a pu voir que le versant septen- 
trional des montagnes de Karkar, par 10*" 10' de latitude 
nord environ, car les dispositions hostiles des Çômâli l'ont 
contraint à regagner la côte, mais son voyage n'en est pas 
moins une contribution des plus importantes à la géogra- 
phie. 

Les efforts heureux de M. Révoil enrichiront également 
les sciences naturelles et l'histoire. C'est ainsi que près de 
Uals, dans la petite crique de Salouîn, les fouilles d'un 
tumulus ont livré au voyageur un trésor de poteries, de 
bijoux et d'émaux offrant des ressemblances avec les 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOCnAPHlQUES. 77 

œuvres du même genre des civilisations grecque et 

j 

égyptieime. 

Tous aurez du reste l'occasion d'entendre M. Révoil 
exposer à la Société le résultat de sa mission, Tune des 
plus fructueuses de celles du Ministère de l'Instruction 
publique. 

Dans le sud du continent, d'autres voyages entrepris aussi 
par de nos compatriotes ont été effectués à Test et à l'ouest. 
M. Paul Guyot membre de l'expédition conduite dans 
le bassin du Zambézi par M. Païva d'Andrada, a remonté 
laChiré jusqu'à la hauteur du pic de Malarvé et visité, au 
pied du mont Moroumbala, une source thermale dont la 
température est de 77 degrés. Le résultat le plus inattendu 
de ce voyage est la découverte du Ziozio, canal latéral 
àlaChiré, qui partant du lac Nyandja Pongono, sur cette 
rivière, la relie au Zambézi près de Tête. 

La Ziozio est un trait remarquable de la carte du sud-est 
de l'Afrique, et M. P. Guyot qui a suivi le canal sur toute 
la longueur, affirme que son courant va du sud au nord, du 
Zambézi à la Chiré qui est pourtant un affluent du Zam- 
bézi. Mais, pour apprécier les résultats de ce voyage, il 
conviendra d'attendre d'autres informations et en particu- 
lier celles que fournira M. Kuss, ingénieur des mines, atta- 
ché à la mission. 

Il y a deux ans, leP.Duparquet, missionnaire catholique 
a Omarourou dans le pays des Ovahéréro, avait inuti- 
lement tenté d'atteindre les rives du fleuve Kounènè. En 
1880, profitant du départ de la caravane d'un négociant, 
M. Erickson, il fut plus heureux et son journal publié 
actuellement dans les Missions catholiques nous apporte 
des détails nouveaux et intéressants sur le pays d'Ovampo 
et sur le Kounènê. Aux terrains sablonneux et presque 
arides qui forment le sud du pays d'Ovampo, succède une 
contrée où la végétation prend un caractère plus tropical. 
L'Omovaré ou rivière de l'Ovampo, traverse cette contrée 



78 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

du sud au nord et nous offre encore, d'après le P. Dupar- 
quety qui l'a suivie presque jusqu'au Kounènè, une parti- 
cularité géographique. 

L'Omovaré qui forme le lac Etocha, au nord du 19' degré 
de latitude australe, serait non pas un affluent mais un dé- 
versoir du Kounènê, par l'intermédiaire d'un autre cours 
d'eau, rOmouramba Okipoko, qui se détacherait du Kou- 
nênô près d'Ondongoha. Ainsi se trouverait expliqué un 
fait constaté par les dernières explorations dès marins por- 
tugais, le peu d'importance du Kounênè à son embouchure. 
Sans être très considérable, l'étendue de son bassin permet 
trait d'espérer là une voie fluviale à utiliser. Mais, loin de 
grossir le Kounônê, la longue rivière Omovaré ramènerait 
dans l'intérieur du continent une forte partie du débit de 
ce fleuve. 

Abordons maintenant l'examen de la part que les étran- 
gers ont prise au progrès de la géographie africaine. 

L'année dernière à pareille date, nous connaissions seu- 
lement par un télégramme sans détail l'arrivée du docteur 
Lenz àMédine, après une traversée du Sahara occidental. Il 
serait superflu de rappeler ici les incidents de ce voyage, car 
vous avez tous présente à la mémoire la relation si intéres- 
sante que M. Lenz lui-même est venu nous en donner. De 
Târoudânt, sur l'Ouàd Soûs, il a pris par Iligh et l'Ouâdi 
Dhera'a, pour s'engager sur une route saharienne, nouvelle 
aux Européens et qui rejoint un peu à l'est de Taodenni 
l'itinéraire deRenéCaillié. Rappelons cependant qu'en nous 
faisant conmdtre les voyages du rabbin Mardochée, notre 
regretté collègue M. Beaumier, consul de France à Moga- 
dor, nous avait préparés aux découvertes du docteur Lenz 
dans la Sahara; elles portent à peu près sur le même terrain. 
Au bassin de TOuàdi Dhera'a succède l'un de ces plateaux 
rocheux que les Arabes nomment des hamAda et que sil- 
lonnent les affluents supérieurs de la Saguiyet El-Hamrâ. 
C'est là que s'élève la ville toute moderne de Tendoùf 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 79 

dont M. Beaumier nous avait déjà appris la fondation. Puis 
M. Lenz traverse la large zone des sables d'Iguîdi, coupée 
par un autre plateau de sables, celui à'Âslef qui conduit 
à la plaine de terrain ferme sur laquelle s'élève Taodenni, 
i côté d'une précieuse mine de sel. Jusqu'ici le niveau de 
la surface du Sahara avarié entre 395 mètres et 180 mètres 
aa-dessus de l'océan; l'Ouâd Tell, à l'est de Taodenni, 
n'est plus qu'à 148 mètres et immédiatement au sud de ce 
point, M. Lenz a mesuré la cote la plus basse de toute sa 
traversée du Sahara, 120 mètres. 

A Timbouktou, M. Lenz rajeunit et complète les indica- 
tions dues à René Caillié et à Henri Barth. Il nous montre 
Timbouktou encore important comme marché et comme 
entrepôt des produits du nord et du sud. La ville est gou- 
?emée par un Kah!a, fonctionnaire héréditaire du pouvoir 
qu'à laissé dans sa famille, le sultan Mohammed El-Akhal, 
autrefois maître sur le cours moyen du Dhiôli-Ba. Mais 
aujourd'hui, deux partis politiques, forts de leurs attaches 
eitérieures, balancent sérieusement l'autorité du Kalua des 
Roumâ. La famille princière des Oulàd-Sldi Mohammed, 
actuellement représentée par le cheïkh Zeïn Ël-'Abidîn', 
a dû s'allier aux Foûlbé du Mnsina, autrefois les pires 
ennemis de son père ; les Touareg Âouélimmiden sur qui 
s'appuyait Ahmed El-Bakkaï, étant les rivaux naturels 
et les ennemis de Foûlbé, se trouvent par cela même dans 
le camp hostile au chef de la famille de Oulàd-âidi 
Mohammed. 

Le long itinéraire du docteur Lenz de Timbouktou à 
Nioro est le premier qui relie directement et d'une manière 
très utile pour la géographie^ la ville de Timbouktou à nos 
possessions du Sénégal. La région que M. Lenz a traversée 
est habitée par des tribus arabes, dans l'est, et dans Touest 
par des groupes de population Asou&nek et Foûlbé. 

1. Fils da proteeteur de Barth, Ahmed £1-Bakkaï 



80 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

L'exposé sommaire que vous avez entendu de la bouche 
môme de ce hardi voyageur, annonce tout ce qu'on peut 
attendre d'une relation complète, en fait d'observations 
utiles et nouvelles sur des pays maintenant plus que jamais 
intéressants pour la France. 

Les Anglais poursuivent depuis quelques années l'établis- 
sement d'une route commerciale entre la Gambie et le haut 
Niger, avec le Foûta-Dhiallon comme première étape. Cette 
année, une mission anglaise commandée par M. Goldbury, 
est partie de Sainte-Marie de Bathurst; remontant la Gambie 
elle parvint à Timbo et à Ninguisory, où TAImâmy con- 
sentit à signer un traité de commerce avec l'Angleterre, 
tout en réservant sa liberté d'action vis-à-vis de la France 
qu'il considère comme son alliée. 

Dans la partie orientale du bassin du DhiôU-Ba un négo- 
ciant allemand patronné par la Société africaine de Berlin, 
M. Flegel est allé de Lokodja à Sokoto, capitale de l'empire 
oriental des Foûlbé, par un chemin détourné et presque 
entièrement nouveau. Les observations de M. Flegel tirent 
un intérêt capital de ce fait qu'elles prolongent jusqu'à la ville 
de Komba, sous le 12" degré de latitude, les levés détaillés 
du fleuve Kwâra ou Dhi61i-Ba, que les officiers de la marine 
anglaise avaient arrêtés au nord du Rabba ; la partie encore 
inconnue du cours du Kwàra se trouve ainsi considérable- 
ment réduite. Sur sa route d'aller, par Birni-n-Kebbi, 
comme sur sa route de retour, par Dogo-n-Gadji, M. Flegel 
a puconstater la rapide décadence politique de l'empire 
dont Sokoto est l'une des capitales. Il espère néanmoins 
que les recommandations écrites du sultan seront assez 
efficaces pour lui faciliter, à l'extrémité de l'empire, la dé- 
couverte du cours supérieur de la Bénouô dans l'Adamâwa. 
Groupons ici deux entreprises de l'Italie, intéressantes à 
à des points de vue divers. 

C'est d'abord le voyage de la mission envoyée par la 
Société italienne d'explorations commerciales en Afrique, 



ET SDR LES PROGRÉS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 81 

pour créer, dans la Gyrénaîque, des établissements com- 
merciaux et agricoles. 

Dès le commencement de Tannée, cette Association, repré- 
sentée par son vice-président, le capitaine Manfredo Cam- 
perio, et par MM. Mamoli, Pastore et le commandeur 
Haimaun, a fait une exploration du vilâyet de Ben-Ghâzi, 
c'est-à-dire de l'ancienne Gyrénaîque. Les voyageurs se 
sont rendus à Ben-Ghàzi en faisant escale à Soûsa, Sefâqès 
et Tripoli, et ils ont parcouru en sens divers tout Tintérieur 
du plateau de Barqa, de Ben-Ghâzi à Dema, sans toutefois 
dépasser, au sud, le 32* degré de latitude septentrionale. 
Mais, dans cette zone maritime qui ne s*écarte pas de plus 
de 56 kilomètres du rivage de la Méditerranée, le capitaine 
Gamperio et le commandeur Haimann ont pourtant levé des 
fragments d'itinéraires de plus de cent kilomètres de lon- 
gueur, qui viennent compléter les cartes de Pacho, de 
Beechey, de Barth et de Roblfs. C'est au journal VEsplora-' 
tore qu'il faut demander l'exposé des travaux de la mission 
de la Société milanaise, dont le but était de rechercher 
dans quelle mesure le commerce et l'influence de l'Italie 
pourraient s'exercer utilement sur cette partie privilégiée 
de la Tripolitaine. 

Pour la première fois l'Afrique a été traversée du Nil au 
golfe (le Guinée par deux Européens, le docteur Pellegrino 
Matteucci et le lieutenant de vaisseau Alphonse Marie Mas- 
sari. Jusqu'aux frontières du Fôr et du Ouadaï leur voyage 
par Sawâkin, Khartoûm et Ël-ObeTd ne pouvait présenter 
beaucoup de nouveautés. Le prince Jean-Baptiste Borghèse, 
promoteur et membre de l'expédition, ayant renoncé à at- 
tendre du sultan du Ouadaï l'autorisation indispensable pour 
pénétrer dans ses États, MM. Matteucci etMassari, une fois 
rautorisation arrivée, continuèrent seuls leur route vers 
Abêché, capitale du Ouadaï et vers le Bornou. Nous igno* 
rons encore quelles parties de l'empire de Sokoto ils ont 
traversée pour arriver sur le fleuve Rwâra ou Dhiôli-Ba, 

soc. DE GÉOGB. — l*' TRIMESTBE 1882. III. — 6 



82 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

et au golfe de Benia; mais le fait seul d'avoir accompli 
rimportant voyage dont nous ne connaissons encore que 
les grands points de repère,classe MM. Matteucci et Mas- 
sari parmi les grands explorateurs. Le premier d'entre eux 
ne recueillera pas l'hommage que lui devaient les Sociétés 
de géographie; une fièvre violente qu'il rapportait d'Afrique 
l'a enlevé, le 8 août, à son arrivée à Londres. G*est donc 
du lieutenant Massari que nous devons attendre le récit de 
cette traversée de la partie orientale de l'Afrique musul- 
mane, qui fera époque dans les annales de la géographie. 

Le bassin immense du Nil nous offre encore de nombreux 
problèmes géographiques. Là, nous retrouvons un explo- 
rateur autrichien bien connu, M. E. Marno. Il a exécuté 
cette fois de bons levés du cours du fleuve entre le Bahar 
Ez-Zerâf et le Bahar El-Ghazâl, en appuyant son travail 
sur des observations de latitude. Il a levé aussi le Bahar 
El-Ghazâl jusqu'au confluent du Bahar El-'Arab. N'oublions 
pasqu'un vétéran des voyageurs africains, M. d'Arnaud Bey, 
notre collègue, nous a parlé ici même de son expédition 
dans ces contrées. La géographie trouvera de l'intérêt à 
comparer les faits contenus dans la relation qu'il prépare 
pour le Bulletin, avec ceux qu'a signalés M. E. Marno. 

Le 22 avril succombait, à Suez, Romolo Gessi-Pacha. 
après quatre ans passés dans la province équaloriale de !'£. 
gypte, à combattre les esclavagistes, à organiser l'adminis- 
tration de ces nouvelles possessions du Khédive et à gagner 
le terrain pour la géographie. Gessi-Pacha avait débuté par 
une reconnaissance du Fleuve Blanc et un périple du lac 
Louta N'zigui ou lac Albert. On l'avait vu ensuite mener 
avec succès la guerre contre Soulelmàn-Pacha, ce fils de 
Zibêr-Pacha qui s'était soulevé avec tous les négriers contre 
la domination égyptienne, s'était taillé un royaume dans 
les bassins du Rôl, du Bahar El-Ghazàl, dans le sud du 
Fôr et du Kordofàn. Cette conquête accomplie, Gessi- 
Pacha avait songé aux œuvres de la paix, à l'établissement 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOaRÀPHIQUES. 83 

de roules, à rouyerture d'écoles ; il avait, entreprise gigan- 
tesque, fait nettoyer et rendu navigable le Bahar EI-Djoûr 
qui est devenu, avec le Nil, la voie de transport pour les 
riches produits de ces contrées. Au moment du retour à 
Khartoûm, Gessi-Pacha se vit pris au milieu des ambadj^ 
sortes d'arbustes aquatiques qui se développent dans le haut 
Nil et ses affluents; lui et sa petite troupe ils durent passer 
trois mois au milieu d'un pays malsain, avec quarante 
jours de vivres seulement. Lorsqu'un vapeur envoyé de 
Khartoûm au secours de Gessi-Pacha arriva sur les lieux, des 
cinq cents soldats, quatre cent cinquante étaient morts de 
faim et de misère. Malgré la solidité de sa constitution, 
Gessi-Pacha n'ayant pu résister à tant de souffrances mo- 
rales et physiques, n'a point reçu l'accueil que nos sociétés 
civilisées réservent aux bienfaiteurs de l'humanité. 

L'incomparable recueil des Mittheilungen de Gotha nous 
a donné la relation, avec une carte, des récents voyages du ' 
docteur Junker. Ils ont eu pour théâtre le pays des Azandé 
oa Niamniam, au nord des Monbouttou ou Mangbouttou, 
comme les appelle M. Junker. C'est une utile contribution à 
la connaissance géographique des affluents sud-ouest du Nil, 
et surtout de la partie nord du bassin de l'Ouéllé, car les 
nouveaux levés du docteur Junker complètent ou préci- 
sent les données que nous devions aux frères Poucet, au 
docteur Georges Schweinfurth et à M. Panagiotes Potagos, 
entre les itinéraires desquels il a frayé une route nouvelle, 
jusqu'à la résidence de Mounza, l'ancien roi des Monbout- 
tou. 

Chargé par l'empereur d'Allemagne de porter une lettre 
an nigoûs Yohannis, le docteur Rohlfs a entrepris avec le 
docteur Stecker, compagnon de ses dernières explorations, 
nn voyage en Ethiopie, de Mouçawwa, à Debra Tabor. 
Après avoir rempli sa mission, M. Rohlfs est revenu à son 
port d'arrivée par la province de Simon. Quant au docteur 
Slecker, il est resté en Ethiopie avec l'intention de pousser 



84 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

ses travaux dans la région qui s'étend au sud et au sud- 
ouest du grand et beau lac Tànà. 

Depuis de longues années, M. Sapeto, missionnaire ca- 
tholique, sollicitait le gouvernement italien à créer un éta- 
blissement sur la cdte africaine de la Mer Rouge, dans la 
baie d'Assab. En 1879, le sultan Bahrâm, chef des tribus 
'Afar, Ad'AIî ou Danâkil riveraines, cédait à la Compagnie 
Rubattino la baie d'Assab, les soixante-neuf îles qu'elle ren- 
ferme et une étendue de terres évaluée à deux marches dans 
l'intérieur. Malgré les protestations de l'Egypte, l'Italie pre- 
nait possession de ce territoire, le 9 janvier 1881. 

La Société italienne de géographie proQta de cette cir- 
constance pour envoyer une mission chargée de lever le 
cours de l'Awâsi et du Goualima , cours d'eau que des lacs 
salés absorbent avant leur arrivée à la côte. 

M. Giulietti, qui avait déjà accompli un voyage de Zeila à 
Adar^ fut chargé de diriger la mission dont l'issue a été 
fatale. 

Le 2 mai, M. Giulietti, avec le sous-lieutenant de vaisseau 
Biglieri, commandant uno escorte de dix marins, partait du 
port de Baïloul, au nord de la baie Assab. Des difKcultés qui 
s'élevèrent bientôka vec les indigènes, forcèrent les voyageurs 
à perdre plusieurs ours en pourparlers. Arrivée au village 
deMasca, à six marches environ de Baïloul, la mission, 
surprise par les guerriers des tribus des Damaeta et des 
Arabtou-Goertou, fut impitoyablement massacrée. 

Dans l'ouest de l'Afrique équatoriale, deux entreprises 
attirent notre attention. 

M. Stanley, après avoir solidement constitué son établis- 
sement deM'vivi ou Vivi, s'est transporté à cinquante-six ki- 
lomètres plus haut sur le fleuve Kongo ou Livingstone. Là, 
en aval des chutes d'Isandjila, il a jeté les fondations d'un 
nouveau poste séparé encore de Stanley-Pool par environ 
300 kilomètres de fleuve, accidentés de 26 cataractes ou 
rapides. 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 85 

Sur les pas du grand explorateur s'est avancée une Société 
relipeuse, la a Livingstone Inland Mission », dont le but 
est la conversion des peuplades riveraines du Kongo. 

Après avoir fondé des stations à Banana, à Tembou- 
chure du Kongo, à Mataddi-Minkenda, en face de Vivi, à 
Paraballa, à Banza Montega et à Manyanga, au-dessus des 
chutes de Yellâla, elle se prépare à en établir d'autres au 
confluent de la rivière Edwin Arnold, puis en un lieu à 
choisir au delà de Stanley-Pool. MM. Crudgington et 
Bentley ont fait un voyage par terre jusqu'à ce lac. 

L'Association africaine poursuit à l'est sa grande œuvre 
de civilisation, et c'est encore la Belgique presque seule, 
qui fournit les hommes et les fonds nécessaires. Enregis- 
trons le départ, en janvier 1881, d'une nouvelle mission 
commandée par le capitaine Hanssens, et qui doit pénétrer 
dans l'intérieur de l'Afrique par Zanzibar. 

Il faut encore saluer de nos regrets deux nouvelles victimes 
des explorations africaines. C'est d'abord M. de Leu, lieute- 
nant d'artillerie belge, qui, envoyé pour participer aux 
travaux des membres de la station de Karéma, sur le lac 
Tanganyka,a succombé à la dyssenterieà Tabora. Quelques 
mob plus tard mourait le capitaine Emile Popelin, chef de 
la deuxième expédition belge, chargé de fonder une sta- 
tion sur le rivage ouest du lac Tanganyka. 

L'Angleterre aussi a chèrement payé dans l'Afrique aus- 
trale une tentative pour pénétrer dans le pays de Gaza que 
M. Saint- Vincent Erskine, le premier, nous avait fait con- 
naître. 

Le capitaine Phipson Wybrants, chargé de diriger une 
mission* envoyée pour étudier le fleuve Sabia comme voie 
navigable, était parti de Sofala avec un bateau à vapeur 
démontable. 

n avait levé le delta du Sabia et son cours aussi loin que 

1. A cette miftftioQ étaient attachés MM. Gaer, Mars, Meyer et Owen. 



86 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

possible, lorsqu'au Kraal d'Oumzila, roi de Gaza^ M. Phipson 
Wybrants est mort de maladie le 29 nombre 1880, bientôt 
suivi dans la tombe par MM. Gaer et Mars. M. Owen, devenu 
chef de la mission* a regagné, à Sofala, la côte orientale où 
il est arrivé avec M. Meyer, rapportant les documents re- 
cueillis au cours du voyage. La carte encore inédite de cette 
exploration aura une importance réelle, car aucun itinéraire 
ne reliait encore le Kraal d'Oumzila au delta du Sabia ni 
à Sofala, et le fleuve lui-même n'était connu que sur un 
court trajet 

L'exposé géographique de cette année signale deux faits 
principaux relativement aux Iles de l'Afrique : les excursions 
du docteur Schweinfurth à Soqotra, et la fin de M. Hilde- 
brandt à Madagascar. Pendant trois mois, M. Schweinfurth, 
le docteur Riebek et MM. Rosset etMantay, ont exploré avec 
ardeur l'intérieur presque inconnu de Tile Soqotra qui fait 
partie, comme vous le savez, d'un petit royaume gouverné 
par le sultan de Kechn, en Oman, sur la côte sud de 
l'Arabie. 

Cette île offre au naturaliste une flore curieuse que per- 
sonne mieux que M. Schweinfurth ne pouvait étudier et com- 
parer à la flore des parties voisines du continent africain. Nul 
doute que les observations du docteur sur les habitants 'ne 
nous vaillent aussi des renseignements nouveaux. On sait 
qu'après avoir été longtemps des chrétiens Jacobites ils sont 
devenus musulmans, il y a une centaine d*années. 

Les précédents rapports ont mentionné à différentes 
reprises «m voyageur allemand, M. Jean Marie Hilde- 
brandt, qui a fouillé les îles de TOcéan Indien , la côte et 
l'intérieur de l'Afrique orientale, notanmient TOukambi 
dans la direction et près du mont Kénia. M. Hildebrandt 
était parti, cette fois encore, avec une mission de l'Aca- 
démie des Sciences de Berlin qui le comptait certainement 
comme son collectionneur le plus actif et le plus intrépide. 
Peut-être aurons-nous un jour à parler de ses dernières 



KT SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 8T 

recherches qu'il poursuivait à Madagascar au moment où la 
mort l'a euleyéy à Antananarivou, le 29 mai 1881. 

Les excursions faites par un géologue autrichien, M. G. 
Doelter, directeur de l'Institut minéralogique de l'Université 
de GraZy dans les lies du Gap Vert et le bassin du Rio Grande, 
en 1880 et 1881, nous apportent des données d'une grande 
valeur sur la nature du sol de ces territoires^ dépendant de 
TAfrique occidentale. Ses études sur les roches de plusieurs 
îles de l'archipel du Gap Vert, dont il a dressé des cartes 
géologiques détaillées, le poussent à affirmer l'existence d'un 
ancien continent contigu à celui d'Afrique, et qui se prolon- 
geait dans la direction du nord, peut-être jusqu'aux tlesGa- 
naries. Plus au sud, M. Doelter a exploré l'Ile de Boulam, à 
l'embouchure du Rio Grande, et le cours même de ce fleuve. 
Une armée de Foûlbé, venue de Timbo, mit un terme à ses in- 
vestigations en l'obligeant à rebrousser chemin après avoir 
soutenu un siège à Bouba. Il se rejeta alors dans le nord, sur 
le Rio Geba, mais la fièvre intermittente l'obligea au retour. 
M. Dœlter n'en avait pas moins réuni des observations 
géologiques dont il se réserve de développer la portée, et 
des études sur les nombreuses peuplades qui habitent cette 
partie de l'Afrique occidentale. 

Pour terminer au sujet de l'Afrique, rappelons qu'à l'une 
de nos séances de l'an dernier, le capitaine de Lannoy nous 
présentait une grande et intéressante carte manuscrite de 
TAfrique à 1/2000000". La Société ayant attiré l'attention 
sur ce travail, le Ministre de la Guerre a décidé de le repro« 
duire par la gravure. Gette opération s'exécute en ce 
moment, et bientôt nous verrons apparaître quelques pre- 
mières feuilles d'une œuvre à laquelle le capitaine de Lannoy 
consacre depuis plusieurs années ses efforts et son savoir* 

D'autre part, le journal VEœploration a entrepris de pu* 
blier une autre carte d'Afrique au 1/5500000" divisée en 
trente-huit feuilles. Dans le courant de cette année^ dix" 
sept feuilles en ont paru* 



88 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ 

A rétrauger, M. Ravenstein a entrepris la publication 
d'une grande carte de l'Afrique équatoriale à l'échelle du 
1/1000000% sur laquelle sont portés tous les itinéraires des 
voyageurs et presque tous les détails des levés hydrogra- 
phiques et topographiques. Cette œuvre peut être com- 
parée à celle du capitaine de Lannoy pour le soin qui a pré- 
sidé à la discussion des matéris^ux employés. Elle embrasse 
une surface beaucoup moins vaste, mais elle donne égale- 
lement tout ce que la science a gagné dans le sud-est de 
TAfrique. Six feuilles de la carte de M. Ravenstein ont paru 
en 1881, et la publication se poursuivra rapidement. 

Le chapitre des régions circompolaires présente une im« 
portance considérable, en raison de la superficie relative de 
ces régions, et de l'absence des intérêts politiques ou com- 
merciaux qui stimulent si activement l'exploration des 
autres parties du globe. Ici, nous n'avons, en général, 
comme sollicitation que l'attrait de Tinconnu soutenu par 
l'amour de la science. 

Celte fois, cependant, un mobile d'un autre ordre est in^ 
tervenu ; c'est le principe de morale qui dit ': « Secourez- 
vous les uns les autres » et vraiment il faut reconnaître 
qu*il a produit, au delà de l'Atlantique, un généreux élan. 

Le silence continuant à régner sur le sort de la Jeannette^ 
l'inquiétude publique s'est produite en manifestations qu'a 
écoutées la sollicitude du gouvernement des États-Unis. 
Le malheureux navire a-t-il été broyé entre des montagnes 
de glaces flottantes? A-t-il été englouti dans une tempête? 
Son équipage, bloqué sur quelque terre glacée, attend-il 
des secours, contre la mort parla faim et le froid? Erre-t-il 
exténué cherchant à, regagner des terres moins perdues? 
Yogue-t-il comme les naufragés du Polaris sur une prison 
flottante de glace qui ne le rendra à la liberté que pour les 
livrer à l'abîme? Quoiqu'il en soit, il fallait tout tenter pour 
secourir ces hommes que leur vaillance avait emportés au 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 89 

milieu des périls, ces hommes de cœur dont une longue 
acclamation accueillerait le retour. 

GiDq expéditions américaines ont été mises en roule par 

les États-Unis depuis le commencement de 1881, avec des 

iostructions spéciales pour rechercher des indices sur le sort 

du navire ou porter secours aux naufragés de la Jeannette. 

Par une coïncidence singulière, cette année nous a 

apporté un triste et dernier écho de l'expédition de sir 

Joho Franklin. Au cours d'un voyage fort aventureux dans 

les parages du détroit Fury etHécla, enire la presqu'île Mel- 

Tille et la terre Cockburn^ le capitaine Adams a rencontré 

un indigène qui naguère avait vu trois hommes blancs 

venus par terre depuis Repuise Ray, au sud de la presqu'île 

MelTille. Celui des trois qui paraissait le chef mourut peu 

après son arrivée, les deux autres plongés dans la tristesse 

le suivirent bientôt dans la tombe et l'Esquimau montra à 

M. Adams le lieu de leur sépulture. 

Plus tard, ajoutait-il, arrivaient de deux navires au loin 
dans l'est, dix-sept hommes dont trois seulement parvin- 
rent au village de l'informateur. L'âge de cet Esquimau et 
ses notions sur le temps permettent d'assigner aux faits 
rites l'époque du désastre de VErebus et la Terror. Ainsi, 
dans leurs suprêmes efforts, les malheureux équipages au- 
raient tenté de regagner la baie d'Hudson. 

Des cinq expéditions envoyées par les États-Unis, la pre- 
mière fut celle du Thomas CorwiUy petit vapeur douanier 
qui, parti de San Francisco le 4 mai, sous les ordres du capi- 
taine G. L. Hooper, traversait le détroit de Behring fort tôt 
dans la saison. Le 21 mai, il doublait le cap Serdzé Kamen 
et peu après, dans un village tchouktchi, il apprenait l'exis- 
tence à la côte, vers l'ouest, de deux navires en perdition. 
Une escouade dirigée par terre put s'assurer qu'il s'agissait 
ànMount Wollastonei^ii Vigilant, baleiniers américains 
dont on n'avait plus entendu parler depuis qu'ils avaient été 
TUS aux abords des îles Herald et Plover. Les équipages 



90 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIËTÉ 

avaient disparu, ainsi qaeles papiers; quatre cadavres seu- 
lement furent trouvés à bord du Vigilant. Le 30 juillet, 
M. Hooper débarquait à Ttle Herald et d'un sommet de 
300 à 400 mètres, il consultait attentivement mais inutile- 
ment l'horizon. 

Si vous jetez les yeux sur une carte des côtes septentrio* 
nales de Sibérie, vous verrez un peu au nord-ouest du détroit 
de Behring, l'esquisse d'une terre qui porte le nom de Terre 
de Wrangel ou terre de Kellett. L'angle sud-est de cette 
terre est formé par un cap désigné sous le nom de cap 
HawaL II lui fut donné, en 1867, par ce même capitaine 
De Long qui commandait, — puissions-nous dire qui com- 
mande — la Jeannette. C'est aux abords du cap flawai que 
parvenait le Corwin le 12 août, après s'être hardiment 
frayé une route au milieu des glaces brisées. 

Un débarquement put être opéré et permit de faire 
une première reconnaissance d'ensemble. Elle complétera 
les informations qu'avait recueillies, en 1866, le baleinier 
allemand Dallmann, le premier qui ait visité celte terre, 
mais dont la relation était restée à peu près inconnue jus- 
qu'à ces derniers temps. Le Corwin n'aperçut d'ailleurs 
pas le moindre indice relatif à la Jeannette, bien qu'il eût 
rencontré çà et là des épaves. 

Peu après le Corwin^ le 16 juin 1881, partait, commande 
par le lieutenant R. M. Berry, le vapeur le Rodgers, de la 
marine des États-Unis. Il était le 9Â août à File Herald et le 
25 août, il approchait à son tour de la terre de Wrangel. 
Deux embarcations envoyées Tune par l'est, l'autre par 
l'ouest, devaient chercher à se rejoindre par le nord. 
D'épaisses glaces empêchèrent la jonction, mais les embar- 
cations purent mutuellement apercevoir le point où elles 
étaient arrêtées. Cette excursion a établi un fait important 
pour la géographie, c'est que la Terre de Wrangel ne s'étend 
pas au loin vers le nord comme on inclinait à le croire. Elle 
est bornée à une ile de médiocre étendue. Le lieutenant 



ET SUR LES PROGRÈS DES SCIENCES GÉOGRAPHIQUES. 91 

Ben7 ayant débarqué, gravit un massif d'environ 760 mètres» 
do haut duquel la mer apparaissait libre, sauf entre Touest 
el le sud-ouest où des montagnes élevées semblaient ter- 
miner nie. Ajoutés encore aux renseignements recueillis 
par le Corwifif ceux que rapportera le Rodgers enrichi- 
root d'an chapitre important la géographie des régions 
circompolaires. Pas plus que M. Hooper, le lieutenant 
Berrjn'a rencontré d'indications relativement au sort de la 
Jeannette. Il avait seulement appris par un navire russe 
qoe des indigènes auraient vu quatre hommes blancs re- 
montant péniblement le cours du Mackenzie. 

Dans une autre direction, celle des mers polaires euro- 
péennes, avait été envoyé le capitaine G. H. Wadleigh, avec 
y Alliance. Le navire cherché pouvait, en effet, avoir été 
emporté par des courants et errer désemparé dans les eaux 
du Spitzberg et du Gronland. M. Wadleigh s'est élevé au 
Dordjusquepar 79^,36. Ainsi quele capitaineGrey de la ma- 
rine anglaise, et le commandant van Broekhuyzen de la 
oiarine néerlandaise, il a constaté que les glaces s'étaient 
avancéescetteannée extrêmement loinvers le sud. L'AIiîance 
o'a d'ailleurs rapporté aucun indice au sujet de la Jeannette • 

On sait que le regretté Charles Weyprecht, de la marine 
aotrichienne, s'était fait le promoteur d'une idée qui en est 
arrivée à la phase de la réalisation. Il y aurait, selon lui, 
plos de profit pour les recherches de la science, à entourer 
le pôle d'une ceinture d'observatoires météorologiques et 
magnétiques, qu'à envoyer de rapides expéditions se heur- 
ter à l'océan paléocristique. L'établissement de plusieurs sta- 
tions ayant été décidé à la suite de trois conférences interna- 
tionales, les États-Unis ont expédié cette année deux navires 
chargés de constituer des établissements à de hautes latitudes. 

L'an de ces navires a conduit le lieutenant P. H. Ray, 
do Signal Service, en un point nommé Ooglalanné, à cinq 
milles environ à l'ouest de la pointe Barrow, à l'extrême 
oord*ouest de l'Amérique septentrionale. C'est là qu'a été 



02 RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ, ETC. 

conslituée la station. Dès le printemps, M. Ray entreprendra 
l'exploration de la vallée de la Coppermine River qa'il croit 
être en communication avec celle da Yukon, et reviendra 
au golfe Rotzbue où l'attendra un navire chargé de le rapa- 
trier. M. Ray a recherché, comme le lui prescrivaient ses 
instructions, des indices sur le sort de la Jeannette^ mais 
il n'a pas mieux réussi que les commandants des trois autres 
navires. 

Il en a été de même pour le lieutenant Greely, chargé 
d'aller s'établir à Discovery Harbour, dans la baie Lady 
Franklin, à l'extrémité nord du Smith-Sound. M. Greely 
a fait savoir que l'expédition était arrivée en bon état et sans 
trop de difficulté à cette haute latitude. L'un de ses buts 
sera de diriger vers le Gronland septentrional des recon- 
naissances dont la réussite nous apprendrait comment se 
termine cette immense terre glaciaire. 

Nous ne terminerons pas ce résumé sans adresser nos 
vœux de retour à l'un des lauréats de la Société, M. B. Leigh 
Smith, qui, parti dans le courant de Tété pour son cinquième 
voyage aux régions polaires, n'a pas jusqu'ici donné de ses 
nouvelles. 

Votre rapporteur. Messieurs, a dépassé de beaucoup les 
limites de temps qui lui étaient imposées par votre désir 
d'entendre la relation de voyage inscrite à l'ordre du jour ; 
veuillez lui pardonner en considération des nombreuses 
explorations, des nombreux travaux qu'il avait à vous rap- 
peler, en considération également de tous les efforts qu'il 
a dû passer sous silence bien qu'ils aient certainement con- 
tribué aux progrès de la Géographie. 



LES 

EÎPLORATIONS SOUS-MARINES DU « TRATAILLEUR » 

DANS l'océan atlantique ET DANS LA MÉDITERRANÉE 

BN 1880 BT 1881 

Par M. AI.PII«1W9B MlIilVE-EOW.^RDS ^ 

Membre de Fliulitut. 



Je ne viens pas entretenir la Société de voyages lointains, 
d'a?entares émouvantes au milieu de peuplades sauvages 
et peu connues, de découvertes géographiques importantes, 
telles que celles dont vous avez dernièrement encore en- 
tendu le récit de la bouche de quelques-uns des plus hardis 
pionniers de la civilisation. Nous n'aurons pas à aller bien 
loin; c'est surnos côtes et dans nos mers que je vous prie- 
rai de m'accompagner et je vous parlerai ce soir des princi- 
paux résultats qui ont été obtenus pendant les campagnes 
scientifiques entreprises à bord du navire de l'État le Tra- 
mUeur, en 1880 et en 1881. Je chercherai à vous montrer 
que partout on peut faire des études intéressantes et que, 
lorsqu'il s'agit de sciences, la matière n'est jamais épuisée. 

Dn philosophe de Genève, Charles Bonnet, écrivait au 
siècle dernier : « Combien de faits encore ignorés cl qui 
Tiendront un jour déranger nos idées sur des sujets que 
nous croyons connaître ; nous en savons au moins assez 
poar que nous ne devions être surpris de rien. La surprise 
sied peu à un philosophe; ce qui lui sied est d'observer, de 
sesoavenir de son ignorance et de s'attendre atout. » Rien 
n'est plus vrai et chaque jour amène, pour ainsi dire, la dé- 

i. Communicalion adressée à la Société dans sa séance du 17 fé- 
irier 1882.^ — Voyez les cartes jointes à ce numéro. 



94 LES EXPLORATIONS SOUS-HARINES DU < TRAVAILLEUR A. 

couverte de quelque fait nouveau qui modifie la science et 
la présente à Tesprit sous une forme que l'on ne soupçon- 
nait pas. Les recherches sous-marines qui ont été faites 
depuis un petit nombre d'années nous en donnent la preuve. 
On croyait, en effet, qu'au delà d'une certaine profondeur la 
mer était vouée à une stérilité absolue et qu'aucun être ne 
pouvait vivre dans ses abîmes ; on croyait que l'eau y était 
dans un état de repos complet, qu'aucun courant ne 
l'agitait et que sa température était uniforme ; on croyait 
qu'une obscurité complète y régnait; on croyait enfin 
que l'étude des animaux de nos mers ne promettait plus 
aucune découverte importante. On se trompait étrange- 
ment, car nous savons aujourd'hui qu'une population 
animale des plus variées anime les grandes profondeurs, 
que de puissants courants parcourent le lit de l'Océan et 
en chauffent ou en refroidissent les eaux, enfin que des 
phénomènes de phosphorescence d'une grande intensité 
en éclairent l'obscurité. 

Ce n'est pas en un jour que les idées se sont ainsi modifiées ; 
c'est peu à peu, c'est lentement que Ton a pénétré les mys- 
tères de l'Océan, et je vais chercher à vous montrer que 
pour arriver à ce résultat la tâche des naturalistes a été rude. 

Trop souvent encore on se fait du naturaliste une idée 
assez fausse : on le voit, comme aux siècles passés, com- 
plètement isolé des bruits du monde, enfermé dans son 
cabinet sans autre compagnie que des crocodiles suspendus 
au plafond ou des animaux confits dans de Teau-de-vie 
et, ses lunettes sur le nez, déchiffrant des grimoires incom- 
préhensibles. Il n'est plus possible de s'abstraire ainsi; la 
vie des recherches est une vie active dans- laquelle il faut 
payer de sa personne. C'est vers le commencement de ce 
siècle que l'on a compris que l'histoire de la nature devait 
s'étudier sur la nature, et que les bètes empaillées dans 
les musées n'avaient plus que bien peu de secrets à confier 
aux hommes de science. Le monde do la mer avec ses 



[£S EXPU)RAT10NS SOUS-MARINES DU C TRAVAILLEUR >. 95 

formes étranges, sa \ariété infinie, attirait surtout l'atten- 
tion. L'organisation de ces animaux, leur manière de vivre, 
leur mode de répartition étaient autant de problèmes à ré- 
soudre sur place, et vers 1825, deux naturalistes français, 
y. Andouin et H. Milne-Edwards, commencèrent en France 
Qoe série d'explorations zoologiques sur les rivages de 
rOcéan et de la Méditerranée. En 1836, ils montraient déjà 
que les espèces de nos côtes ont une distribution fort régu- 
lière et que l'on peut reconnaître cinq zones littorales. La 
première, la plus élevée, qui n'est habitée que par quelques 
animaux sédentaires, les Balanes, n'est baignée par les flots 
qu'à l'époque des grandes marées de pleine et de nouvelle 
lune; la deuxième, garnie de varech, nourrit des Patelles, 
des Pourpres, des Turbos et chaque jour elle est couverte 
par la vague montante; la troisième, celle des Moules, des 
Etrilles découvre dans les fortes marées; la quatrième, 
tapissée par des végétaux appelés Laminaires, ne découvre 
qae une ou deux fois par an. Enfin la cinquième, toujours 
immergée, renferme des Huîtres, des Peignes, des Arai- 
gnées de mer, etc. 

Afin de poursuivre ces études dans la Méditerranée dont 
les eaux ne se retirent pas assez pour permettre au Naturaliste 
d'aller chercher sous les rochers ou dans le sable les animaux 
qn'ilveut examiner, M. Milne-Edwards, accompagné de deux 
collaborateurs, M.Blanchard, aujourd'hui Membre de l'Ins- 
titut et professeur au Muséum d'histoire naturelle, et notre 
excellent collègue M. de Quatrefages, alla fouiller les côtes 
de la Sicile ; il voulait non seulement explorer les parties 
accessibles du rivage, mais descendre au fond de la mer et 
ysorprendreles animaux marins dans leurs retraites les plus 
cachées. Pour arriver à ce résultat, il employait un appa- 
reil qui, depuis lors, après, bien des perfectionnements, est 
devenu le scaphandre; mais à cette époque, il était des plus 
primitifs. M. de Quatrefages, dans un livre * que tout le 

t. Souvenir» d'un Naturaliste, Paris, 185i. 2 vol. in-S^*. 



96 LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU « TRAVAILLEUR ». 

monde a lu avec intérêt, a raconté ^ les péripéties de ces 
excursions sous-marines. Voulez-vous me permettre de 
vous lire les détails qu'il donne sur ces opérations aux- 
quelles il a pris une part active? 

« L'exécution de ce projet, dont l'idée appartenait à 
H. Edwards, exigea quelques tâtonnements. Il fallut s'as- 
surer du bon état des appareils, en combiner la disposition, 
prévoir les accidents possibles, et s'assurer les moyens d'y 
remédier. Au bout de quelques jours, tout fut disposé, et 
après quelques essais préliminaires, M. Edwards fit sa pre- 
mière excursion sous-marine dans le port de Milazzo. Pen- 
dant plus d'une demi-heure, il parcourut en tout sens le 
fond du bassin, retournant des pierres, examinant brin à 
brin les touifes d'algues, recueillant et observant sur place 
des zoophytes qui vivent à une profondeur de 10 à 12 pieds. 
Depuis lors, M. Edwards s'est enfoncé bien plus profondé- 
ment encore, et dans la baie de Taormine entre autres, nous 
l'avons vu à 25 pieds sous l'eau manier la pioche pendant 
près de trois quarts d'heure pour tâcher d'atteindre une de 
ces grandes Panopées de la Méditerranée, espèce de mol- 
lusque bivalve dont on ne connaît encore que les coquilles. 

> L'appareil employé par M. Edwards dans ces prome- 
nades sous-marines était celui qu'a inventé le colonel Pau- 
lin, rhabile et zélé commandant des pompiers de Paris. Un 
casque métallique portant une visière de verre entourait la 
tète du plongeur et se fixait au cou à l'aide d'un tablier de 
cuir maintenu par un collier rembourré. Ce casque, véri- 
table cloche à plongeur en miniature, communiquait par 
un tube flexible avec la pompe foulante que manœuvraient 
deux de nos hommes; deux autres se tenaient en réserve 
prêts à remplacer les premiers. Le reste de notre équipage 
sous les ordres de Perone, tenait l'extrémité d'une corde 
qui, passant dans une poulie attachée à la vergue, venait se 

1. Souvenirs d'un Naturaliste, t. II, p. 18. 



LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU « TRAVAILLEUR ». 97 

fixera une sorte de haraais et permettait de hisser rapide- 
ment i bord le plongeur que les lourdes semelles de plomb, 
retenues par une ceinture à déclic, avaient entraîné prom- 
ptement au fond de l'eau. MI Blanchard veillait à ce que, 
dans les divers mouvements de M. Edwards ou de la barque, 
le tobe à air ne fût jamais entravé. Enfin, une corde des- 
tinée aux signaux restait toujours dans ma main, et Dieu 
sait avec quelle anxiété j'en étudiais les moindres mouve- 
ments. On le comprendra sans peine si Ton songe que la 
pins légère méprise pouvait entraîner la mort de H. Edwards. 
Malgré tous nos soins les moyens de sauvetage dont nous . 
disposions étaient bien imparfaits. Il fallait près de deux 
minutes pour retirer de Teau le plongeur et le débarrasser 
de son casque. Une fois même la vergue craqua et mtnaça 
de se rompre, au moment où croyant avoir reçu un signal 
dedétresse, je venais de pousser le cri de Ama/Nos hommes 
sautèrent immédiatement à la mer et eurent bientôt ramené 
M. Edwards à bord ; cependant plus de cinq minutes s'é- 
conlèrent entre le moment où j'avais senti remuer ia corde 
et celui où M. Edwards put respirer à l'air libre, et ce 
temps aurait été plus que suffisant pour déterminer une 
asphyxie mortelle. Heureusement que j'avais été trompé 
par une secousse involontairement imprimée à notre télé- 
graphe. Cependant on voit que ces recherches n'étaient pas 
sans danger et certes, pour les entreprendre et les poursuivre, 
il fallait être animé d'un zèle bien rare parmi les naturalistes 
de nos jours. » 

Ces recherches ne pouvaient être poussées à de bien 
grandes profondeurs, l'obscurité, la pression de Teau étant 
desobstacles invincibles. C'était avec des filets et des dragues 
qu'il fallait explorer le fond des mers. Un naturaliste 
anglais, Forbes, avait fait dans la mer Egée des observations 
zoologiques très remarquées qui, en 184i, l'amenèrent à 
cette conclusion que les animaux ne peuvent vivre dans la 
mer à une profondeur dépassant 450 mètres. Cette manière 

soc. Dl 6A0«R. — !•' TRIMESTBI 1S82 III. —7 



9i LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES OU tt TlATAlLLBn •• 

de voir, qui fut généralement adoptée par tous les 200I0- 
gisteS) devint dès lors la dernière expression de la science. 

Un fait inattendu devait bientôt montrer que cette géné- 
ralisation ne pouvait être adniiseé En eSét, en 1861 , il fallut 
relever le câble télégraphique allant de B6ne à Gagliari, et, 
sur des fragments qui reposaient sur un fond de plus de 
SOOO mètres, on remarqua que de nombreux animaux 
s'étaient fixés à la surface du câble. M. Hangon^ alors pro- 
fesseur k rÉcole des Ponts et Chaussées, me remit ces 
tronçons; ce fut une heureuse fortune pour moi que de 
posséder ces précieux objets qui apportaient des révéla- 
tions inattendues, et vous pouvez comprendre aveo quel 
soin ils furent étudiés. Après avoir établi les affinités ioolo- 
giquesde ceshabitants des grandes profondeurs, je terminais 
le mémoire que je publiai à ce sujet en disant *■ : 

« En résumé, nous voyons donc qu'au fond d'une partie 
de la Méditerranée, où la profondeur de la mer varie entre 
2000 et 3800 mètres, on trouve à l'état vivant un nombre 
assez considérable d'animaux, dont les habitudes sont com- 
plètement sédentaires; presque tous ces êtres appar- 
tiennent à des espèces réputées très rares ou qui avaient 
échappé jusqu'ici aux recherches des zoologistes, et 
quelques-uns d'entre eux ne paraissent pas différer spécifia* 
quement de certaines espèces fossiles dont les dépouilles 
sont enfouies dans lesterrains tertiaires supérieurs du même 
bassin. Ces résultats ne me paraissent dépourvus d'intérêt, 
ni pour la géologie, ni pour l'histoire naturelle des animaux 
vertébrés; ils peuvent nous faire espérer qu'une explora- 
tion plus complète des protondeurs de la mer fera découvrir 
dans la faune actuelle d'autres espèces que l'on considère 
comme éteintes, parce qu'on ne les connaît encore qu'à 
l'état fossile. Les physiologistes penseront peut-être aussi 

1. ObservatioQS sur Texistence de divers MoUusqaes et Zoophytes à de 
très grandes profondeurs dans la mer Méditerranée {Annateê dei Sciences 
IfutUfêllH. Zoologie. 4« ténéf i. XV, 1S61). 



J 



LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU (( TRAVAILLEUR D. 99 

que rexistence d'êtres d'une organisation aussi parfaite que 
celles des Mollusques gastéropodes, sous une pression de 
plus de 200 atmosphères et dans un milieu où. la lumière ne 
doit pas pénétrer en quantité notable, est un fait qui mérite 
d'être enregistré. » 

La connaissance de ces faits nouveaux aurait dû être suivie 
immédiatement de recherches nombreuses. Mais pour les 
accomplir il ne suffit pas de la bonne volonté d'un ou de 
plusieurs naturalistes; de puissants moyens d'action sont 
nécessaires pour aller à 2000 ou 3000 mètres fouiller le lit 
des mers, il faut un grand navire, des machines à vapeur, 
un nombreux personnel ; en un mot, on ne saurait se passer 
de rintervention de lu marine de l'État, et cette interven- 
tion on ne put alors l'obtenir en France. Au contraire, à 
l'étranger on avait compris que le fond des mers constituait 
nue mine inépuisable de découvertes scientifiques et l'on se 
mit à l'œuvre. Les Norvégiens Qui ont l'habitude d'accom- 
plir sans bruit des travaux remarquables, entreprirent les 
premières recherches et explorèrent les mers du nord; 
Sars signala des ôtres appartenant à des types que l'on était 
habitué à considérer comme datant d'une autre époque. 
Aux États-Unis, Pourtalès, puis A. Agassiz trouvaient auprès 
de leur gouvernement les encouragements nécessaires et or- 
ganisaient des dragages dans les eaux du Gulf Stream, sur 
les côtes de la Floride. En 1868, la Société Royale de Londres 
obtenait de l'Amirauté anglaise qu'un petit navire, le Light- 
uing^ fût mis à la disposition de MM. Carpenter et W. Thom- 
.^on, pour explorer à de grandes profondeurs les mers du 
T:ord de l'Ecosse et des Feroé. Cette campagne du Lightning 
ne fut que le prélude d'explorations plus importantes qui 
furent faites par ces naturalistes et par MM. Gwyn JefTreys 
et Norman, d'abord dans les mers de l'Europe, à bord du 
Porcupiney puis par M. Wyville Thomson, autour du globe, 
à bord de la corvette le Challenger. La France ne pouvait 
refuser plus longtemps de s'associer au grand mouvement 



100 LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU (c TRAVAILLEUR ». 

scientifique qui se faisait autour d'elle; en 1880, M. Jules 
Ferry, Ministre de rinstruction publique et alors président 
du conseil, obtenait de son collègue M. le Ministre de la 
Marine qu'un aviso de l'État le Travailleur fût mis h la 
disposition d'une commission de naturalistes pour exécuter 
dans le golfe de Gascogne des dragages profonds. Cette 
commission se composait deM.Milne-Ëdwards,membre de 
l'Institut, président, MM. Alph. Milne-Edwards, membre de 
l'Institut, professeur au Muséum, L. Vaillant, professeur au 
Muséum, de Folin, ancien officier de marine, directeur du 
journal intitulé Les fonds de la mer, Marion, professeur 
à la faculté des sciences de Marseille, P. Fischer, attaché au 
Muséum d'histoire naturelle, et E. Périer, professeur à l'école 
secondaire de médecine de Bordeaux; deux naturalistes 
anglais, M. Gwyn-JefTreys et M. Norman, avaient été invités à 
assister à nos opérations. En 1881, une nouvelle campagne 
du môme genre eut lieu dans l'Atlantique et dans la 
Méditerranée. M. Milne-Edwards avait été encore cbîT"^ 
de rorganisation de l'expédition à laquelle prirent part 
MM. Alphonse Milne-Edwards, L.Vaillant,Marion, P.Fischer 
et E. Perrier, professeur au Muséum. Un jeune docteur, 
M. H. Yaillanes, avait été adjoint à la commission à titre 

d'auxiliaire. 

* 

Je voudrais aujourd'hui vous donner une idée des résul- 
tats qui ont été obtenus pendant ces deux expéditions, et 
qui ont contribué à éclaircir beaucoup de questions encore 
obscures de l'histoire de la mer. Grâce aux photographies 
qui ont été faites pendant nos voyages par M. Vaillant, 
je pourrai faire passer sous vos yeux non seulement les 
objets les plus intéressants qui ont été recueillis, mais aussi 
les machines et instruments qui ont été employés dans ces 
recherches. Je dois effectivement commencer par vous 
parler du Travailleury de son outillage et de la 'nature 
lies appareils qui nous ont servi. 

Notre but était multiple, nous voulions non seulement 



tSâ SXFLOlUtlONS SOUS^MARlNfiS D0 (t I^RAVAILlEOR H. lOi 

poursuivre, dans les abîmes de la mer « les êtres qui y vivent ^ 
mais encore étudier la constitution des fonds et leur relief, 
(ûre ainsi, en quelque sorte, de la géologie et de la géo- 
graphie sous-marine, chercher à connaître quelles variations 
la température de Teau, son degré de salure, etc., peuvent 
présenter suivant les diverses couches que Ton examine. 

Le Travailleury stationnaire du port de Rochefort, est un 
ayiso à roues, pourvu d'une machine de 150 chevaux, très 
stable à la mer et jaugeant près de 1000 tonneaux; il était 
commandé par M. E. Richard que je ne saurais trop remer- 
cier du dévouement qu'il a montré pendant ces explora- 
tions. Je suis heureux de proclamer que le succès de nos 
opérations a été dû, en grande partie, à Texcellente orga- 
nisation que nous avons trouvée à bord du Travailleur et 
à Tardeur scientifique qui animait tous les officiers. 

Dans ces explorations sous-marines, il est très important 
de déterminer avec exactitude la profondeur à laquelle est 
le lit de la mer, et toujours un coup de sonde doit précéder 
on coup de drague. Il y a quelques années rien n'était plus 
primitif qu'un appareil de sondage. C'était une longue corde 
an bout de laquelle était attaché un plomb de 50 kilo- 
grammes environ, enduit de suif à sa partie inférieure, afin 
qa'il pût rapporter quelques grains de sable ou quelques 
particules des roches qu'il touchait. Quand le navire était 
immobile, on laissait filer la ligne de sonde, jusqu'à ce que 
l'on crût sentir à la vitesse moindre de sa chute qu'elle 
avait touché le fond; il fallait alors la relever péniblement 
et bien souvent le plomb ne ramenait aucune échantillon 
du fond; il ne l'avait pas touché parce que des courants 
profonds avaient entraîné la corde ou parce que le vent 
avait fait dériver le navire, et parfois on a déroulé ainsi 
plus de 12 kilomètres de ligne sans être sûr d'avoir atteint le 
îond. Les résultats de ces sondages étaient tout à fait con- 
testables, et, dans bien des cas, manifestement faux. Au- 
jourd'hui on arrive à une exactitude extrême et nos son- 



iÛ2 LES EXPLOBÀTIOKS SOÛS-MARlNES DU « TAAVAILLBfJH ». 

dages ont été faits avec une grande précision à l'aide du fil 
d'acier désigné sous le nom de corde à piano et mesurant 
environ 0'°,003 de circonférence. Le poids du kilomètre de 
fil n'atteint pas 7 kilogrammes et sa résistance à la rupture 
est de 140 kilogrammes. On ne chargeait pas le sondeur au 
delà de 23 kilogrammes et Ton obtenait une vitesse de dé- 
roulement de 175 mètres par minute, ce qui permettait 
d'atteindre en 20 minutes un fond de 3500 mètres. Un com- 
pteur, recevant le mouvement d'une vis excentrique à l'axe, 
enregistrait chacun des tours de la bobine sur laquelle le ûi 
était enroulé. Le nombre des révolutions de la roue, mul- 
tiplié par la circonférence moyenne des tours de fil d'acier, 
donnait la profondeur. C'est sir W. Thomson qui, le pre- 
mier, a imaginé cet excellent procédé de sondage; il a été 
employé d'abord par le capitaine Belknap, commandant la 
Tuscaroray de la marine des Étals-Unis, dans une série de 
sondages reliant San-Francisco au Japon, puis par le com- 
mandant Sigsbee, à bord du Blake où M. A. Agassiz fai- 
sait ses recherches zoologiques. Aujourd'hui la Charente j 
navire de l'État destiné à la pose de nos câbles électriques 
sous-marins, fait aussi usage de ce système. Le sondeur 
que nous avons employé appartenait à un modèle analogue 
à celui de VUydray mais il avait été modifié de façon à tou- 
jours assurer le déclanchement des poids de fonte dont on 
est obligé de le charger, afin d'en activer la descente. 5 ou 
6000 mètres de fil d'acier étaient enroulés sur un tambour 
mis en mouvement à l'aide d'une petite machine à vapeur 
de la force de 16 chevaux. Le fil plongeait à l'arrière du 
bâtiment après s'être déroulé autour d'une poulie sus- 
pendue par des ressorts destinés à amortir les chocs résul- 
tant des mouvements de tangage du navire. Quand le son- 
deur avait touché le fond, ce qu'on sentait facilement à la 
main^ on le remontait rapidement à Taide du treuil à va- 
peur, et en dévissant sa partie inférieure on recueillait les 
échantillons des fonds qu'il avait touchés. 



LES EXPLORATIONS 30US-MARINES 0D H TRAVAIIXfiCR B.103 

Des dragues de différentes grandeurs et de diiférents mo- 
dèles avaient été construites en vue de la nature des fonds 
que Ton pourrait rencontrer. Les unes étaient protégées 
contre ie contact possible des rochers par une enveloppe 
de toile à voile ou même par une peau de bœuf; les au- 
tres étaient simplement formées de filets. L'armature de 
quelques-uns de ces appareils était découpée en dents de 
scie, en avant, de façon à labourer la vase ou le sable, 
tandis que le cadre des autres était formé d'une lame 
aplatie destinée à glisser sur le sol sans l'entamer. Enfin 
deux dragues construites par les soins de M. de Folin, des- 
cendaient fermées, et à l'aide d'un mécanisme particulier 
ne s'ouvraient que quand elles étaient arrivées sur le fond. 

Les dragues ne ramènent que rarement de grands ani- 
maoz; elles se remplissent rapidement de sable ou de vase, 
et, frottant lourdement sur le fond» elles brisent et mutilent 
souvent les récoltes. Aussi, nous avons trouvé un grand 
avantage à nous servir du chalut, mais la manœuvre de ces 
filets devient presque impossible & une grande profondeur, 
parce qu'ils ne tombent pas toujours du côté convenable, 
parce que la poche du filet se retourne et pour d'autres 
causes qu'il serait superflu d*énumérer ici. Aussi, après 
avoir passé plusieurs heures à immerger cet instrument, 
nous est-il arrivé plus d'une fois de le relever tout à fait 
vide. M. Richard, pour remédier à cet inconvénient, avait 
bit construire un grand chalut dont la bouche était main- 
tenue béante par une armature spéciale, de façon à se bien 
présenter, de quelque côté que l'appareil tombât sur le 
fond ; deux larges patins de bois disposés en avant glis- 
saient sur la vase en empêchant le filet de s'y enfoncer. 
Ce chalttt pouvait balayer un espace de 7 mètres de large, 
et nous lui devons de superbes récoltes. Deux autres cha- 
luts plus petits, plus légers et d'un maniement plus facile, 
avaient été construits sur le même modèle et ont été d'un 
emploi courant. Enfin une grande toile attachée à une pièce 



404 LES ËtMOtUtlOfVS SOtJS-HÀftlNiCd M <t t^VitLtËttl ». 

de bois était couverle de fauberts, de filets, et devait balayer 
le lit de la mer; mais ce dernier instrument ne nous a rendu 
que peu de services, et nous avons renoncé à son usage, 
préférant attacher simplement de gros paquets d'étoupes, 
soit à une corde, soit aux côtés ou à l'arrière des dragues. 
Devant opérer à de très grandes profondeurs, et en prévi- 
sion des accidents inévitables, le Travailleur avait été muni 
de plus de 15 000 mètres de lignes de dragues variant entre 
0,075 et 0,060 de circonférence. Nous avions aussi près de 
10000 mètres de lignes plus faibles, disposées sur de grosses 
bobines. Enfin beaucoup d'autres cordes avaient été embar- 
quées en prévision des besoins de l'expédition. 

Pour prendre la température de l'eau aux diverses pro- 
fondeurs, nous avons fait usage des thermomètres à ma- 
xima et minima de Miller Gasella. Ces instruments, quelque 
bien protégés qu'ils soient par une enveloppe de cuivre, 
sont d'un maniement délicat à cause de leur fragilité, et ils 
ne donnent que des maxima et des minima, de façon que, 
pour avoir avec certitude la température du fond, il faut en 
étager plusieurs à des profondeurs graduées. Il faut aussi 
éviter avec soin les secousses qui pourraient faire glisser 
les curseurs. Notre savant confrère, M. Bréguet, pour 
remédier à ces inconvénients, a imaginé un instrument 
beaucoup plus parfait, qui pourra fournir, à un moment 
donné, la température exacte de la couche d'eau où il sera 
placé. Cet appareil est en voie de construction et nous 
espérons en faire usage dans d'autres circonstances. 

Pour puiser de l'eau dans les diverses couches de la mer, 
nous nous sommes servis d'un appareil construit dans le 
port de Rochefort d'après les plans de M. Richard, et qui 
nous a rendu de grands services. C'est un réservoir mé- 
•tallique en forme de double cône dans lequel l'eau peut 
pénétrer au moyen d'un robinet placé à chaque extrémité; 
ces robinets peuvent se tourner au moyen d'une longue 
tige qui se place à angle droit du réservoir. Quand l'ouver- 



Us ËlPLORAtlÔNS SOUâ-kARlNEU bt U ïtUVAlLLËtA )>. 10& 

tore se fennec une soupape de caoutchouc qu'entraîne le 
jeu du' robinet, complète Tocclusion. Lorsqu'on veut se 
servir de cet appareil, on l'attache à une ligne de sonde et 
00 le descend, ses robinets étant ouverts, jusqu'à la profon* 
deur voulue; pendant Ja descente l'eau entre par le robinet 
inférieur et sort par le robinet supérieur. Quand on a atteint 
kfond ou la couche d'eau dont on désire recueillir un échan- 
tillon, on fait tomber le long de la corde une lourde bague 
en fonte qui, en passant sur les bouteilles à eau^ abaisse ieà 
bras de levier des robinets et ferme ceux-ci. L'occlusion 
était si parfaite que souvent, au moment où après avoir re- 
monté ces appareils nous les débouchions, l'eau se précipi- 
tait au dehors comme elle aurait pu le faire d'une bouteille 
d'eau de seltz. 

Nous avons toujours eu soin de prendre à une môme sta- 
tion des échantillons d'eau à des profondeurs diverses; nous 
avons noté la densité et la température, afin que l'on puisse 
ea comparer la composition et particulièrement le degré de 
salure. Ces échantillons ont été remis à M. Bouquet de la 
Grye qui a bien voulu se charger de les analyser' . 

Eu 1880,1e Travailleur a limité. le champ de ses re- 
cherches à la partie du golfe de Gascogne comprise entre 
Bayonne et le cap Peûas. En 1881, il a continué l'explora- 
tion de l'Atlantique le long des côtes de la péninsule ibé- 
rique jusqu'au détroit de Gibraltar, puis il est entré dans la 
Méditerranée dont il a fouillé le bassin occidental. Mais, pour 
ce compte rendu, nous porterons d'abord notre attention 
sur les résultats obtenus dans l'Atlantique, puis nous passe- 
rons à l'étude de la Méditerranée. 

Les grands fonds du golfe de Gascogne n'avaient jamais 
été fouiUésà l'aide de la drague. Les cartes espagnoles, fran- 
çaises et anglaises ne fournissaient que peu de renseigne- 

1. Les résaltats du travail de M. Bouquet de la Grye ont été insérés 
^Ds les Comptes rendus des séances de VÂcadimie des Sciences (séance 
du 10 anU 1882). 



106 LES EXPLORATIONS SOUS-MARlNES DU tt HiAVAliUim ». 

ments; les premières sont pea différentes des nôtres* Quel- 
ques sondages avaient été relevés aux attérages des phares, 
dans la partie de la côte espagnole comprise entre la France 
et Sanlander, et plus au large on ne trouve que des indica- 
tions négatives^ c'est-à-dire pas de fond par 325, 333, 338 
et 340 mètres. 

Les cartes anglaises donnaient quelques renseignements 
supplémentaires % qui devaient être utiles. Sur la carie 
n» 2728', on remarque une ligne de sondages se dirigeant 
de l'entrée de Bilbao vers le nord. Le fond maximum, à 
18 milles de terre, est de 1500 brasses. Trois autres sondes 
placées dans l'est, sur le même parallèle et espacées de 
deux milles, environ, les unes des autres, accusent respec* 
tiveptieat des profondeurs de 1080, 1190 et 915 brasses. Une 
seconde carte publiée par l'amirauté anglaise (n* 2060) ^, 
met en lumière nombre de sondages encore récents effectués 
soit pour la pose de câbles télégraphiques, soit dans les 
explorations purement scientifiques. On y remarque, outre 
la ligne de sondages indiquée ci-dessus, un sondage isolé de 
1900 brasses, dans la partie qui nous intéresse, à dix milles 
environ du cap PeîSas. 

M« de Folin avait recueilli, de la bouche des pécheurs 
de la côte d'Espagne, des renseignements d'après les- 
quels une profonde vallée sous*marine se serait étendue 
parallèlement à la côte de fiiscaye, de Gantabrie et des 
Asturies jusqu'au cap Peâas et peut-être même jusqu'au 
cap Yarrès. Mais, quand on voulut arriver à des don- 

1. Ces renseignements sont extraits du rapport de mer de M. le capi- 
taine Richard. 

2. Spain north and west coasts. Bayonne to Oporto, trom charts pu- 
blished by tlie bydrographical office at Madrid, 1846. Corrections 1861, 
décembre 1863, septembre 1864, mai 1864, mai 1872. avril 1873, avril 
1879. 

3. North Atlantic Océan. Eastern portion. London. Published at the 
Àdmiralty; novembre I*H 870, underthe superintendance of Rear Admirai 
G. H. Richards, F. R. S. Hydrographer. Corrections January 1872. 



LES EXPLORATIONS» SOUS-MÂAINES DU « TIUVAILLEUR ». 107 

oées plus précises sur la position de ces grands fonds, il 
tttt impossible de rien obtenir des pilotes et des marins qui 
fréquentent ces parages. Il fallait donc se lancer dans l'in- 
connu et chercher, la sonde à la main, à reconnaître le re- 
lief du lit del'Océan. 

Le 17 juillet 1880, à 10 heures 15 minutes, on quittait 
fiayoone. La barre était franchie à 10 heures 50 minutes. On fit 
alors route au nord 70^ ouest du monde, pour aller chercher 
le> funds portés sur nos caries 325 mètres (pas de fond). À 
1 beore 58 minutes, on stoppait pour sonder. En commen- 
çant les opérations, on se proposait surtout d'employer la 
journée à essayer le fonctionnement des appareils embar- 
qués spécialement et que le temps n'avait pas permis d'ex- 
périmenter préalablement. La dernière main avait, en effet, 
été mise aux installations de sondage et de dragage, le 
12 juillet. Le navire était donc parti sans qu'il eût été fait 
une épreuve définitive et probante de l'outillage général. 
 peine avait-on pu s'assurer que la puissance du treuil 
était suffisante et que le tuyautage de la chaudière et du 
treuil était convenablement établi. Les appareils de son- 
dage n'avaient pas encore fonctionné. La sonde en fil d'acier, 
mouillée à 1 heure 58 minutes, avait accusé 420 mètres, fond 
de vase. On mît une drague à la mer et l'on fila 800 mèlres de 
ligne de drague ; il ne paraissait pas douteux que la drague 
fonctionnât. On s'appliqua à manœuvrer le bâtiment en 
tenant compte du veut et du courant, de manière à bien 
élonger la ligne et à promener doucement la drague sur le 
fond. Après 40 minutes de dragage, l'appareil fut remonté : 
il était vide. A l'examen on acquérait la conviction qu'il n'a- 
vait pas touché le fond, malgré les précautions prises. Rien 
dans la manœuvre faite ne pouvait justifier ce résultat. Si 
la drague n'avait pas touché le fond, la raison n'en était- 
elle pas dans une augmentation subite et imprévue de la 
profondeur? 

La sonde corrobora ce jugement en accusant 1019 mèlres. 



108 Les ËXPLOtlÀTiONS SÔtJS-ltÀtllNËS dû « tRÀVillLLfiUtl » • 

Depuis cet essai, chaque dragage a généralement com- 
porté deux sondages, le premier avant d'amener la drague, 
le second avant de relever Tappareil. Cette précaution est 
indispensable dans des régions sous-marines à relief aussi 
accidenté. Immédiatement la drague fut remise à la mer; 
1350 mètres de ligne furent filés et Ton sentit très distincte- 
ment l'arrivée au fond, des poids placés à 200 mètres de la 
drague. La tension de la ligne ne laissait d'ailleurs aucun 
doute sur le fonctionnement de l'engin. On sonda, le fond 
n'était plus qu'à 666 mètres. Pendant le temps employé à 
ces opérations, le vent s'était élevé et la mer, tout à l'heure 
parfaitement calme, s'était légèrement creusée. Le navire 
poussé par le vent arrière, traînait la drague sur le flanc 
d'une colline sous-marine avec une longue touée dehors. On 
s'efforça, en marchant en arrière, de diminuer l'effort sur la 
ligne, très oblique et très tendue; mais cette manœuvre avait 
elle-môme son inconvénient en augmentant les mouvements 
de tangage de l'arrière. Il en résultait des à-coups dans la 
montée de la drague. Ces à-coups étaient assez forts pour 
stopper par intervalles le treuil. ËuGn la drague arriva à 
bord, emplie jusqu'à son ouverture ; il était huit heures du 
soir. On fit route sur Saint-Sébastien où on se réservait d'a- 
chever le dépouillement des mailériaux rapportés. 

On peut voir sur la carte ci- jointe* l'itinéraire du Tra- 
vailleur et les différents points où des sondages ou des 
dragages ont été faits. Le rapport de mer, rédigé par le 
commandant Richard, permettra de suivre exactement les 
diverses opérations qui ont été exécutées et je ne puis 
mieux faire que d'en donner des extraits. 

<( Pour pouvoir gagner les grands fonds et draguer dans 
l'après-midi, le Travailleur appareille le 19 juillet, à 
4 heures du matin et dirige sa route au nord 33^ ouest du 
monda Dès qu'on atteint les fonds de 985 mètres, on drague. 

1. Voyez la Carte n' 1. 



LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU € TRAVAILLEUR i». 109 

Oofait dans la journée 9 sondages (n''4àn''12) et un dragage 
(n* 3, sondage 10) auquel il faut ajouter une opération sup- 
plémentaire, faute avec une ligne de sonde chargée d'un poids 
de 50 kilos et garnie de fauberts de distance en distance. 
Cet essai réassit; on ramène quelques spécimens curieux, 
entre autres un Crustacé d'un rouge carmin très vif^ 

)S0. — La veille, dès que la venue de la nuit a empêché 
de continuer les dragages, on a fait route vers le cap 
Machichaco. On se proposait, en se servant des feux de 
Machichaco et de Galéa, de se mettre en bonne position 
poar aller chercher le lendemain, au jour, les grandes pro- 
fondeurs indiquées par les cartes anglaises. 

> Pendant la journée, on effectue 5 sondages (n^ 13 à n«i 7), 
1 dragage (n* 4, sondage 16) et on peut se convaincre de 
Texactitude des sondages portés sur les cartes précitées. 

» A 5 heures 40, on fait route pour Santandcr où l'arrivée 
a lieu vers 9 heures. En dedans de la pointe de Puerto, un 
marin espagnol se disant pilote, monte à bord et au moment 
de mouiller, échoue le bâtiment sur un banc de sable, en 
face de la ville. La marée étant basse l'incident, est de peu 
d'importance; cependant le consul de France à Santandor 
m'a informé que ce pilote improvisé avait été condamné à 
an mois de prison. — A 2 heures, un vrai pilote afiburche le 
navire, en position convenable. 

» Le 21, la journée est employée à faire de Teau, des 
vivres frais et du charbon. 

> 22. — Le peu de largeur du chenal obligeant à n'ap- 
pareiller qu'à marée montante, le Travailleur ne se met 
en marche que vers 11 heures du malin. On n'atteint que 
tard les fonds à explorer. Ou effectue cependant 3 sondages 
(n* 18 à n"" 20) et un dragage (n"" 5, sondage 20). 

» Le dragage est fait par 2708 mètres de fond ; il ne réussit 
pas. Rien ne doit étonner dans cet insuccès ; il ne dépend nul- 

1. Qnathophauna Zoea* 



IJO LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU « TRAVAILLEUR ». 

lement de la difficulté à vaincre qui n'est pas plus grande 
pour 3000 mètres que pour 12 à 1500 mètres. Les préparatifs 
et installations avaient été faits d'après la dépèche ministé- 
rielle du 4 juin 1880, en vue de profondeurs de 800 brasses. 
On avait cra parer à toute éventualité en prenant des fanes 
de drague de 9000 mètres. Dans le cas présent cette lon- 
gueur a été insuffisante. On ne pouvait d'une part filer que 
3950 mètres, d'autre part, le navire avait, sous l'effet de la 
brise, assez de vitesse pour que les appareils n'aient pu tou- 
cher le fond. Peut-être même doit-on faire intervenir des 
courants sous-marins. On aurait pu faire ajut avec une autre 
fune, mais une manœuvre semblable avait déjà donné un 
insuccès et causé la perte de 200 mètres de sonde. 

» Le 23, on drague et sonde toute la journée. Les sondes 
sont continuées pendant la nuit. On s'efi'orce ainsi de faire 
quelques observations sur le relief du fond, afin de se prépa- 
rer pour la journée un champ d'exploration déjà reconnu. La 
journée du 23 comporte 11 sondages (n*^ 21 an"" 31) et 3 dra- 
gages (n* 6, sondage 22, n« 7, sondage 23, n» 8, sondage 25). 

» Le soir, on a fait route vers le cap Penas pour s'ap- 
procher du brassiage de 1900 brasses, indiqué par la carte 
anglaise. L'aspect des montagnes très élevées^ semble in- 
diquer dans leur voisinage de profondes dépressions sous- 
marines. Il n'en est rien. Les sondages faits pendant la nuit 
accusent au contraire un plateau très vaste bordant la côte 
depuis les grands fonds, en face de Saint-Martin de la Aréna 
jusqu'au Cap Peîlas. Au lever du jour, l'horizon est ^com- 
plètement embrumé. Aucune vue de terres bien qu'à cet 
endroit la côte soit élevée et dominée par de hautes mon- 
tagnes. Dans ces conditions quel avantage y aurait-il à s'a- 
vancer plus au large ?Trouvera-t-on la dépression cherchée? 
La vue fait défaut et on ne peut savoir s'il sera possible de 
prendre des observations astronomiques. N'a-t-on pas des 
points de dragages connus plus voisins de terre et de 
Santander où Ton doit revenir le soir même? 



us EXPLOBAnONS SOUS^MARIIIBS DU C TRAVÀlLiEUR ». lli 

» Le 24. «-^ Ces considérations font rebrousser chemin et 
nudgré le temps perdu dans cette excursion, on compte, à 
la fin de la joumée, huit sondages (n® 32 h n* 39) et un 
dnpge (n* 9, sondage n^" 39). 

> Le 25. — La journée du dimanche est employée à la 
propreté du bâtiment et à donner à l'équipage un repos 
nécessaire. 

9 Le 26. -— Dès que le pot se fait sentir, on appareille. Après 
avoir doublé l'Ile Mouro (1 heure 10 minutes), on fait route 
aa nord 34* est. ^ 

9 On se propose de revenir à Saint-Sébastien en draguant 
par les grands fonds. Guidés par les sondages déjà faits, 
nous arrivons aux profondeurs de 1900 mètres. A la nuit on 
se dirige vers la terre et on trouve encore 1360 mètres de 
foQd, à 6 milles seulement du rivage entre Quaxo et Ajo. 

I Si la durée assignée à l'exploration n'eût pas touché à 
son terme, nul doute qu'on eût rencontré là le meilleur 
terrain de recherches. Mais on était pressé par le temps et 
il fallut faire route. 

» Le 26. — Cinq sondages (n« 40 à n« 44), un dragage 
(o* 10, sondage n» 41) sont effectués. 

nhe 27. — On continue les sondes en se dirigeant vers l'est, 
on remonte un peu vers le nord pour avoir de grands fonds. 

» La journée est productive, quatorze sondages (n® 45 à 
n*58) et trois dragages (n«ll, sondage 54, n» 12, sondage 
55, n* 13, sondage 57). 

» Le 28. — La route est à l'est ; on se propose de sonder 
dans les environs et un peu au nord du premier dragage 
fait. La proximité de la déclivité de l'Océan permet d'es- 
pérer qu'on trouvera de plus grandes profondeurs. On con- 
state effectivement, àl heure 30 minutes et à 3 heures, des 
brassiages de 1200 et de 915 mètres (vase molle). 

> A 4 heures 40 du matin, au moment où Ton s'apprêtait 
llais^r tomber la drague, la sonde n'accuse plus qne 
115 mètres (roche)^ Un mille plus à l'est, on obtient 



112 LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU (( TRAVAILLEIJR >. 

211 mètres (vase). II eût été certainement intéressant de 
déterminer le contour du plateau rencontré et la position 
de cette roche dominant le fond ; mais avant tout, il fallait 
draguer. On remonte au nord, les petits fonds subsistent ; 
on est probablement en présence du prolongement extrême 
vers Touest, du bord nord de la fosse du Gap Breton. 
Quelques miUes parcourus vers Touest, mettent en présence 
de fonds de 750 mètres (vase). La vase rencontrée semble 
indiquer le voisinage des grandes profondeurs. En sondant 
avant de relever la drague, on ne trouve cependant que 
667 mètres, et Téchantillon du fond rapporté par la sonde 
indique de la vase et des coraux, terrain éminemment dif- 
férent de ceux qui avaient été dragués jusqu'à ce .jour par 
le Travailleur. Aussi les résultats obtenus sont très bons. 

]» Vers 5 heures du soir, on fait route sur Saint-Sébastien 
après avoir exécuté dans la journée neuf sondages (n® 59 à 
n* 67), trois dragages (n^ 14, sondage 65, no 15,sondage 66, 
n" 16, sondage 67). 

» Dans la dernière opération, on a renoncé à remploi 
exclusif de la drague. Sur une vergue de bonnette, on a 
fixé deux petites dragues et quantité de fauberts ; on a lesté 
les extrémités de la vergue de poids et on les a garnies de 
balais pour empêcher l'appareil de labourer le fond. On 
arrive ainsi à balayer une plus large bande de terrain. Les ré- 
sultats obtenus justifient l'emploi de la vergue de bonnette. 

» Le 29. — On appareille de Saint- Sébastien à midi 35 mi- 
nutes. 

» A 2 heures 30 minutes, la sonde accuse 306 mètres. On 
met le chalut de 10 mètres à l'eau. Lorsqu'on le retire on 
recueille des Poissons, des Crustacés, des Mollusques et 
une grande quantité d'Holothuries. 

» L'emploi du chalut, fait par de plus grandes profon- 
deurs dans cette même journée ou dans la nuit, ne donne que 
de médiocres résultats. Toutefois pendant la nuit, il & 
rapporté, fixées extérieurement dans ses mailles, des Isis de 



LES EXPLORATIONS SOtS^HARlNÉS DO (C TRAVAILLEUR ». 113 

grande taille, qui émalllaient le filet de lueurs phosphores- 
centes remarquables. 

I Le 29 comporte deux sondages (n° 68 et n"* 69), deux dra- 
gages (n« 17, sondage 68, n» 18, sondage 69). 

Le 30. — A minuit 35 minutes on essaie de se servir du 
chaiat par 1743 mètres de fond. La vergue du chalut se 
casse et le résultat est négatif. On fait dans la journée onze 
sondages (n» 70 à n« 80) et trois dragages (n« 19, sondage 70, 
n*90, sondage 71, n« 21, sondage 77). L'un de ces dragages 
(q*90, sondage 71) effectué avec une vergue de bonnette, 
garnie de trois petites dragues, de fauberts, de balais, de 
vieux filets, est très productive. 

»Le31. — Dans la nuit du 30 au 31, le bâtiment s'est 
dirigé vers la fosse du Cap Breton; le but qu'on se proposait 
était de rechercher si la fosse du cap constituait une cou- 
pure au fond de la mer se reliant avec- les grands fonds du 
large, ou si cette Fosse n'était qu'un gouffre sans issue. Les 
sondages exécutés pendant la nuit, rattachent la fosse, du 
Cap Breton aux profondeurs dans lesquelles se sont opérés 
les premiers sondages dn Travailleur. La vallée sous 
marine ainsi constituée ne va se fondre dans la grande dé- 
clivité de l'Océan qu'à 30 milles environ au large du Cap 
Breton. Plus de vingt sondages établissent ce fait. 

> On est en droit de supposer que cette fosse on Goufde 
Cap Breton n*est autre chose que l'ancien lit de l'Adour 
Effectivement, l'embouchure de ce fleuve s'est plusieurs 
fois déplacée. Au treizième siècle, il se jetait dans l'Océan à 
Cap Breton. On assure que, vers 1369, à la suite d'une tem- 
pête, les sables furent rejetés par les vagues de manière à 
constituer là un véritable barrage et que les eaux du fleuve 
allèrent se frayer un passage jusqu'au vieux Boucaut à 
18 kilomètres au nord de Gap Breton, et pendant deux 
siècles les navires durent suivre ce cours tortueux pour re- 
monter de la mer jusqu'à Bayonne. En 1578, Louis de Foix 
fat chargé par le roi Henri III de changer le lit de l'Àdour 

toc. DE SiOGE. — 1* TUMB8TRE 1882. lU. — 8 



114 LES EXPLORATIONS SOUS-MARIMES DU « TRAVAILLEUR n. 

et de percer la ligne de dunes qui, aux environs deBayonne, 
séparait ce fleuve de TOcéan. Louis deFoixfut aidé dans son 
œuvre par une tempête et par des pluies diluviennes qui, au 
mois d'octobre 1579, déterminèrent de fortes crues à la suite 
desquelles les sables qui s'opposaient au passage de TAdour 
furent balayés et rejetés à la mer. Depuis cette époque, 
Tembouchure de ce fleuve s'est maintenue au Boucaut neuf. 

> Dans la journéadu 31 juillet, on a exécuté vingt-deux 
sondages (n*" '81 à n"" 103) et trois dragages (n^ 22, son- 
dage 100; no 23, sondage 101, n"" 24, sondage 103), dont les 
deux premiers ont été efTectués dans la fosse du Gap Breton. 

> La période d'exploration était terminée. On se prépara à 
se présenter lelendemaîn matin devant la barre deBayonne. 

» Position des sondes. — Les positions des sondes faites 
pendant cette première campagne ont été fixées de plusieurs 
manières différentes, «ainsi que le montre le tableau : 

» 1*^ En général, par le relèvement au compas dedeux ou 
d'un plus grand nombre de points connus et portés sur la 
carte ; 

> 2® Par le relèvement d'un point c onnu et l'estime du 
point parcouru depuis le précédent sondage fait avec vue 
ou les derniers relèvements pris; 

» 3^ Par une observation méridienne ; 

» 4"* Par l'estime. 

» Toutes les fois qu'on a eu à faire intervenir l'estime, 
on a constaté, autant que possible, les positions obtenues 
par les observations antérieures et ultérieures des points 
terrestres en vue. 

> On s'est môme, lorsque la chose a été facile, rapproché 
de terre dans ce but. 

» Il eût été à désirer que ces différentes positions eussent 
été déterminées par l'observation, au cercle ou au sextant, 
des distances de plusieurs points terrestres connus; on a dû 
y renoncer. A la distance de terre où se tenait habituellement 
le Travailleur j le rivage était très peu éclairé et la percep- 



LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU C TRAVAILLEUR ». ii5 

tioD des objets eût été difficile, si Ton ne s'était astreint à 
suivre constamment au compas^ les points de repère ob- 
servés. De cette manière, par une attention soutenue on a 
pa aYoir des observations relativement bonnes. Le défaut de 
clarté n'était pas d'ailleurs le seul obstacle à l'emploi du 
sextant; souvent la côte était embrumée; une bande de 
brumes enveloppait tantôt les terres, tantôt leur partie 
inoyenne ou même le. sommet des plus hautes montagnes. 

» D'autres fois la brume, par bancs plus ou moins opaques, 
se promenait le long de la côte masquant successivement ou 
simultanément des points à observer. Dans ces conditions 
il fallait profiter de toute éclaircie, facilement et rapidement. 

» La pratique d'alignements pris à terre eût pu être facile 
si d*abord on eût opéré à moins grande distance de la côte 
et en second lieu, si les nécessités du dragage, en modi- 
fiant la routeà faire, n'eussent bientôt conduit à y renoncer. 

9 Enfin pendant la navigation de nuit, on n'a guère eu 
plus de deux feux en vue que dans les parages de Gap 
Breton. Partout ailleurs, il a fallu se contenter de deux 
fenx, d'un seul même, et parfois naviguer à l'estime. 

» On sent combien la précision absolue fait défaut. Ce- 
pendant les erreurs commises ne sont pas de nature à em- 
pteher de retrouver aisément les fonds signalés, comme 
nous avons eu l'occasion de nous en apercevoir, lorsque 
nous avons voulu revenir sur des fonds déjà explorés. 

s U faut ajouter que les relèvement qui fixent les positions 
des sondes, ont toujours été pris au moment où le sondeur 
touchait le fond, le navire étant stoppé et aussi immobile 
que possible. De cette façon, on est à peu près sûr de 
n'avoir pas eu d'erreur provenant soit de la paresse du com- 
pas, soit d'une lecture h&tive. Comme relèvements, ils sont 
doue aussi bons que des relèvements peuvent Têtre. 

> En outre, les compas avaient été réglés très soigneuse- 
ment avant le départ par l'officier des montres. Les varia- 
tions ont été observées toutes les fois que l'occasion s'est 



116 LES EXPLORATIONS SOUS-HARINES DU C( TRAVAILLEUR, tt 

présentée, soit astronomiquement, soit par des alignements 
connus. Nous avons pu reconnaître ainsi que le tableau de 
régulation dressé était demeuré parfaitement exact pendant 
toute la durée de l'exploration. 

p Les grandes profondeurs ont fourni à la sonde des échan- 
tillons de vase caractéristique. D'abord une couche de vase 
dure, d'aspect verdÂtre. Au-dessus de cette couche, il en 
existe une seconde superficielle, d'une fluidité beaucoup 
plus grande. Elle ne dépasse pas 4 à5 centimètres d'épaisseur 
et elle est d'une couleur plus ocracée. La différence de 
couleur des deux couches est parfois très tranchée; d'au- 
tres fois> elle est moins nette. Néanmoins, les deux couches 
existent généralement. 

» Dans le voisinage des grandes profondeurs et dans les 
dépressions constituant les vallées sous-marines qui y abou- 
tissent, le fond est couvert de vase molle. Son aspect phy- 
sique rappelle celui de la vase des grandes profondeurs, 
mais elle est moins tassée. Sa couleur est généralement 
ocracée. On a trouvé quelques échantillons de vase grisâtre 
dans le nord et aune vingtaine de milles de Guétaria. 

)) Les fonds de roches, de sable, de gravier et de coquilles 
brisées semblent être, à peu près exclusivement, le partage 
de profondeurs ne dépassant pas 3 à 400 mètres. Ils sont 
rattachés au rivage par des fonds durs, oii la vase n'appa- 
raît pas. 

» A l'inspection de la carte, on voit que dans l'est du cap 
Peflas jusqu'au nord de Tina May or, on a rencontré du sable 
noir ou piqué de noir. Du cap Hoyambre au cap Machichaco, 
on a trouvé dans les petites profondeurs des roches, des 
graviers, des coquilles et du sable fin. Les bords de la fosse 
du Gap Breton ont présenté du sable fin plus ou moins mé- 
langé de vase. Enfin dans la fosse elle-même, si l'on excepte 
une tète de roches, la sonde n'a accusé que des fonds vaseux. 
« L'étude de la composition minéralogique des échantillons 
obtenus dans les sondages, offrira certainement le plus 



LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU « TRAVAILLEUR ». 111 

grand intérêt, en dehors même des études zoologiques. Les 
Tases qui recouvrent le fond des profondeurs et des vallées 
sool-elles le produit d'un apport de TOcéan ? Sont-ce au 
contraire les fonds de transports charriés par les rivières 
OQ le résultat d^me altération sur place, ou bien la résul- 
tante de tous ces facteurs ? 

B Les sondages ont été trop peu nombreux et sont espa- 
cés sur une trop grande surface, pour que le relief du sol 
soQs-marin parcouru puisse ressortir nettement. 

B Si toutefois on s'aide des sondages exécutés et portés 
SOT les cartes^ on arrive à une représentation d'où ressor- 
tant quelques grands traits de la configuration du sol sub- 
mergé. 

> Très probablement des sondages multipliés dans les 
parages déjà explorés^ eussent amené la reconnaissance 
d'aspérités et de dépressions non notées et continuant vers 
le large les accidents de la cête. Toutefois ces irrégularités 
doivent être peu apparentes, car elles sont masquées, en 
grande partie, par les dépôts de sable, coquilles, vase, etc.. 
Laction des agents destructeurs sur les parties saillantes, 
eo pulvérisant et décomposant jusqu'aux roches, ne tend- 
elle pas chaque jour à rendre le fond tmiforme? 
u II semble acquis que sous la mer, on est en présence 

d'one continuation évidente de notre système orographique. 
Si le massif pyrénéen s'étend ainsi sur notre c6te occiden- 
tale, ne doit-on pas s'attendre à rencontrer la même parti- 
cularité sur la côte d'Espagne ? En examinant dans cet 
ordre d'idées préconçues les sondes semées çà et là, devant 
les rivières de Mondaca, de Bilbao, de Santona, de Santan- 
der, de SaintrMartin de la Aréna, n'aperçoit-on pas en effet, 
au milieu des brusques différences de niveau signalées, 
comme des canaux conduisant ces rivières à un Océan plus 
reculé? Ces canaux /s'avancent entre des coteaux ou plutôt 
des ondulations plus ou moins accentuées. Leur direction 
générale, malgré quelques détours plus ou moins sinueux. 



118 LES EIPLORATIOXS SOUS-]fÀRI!ŒS DU o TRATÂILUnjR S. 

est à peo près da Dord au sad, avec ane tendance à incliner 
▼ers le nord-esU 

B Cette remarque permet d'aller plus loin; le sondage 
n* 26 accuse, an nord da cap Hoyambre, 660 mètres et fond 
de vase. Quatre sondes indiquent dans l'ouest et pins an 
nordy des profondeurs variant de 167 à 233 mètres, tandi<; 
qu'une sonde à Test a révélé 282 mètres est et ouest; le 
sable, la roche, legravieret lescoquilles constituent la nature 
du fond. On peut dire, à peu près certainement, que la 
sonde 660 mètres précitée est reliée par un sillon sons> 
oiarin à la profondeur de 495 mètres (vase) que l'on trouve 
dans le nord-est. C'est le débouché vers l'Océan, soit de la 
rivière de Tina-Mayor^ soit de celle de San Yicente de la 
Barquera. Certes de pareilles assertions demanderaient des 
preuves indiscutables. Des sondages plus nombreux et faits 
méthodiquement, peuvent seuls établir irréfutablement ce 
que nous croyons deviner. Quoi qu'il en sgit, toutes les fois 
que dans la recherche des grands fonds, nous nous sommes 
laissé guider par les considérations qui précèdent nous 
n'avons eu aucun mécompte à enregistrer. Il n'en a pas été 
de même lorqu'ona spéculé sur le relief des terrains bordant 
le littoral. Les terres escarpées qui forment la côte des Aslu- 
ries auraient pu présager de grands fonds dans leur voisinage 
immédiat. Les quelques sondages faits à la hâte entre Tina- 
Mayor et le cap Penas, joints à quelques indications portées 
sur la carte aux environs de ce cap, semblent indiquer qu'elles 
ont pour assises un vaste plateau, s'élendant loin au large ^ 

» Si le relief de la côte du Cup Breton jusqu'au cap 
Hoyambre est tel que je le conçois, j'en donnerais grossiè- 
rement une idée de la manière suivante. 

» Après avoir plongé la main droite dans la craie on 
l'appliquerait, le pouce étendu et les doigts écartés, sur un 
tableau noir. Dans les empreintes laissées, celle de la main 

1. Nous avons donné à ce plateau de nom de i Plateau du TraTail- 
leur». Voy. la carte. 



LES EXPLORATIONS S0US*1IARINES DU (( TRAVAILLEUR )>• 119 

représenterait les grands fonds de TOcéan, celle du pouce 
Il vallée du Gap Breton^ enfin celles des autres doigts Jes 
vallées sous-marines de la côte d'Espagne; les interstices 
entre les empreintes représenteraient les arêtes de sépa- 
ration entre ces différentes vallées. Pour avoir un peu plus 
d'exactitude, on allongerait l'empreinte du pouce et on 
raccoucirait celles des doigts. » 

Les détails qui précèdent, empruntés au Rapport du corn- 
maodàntE. Richard,. peuvent donner une idée du travail 
effectué en 1880. En 1881 nous avons continué ces recherches. 

L'état de la mer nous a empoché de relever, du côté de 
l'ouest, les limites du plateau du Travailleur, mais entre 
le 9* et le 10* degré de longitude ouest, nous avons exécuté 
da 15 au 16 août 1881, quatorze sondages qui ont montré 
qae dans cette partie du golfe de Gascogne, le relief du 
food est fort inégal. Ainsi, et en suivant presque le môme 
degré de latitude, nous l'avons vu varier de 180 mètres à 
1745 mètres. Les dépressions les plus profondes étaient 
remplies par un sable vaseux piqueté de noir, et les vallées 
plus superficielles avaient pour lit du sable plus grenu, des 
graviers, des débris de coquilles. Le 14 août, par 44^, lO' 15'' 
de latitude et 10* 38 de longitude ouest, au large du Gap 
Ortégal, nous venions de trouver le fond à 4557 mètres, 
quand, quelques milles plus loin, nous constations une 
pente tellement rapide que la sonde n'accusait plus que 
400 mètres, puis à quelques encablures, elle descendit de 
nouveau et marqua 1900 mètres. 

Au large du cap Prier en sortant du Ferrol, nous n'avons 
pas rencontré de grands fonds ; le premier sondage fait à 
environ 90 milles de la côte n'indiquait que 392 mètres, 
puis quelques milles plus loin, 450 mètres et enfin, à 25 
milles du rivage, nous ne trouvions que 560 mètres; 
des cailloux et des graviers formaient là le lit de l'Océan. 
Un peu plus à l'est, par 1000 mètres, nous retrouvions ces 
mêmes cailloux dont l'apparence est uniforme à cause de 



420 LBS EXPLORATIONS SOUS-KARIHBS DU « TIUVAILLKUR ». 

la patine ocracée qui les recouvre, mais qui, à la cassure, 
manifestent des caractères fort divers et présentent une 
analogie remarquable avec les roches pyrénéennes. A l'est 
de la pointe de la Estaca^ la drague a arraché d'un fond 
d'environ iOOO mètres, de gros morceaux d'un calcaire ar- 
gilifère contenant de nombreux fossiles dont la plupart 
sont méconnaissables, sauf les Nummulites qui paraissent 
appartenir à deux espèces; par son aspect, ce calcaire res- 
semble beaucoup à celui des Basses-Pyrénées et particuliè- 
rement à celui de Biarritz, sans qu'il y ait cependant iden- 
tité complète. Nous connaissons si peu de chose sur la 
nature du lit de l'Océan, que ces premiers essais de géologie 
sous-marine me semblent devoir fixer l'attention. 

C'est surtout sur ces roches nummuIiUques que la faune 
s'est montrée la plus riche; chaque coup de drague mettait 
sous nos yeux de merveilleuses récoltes. Des polypiers 
nombreux et pour la plupart inconnus dans nos mei's, 
avaient formé là des bancs considérables, à l'abri desquels 
vivait toute une population des plus actives. De grandes 
annélides aveugles s'étaient établies en commensales des 
amphihelia; d'autres espèces devers rampaient entre leurs 
branches, et les retraites formées par leur entre-croisement 
étaient occupées par des crustacés d'espèce nouvelle, par 
des geryon, par des éponges à charpente siliceuse; des 
mopsea gigantesques s'élevaient au-dessus du banc de po- 
lypiers, et des desmophyllies fixées par une large base, 
s'épanouissaient avec les teintes de la rose-thé. Je donnerai 
d'ailleurs une idée de la richesse de ce gisement, en disant 
qu'un chalut promené quelque temps à sa surface a rap- 
porté, entre autres objets, dix-neuf exemplaires du magni- 
fique Oursin aplati et mou découvert en 1880 par le Tra- 
vailleur^ dans le golfe de Gascogne, et très voisin du 
PhormoêOfM hystrix (W. T.). Ces échinodermes qui sont 
considérés comme une des pièces les plus précieuses de 
nos musées, sont loin d'être rares au fond de l'Océan. 



IBS EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU a TRAVAILLEUR ». 121 

Âa large de la pointe de la Estaca, par 1037 mètres^ à 
très pea de distance de ces lits de graviers et de roches, 
nous a?ons rencontré au contraire un fond fort curieux et 
composé presque uniquement deForaminifères; la poche de 
h drague était revenue pleine d'une vase grenue qui, exa- 
minée au microscope par M. Schlumberger, s'est trouvée 
contenir environ 116000 de ces petites coquilles micro- 
scopiques par centimètre cube. 

Près du cap Finistère, c'est-à-dire près de la cfttenord- 
oaest de TEspagne, il semble qu'il y ait un grand courant 
soas-marin assez rapide pour laver le fond et transporter 
plas loin les parties vaseuses; effectivement, plus au sud, 
le long de la côte du Portugal et au laif;e de Cadix, nous 
avions constaté jusqu'à plus de 3000 mètres de profondeur, 
la présence d'un limon vaseux remplissant les vallées sous- 
marines. Plus au sud, le long de la côte du Portugal, nous 
aïons trouvé constamment une vase épaisse plus ou moins 
greaae et dont la couleur variait du jaune au gris. Ces fonds 
étaient particulièrement riches en éponges siliceuses. C'est 
là aussi, au large de l'embouchure du Tage, que par 1200 à 
1800 mètres, nous avons péché un grand nombre de pois- 
sons de la famille des requins ^ 

Les couches abyssales de l'Océan sont beaucoup plus 
froides que celles de la surface. Ce refroidissement ne se 
fait pas d'une manière tout à fait régulière, et l'on ne saurait 
prévoir d'avance quelle sera l'indication du thermomètre 
dans telle couche dont la profondeur serait connue , car il 
y a des courants sous-marins dont la température varie. Les 
eaux des abîmes du golfe de Gascogne sont moins froides 
que eelles de la partie la plus occidentale de l'Océan; ainsi 
à 5100 mètres, comme à 2590 mètres, nous avons trouvé 

1. M. A. Mîlne-Edwards sig^nale alors, dans sa communication, les prin* 
(ipales espèees animales qui habitent les grands fonds de TOcéan, mais 
tts détails se trouvant consignés dans le rapport qu'il a présenté à TAca- 
âémie des sciences, il est inutile de les reproduire ici. 



122 LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU <X TRAVAILLEUR». 

-|- 3«,5y tandis que dans rAtlantique, à rentrée du golfe, à 
200 milles environ à l'ouest de Ouessant, les naturalistes 
du P or cupine ^Ysieni constaté qu'à une profondeur de 4450 
mètres la température s'abaissait à 1%65. 

Ces conditions de température expliquent l'uniformité 
de la faune des grandes profondeurs. Les animaux qui vi- 
vent sous ces pressions énormes, semblent avoir une aire de 
dispersion géographique immense ; on trouve côte à côte des 
espèces appartenant aux mers du nord en même temps 
qu'aux mers des Antilles et au golfe du Mexique. 

Dans ces abîmes où l'obscurité est complète, beaucoup 
d'espèces sont aveugles et leurs yeux, ou bien manquent, ou 
bien sont transformés de manière à devenir impropres à la 
vision. D'autres espèces répandent de vives lueurs phospho- 
rescentes,de manière à éclairer autour d'elles à une certaine 
distance les objets voisins; tantôt ce sont des zoophytes 
braqchus, tels que des mopsées, qui brillent du plus vif 
éclat, tantôt ce sont des étoiles de mer, tantôt des crus- 
tacés dont les yeux seuls sont phosphorescents. 

La variété, l'abondance des animaux qui habitent les 
abtmes de l'Océan sont d'autant plus remarquables, que l'on 
ne trouve là aucun végétal. Les algues cessent de vivre au 
delà de quelques centaines de mètres de la surface. 

Dans la Méditerranée, les conditions de la vie sont tout à 
fait différentes de celles de l'Océan. Cette vaste mer fermée 
de toutes parts, sauf à l'ouest oti un détroit resserré l'unit à 
l'Océan, n'est pas agitée par de puissantes marées, les cou- 
rants froids qui, du pôle se dirigent vers l'équateur, ne peu- 
vent y pénétrer. L'eau y est dans un état de repos presque 
complet et sa température s'y maintient constante aux en- 
virons delSdegrés. Les animaux y sont beaucoup plus rares 
qne dans TOcéan; ordinairement moins développés, ils ap- 
partiennent cependant aux mêmes espèces comme il nous a 
été facile de le constater. 

Nos recherches ont été faites dans le bassin occidental de 



LK EXPLORATIONS SOTTS-MARINES DW « TRAVAILLEUR )). 123 

la Méditerranée depuis Gibraltar jusqu'à Marseille, puis sur 
la côte de la Provence, de la Corse et de là jusqu'à Oran^ 
Les nombreux coups de sonde et de drague qui ont été 
donnés et dont on peut suivre le détail sur la carte, nous ont 
montré que tout le fond de ce bassin était rempli d'une 
fise jaunâtre, très fine, et d'une nature très uniforme qui 
est peu favorable au développement de la vie; nulle part 
noQs n'y avons rencontré de rochers, de pierres ou de gra- 
Tiers; les annélides tubicoles, les polypiers et tous les êtres 
qni leur font cortège n'y trouvent pas à se fixer. C'est ainsi 
qu'il faut expliquer leur rareté ; car si un corps résistant se- 
joame pendant quelque temps au fond, il ne tarde pas à se 
convrir d'animaux. C'est ce qui a été observé sur le câble 
allant de Sardaigne en Algérie et relevé en 1861. C'est ce 
qni, plus récemment, a été constaté par les ingénieurs des 
télégraphes embarqués sur la Charente; nous devons à leur 
obligeance des polypiers et des annélides recueillis sur le 
câble sous-marin entre la Provence et la Corse, à une pro- 
fondeur de 500 et 1800 mètres. 

Il résulte aussi de nos recherches que la Méditerranée ne 
doit pas être considérée comme formant une province zoo- 
logique distincte. A mesure que l'on étudie davantage les 
animaux qu'elle renferme, on reconnaît que les espèces que 
l'on croyait exactement limitées à cette mer intérieure, se 
retrouvent ailleurs. Les observations faites à bord du Tra- 
railleur donnent beaucoup de force à celte opinion. Nous 
croyons que la Méditerranée s'est peuplée par l'émigration 
d'animaux venus de l'Océan. Ceux-ci, trouvant dans ce 

1. Pendant que le Travailleur explorait la portion de la Méditer- 
nuée située à Touest de la Corse, un navire de la marine italienne, le 
Washington f commandé par le capitaine Magna ghi et ayant à son bord 
comme naturaliste M. Giglioli, faisait des recherches sur la côte est de 
la Sardaigne et dans le bassin situé entre cette grande lie et l'Italie. 
1^ résultats de cette campagne se trouvent consignés dans un rapport 
PQblié récemment par M. Giglioli et intitulé : Le Scoperta di una fauna 
9biM$ale nel Mediterraneo. 



i24 LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES BU (( TRAVAILLEUR ». 

bassin récemment ouvert un milieu favorable à leur existence, 
s'ysontétablis d'une manière définitive; souvent ils s'y sonl 
développés et reproduits plus activement que dans leur pre- 
mière patrie, et, surtout près des rivages, la faune se montre 
d'une richesse que les autres côtes 'européennes présentent 
rarement. On comprend facilement que des animaux placés 
au milieu de conditions biologiques nouvelles, se soient 
légèrement modifiés dans leur taille ou dans leurs autres 
caractères extérieurs, ce qui explique les différences très 
légères qui s'observent entre certaines formes océaniques 
et les formes correspondantes méditerranéennes. Si l'on a 
cru à la séparation primordiale de ces deux faunes, c'est 
principalement parce que l'on comparait les productions de 
la Méditerranée avec celles de la mer du Nord, de la Manche 
ou des côtes de Bretagne, tandis qu'on aurait dû choisir, 
comme terme de comparaison, celles du Portugal, de l'A- 
mérique méridionale, du Maroc et du Sénégal. Ce sont ces 
animaux qui ont dû, en effet, émigrer vers la Méditerranée, 
et à mesure que nous connaissons mieux ces faunes, nous 
voyons peu à peu disparattre les différences que les zoolo- 
gistes avaient cru remarquer entre elles. 

Ces recherches en appellent d'autres, et pour bien établir 
les relations que la Méditerranée présente avec les mers voi- 
sines, il faut entreprendre une nouvelle campagne abyssale 
sur les côtes du Portugal et du Maroc. C'est ce qui aura lieu 
cet été, M. le Ministre ayant bien voulu mettre encore une 
fois le Travailleur k la disposition de la commission scienti* 
fique, afin qu'elle puisse explorer l'Océan depuis le golfe de 
Gascogne jusqu'aux îles Canaries. Il faudra ensuite étudier 
de la même manière la Mer Rouge, et quand ces recherches 
auront été faites, nous aurons la clef de bien des problèmes 
qu'ofiTre l'histoire de ces mers. J'ai tout lieu d'espérer que 
le gouvernement prêtera son concours à ces nouvelles explo- 
rations. La marine française est maintenant entrée dans la 
voie féconde des recherches scientifiques, elle ne s'y arrô- 



LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU <( TRAVAILLEUR ». 12$ 

ten pas et tous ceux qui ont souci de la grandeur de notre 
pajs doivent l'en remercier. 

APPENDICE 

Le tableau suivant donne, pour quelques-unes des opéra- 
tions de dragage, faites en 1881 : 

1« La vitesse de descente , 

2* Le temps du dragage ; 

3<* La vitesse d'ascension ; 

ifi Le temps total de l'opération (non compris le sondage 
préliminaire) ; 

5* La longueur de la ligne filée. 

II importe de faire remarquer que le temps assigné au 
dragage, n'est pas exact. La quantité de ligne filée étant 
toujours supérieure au brassiage, le dragage commence, en 
réalité, à l'instant où l'appareil atteint le fond, et finit au 
moment où la drague est dérapée, tandis que les chiffres 
donnés dans la colonne a temps du dragage » ne représen- 
tent que la période écoulée entre le moment où Ton cesse de 
filer la fune et celui où l'on commence à virer au treuil. 



NUMÉROS 


VITESSE 


Ilin TOTAL 


VITESSE 


TEMPS 


LONGUEUR 


da 


de 

DBSCBNTB 


de 


D'ABCnfSION 


du % 


de 


DRAOAfiE. 


(fir Men4*.) 


L'OPÉRATION. 


(par Kcoiit). 


DRAGAGB. 


LIONS nLâi. 






h. m. 




b. m. 


m. 


1 


0.83 


1.41 


0.43 


1.27 


800 


3 


1.15 


0.43 


0.203 


2.55 


1350 


3 


0.67 


1.33 


0.315 


2.30 


1250 


k 


0.76 


1.00 


0.302 


4.43 


2900 


5 


0.70 


1.02 


0.50 


3.50 


2950 


6 


0.53 


1.49 


0.33 


4.30 


2000 


7 


0.55 


0.50 


0.24 


2.59 


1800 


8 


0.50 


0.30 


0.43 


1.35 


900 


9 


0.55 


0.35 


0.5 


2.10 


1500 


10 


0.54 


1.35 


0.394 


4.45 


2600 


li 


0.46 


0.20 


0.4 


1.53 


1200 


42 


0.47 


0.37 


0.45 


2.25 


1500 


13 


0.58 


0.30 


0.26 


1.10 


1400 


U 


0.60 


• 1.10 


0.42 


2.30 


1200 


15 


0.55 


0.35 


0.29 


2.47 


1400 



126 LES EXPLORATIONS SOUS-MARINES DU € TRAVAILLEUR >. 
SONBAGES ET DRAGAGES DU Travailleur DÈMS LE GOLFE DE GASCOGNB 

EN 1880. 



^1 


coS 








• 

g 




SI 


DATES. 


POSITION 


POSITION 


H 

O 

S 


NATURE 
du 


»* 


po 




LATITUOB. 


LONOITODB. 


o 




Q 


Zg 

o 








ce 
eu 

m. 


POND. 




Uiit. Nord. 


Lon^t. 0. 




i 


1 


17 jaUl. 1880 


430 38' »" 


4» 15' 30" 


420 


Vase molle ^lisâtre. 


2 


2 




43 36 » 


4 15 00 


1019 


VasG raolle jaunâtre. 


3 




— 


43 35 25 


4 13 55 


666 


Vase. 


4 




19 juill. 1880 


43 33 10 


4 30 50 


331 


— 


5 




— 


43 3a 30 


4 32 00 


324 


Sable Tasard jauD&tre. 


6 






43 36 55 


4 33 20 


573 


Vase grisitre. 


7 




— 


43 37 55 


4 35 00 


375 


Fond de roches. 


8 




— 


43 38 15 


4 35 15 


618 


Vase ffrise. 


9 




— 


43 39 55 


4 37 00 


985 


Vase. 


10 


3 


— 


43 40 35 


4 35 20 


946 


2 espèces de vase, couche 
supérieure jaunâtre. 


11 


3kls 


— 


43 41 45 


434 45 


1670 


Vase molle. 


12 




— 


43 33 30 


4 45 15 


460 


Vase. 


13 




20 jniU. 1880 


43 37 05 


5 09 25 


123 


Vase, gravier. 


U 




— 


43 36 45 


5 23 05 


703 


Vase et sable. 


15 




— 


43 41 15 


5 23 00 


2450 


Vase. 


16 


4 


-^ 


43 42 30 


5 21 30 


2651 




17 




— 


43 39 30 


5 37 35 


984 


^__ 


18 




22jaiU. 1880 


43 47 00 


6 Oâ 00 


1906 


Pas de fond. 


19 




._ 


43 44 30 


5 58 35 


2259 


Vase mêlée de sable. 


20 


5 


—. 


43 46 10 


5 56 10 


2708 


Vase. 


21 




23 iaiU. 1880 


43 38 00 


6 29 50 


1204 




22 


6 


w 


43 38 25 


6 28 40 


1353 


.^^ 


23 


7 


— 


43 35 30 


6 25 00 


1107 


^^ 


24 




— 


43 32 40 


6 31 00 


163 


Sable, gravier» coquilles. 


25 


8 


— 


43 35 10 


6 04 30 


312 


Sable, coquilles, gravier. 


26 




— 


43 35 30 


6 48 50 


660 


Vase. 


27 




— 


43 37 25 


6 52 00 


190 


Sable piqué de noir. 


28 




— 


43 39 30 


6 55 00 


201 


Sable. 


29 




— 


43 40 15 


6 58 05 


232 


Roches. 


30 




— 


43 39 45 


7 06 50 


167 


Sable noirâtre. 


31 




» 


43 39 45 


7 11 10 


167 


Sable piqué de noir, co- 


32 












quilles. 
Sable noirâtre. 






— 


43 45 00 


722 40 


167 


33 




24 juill. 1880 


43 49 30 


7 31 55 


153 


Sable piqué de noir, gra- 
vier. 


34 




— 


43 54 30 


7 40 50 


160 


Sable noir, gravier. 


35 




— 


43 57 00 


7 47 30 


170 


' ^p 


36 




— 


43 38 30 


7 41 30 


140 


Sable noir. 


37 




— 


43 38 30 


7 25 20 


396 


Sable, gravier. 

Sable, S couches diffé- 


38 




— 


43 41 30 


643 00 


1495 














rentes. 


39 


9 


^ 


43 36 40 


6 22 30 


1190 


Vase. 


40 




26 juill. 1880 


43 39 50 


5 52 30 


1910 




41 


10 


— 


43 39 05 


5 48 00 


1960 




42 




<— 


43 36 45 


5 50 00 


1360 


- 


43 




— 


43 35 00 


5 47 35 


124 


Roches, graviers. 


44 




— 


43 34 30 


5 43 20 


203 


Sable vaseux. 


45 




27 jniU. 1880 


43 34 05 


5 37 00 


149 


Sable ffris vaseux. 
Coquilles brisées. 


46 




" 


43 33 25 


5 31 15 


124 



I£S EXPLORAnONS SOUS-MARINES DU a TRAVAILLEUR ». 127 



-i s 








• 




§1 


Ko 




POSITION 


POSITION 




NATURE 






DATES. 


LATITUDE. 


L0M6ITUDB. 


i 


da 


■ 




M 

a 








X 
m. 


FOND. 




LaUt. Nord. 


Longit. 0. 


■ 


17 




S7jniU. 1880 


43* 37' 20" 


5» 29^30" 


1214 


YaM. 


48 




^— 


43 36 30 


5 36 10 


630 


— 


4» 




— 


43 38 00 


5 25 10 


1100 


•— 


50 




— . 


43 38 00 


5 15 10 


1083 


— 


SI 




— 


43 33 20 


5 15 15 


313 


Vase mêlée de lable. 


58 




-^ 


43 34 15 


5 20 15 


207 


Sable piqué de noir, 
gratier. 


53 




— 


43 31 10 


5 15 55 


661 


Vase. 


5é 


11 


— 


43 34 20 


5 14 30 


335 


Sable. 


55 


12 


— 


43 35 40 


5 06 45 


1081 


Vase. 


56 




— 


43 36 45 


5 05 30 


060 


— 


57 


13 


— 


43 39 25 


5 05 25 


990 


— 


58 




.^ 


43 40 00 


4 59 30 


2021 


Pas de fond. 


» 




38 juUl. 1880 


43 40 35 


4 34 50 


1200 


Vase. 


fiO 




— 


43 40 55 


4 31 50 


915 


— 


61 




— 


43 41 20 


4 22 50 


176 


Roche. 


62 




— 


43 41 20 


4 21 50 


211 


Vase. 


63 




— 


43 46 00 


4 22 00 


166 


Sable. 


64 




— 


43 45 30 


427 30 


750 


Vase. 


65 


14 


— 


43 46 00 


4 27 00 


677 


Coquille et corail. 


66 


15 


_ 


43 46 50 


4 26 45 


813 


Vase molle. 


67 


16 


— 


43^45 


428 40 


1160 


Vase. 


€6 


17 


29 jttiU. 1880 


43 32 35 


429 45 


306 


— 


60 


18 


— . 


43 36 90 


4 37 15 


564 


— 


70 


19 


30 jmll. 1880 


43 37 45 


4 50 15 


1700 


— 


il 


90 


1 


43 37 30 


426 35 


1143 


— > 


h 






43 33 45 


4 19 30 


700 




73 




—^ 


43 32 40 


4 13 05 


140 


Sable fin. 


74 




— 


43 35 00 


4 13 10 


170 


Sable. 


75 




— . 


43 36 30 


4 13 50 


422 


Vase. 


76 




— 


43 37 30 


4 14 00 


822 


— 


77 


SI 


— . 


43 37 50 


4 12 10 


822 


— 


78 




«^ 


43 38 00 


4 07 45 


283 


— 


79 




— 


43 40 15 


4 11 10 


140 


Sable. 


90 




— 


43 41 25 


4 22 25 


166 




M 




31 iuUI. 1880 


43 42 25 


4 13 15 


140 


Vase. 


62 




w 


43 41 15 


4 07 15 


143 


— 


83 




__ 


43 40 30 


4 05 30 


133 


— 


84 




_ 


43 39 00 


4 05 25 


135 


— 


85 




— 


43 37 40 


4 05 50 


373 


— 


86 




■^ 


43 35 40 


4 04 10 


615 


— 


87 




— 


43 33 55 


4 04 20 


130 


~_ 


88 




— 


43 33 30 


4 02 20 


120 


Sable. 


89 




__ 


43 26 00 


4 02 20 


133 


— 


90 




^^ 


43 37 15 


402 20 


135 


Sable vaseux. 


91 




__ 


43 38 25 


4 02 15 


437 


Vase molle. 


» 




-^ 


43 39 20 


4 01 55 


246 


Vase. 


93 




—■ 


43 40 10 


4 01 10 


144 


Sable vaseux. 


94 




__ 


43 39 30 


3 58 40 


574 


— 


95 




._ 


43 38 20 


3 58 45 


135 


Vase. 


96 




^^ 


43 38 15 


4 00 20 


272 


— 


97 


- 


,^^ 


43 39 05 


4 00 40 


276 


Roche. 


98 




^^^ 


43 40 25 


4 00 10 


144 


Sable, roche. 


99 




__ 


43 40 30 


3 58 45 


327 


Sable gris, roche. 


100 


9S 


_ 


43 40 35 


3 58 25 


435 


Vase. 


101 




__ 


43 40 30 


3 55 25 


327 


Vase molle verte. 


102 




_ 


43 36 50 


4 18 00 


1120 


Vase. 


108 




^^^ 


43 35 40 


4 15 45 


940 


___ * 



128 LES EXPLORATIONS SOUS-MABINES D0 tt TRAVAILLEUR ». 



DRAGAGES DU Travailleur dans l'atlantique en 1881. 



• 










• 




(S o 






POSITION 


POSITION 


H 

Q 


NATURE 




DATES. 1 






O 


du 


3» 






LATITimi. 


LONOITUOB. 


bfa 

O 




«a 










a* 
m. 


POND. 


l"! 


SÉRIE 


UUt Nord. 


Long. Ouest. 




1 


13 


juin. 


43» 0'40" 


11» 57' 40" 


2018 


Roches et sable. 


2 


14 


— 


4143 


11 39 40 


1068 


Gailloux,iable, un pen derase. 


3 


15 


— 


39 47 50 


12 12 


3307 


Vase grisâtre. 


4 


16 


— 


38 8 50 


12 3 30 


2505 


— 


5 


16 


— 


38 5 


12 2 


3165 


— . 


6 


17 


— 


36 55 20 


il 42 


1865 


._ 


7 


18 


— 


36 38 20 


9 23 56 


532 


Vase molle. 


30 


31 j 


Iiiillet 


35 24 45 


10 19 7 


1205 


^_ 


31 




— 


36 27 15 


10 32 56 


1383 


— 


» 




— 


» » > 


• » • 


2100 


__ 


32 


1« aoAl 


37 15 20 


11 45 10 


1130 


— 


9 




— 


• » » 


B B » 


1030 


— _ 


33 


5 


— 


38 15 20 


11 38 


1855 


__ 


B 




— 


> > » 


B B 


1853 


^^ 


3» 


6 


— 


38 18 


11 44 30 


1224 


__ 


35 




— 


. 38 18 30 


11 46 40 


1367 


^_ 


36 


7 




39 33 


12 11 30 


2590 


^_« 


B 




— 


39 31 


12 19 


2660 


.... 


37 


14 


— 


44 10 15 


10 38 


400 


Sable coquillcr et entier. 


38 




— 


44 11 


10 34 


1916 


Vase. 


39 


15 


^^ 


U 5 


926 40 


1226 


Fond coralligène. sable nol- 
ritre. 


t 




•■^ 


44 445 


923 30 


953 


Fond corallig&ne, sable noi- 
râtre. 


39A 




— 


45 5 


929 30 


1000 


Gravier, corail. 


39B 






44 5 46 


9 32 30 


1037 


Sable noir, corail. 


M 




— 


44 5 


9 35 


392 


Sable noir. 


41 


16 


— 


44 2 15 


927 30 


1094 


Vase et sable. 


42 




— 


41 1 20 


925 


896 


Vase et coraux. 


43 




— 


44 50 50 


9 18 15 


736 


Sable vasard. 


U 




— 


44 00 10 


9 08 15 


1745 


Vase. 


45 


17 


4 


44 48 30 


7 030 


5100 


Vaso avec foraminiftres. 

• 



m KLPLORATIONS SOUS-MARINES DU € TRAVAILLSUIl>. 129 

DRAGAGES DU traVOUlêUr DANS LA MÉDITERRANÉE 

EN 1881. 



• 
nu 












h 




POSITION 


POSITION 




NATURE 




DATES. 






a? 

o 


du 


3» 

«5 




LikTITUDB. 


LONOITUDI. 


O 


FOND. 


o 






/ 


eu 






{'•stMK 


Latit. Nord. 


Longit. Ouest. 


a. 




8 


22 jain 


36* 3'/ 45" 


4» 31' 60" 


305 


Vaae prenne. 


9 


» - 


36 31 55 


4 28 10 


880 


Vase jaune et gAi», 


1 


22 — 


» > * 


4 27 10 


1010 


— . 


10 


a — 


37 27 55 


2 33 50 


2546 


Vase ffrenue. 


il 


24 - 


38 3 


2 12 30 


160 


Vase jaunâtre. 
Vase fine et jaunâtre. 


12 


25 - 


39 34 15 


40 50 


1525 


13 


27 — 


42 1 30 


226 50 


2365 


Vase grenue. 




2"SâRU. 


Util. N. 


Longit. E. 
258 30 






1 


«jaiOet 


43 3 57 


555 


Vase. 


i 


_ 


4â 57 45 


2 58 57 


1060 


— 


3 


S — 


42 52 40 


2 58 30 


1160 


-^ 


4 




42 50 25 


2 57 25 


2020 


— 


a 


— 


42 52 33 


3 30 


1862 


— 


5 


—— 


42 54 4 


3 6 12 


1865 


— 


6 


6 — 


42 59 20 


320 50 


540 


— 


• 


^— 


42 59 50 


3 21 15 


672 


— 


7 


— 


43 020 


3 26 12 


752 


— 


8 


— 


43 1 


328 20 


307 


Vase aTcc Quelques roches. 
Fond coralliffène. 


9 


— 


43 35 


3 22 


445 


10 


7 — 


43 23 5 


438 20 


000 


Vase. 


11 


—— 


43 34 34 


4 52 23 


754 


— — 


\% 


— 


43 37 5 


4 51 17 


865 


Vase gluante. 


13 


9 — 


43 40 20 


4 57 6 


680 


Vase. 


* 


.^^ 


43 41 32 


4 56 57 


370 


/ 


U 


— 


43 41 38 


4 57 36 


285 




i4a 


— 


43 41 21 


4 58 50 


64 


.^ 


iS 


11 — 


43 40 38 


5 8 


40 


Fond coralliffàne. 


1 


— 


> * » 


— 


100 


Vase. 


ISa 


— 


43 41 16 


4 57 34 


186 


Vase noirâtre. 


16 


._ 


43 24 35 


5 2 


2068 


>~ 


17 


12 — 


43 15 


5 1 


2660 


— 


> 


._ 


43 00 15 


5 12 30 


2654 


— 


18 


13 - 


41 52 40 


6 240 


2465 


Vase à globigerines. 


■ 


— 


» » ■ 


— 


1517 


— 


19 


— 


41 52 45 


6 8 55 


540 


Fond coralligèno. 


S0 


15 


41 53 35 


6 15 35 


26 


— . 


» 


— 


41 53 50 


6 15 40 


45 


— _ 


» 


— 


41 52 52 


6 11 25 


70 


_ 


21 


— . 


41 49 52 


6 14 20 


727 


Vase grise et jaune. 


a 


— — 


41 49 20 


6 14 50 


905 


— 


n 


— 


41 42 35 


6 9 10 


280 


Vsse. 


24 


16 - 


41 22 15 


6 47 


77 


Graviors, coraux. 


• 


— 


» » • 




55 


— — 


» 


— 


> » > 




65 


. — 


B 


*^^ 


» » 9 


f 


75 


~ 



âOC. DK 6É06R. — - 1*' TRIMESTRE 1882. 



lu. —9 



iSO iMM nruMUTiôNS saus*HAKnns «bu tkâyaillscr» 

MU6AGIS DO tracaUleur Mm u nBmuuNÉ£ 

EN 1881 {$miU). 



t 








' 




es 

3° 


• 
DATES. 


POSITION 

LATITCVB. 


POSITION 
LMWITBBC. 


mm 

B 

a 
z 

s 

o 




NATURE 


35 ^ 








m _ 


m 


pon». 




9* sÉui 


Latit Nord. 


Long. Est. 






S 


18 juillet 


49 S9 45 


953 40 


i960 


Vaa«. 




> 


— 


41 1 19 


953 40 


1015 


— 




> 


— 


43 3S0 


953 40 


499 


—^ 




a 


— 


43 955 


953 46 


381 


— 




f 


— 


43 9 36 


9 53 40 


647 


,— 




96 


2S— 


35 45 36 


3 91 55 


900 


Vwe 


noBe. 


27 


96- 


35 30 


5 19 


110 


Sable 


Ysaettx. 


» 


— 


35 39 


5 96 50 


435 


_ 


. 


97a 


— 


35 31 45 


5 95 10 


597 


Vaae. 




i8 


97— 


35 91 36 


6 49 90 


3â 


^_ 




> 


— 


35 91 90 


6 45 30 


370 


— 




> 


.i— 


35 93 


6 47 45 


432 


^_ 




39 


^"" 


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EXPLORATION DU SAHARA 

US DEUX HISSIONS DU LIBUTEN ANT-COLOKEL FLATTERS^ 

PAR 



I 

Le 2 avril dernier, une terrible nouvelle, venue du sud de 
nos possessions algériennes, se répandait tout à coup dans 
le pablic et y causait une douloureuse émotion : la mis* 
iian FlaUers était anéantie. Ce fut une pénible et cruelle 
surprise, car peu de jours auparavant, des lettres rassu- 
rantes, parties du Sahara, nous donnaient sur le ^succès de 
nos compatriotes, les plus légitimes espérances. On con- 
naissait, il est vrai, une partie des dangers qui les mena- 
çaient, et ce sentiment à lui seul était assez puissant pour 
donner aussitôt au bruit qui les concernait, une apparence 
de certitude. Bientôt, le doute ne fut plus permis et le dé- 
sastre qui les avait frappés, apparut alors dans son impla- 
cable réalité. 

Un cri de douleur y répondit de tous côtés. C'était la 
première fois, depuis la funeste épreuve de nos revers, que 
le sang français coulait de nouveau, sous les coups d'un 
ennemi acharné. 

Le colonel Flatters et ses nobles compagnons venaient 
ea effet de laisser leurs vies dans le désert saharien, victimes 
à la fois de la trahison, du fanatisme religieux et de la bar- 
barie. Des circonstances épouvantables ont fait de leurs 

1. ?^. la carte j«iB(e à ce numéro. 



132 EXPLORATION DU SAHARA. 

derniers moments, un drame sans précédents, qui sufArait 
à perpétuer leurs noms, si leurs vaillants efforts et leurs 
travaux n'étaient restés comme les témoins de leur cou- 
rage, et comme un ti Ire à l'immortalité. 

Dans l'œuvre qu'ils poursuivaient, une partie, la plus inté- 
ressante peut-être, appartient aux sciences géographiques. 

Pionniers avancés de la civilisation et des intérêts de la 
France, ils marchaient vers le Soudan, cette source de 
richesses du continent africain, à la recherche des anciennes 
routes commerciales qui le reliaient à l'Algérie, étudiant à la 
fois les ressources du sol, la configuration de sa surface, et les 
conditions de la vie dans ces lointaines et difftciles régions. 
C'est cette œuvre qu*il importe de connaître aujourd'hui. Si 
elle a été arrêtée par des mains meurtrières, elle n'en a pas 
moins été presque achevée par nos généreux explorateurs 
et les résultats qu'ils ont obtenus nous montrent que, mal- 
gré la désolation de ces contrées, malgré la sauvage cruauté 
de ses habitants, il y a de ce côté une mission qui est dé- 
volue à notre pays et, à un point de vue même purement 
scientifique, un honneur à conquérir. Les noms de Flatters 
et de ses compagnons grossiront désormais, il est vrai, la 
liste, hélas ! trop longue, des victimes que la science et le 
progrès comptent déjà sur le sol africain; mais à l'avenir la 
route est indiquée et, quoique leurs ossements en mar- 
quent les étapes, on sait que le succès est possible. Les 
hommes que la passion du bien et l'amour de la gloire en- 
traînent vers les grandes entreprises, ne se laisseront pas 
arrêter par un malheur, dont les causes premières, le fana- 
tisme et les circonstances politiques, sont destinées à s'effa- 
cer ou à disparaître. 

Il appartenait à la Société de Géographie de faire con- 
naître les résultats scientifiques déjà considérables, que la 
double exploration du colonel Flatters a rapportés. £n 
entreprenant cette tâche, elle a lesentiment de vulgariser 
des notions encore ignorées du public et de contribuer à 



EXPLORATION DU SAHARA. 133 

rendre aux hommes vaillants qui se sont sacrifiés pour l'hon- 
oear de la France et des sciences géographiques, Thom- 
mage éclatant que réclame leur mémoire. 

II 

Pramen projets pour la mise en communication , par voie ferrée, de 
TAlgéne et da Sénégal avec Tintérieur de la Nigritie. — Création de la 
Commiision supérieure. — Projets de ligne. — Missions d'exploration. 

Dans ces dernières années, les récits des nombreux voya- 
geurs qui ont parcouru le continent africain, avaient fait 
naître en France un courant d'opinion favorable à de nou- 
velles explorations et à l'étude de futures voies ferrées. Déjà 
depuis 1875, on s'était préoccupé des ressources du Soudan 
et des moyens de leur ouvrir des débouchés vers nos pos- 
sessions. Frappé de ces tendances et poussé par cet esprit 
dlnitiative qui a si souvent conduit les hommes aux 
grandes découvertes, un ministre distingué, alors à la tête 
de nos travaux publics, M. de Freycinet, crut devoir, au 
commencement du mois de mai 1879, charger utie com- 
mission d'ingénieurs, d'examiner les moyens de relier TAl^ 
gérie au Soudan par un chemin de fer. Un mois après, cette 
commission lui remettait son rapport. Elle concluait à 
l'étude immédiate d'un avant-projet de chemin de fer entre 
Biskra et Ouarglà, sur un parcours de 300 kilomètres et à 
des explorations individuelles au delà d'Ouarglâ, vers le 
Niger, en suivant les directions possibles. 

Son avis, corroboré par l'opinion extrêmement favorable 
de deux commissions parlementaires, fut l'objet d'un rap- 
port du Ministre au Président de la République et amena 
la nomination d'une Commission supérieure. Des person- 
nalités choisies dans les deux Chambres, dans les minis- 
tères compétents, en Algérie et dans le sein de la Société 
de Géographie, furent chargés de la composer, et dix jours 
après la signature du rapport, le 21 juillet 1879, elle entrait 



434 EXPLOEATION DU SAHiillA. 

en séance. Parmi ses membres^ se trouvait notre collègue 
M. Duveyrier, dont la compétence sur toutes les questioas 
sahariennes exerça, dès le début, une influence justement 
remarquée. — Le lieutenant-colonel Flatters, que son long 
séjour en Algérie, son titre d'ancien commandant supérieur 
de Laghouat et ses relations personnelles avec les tribus du 
Sahara, désignaient tout d'abord, fut également appelé à 
en faire partie, comme délégué du Ministère de la Guerre. 

Il est curieux de constater aujourd'hui la faveur dont 
Jouit dès la première séance, au sein de la Commission su- 
périeure, ridée d'une exploration dans le Sahara central. 
Cette observation ne servira qu'à rehausser le mérite des 
voyageurs que nous avons perdus et à montrer que la ques- 
tion, après avoir fait, grâce à eux, un pas considérable, reste 
encore entière avec son intérêt, ses espérances et son avenir. 

Dans une note remise à la Commission par M. de Lesseps, 
M. Henri Duveyrier s'exprimait ainsi : 

a Ce sera une excellente chose que la France fasse un 
chemin de fer d'Alger à Ouarglft. OuarglA était, il y a deux 
ou trois cents ans, le grand entrepôt des marchandises de 
laNiçritie, et les événements politiques qui ont détourné vers 
Tripoli et Tanger, le commerce des caravanes des pays 
Haousa et de Timbouktou, n'ont plus aujourd'hui l'influence 
qui fut préjudiciable à la prospérité de Ouarglâ. Les Turcs 
ne peuvent plus rançonner les marchands en Algérie, où 
nous maintenons au contraire la sécurité des routes. La ré- 
volution qui a eu pour résultat la scission du royaume des 
Touftreg du nord, en deux confédérations, celle des Azdjer 
à l'est, et celle des Ahaggar ^ à l'ouest, est depuis longtemps 
un fait accompli, et les guerres civiles qui ont bouleversé le 
pays des Azdjer pendant ces dernières années, ont cessé, 
espérons-le, de telle sorte qu'il me parait possible de oom- 



1. Âzdjer et Ahaggar sont les noms Touareg, auxquels correspondent 
en arabe les noms Asgar et Hoggar. 



EXPLORATION DU SAHARA. 135 

mencer une campagne, pour rendre à l'Algérie sa part du 
commerce de l'Afrique intérieure. 

> Avant de tracer un chemin de fer dans le Sahara, au sud 
de Onarglâ, il y a, pour nous, une œuvre à entreprendre et 
edte œavre doit être à la fois commerciale et politique. 

B Son but sera de rétablir le courant des caravaned mar- 
chandes du vieux temps : sur les lignes de Ouarglâà Zinder, 
Kanoet Katsena (pays Haousa) et de Ouarglâ à Timbouk- 
ton, vers le Dhioli-ba ou Niger. Ces deux lignes sont indi- 
quées sur ma carte du Sahara central, publiée en 1864, dans 
les Toudreg du nord. Elles courent ensemble de Ouarglâ à 
Aghellâchem, où elles se bifurquent; la route du Niger, 
qui passait par Timissao et qui aboutissait autrefois à la ville 
de Gôgô, devrait maintenant aller sar Timbouktou; l'an- 
cienne route des pays Haousa ou du Soudan proprement 
dit, passait par la ville d'Agadez et la sebkha d'Amadghôr^ 
mine inépuisable de sel gemme que j'ai tracée sur ma carte 
à Test du Ahaggar. » 

M. Louis Say, qui avait fait depuis peu une intéressante 
exploration au sud de Ouarglâ, disait à son tour : « L'Oued 
Rirest destiné à faire pénétrer la civilisation dans le désert. 
Les Touareg viennent amener à f ougourt des autruches et 
deviennent chasseurs. Tougourt, au centre des trois agha- 
lick du sudy prend une importance considérable. Ouarglâ 
est la base de tous les travaux dans le sud, etc. » En ré- 
sumé, dès la première séance, on nomma quatre sous- 
commissionsy qui se mirent aussitôt à l'œuvre : 

La première était chargée de l'étude du Soudan et du Sa- 
hara, aux points de vue géologique, orographique, com- 
mercial, économique, etc. 

La deuxième était chargée des questions techniques. 

La troisième dontM.FIatters fit partie, devait étudier les 
explorations; et la quatrième, les questions international^. 

Dix jours après, M. l'ingénieur en chef Fournie, alors di- 
recteur de la construction des chemins de fer au Ministère 



136 EXPLORATION DU SAHARA. 

» 

des Travaux publics, nommé rapporteur de la première sons- 
commission, rendait compte à la commission supérieure, 
des conclusions adoptées par son groupe. Elles compre- 
naient cinq projets de lignes ferrées* savoir : 

1* Une ligne se soudant à Magenta, au réseau algérien 
(ligne de Tlélat à Sidi-bel-Âbbès et à Magenta, par la vallée 
de la Mékerra). Elle devait remonter la vallée de la Mékerra 
jusqu'à Ras-el-Ma, passer entre les chotts de l'ouest et de 
Test, et, longeant du côté algérien la frontière du Maroc, re- 
joindre rOued Guîr, en un point qui restait à déterminer. 
Elle suivrait la ligne des oasis du Gourara et du Touât; 

2<» Une ligne se soudant à Tiaret, au réseau algérien classé 
(ligne de Relizane à Tiaret). Elle devait passer à Test du 
chott El-Chergui vers Ketifa, laisser G^yville à l'ouest, ga- 
gner El-Ma!ay l'Oued Zergoun, l'Oued Loua, Goléah et enfin 
les oasis du Touât; 

3° Une ligne, allant d'Âffreville au Touât par Boghar, 
Laghouat, El-Maîa et Goléah ; 

4^ Une ligne de Biskra à Tougourt et Ouarglâ, gagnant en- 
suite Goléah et le Touât; 

5"" Une ligne passant par Biskra, Tougourt, Ouarglâ et Ti- 
massinine. 

Après avoir examiné ces projets, la Commission se réanit 
de nouveau le 27 octobre, pour délibérer sur un commen- 
cement d'exécution. Le rapport adressé au Ministre des 
Travaux publics sur les propositions des diverses commis- 
sions, démontrait la nécessité d'organiser dès ce moment, 
une série d'études et d'explorations divisées en trois caté- 
gories. La troisième catégorie comprenait c une explora- 
tion avec escorte indigène, d'Ouarglâ vers Timassinine, le 
haut Igharghar jusqu'à Melès et au delà, s'il était possible. 
Cette caravane se mettrait en relations avec les chefs des 
Touareg, et chercherait à obtenir leur appui >. 

C'était, en germe, le programme de la première mission 
Flatters. 



EXPLORATION DU SAHARA. 137 

Ce fut en eOet, dans cette séance, que M. le Ministre des 
Trayanx publics fit connaître le projet présenté à la troi- 
sième sous-commission, par le lieutenant-colonel Flatters. 
Modifié une première fois, il se résumait définitivement 
m noe exploration d'un caractère entièrement pacifique, 
qu'il s'offrait à diriger de l'Algérie vers le sud, entre le 
Niger et le lac Tchad, aussi loin que possible. Le Ministre 
le signala à l'attention particulière de la Commission, ajou- 
tant qu'en tout cas, la mission ne se mettrait en route que 
lorsque le département des Affaires étrangères se serait con- 
certé, dans la mesure du possible, avec les chefs touareg, 
de manière à les prévenir de son caractère pacifique. 

Dès ce moment, la mission du regretté colonel était 
décidée. Lui-même en fit valoir les avantages, avec cette 
conviction ardente qui fut toujours le cachet de sa géné- 
reuse nature. 

€ Étant commandant supérieur du cercle de Laghouat, 
disait-il alors, j'ai eu à établir des mémoires officiels sur 
les relations du Sahara et du Soudan avec l'Algérie. Â la 
saite des études auxquelles j'ai dû me livrer à ce sujet, j'ai 
acquis la conviction que le mode d'exploration que je pro- 
pose, présente des chances sérieuses de réussite.... Lors de 
mon dernier voyage à Ouarglâ, au mois de janvier dernier, 
étant encore commandant supérieur, des Ghambâs qui 
ont une grande influence dans le pays, m'ont proposé de me 
conduire chez les Touareg, et ma personnalité ne leur a 
paru soulever aucune objection particulière. > 

Pins loin, afin de donner à la Commission toutes les 
garanties possibles sur ses intentions pacifiques, il s'expri- 
mait ainsi : 

« Je ferai tout au monde pour ne pas être attaqué; je ne 
prendrai simplement que des mesures de sécurité et de 
défense. Il ne s'agit que de se défendre <( contre des pillards 
touareg qui, en bandes d'une centaine d'hommes, s'en vont 
en harkal, comme.on dit dans le pays. Cela ne nous em- 



138 EXPLORATION DU SAHARA. 

pécherait pas de nous présenter pacifiquement, de faire des 
cadeaux aux chefs tou d'acheter le concours des uns, 
la neutralité des autres; de tâcher de faire naître l'intérêt 
pour le chemin de fer en démontrant ses avantages; de 
bien préciser que nous n'entendons pas nous annexer le 
pays ; de rétrécir notre zone d'action, plutôt que de nous 
exposer à une résistance insurmontable, quand nous ne 
pourrons obtenir le passage de bon gré. > 

Telle était la pensée simple, pratique et avant tout huma- 
nitaire, qui précisait, dans Tesprit de Flatters, le programme 
de son entreprise. Il réussit à faire partager sa conviction 
à ses collègues et l'organisation de son voyage fut votée 
séance tenante. 

Quelques jours plus tard, le 7 novembre, M. le Ministre 
des Travaux publics, en lui confiant sa mission, la définis- 
sait en ces termes : 

€ J'ai l'honneur de vous informer que, conformément à 
l'avis de la Commission supérieure instituée pour l'étude 
des questions relatives à la mise en communication par 
voie ferrée, de TAlgérie avec l'intérieur du Soudan, je vous 
charge de diriger une exploration avec escorte indigène, 
pour rechercher un tracé devant aboutir dans le Soudan, 
entre le Niger et le lac Tchad. 

» Vous aurez à vous mettre en relation avec les chefs 
des Touareg et à chercher à obtenir leur appui. 

> Je vous invite à me faire connaître dans le plus bref 
délai, les bases d'organisation de l'expédition dont il s'agit, 
de manière à lui conserver un caractère essentiellement 
pacifique, ce qui est la condition sine qua non, de la mis- 
sion. » 

Des instructions avaient été préparées par les soins de 
la troisième sous-commission. Mais M. de Freycinet ne 
voulant pas lier l'explorateur par un texte impératif, lui 
écrivît le 13 décembre : 

c J'ai l'honneur de vous adresser, à titre de renseigne* 



EXPU)RATIOIf DU SAHARA. 139 

OMDts, les instructions rédigées par la troisième sons-com- 
mission. L'incertitude où l'on est jusqu'à présent au sujet 
des régions à explorer, et qui justifie précisément la mission 
qui vous est confiée, ne permet pas d'apprécier exactement 
dès à présent, la valeur des indications géographiques ou 
techniques, contenues dans ce document. 

■ n Yous appartiendra de discerner, au cours de votre 
foyage, le parti qu'il vous sera possible de tirer des con- 
seils donnés par la troisième sous-commission, d'après les 
hypothèses les plus vraisemblables. » 

Cette largeur de vues du Ministre qui avait eu l'initiative 
de l'entreprise, était pour le colonel Flatters un nouveau 
sujet d'encouragement. Ayant reçu d'autre part l'approba- 
tion officielle de son chef direct, le Ministre de la Guerre, il 
ne Ini restait plus qu'à choisir ses collaborateurs et à atten- 
dre le vote parlementaire des crédits qu'exigeait sa mission. 



m 



Gomposition de la première mission d'exploration du lieutenant-colonel 
Flattera. — Répartition des services. — Mise en route du personnel. — 
Toyafe de Paris à Tougourt. 



A la fin de décembre 1879, tout était prêt et la première 
mission d'exploration du Sahara était constituée, sous le 
rapport du personnel et de la répartition des services, de la 
bçon suivante : 

1* Chef de )a mission : M. le lieutenant-colonel Flatters. 

â* Commandant en second, service de marche, relations 
politiques, cartes par renseignements : M. Masson^ capi- 
taine du service d'état-major, auquel étaient adjoints : 

MM» Bernard j capitaine d'artillerie; 

Le Chatelierj sous-lientenant au 1'' régiment de ti- 
railleurs algériens, adjoint au bureau arabe de Bousftada ; 
Bro$$elardy sous-lieutenant au 4^ de ligne. 



140 EXPLORATION DU SAHARA. 

Ces trois derniers officiers ne firent pas partie, plus tard, 
de la seconde exploration. 

3"" Service géodésique, météorologique, recherche d'an 
tracé de voie ferrée : 

M. Béringer^ ingénieur au cadre auxiliaire des travaux de 
l'État. Il avait pour adjoints : 

MM. Cabailloty conducteur des ponts et chaussées; 
RaùQurditif chef de section du cadre auxiliaire des 
travaux de l'État 

Tous deux ne devaient pas non plus faire partie de la 
seconde mission. 

4* Service géologique et hydrologique : 

M. Boche^ ingénieur au corps des mines. 

5* Service médical, zoologie, botanique : 

M. le docteur Guiard^ médecin aide-major de première 
classe au 2" régiment de zouaves. 

En tout, dix membres choisis dans le personnel des em- 
ployés de l'État et comptant : 

5 officiers, 

2 ingénieurs, 

2 agents des travaux publics, 

1 médecin militaire. 

Pendant toute cette période de préparation, dans laquelle 
Flatters eut d'abord à faire triompher ses idées, à déter- 
miner son programme, à fixer la limite de ses itinéraires, à 
achever enfin Torganisation de son expédition, il fut puis- 
samment aidé par l'administration centrale des travaux 
publics. Elle avait alors à la tète du service de la construc- 
tion des chemins de fer, un homme généreux, à l'esprit 
distingué, aux conceptions larges, au travail intelligent et 
facile, M. Fournie, ingénieur en chef des ponts et chaus- 
sées, aujourd'hui en retraite, dont le sjrmpathique codcouts 
fut acquis dès le début aux efforts du chef de la mission. 
Plus particulièrement chargé de veiller à la réalisation des 
décisions du Ministre, en tout ce qui concernait l'explora- 



EXPLORATION DU SAHARA. 141 

tion saharienne, il eut Tinitiative de la plupart des instruc- 
tioDs transmises au lieutenant-<^olonel Flatters et dès me- 
sures de détail qui l'intéressaient. Déjà lié avec quelques-uns 
des membres de la mission, il devint bientôt leur ami, et, 
daos les heures de découragement qui marquèrent certains 
moments de ces périlleux voyages, il sut être leur appui 
et leur soutien. Une large part doit donc lui revenir dans 
le mérite des conceptions, dans l'accomplissement des deux 
explorations et dans les résultats que la géographie enre- 
gistre aujourd'hui. 

Grâce à lui et à l'activité de Flatters, dès les premiers 
jours de janvier 1880, le personnel de la première mission 
ayant complété son matériel, était prêt à se mettre en 
route. 

Nos explorateurs quittèrent Paris, pleins d'entrain et 
d'espoir, le 7 du même mois. 

A Marseille, deux jours après, ils reçurent de M. le gé- 
néral Saussier, alors commandant du 19* corps d'armée, 
l'accueil le plus sympathique et arrivèrent le 12 à Alger, où 
M. le gouverneur général et M. le secrétaire général du 
gouvernement, voulurent leur témoigner à leur tour les 
meilleurs encouragements. 

Cependant, ils ne firent que passer; leur temps était 
compté; le 14, ils s'embarquaient pour Philippeville, et 
arrivaient le 20 à Constantine, où M. le général comman- 
dant la division mettait à leur disposition, tous les moyens 
dont il disposait. Après avoir complété quelques achats 
de matériel, ils forment leur convoi de marche qui part le 
25 pour Biskra, sous la conduite du capitaine Masson. Les 
bagages étaient chargés sur des voitures du train des équi- 
pages ei sur des voitures louées ; une escorte de 8 chas- 
seurs d'Afrique accompagnait le convoi. Le colonel Flatters 
et les chefs de service prirent la voiture publique, qui les 
débarqua à Biskra, le 31. Le convoi les rejoignit le lende- 
main. 



142 EXPIiOaATION 0U SÀHAKA. 

C'est dans cette ville, située sur la limite nord des régions 
sahariennes^ que devait commencer l'organisation de la 
caravane. II fallut, pour le transport du matériel, louer des 
chameaux qui devaient aller jusqu'à Tougourt. Là, il 
était convenu qu'on les remplacerait par d'autres qui se 
rendraient à Ouarglà, où l'on se procurerait enfin par voie 
d'achat ou dé location, les bâtes de somme deatiaées à 
suivre définitivement l'expédition. 

Le personnel subalterne fut également choisi. Le chef de 
la mission fit mettre à sa disposition : 12 soldats du 3^ ba- 
taillon d'infanterie légère d'Afirique, qui devaicoit servir 
d'ordonnances pendant la durée du voyage, et 10 spahis 
d'escorte, qui devaient être remplacés en route. Il s'ai^oi- 
gnit en outre : 

Un employé civil, comme cuisinieryOt 7 indigànes^Axabes 
du Sud, comme hommes de service. 

Le 7 février 1880, jour de son départ de Biskra pour 
Tougourt, la mission comprenait un total de quanmle per* 
sonnes, et son itinéraire fut fixé comme il suit : 

Le 7 à Saada. 

Le 8 — Ghegga. 

Le 9 — Oum e\ Thiont. 

Le 10 — «Ifraier. 

Le 11 ~ Nsa ben Rzig. 

Le 12 — Tamcma. 

Le IS — Ghamera* 

Le 14 — Tongewt. 

Le levé de l'itinéraire et les observations furent immédia- 
tement commencés; c'était une préparation au travail de 
l'exploration proprement dite. 

A Tougourt, l'expérience acquise pendant les huit pre* 
miers jours de marche, conseilla quelques ehangoDents 
dans la constitution de la caravane. U Isillat louer d'aetres 
chameaux, renvoyer 3 hommes du batailIoD d'Afrique qui 
étaient insuffisants et un indigène qui n'était propre à rien; 



EXPLORATION DU SAHARA. 143 

vendre 3 chevaux hors d'état de marcher et recruter huit 
Doufeaux indigènes, à titre de chameliers. Pour être 
au eomidei, il inan(|uait encore à la oûssioa son escorte 
définitiTe, quelques chameliers à prendre à Ouargii et 
les deroios chameaux destinés à Texploration ditns le 
Sud. 

Les ressources locales laissèrent aussi à désirer. Les Juifs 
avaient accaparé les hôtes de somme dans l'espoir de réa- 
liser un hénéfice; ce qui ne permit pas d'acheter plus de 
huit chameaux et quelques telUs ^ Cependant la mission fut 
aidée par le commandant supérieur de Biskra qui était en 
tournée, et par l'agha de Tougonrt, Si Ismaïl, qui lui don- 
nèrent tous deux leur concours le^plus dévoué. 

Avant de quitter ce poste avancé, le lieutenant-colonel 
reçut une visite qui eut sur les résultats de son voyage, et 
sur le prestige dont il devait jouir aux yeux des Sahariens, 
uue heureuse influence. 

Si Mohammed Sghir, chef de Tordre religieux de Tidjani, 
et Si Maammar ben Hadj Ali, son frôre, tous deux mara- 
bouts célèbres et vénérés de la zaouïa de Temacin, se ren- 
dirent près de lui. Très puissants comme chefs religieux 
dans tout le sud de l'Algérie, ces deux indigènes exercent 
une suprématie qui s'étend jusqu'au Sahara. Leur appui 
devait être une force pour l'expédition, et à la suite d'une 
lettre que leur avait écrite le général commandant la divi- 
sion de Constantine, ils s'empressèrent de le mettre au ser- 
vice de nos explorateurs. 

Dans un dîner donné par l'agha Si Maammar, le chef 
des affaires temporelles de l'ordre de Tidjani et son maître 
de fait, porta un toast au succès de la mission. Cet incident 
insignifiant en lui-même, avait cependant une portée dont 
Flatters se rendit compte et qu'il a signalée depuis, dans 
son journal de route. C'était, de la part de Si Maammar, une 

i. Sacs en laine servant à arrimer les charges. 



144 EXPLORATION DU SAHARA. 

sorte d'engagement personnel, chose rare dans les mœurs 
indigènes, surtout de la part d'un personnage religieux 
jouissant d'une grande notoriété. U est vrai que le lieute- 
nantrcolonel, connaissant le prix des bonnes dispositions da 
marabout, avait eu soin de lui remettre, de la pari du Mi- 
nistre des Travaux publics, un cadeau spécial avec promesse 
d'un plus important au retour. 



IV 



De Tougourt à Ouargià. — Partie inexplorée de TOued Igharghar. — 
Détails géographiques sur la région nord de cet oued. — Droit de 
protection des tribus. — État général du sol. 



Le 18 février, la mission alla camper à Tamelhat, à 1 ki- 
lomètre de Temacin, où son chef se rendit pour faire, à son 
tour, une visite aux marabouts et achever de mettre à profit 
leur bonne volonté. La réception fut aussi cordiale qu'il 
pouvait le désirer; ils lui remirent des lettres destinées aux 
Touareg et lui promirent de le faire accompagner par un 
mokhaddem *• de leur ordre, Si Abdel Kader ben Mrad, re- 
présentant de leur pouvoir religieux, qui devait le rejoindre 
à Ouarglâ. Rien ne pouvait être plus utile aux yeux des indi- 
gènes qui furent frappés de l'empressement des marabouts 
et en gardèrent une impression favorable. 

Le lendemain 19, eut lieu le départ pour Ouargià. La ca- 
ravane, complétée tant bien que mal à Tougourt, comptait 
alors : 

10 membres de la mission ; 

4 ordonnances dont un indigène, venus de France ou pris 
en route; 

9 hommes du bataillon d'Afrique, ordonnances, charpen- 
tier, maréchal-ferrant, secrétaire ; 

1 . Délégué religieux. 



EXPLORATION DÛ SAHARA. 145 

i employé civil; 

6 indigènes^ employés comme hommes de service. 

Elle fat divisée en deux convois : l'un, sous les ordres du 
capitaine Masson, assisté de M. Brosselard, devait suivre la 
roQle ordinaire, avec le gros des bagages; l'autre allait 
eommeucer ses études par la région encore inexplorée de 
rOned Igharghâr. 

le convoi avait pour itinéraire : 

Le 19 à Melah. 

Le iO — El Hadjira. ' 

Lfi 21 — Ngoussa. 

Le 24 — Ouarglâ. 

Le levé expédié de cette direction, confié aux soins de 
M. Brosselard, devait servir d'exercice pour les opérations 
Qltérieares. 

Quant au reste de la mission, il allait tenter une pointe 
vers la partie septentrionale de l'Oued Igharghâr, afin de 
sappléer aux vagues renseignements de la carte de l'État- 
major ; puis, pousser jusqu'à Hassi ould Miloud, et se ra- 
battre ensuite sur Ouarglà. 

C'est donc à Tougourt que commence l'exploration pro- 
prement dite. 

Le 19, après une halte à Ain Djedida, la mission se rendit 
à Ain Bou Semah, à 30 kilomètres environ de Tamelhat. 
Dans cette première journée, elle recueillit des renseigne- 
ments sur la topographie du pays et constata qu'il n'y avait 
pas de lit de rivière à sec, comme la carte l'indiquait, 
mais une succession de cuvettes ou dayaSj séparées par 
des seuils de sable, qu'une abondante végétation avait immo- 
bilisés. 

« Â l'est de la route parcourue le* 19, dit le lieutenant- 
colonel dans son journal de route, est TOued Sidi bou Ha- 
nia, qui serait à peu près un lit de rivière sur une longueur 
de 8 ou 10 kilomètres ; mais d'après le dire de certains, le 

soc. DE GÉOGR. — 1*' TRIMESTRE 1882. IH. — 10 



146 EXPLORATION SU SAHARA. 

tout, au lieu de constituer TOued Igharghar venant du sud, 
coulerait au contraire, s'il y avait de l'eau, du nord au 
sud pour aller vers la sebkha, c'est-à-dire l'élargissement 
de Matmat, où aboutirait de son côté TOued Igharghar ou 
Oued si Oudi. Un nivellement précis pourrait seul donner 
des preuves pour ou contre. Ce qui parait démontré, c'est 
qu'en somme, il n'y a pas de lit proprement dit et que la 
pente générale est insignifiante. 

» C'est un système analogue à celui de l'Oued Gbir, oii, 
malgré le mot oued, qui signifie littéralement rivière, il n'y 
a qu'une succession de chotts ou lacs. Ici, les chotts sont 
réduits à l'état de dayas, c'est-à-dire de cuvettes de peu 
d'étendue, et les seuils ou dunes, fort enchevêtrés, occu- 
pent les cinq sixièmes de l'oued. » 

Cette observation, qui rectifie une erreur admise jusqu'à 
ce jour, semble avoir frappé les yeux des membres de la 
mission, dès leurs premiers pas dans la région des dunes. 

Le 20, le bivouac fut transporté d'Âïn Bou Semah à Mal- 
mat, à 18 kilomètres au sud-est. t L'Oued Sidi Bou Hania, 
dit le colonel, arrive par l'est, dans la daya; à rouesl, 
son lit, qui semble continuer, devient l'Oued Igharghar. 
Le tout offre une pente peu appréciable, sans nivellement 
précis. }) 

Nos voyageurs rencontrèrent, à Matmat, une kouba *- vé- 
nérée, sorte de mausolée élevé par les Chambâs ' à la mé- 
moire d'une femme marabout, devenue célèbre sous le nom 
de Lalla Meurdhia. 

C'est aussi sur ce point qu'ils furent rejoints par quatre 
mokhaznis Chambâs, envoyés d'Ouarglâ pour remplacer les 
spahis de Tougourt et destinés à suivre l'exploration dans 
le sud. Us apportaientdes lettres du commandant supérieur 
du cercle de Laghouat et de l'agha d'Ouarglft, annonçant 



I . Kouha^ chapelle. 

t, Ghaanbas, d'après M. DuvAyrier. 



EXPLORATION DU SAHARA. 147 

que la mission trouverait dans ce poste tout ce qui lui 
était nécessaire. L'un d'eux, ancienne connaissance du co- 
lonel, l'assura de son dévouement et de celui de tous les 

dombâs. 

Le 21, la mission se rendit à Hassi ould Miloud, marchant 
ainsi dans le lit de TOued Igharghar, dont la configuration 
semble firapper encore l'attention de son chef, c Ce lit, dit- 
il, est de plus en plus indéterminé; c'est une bande' de 
danes et de dayas, dont la largeur semble varier de 2 à 
fO kilomètres et où Ton a de la peine à se figurer un thal- 
weg quelconque. Elle fait tant de méandres vaguement 
dessinés, que s'il y avait de l'eau, on aurait en somme un 
ifflmense lac allongé, où les contreforts de séparation des 
détours, émergeraient en forme d'îlots de sable I... Autant 
dire, comme il a été remarqué déjà, que depuis El Goug, 
ii n'y a pas, à .proprement parler, de lit de l'Oued Ighar- 
ghar. 

B Toutefois, à hauteur de Hassi ould Miloud, le long de la 
dane, il y a apparence d'un lit ou cuvette allongée de 5 à 
6 kilomètres; mais cela ne change rien, en somme, à l'ap- 
préciation générale. On n'est même pas d'accord dans le 
pays, pour savoir dans quel sens coulerait l'eau, s'il y en 
avait; mais l'eau, dans l'Oued Igharghar, c'est le domaine 
de la légende arabe. On a vu couler l'Oued Mzab, l'Oued 
Mia, etc. ; et là, il n'y a pas de doute; mais personne, ni de 
la génération actuelle, ni de la génération précédente, n'a 
jamais vu couler l'Oued Igharghar. 

» Pour celui qui n'est pas prévenu, il n'y a là ni rivière, 
ni trace de rivière. Cependant, pour tous les indigènes, c'est 
bien un oued, dans le lit duquel on chemine plus ou moins. 
Par c oued » il faut entendre ici une sorte de dépression, 
plas ou moins interrompue çà et là, dans le genre de ce 
qu'on est convenu d'appeler l'Oued Ghir : mais les chotts 
élant réduits par les dunes et par les mouvements du 
terrain. 



448 EXPLORATION DU SAHARA. 

> Quoi qu'il en soit, les renseignemeuls recueillis tendent 
à démontrer que rindéternûnalion de l'Oued Igharghar 
commence au-dessus d'El Biodh, et même déjà plus 
haut. » 

A l'est de l'Oued Igharghar, la mission put constater 
l'existence d'une plaine d'un abord facile, qui porte le nom 
de sahel ou de u^hoUf mots arabe et berbère qui signifient 
tout deux facile, fertile. 

Dans le milieu de la même journée, elle aborda le pays 
de Terjf*, région des dunes, qui se présente ici comme 
un prolongement courant vers le Souf, des grandes dunes 
qui passent au sud d'Ouarglâ et vers Ghadamès. Peu d'ins- 
tants après, elle atteignit Hassi ould Miloud. 

Le lendemain 22, elle reprit sa route à Touest, repassant 
dans l'Oued Igharghar, qui, en cet endroit, paraît avoir un 
lit bien dessiné, sur un parcours de 4 à 5 kilomètres, en 
remontant au sud. Ce fait est également signalé par M. Du- 
yeyrier dans son livre. oU ne doit pas, écrivait le lieutenant- 
colonel, modifier l'idée générale que l'on peut se faire de 
l'oued, car, au sud, d'après les renseignements recueillis, 
les cuvettes deviennent d'autant plus resserrées qn'elles sont 
envahies par les grandes dunes. > 

Le 23 fut une journée sans eau, car la caravane ne 
put atteindre son campement d'Hassr Rebaîa; elle con- 
somma l'eau des tonneaux et se rendit le 24, en marchant 
toujours à l'ouest, à Hassi Hofrat Ghaouch, où devait 
passer à son tour, quelques jours plus tard, M. Tingénieur 
Ghoisy. 

Hofrat Ghaouch, le «trou du chaouch, » doit son nom à nn 
de ces événements tragiques, si communs dans le Sahara, 
qui eut pour cause première le payement d'un impôt en 

1. Erg, dérivation da mot arga, f^mnàe dune; areg, pluriel d'arga; 
armathf petite dune, généralement mobile. L'armath se modifie suivant 
les çtreonstaoces atmosphériques. Les areg, an contraire, ne se modiCent 
paf sensiblement. 



âsâgd dans ôe^ contrées, sous le nom de i/hèfàràj di^tt de 
prolection. 

Les renseignements que nons a transmis à ce sujet le 
chef de la mission, touchent en même temps de trop 
près à la situation politique des régions parcourues, pour 
se pas leur laisser leur originalité propre, en reproduisant 
textuellement son récit. 

« y a quelques centaines d'années, dit-il dans 9on 
joamal, Ouargl& payait sinon un impôt, du moins une 
ghefara, au bey de Tunis, qui envoyait chaque année 
QQ chaouch, pour toucher en argent ou en nature. Une 
année, le chaouch, après avoir regu son argent, s'était 
remis en route, lorsque le cheikh Boù Rouba des Gham- 
bis l'ancêtre d'après la tradition, des Chambfts d'Ouar- 
^i, courut après lui^ l'atteignit à El Hofra, le tua et 
emporta l'argent. Le bey de Tunis, trop loin pour venger 
cet affront, ne s'en préoccupa guère et Bon Rouba, 
par ce fait, se substitua à lui pour toucher le ghefara 
d'Oua^lA. 

> Les Ghambâs ont perçu cet impôt jusqu'à l'occupation 
française, et même quelque peu depuis; ils le touchent 
encore d'autre part, de Ghadamès^ par exemple, qui leur 
donne à ce titre, deux négresses par an. Mais il faut qu'ils 
aillent les chercher; car, sans cela, on ne les leur enverrait 
pas. 

» Ce droit de ghefara est le droit de protection du Sud. 
C'est, en général, le nomade qui le perçoit sur les oasis. Il 
devient ainsi lé patron des Ksouriens S pour protéger leurs 
convois. 

B Les Larbft de Laghouat le percevaient dans l'Ouest, sur 
Metlili et sur le Mzab. Les Touareg le perçoivent sur Rhàt, 
Ghadamès, etc. L'administration française Ta aboli en 



1. Csoorien, habitant du ksar^ village (an pluriel, kiour). Les Ksou- 
nens lont les habitants sédentaires du Sahara. 



150 EZPLORATIOlf on SAHARA. 

Algérie par une police efficace des routes. Comme d'ail- 
leurs, tel percevait le ghefara des uns. qui le payait aux 
autres, le nouveau système n'a pas soulevé une bien grande 
opposition. 

» Hofrat Ghaouch* est resté célèbre dans le pays, par la 
grande ghazia qu'y exécutèrent en 1826, les Touareg 
Azgars ou Azdjer, contre les Ghambâs; 60 de ces derniers 
y périrent. Les Ghambfts se vengèrent depuis, en exécutant 
contre les Azgars, deux ghazias, un peu au nord de Rhât. 
48 Azgars succombèrent dans l'une et 52 dans l'autre. 
Depuis dix ans environ, on considère l'honneur comme 
sauf entre les deux tribus, et Azgars et Ghambâs vivent en 
bonne intelligence. 

» Cette levée des Azgars en 1826, avait pour cause les 
intrigues d'un Targui* qui prétendit, à son retour d'Ouar- 
gl&, avoir été molesté en route. » De là des susceptibilités, 
puis des inimitiés, enfin une guerre. Elle est heureusement 
finie et les TouÂreg attribuent^ dit-on, ce résultat aux Fran- 
çais et à leur fermeté. 

Le 25, la mission n'était plus qu'à huit kilomètres envi- 
ron d'Ouarglâ, quand elle vit s'avancer à sa rencontre, 
l'agha, accompagné de tous les caïds de Taghalik. Ils 
venaient, suivant l'usage traditionnel des Arabes» rendre 
hommage aux nouveaux arrivants, représentants à leurs 
yeux de l'autorité souveraine. « La réception, du reste, fut 
des plus sympathiques, écrivit Flatters. Les indigènes pa- 
raissaient revoir avec plaisir Tancien commandant supé* 
rieur de Laghouat, et tous lui firent les meilleures protes- 
tations de bon vouloir. » 

Le capitaine Masson étant arrivé par Ngoussa, le 26, la 
mission se trouva de nouveau réunie. Le mokhaddem de 
Tamelhat était aussi arrivé à Ouarglâ. 



1. Hofrat Chaouch, pour Hefra ech Chaouch. 
t. Targuif singulier de Touareg. 



EXPLORAnON DU SAHAIU. 



151 



Les renseignements recueillis sur les ressources du sol, 
dans ce trajet deTougourt à Ouarglâ par Hassi ould Miloud, 
peoTeot se résumer ainsi : 



PARCOURS. 



HATURB DU SOL. 



Le 19, de Tamelhat à Aïn 
ixM Semah eoT. 30 kil. 



Le iO. (f Atn boa S«mah à 
Husi Matnut. 18 kU. 



Le 21, de Matmat k Hassi 
mM MUoad. 18 kil... 

Le 22, dHaaai ould Mi- 
lood à Hassi Oussiah. 
28kiL 

Le 23, d'IIassi Oussiah k 
Rbechem er-rih. 30 kil. 

Le24 février, de Khecbeni 
er-rib à Hofret Cha- 
roeh.i7kiL 



Le 25. d'Hofrat Chaouch 
àOwvfU. 30kil 



Sable durci ou reg 
mi-meubleou 
uebka. 



Sable dur; nebka et 
gypse cristallisé. 



Sable dur. Erg. 

Refr et nebka. 
R(^ et nebka. 

Reg. 



Rept terrain de 
choit desséché. 



v<g£tation. 



TOTAL. 171 kil. enriroo. 



V^éUtion suffi- 
sante pour les 
chameaux : rita, 
belbel. 

Wégét. abondante, 
rita, belbel, drin. 



Végét. rare, drin 
clairsemé. 



EAU. 



A Aïn bou Semah, 
eau abondante 
et bonne. 



Végét. suffisante : 
damrân, annodb. 



Végét. abondante, 
damran, belbel, 
armodh, drîn. 



Pas d'eau. L'eau 
est à Rebaïa. 



Eau abondante, 
mais médiocre. 



Eau abondante et 
bonne. 



Il résulte de ces premières observations, que les terrains 
parcourus de Tougourt à Ouarglâ ont pour caractères géné- 
raux, dans la partie nord de TOued Igharghar, un sol corn- 
posé de sable assez ferme, une végétation suffisante pour 
les besoins des animaux et des eaux très abondantes. 

Ces données, du reste, ne sont pas les seules dont la géo- 
graphie aura à s'enrichir; car, en ne citant que les points 
piincipaux de l'itinéraire, nous trouvons dans les noter 
rapportées par la première exploration, les indications 
ci-après : 



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KiPLOliÀTiôN bb ÉAkAftÀi i&â 

ijes Coordonnées géographiques ci^dessus^ ôlbletlués par 
le calcul, ne concordent pas absolument, au moins pour 
les longitudes, a?ec celles que Titinéraire a fait ressortir. 
Aussi, d'après H. Tingénieur Béringer lui-même^ elles 
étaient destinées à subir une modification ultérieure. 

A Ouarglâ, l'exploration n'était encore que commencée; 
fallait maintenant procéder à son organisation défini- 
tive et se préparer à la véritable traversée du Sahara, dans 
des directions à peu près inconnues et au milieu d'une 
région dont les difficultés exigeaient à l'avance les soins les 
plus attentifs. Le séjour à Ouarglâ ne devait pas avoir 
d'autre but. 



^joor à Ouarglâ. — Organisation définitive de la caravane. — Difficultés 

pratiques. — Prix de locations. 



Dès l'arrivée à Ouarglâ, le lieutenant-colonel Flatters 
soccapa des mesures propres à faciliter son excursion 
vers les régions du sud. Ce qui lui importait le plus, 
c'étaient les guides et les moyens de transport. Ni les uns, 
oi les autres ne lui faisaient défaut; il s'agissait seulement 
de bien choisir les premiers et d'obtenir les seconds à un 
prix raisonnable. 

« L'idée qui semblait dominer chez lesGhambâs, écrivait- 
il à ce sujet, c'était de nous conduire, leur caïd entête, et 
de former exclusivement & eux seuls notre caravane. Il 
est certain qu'ils sont à même de nous bien guider, en 
raison de leur connaissance du pays des Touareg, jus- 
qu'à la latitude de Rhftt. Cependant, il y a bien des 
réserves à faire en ce qui concerne Texclusion d'autres 
indigènes, et il ne convient d'ailleurs, en aucune manière, 



f54 EXPLORATION DU SAHARA. 

de transfoiroer Texploration en une sorte de réquisition de 
triba. » 

Un fait à noter, c'est que peu d'entre eux s'ofrraient pour 
guider la mission au delà de Rhât. « Nous ne connaissons 
pas le pays au sud de cette yiHe, disaient-ils. En allant 
avec vouSy nous voulons pouvoir répondre de vous et vous 
conduire en toute sécurité. Nous répondons de tout jus- 
qu'à Rhât. Les Touareg Azdjer sont nos amis; sur leur 
territoire , nous sommes certains d'arriver. Avec les 
Hoggar, nous sommes bien; mais il nous faut tâter le ter- 
rain. » 

Ces réticences montraient déjà que le danger ou l'obstacle 
devait venir des Hoggar^ Hais à cet égard, il n'y avait 
encore rien de précis. 

Les Ghambàs offraient à Flatters de le conduire par 
Timassinine et lui conseillaient d'envoyer de ce point, cinq 
ou six d'entre eux, avec le mokhaddem de Sidi Tidjani, à 
deux ou trois jours en avant, pour préparer les voies. Si la 
négociation avec les Hoggar réussissait, ils assuraient 
qu'il pourrait traverser leur territoire et qu'ils raccompa- 
gneraient. Sinon ils inclineraient vers Test, dans le pays des 
Azdjer, et, comme il exprimait le désir de s'écarter des 
routes déjà suivies, ils lui promettaient de le mener par un 
autre chemin que celui de Si Ismaïi Bouderba. 

Bien que 40 jours suffisent pour aller d'Ouarglâ à Rhât, 
ils s'engageaient à faire durer ce voyage une centaine de 
jours, pour lui permettre d'explorer à son aise, c C'est 
à Rhât seulement, qui est comme une sorte de port dans le 
Sahara, disaient-ils, que vous trouverez à vous organiser 
pour le Soudan. 1 lis lui indiquaient les Tynilkoum comme 
faisant itiétier de ces sortes d'opérations et lui offraient enfin 
de le ramener avec eux, s'il ne réussissait pas à s'entendre 
avec ces indigènes. Ils lui citaient la mission Barth et 

1 . Ahaggar, des Tou&reg. 



EXPLORATION DU SAHABA. 155 

Ricbardson, qui, partie de Mourzouk en juin 1860, avec 
riotention de passer à l'est de Rhât, fut obligée de s'y 
rendre et d'avoir recours aux Tjnilkoum. 

II était donc évident que la difficulté devait venir des 
Boggar; et, soit intérêt, soit nécessité politique ou pra- 
tique, il y avait une tendance marquée à diriger Texplora- 
lion vers Rhât. On se trouvait donc en présence d'une de 
ces indications dont la persistance est le principal caractère 
etqoe la sagesse conseille souvent aux voyageurs d'écouter, 
alors même qu'ils n'en saisissent pas la véritable raison. 
Flatters ne pouvait se dissimuler le fait; mais n'ayant pas 
d'intérêt à visiter Rhât^il jugea prudent de ne prendre à ce 
sQJet aucun engagement et de voir plus tard s'il ne pourrait 
pas faire autrement. 

Du reste, le zèle même des Cbambâs devenait pour lui, 
dans son excès, une sorte d'embarras. Le caïd avait fait 
une véritable levée de boucliers ; en se laissant accompagner 
par eux, la mission pourrait avoir aux yeux des Touareg, 
l'aspect d'une expédition; son caractère pacifique se trou- 
Terait modifié, et de plus, elle serait à la merci de son es- 
corte. Ces considérations conduisirent le lieutenant-colonel 
à réduire le nombre des Ghambfts qui se présentaient et à 
leur adjoindre des hommes d'autres tribus, par exemple, 
des Mekadmas et des Béni Thour. Le caïd fut invité à mo- 
dérer son zèle, et on lui fit comprendre que sa présence 
n'était pas nécessaire. Le chef de la mission déclara qu'il 
lui suffirait de 40 chameliers à pied et de 20 hommes d'es- 
corte à méhari", les premiers, payés à raison de i francs par 
jour, les seconds, à raison de 4 francs ; les vivres devaient 
être à leur charge, sans entrée en campagne, mais avec 
avance sur la solde au départ, pour achat de trois mois de 
vivres, et le complément payable au retour. Il se réserva la 
faculté de donner des gratifications après service fait et 
renvoya ceux qui ne tenaient pas à partir dans ces con- 
ditions. 



I5è Kï^LbftitioH bt) ikiLkkL 

Aprèd d'asâeK longaes conféreûces^ et grftcé à un éade&d 
offert au caïd» ces propositions furent acceptées et plusieurs 
Ghambâs furent engagés. 

Restait la question des chameaux. Une commission nom- 
mée le 26y pour procéder aux achats nécessaires et dont le 
khalifa de Tagha faisait partie, s'était trouvée en présence 
de prétentions exorbitantes. On savait qu'il en fallait près 
de 200, qu'on était pressé et que l'État payait. Gela suffisait 
pour élever les prix. Dès le 27 cependant, après de longs 
pourparlers, la commission avait pu en acheter 35, au prix 
moyen de 180 francs. Il fallut songer à se munir également 
dé bâts, de cordes, de tellis pour les charges; et les res- 
sources locales étant insuffisantes, il fallut en commander. 

A cette cause de retard, s'en ajouta une autre. Les cam- 
pements des tribus de l'aghalik d'Ouarglâ étaient très dis- 
persés, quelques-uns à six journées de marche. On dut, par 
conséquent, attendre assez longtemps pour l'arrivée des 
chameaux. Peu à peu cependant, les achats se terminèrent, 
et le 3 mai, il ne manquait plus que cinquante de ces ani- 
maux. 

Le lendemain, les indigènes engagés ayant été rassemblés, 
reçurent, par-devant le cadhi, les avances promises ; les 
sections de bagages furent formées et les charges réparties 
pour l'arrimage. Ce jour-là, 4 mai, la caravane se trouva 
définitivement constituée ; composée de 30 hommes d'es- 
corte, guides et chefs chameliers, plus 50 chameliers, elle 
se trouvait en mesure de quitter Ouarglâ le 5 mars, dans 
les délais prévus au départ de Paris. Le chef de la mission, 
en se félicitant de ce résultat, crut devoir en attribuer le 
mérite au concours empressé de Tagha d'Ouarglà, Abdel- 
Kader Ben Amar, lieutenant de spahis et à l'intelligence de 
M. le sous-lieutenant Le Ghatelier. 

Au point de vue des dépenses, il dut reconnaître que les 
prévisions seraient dépassées. Gela tenait à diverses causes. 
D'abord l'arrivée de la mission avait produit une hausse des 



EXPLORATION DU SAHARA. 157 

denrées; puis, le récent passage de la colonne du général 
de La Tour d'Auvergne, commandant la subdivision de 
Médéah, avait fait le vide sur la place. Voici du reste quel 
était, à cette date» l'état des finances de l'exploration. Le 
i mars, les avances et les achats étant terminés et les 
i50 chameaux rassemblés, les frais depuis Paris s'éle- 
Taient à 166 434 fr. 90, non compris ce qui devrait être rem- 
boursé aux Ministères de la Guerre et de la Marine, pour 
iostromentSy chevaux, pharmacie, etc. L'encaisse étant au 
départ de 233 496 fr. 25, il ne restait donc pour les dépenses 
Qltérieures que 67 061 fr. 35. C'était peu, car on n'était en- 
core qu'au début de l'exploration ; /nais les avances étaient 
faites pour deux mois et en fin de compte, s'il y avait à 
prévoir sur les frais à venir une augmentation proportion- 
ndle à celle qui avait déjà été constatée, on pouvait es- 
pérer qu'elle ne dépasserait pas 50 000 francs. C'était du 
reste, à peu de chose près^ le crédit qui avait été demandé 
par le chef de la mission, dans son projet primitif. 

Bref, tout était prêt pour la traversée des nouvelles con« 
trées que nos compatriotes allaient explorer^ et le lende- 
main 5 mars, ils devaient se mettre en route. Les 50 cha- 
meaux qui manquaient encore, rejoindraient la caravane à 
Medjira, sous la conduite de M. Le Gbatelier qui restait à 
Ouarglâ pour les attendre. 

VI 

Considérations géographiques qui ont fait décider la direclion suivie par 
la mission. — Départ de Ouarglà. — Nature du sol. — Arrivée des 
derniers ehameaux. — Renseignements sur Tétat politique du Sud. — 
Indications sur les routes du Sahara. — Importance d'Aïn Taïba. — 
Aspect général de la région des gassi. — Hauteur des dunes. — Fond 
d*El Biodb. — Traversée du Hamada. — Zaouia de Timassinine. — Si- 
tuation politiqae. 

Avant de suivre nos explorateurs dans le cours de leurs 
pérégrinations» il ne sera pas sans intérêt de résumer dV 



158 EXPLORATION DU SAHARA. 

bord les considérations géographiques qui avaient fait 
choisir, au début, les directions nouvelles oii ils allaient 
s'engager. 

La bande de dunes qui limite le sud de nos possessions 
algériennes et qui couvre le lit de Tlgharghar sur une éten- 
due de 360 kilomètres environ, offre deux points d'étrangle- 
ment. L'un à l'est, correspond à une bande de terre dure, 
dite El Gassi, ayant près de 12 kilomètres de largeur, 
sur 120 de longueur, et réduit la traversée des sables à 
moins de 60 kilomètres. C'est un chemin de caravanes; 
Bouderba le prit en 1858 et il peut être suivi en partant de 
Ouarglà. 

L'autre par El Goléah, correspond comme point de 
départ, à Laghouat. 

Des avantages, résultant d'une discussion approfondie, 
avaient fait donner la préférence à l'étude d'un tracé par 
Biskra jusqu'à Ouarglâ. Mais c'est au delà de ce point sur- 
tout que la question prenait un caractère nouveau, dont les 
difficultés n'échappaient à personne. Il y aurait à franchir 
14 degrés géographiques, soit probablement les 1800 kilo- 
mètres qui séparent Ouarglâ du Niger, et il fallait réunir 
d'abord tous les renseignements déjà connus sur l'orogra- 
phie de cette partie du Sahara. 

 l'est, on savait que le massif du plateau des Hoggar, 
placé vers le 24* parallèle, lance vers le nord l'Oued Ighar- 
ghar,dans la direction de Ouarglà, et vers le sud, divers 
affluents du Niger. Au nord du Hoggar, s'allongent entre 
rOued Igharghar et le Touat, deux plateaux, qui laissent 
entre eux une plaine assez large. 

Le plateau nord donne naissance à l'Oued Mia qui passe 
à Ouarglà. 

Celui du sud ou plateau de Mouydir est traversé par les 
caravanes, et paraît offrir quelques ressources ^ 

i. Itinéraire d'une caravane au pays des Nègres j par le général Daumas. 



EXPLORATION DU SAHARA. 159 

Ces deux plateaux donnent naissance, comme l'oaest du 
Hoggar, à divers oueds qui vont dans le Teuàt, rejoindre 
rOœd Guir. D'après Barth et Dnveyrier, ces affluents vont 
eosulie se perdre dans des dunes vers l'ouest et atteindre 
peotrêtre les salines de TAdrar; mais cette assertion n'est 
eocore qu'une hypothèse. 

Au centre du Sahara, le plateau de Tanezrouft semble 
former une ligne de partage entre l'Oued Guir et le Niger. 
Sa vaste étendue et les perles d'hommes et d'animaux qu'y 
éprouvent les caravanes, ont largement contribué à la repu- 
talion redoutable que s'est acquise le Sahara. Aussi les in- 
digènes préfèrent-ils le tourner par l'est, pour atteindre le 
Haoussa*, ou par l'ouest', pour se rendre du Maroc à 
Timbouktou. C'est une difficulté de premier ordre et le 
. passage le plus inhospitalier que l'on connaisse ; c'est lui 
I qui a fait dire que la traversée du désert était impos- 
I sible. 

Il se prolonge à l'est par des plateaux de nature semblable, 
coDstituant un ensemble de sols élevés, rocheux, inhabi- 
tables, traversant normalement les directions à suivre. Au 
milieu, cependant, on signale sous le nom de Timissao, une 
coupure, qui a servi de passage à l'invasion musulmane; 
elle est traversée par une vallée, affluent du Niger, qui des- 
cend d'un col situé entre les plateaux de Mouydir«et du 
Hoggar. C'est par là qu'on pourrait se rendre de Timas- 
sinioe au Niger sans trouver de sables et en suivant des 
vallées ». 

Au point de vue politique, on doit se borner à des 
appréciations d'influence religieuse. Au Touât et à l'ouest, 
on fait la prière au nom du sultan du Maroc; chez les 



t. itinéraire d*une caravane aupayt des Nègres^ par le général Daumas. 

2. Routa de Caillié. 

3. Ces renseignements, tirés en partie de Touvrage et de la carte de 
51 Henri Du^eyrier, ont été recueillis par les soins du Ministère des Tra- 
vaux publies. 



160 * EXPLORATION DU SAHARA.. 

Touareg et à Test , au nom du sultan de GonstaDii- 
nople. 

De ces considérations étaient résultés deux tracés. L'un 
par l'est, partait d'Ouarglâ pour atteindre le Gassi et gagner 
righarghar près de Timassinine, où l'on supposait une ri- 
vière permanente; il remontait ensuite cet oued et son 
affluent l'Oued Tadmark, redescendait vers le Niger par 
rOued InemadjeUy franchissait avec lui lapasse deTimissao, 
et arrivant ainsi au souk de Tademeka, ancienne capitale 
des Touftreg, ruinée au seizième siècle» il gagnait euGn par 
des vallées fréquentées, la limite des pluies tropicales, où 
l'on est assuré de Texistence de la végétation. 

Un autre tracé parlant d'Ouarglâ, gagnait El Goleah, le 
plateau de Tademaït, le Touât et le Tanezrouft. 

En résumé, les avantages résultant de la facilité du par- 
cours semblaient donner la préférence au tracé oriental; 
mais les notions étaient encore trop vagues pour qu'un 
choix définitif fût possible sans des explorations préa- 
lables. 

L'une d'elles, la plus importante, par Timassinine, l'Oued 
Igharghar, le col voisin de Chik-Salah, l'Oued Inemadjen, 
la coupure de Timissao et le souk de Tademeka, avec re- 
cueil de cotes barométriques et relèvement des reliefs, était 
confiée à la mission Flatters. 

Son chef savait, il est vrai, que bien des circonstances 
pouvaient le faire dévier de la route, et déjà à Ouarglâ il 
avait constaté les influences multiples qui tendaient à le 
faire appuyer vers l'est. 

Mais il n'en était pas moins résolu à tenter l'impossible 
et c'est dans ces conditions qu'il partit de Ouarglâ, le 
5 mai 1880, se dirigeant vers Timassinine et campant, pour 
la première journée à Rouissât, à une heure seulement de 
la ville ^ 

1; Avant de pénétrer plus prorondément dans les régions saharieDoeSi 




SXPLORATIOIf DU SAHARA. 161 

Le 6 mars, en quittant Rouissât ^, la carayane traverse la 
plaine appelée Oued Ouarglâ, laisse à droite celle que forme 
rOaed Mia et coupe la ligne suivie en 1858 par Bouderba. 
Dans ces parages, le mot c oued » prend une extension nou- 
idle et ne signifie plus rivière^ ni lit de rivière, ni cuvette, 
mais simplement plaine, plaine de forme quelconque avec 
yégétation, reg ou nebka. Ces plaines sont |;énéralement 
circonscrites par des gour allongés, qui les font ressembler 
à des cirques. Quelquefois d'autres gour surgissent au 
milieu et les divisent en bandes allongées ; de là le nom 
d'oued ; mais il faut constater, d'après les noies mômes du 

il detieot nécessaire de Caire connaître les locutions en usage pour expri- 
BMf les principaux aecidents du sol. 

Csrt (au pluriel Gour), mamelon rocheux ou de terrain ferme, sorte de 
témoin du sol primitif. Sa forme est ordinairement conique» avec ou sans 
dkipeao à bords dépassant plus ou moins. 

Argi (au pluriel Areg), grande colline de sable meuble, comme une 
(Tara émiettée. 

Sif (an pluriel 5totf/), arête en long comme un tranchant de sabre, 
^ présente Targa, par suite de l'efritement de la roche sous Taction 
des agents atmosphériques. 

Armaihf gara d*un faible relief. 

Gomrdk, hante dnne conique isolée, sans arête en longueur. 

Nèbka, sable mi-meuble, praticable malgré quelques vallonnemenis 
peo sensibles. 

Reg, sable ferme, avec ou sans gravier, plaine unie et nue. . 

Boudk^ dépression en forme de cuvette, dans les gour, dont le terrain 
estfeme. 

Sahû», large dépression à fond plat, en forme d*assiette, couverte de 
végétation. Par extension, dans Textrême Sud, le sahan de grandes di- 
neasions devient Toued, et réciproquement, sans qu*on se préoccupe 
d'une ligne de thalweg. 

Baich, p&turage. 

Kantra, pont, hauteur entre deux dépressions. 

Fei4f, bande de terrain plat, qui sert de col ou de passage. 

OiM^e, Cice d'one dune. 

Tarboy terre à foulon. 

1. L'orthographe adoptée par le lieutenant-colonel Flattera pour les 
noms arabes ou tou&reg a été généralement conservée, malgré les diver- 
leaees qu'elle présente avec ceUe d'auteurs compétents. Ces divergences 
tiennent à ce qu'il emploie d'habitude les expressions de l'arabe vulgaire. 
Elles seront signalées, du reste, quand il y aura lieu. 

soc. DE GÉO«R. — l*r TRIMESTRE 1882. III. — 11 



i6S EXPLORATION DU SAHARA. 

chef de la mission^ qu'aucune ylée de thalweg ne se rat- 
tache à cette expression. 

Arrivée le 7, au campement de TOued Smihri, à travers 
une succession ininterrompue de gour et d'oued, la mis- 
sion y trouva des pâturages abondants et un temps pluvieux, 
qui fut accueilli par les indigènes comme une faveur du 
eieh Elle y séjourna le 8 et en profita pour recueillir d'utiles 
renseignements sur les routes qui relient entre eux les 
points principaux du payf 

' Elle apprit ainsi, que le chemin direct d'Ouarglâ àinsalah, 
passe par rOued Mia» tantôt dans le lit de l'oued , tantôt cou" 
pant en ligne droite les détours, par étapes de 25 kilomè- 
tres. Ce trajet compte 34 étapes, savoir ! 1. El Ârf. — 
2* Sottour. — S.Bou-Khenissa (eau). — i. Bel-Kbach. — 
9. El Ferdjani. «^ 6i Hassi Fouares (eau). — 7. Hassi Djdid 
(eau). — 8. Hassi el Haïcha (èali). — 9. Md^idian. - 
iÔ. UchaîgueD (eau). — 11. Hassi Djemel (puits comblé). — 
it, 2mila (nom commun à plusieurs endroits, petite smala, 
petit camp). — 13. Garet ben Hanira. ^^ 14. Salba. — 
15. Rehag el Itel. — 16. Guettaa m'ta Troudi. — 17. Me- 
chra el Ahsa. **- 18. Moqteki «^ 19. Tenif Djaerin* — 
20. Xmîla. — 21. Zmel el Harchâ. — 22. Moqtela ûi'ta Sidi 1 
Mdellel. — 23. Gherid bon Lahia. — 24. Bou Acoua. — 
. 25. Tiouki* —26. Sobba. — 27» Fedjen Naam^ ^ 28. Aghrid. , 
— 29. Isakki. — 30. Diat Damran. — 31. El Maîah. - 
32. Hassi Ërraa (eau). 33. — Hassi Uengar (eau). — 34. Zaouia 
Sidi Hadj Mahmed, qui n'est autre qu'Iiisalâb> ou plutôt la 
réunion des sept petits ksour dont se compose Iiisalah. 

Pour tracer cette ligne d'étapes sur la cartCi écrivait Plat- 
ters, il faut tirer une droite d'OUarglà à Insalah et la ptr-r 
tager en 35 parties égales, en mettant BoU RJienis^a à 85 ki- 
lomètres au nord-ouest de Hassi Terfaïa. 
La ligne directe de Hassi Smihri à Nefta^ vers rest*QOni* 

est, peut aasii être tracée paf points de 20 en 20 kilomètres, 

savoir : 1. Hassi bon el Atmaia (eau). — 2. Hassi ël âueDami 



EXPLOBATION DU SAHARA. i63 

(eaa). ^ 3. Hassi el Feridj (eau). — 4. Hassi ben Naadj 
(eau). — 5. Hassi ben Taleb (eau). — 6. Hassi oum Rous 
(eau). --7. Hassi Khedrala (eau). Avant d'atteindre ce der- 
nier poÎDty on coupe TOued Igharghar, qui est à fond plat, 
de oebka, avec de petites dunes et un peu de damran comme 
Tégélation. — 8. Hassi Âbdelkader ben el Hadj, ou Mouiiah 
(eau). — 9. Mouia ottlad Messaoud (eau). — 10. Taïeb. — 
11. Mchieb. — 12. El Alem. — 13. Mouïa Rebah (eau). ^ 
14. Messeguess. — 15. Djebali* — 16. El Bachchana (eau). 
— (7. Sabria, une des oasis qui entourent Nefta, comme 
Roaissât, Adjadja, Ghott, etc., entourent Ouarglà* 

Ce trajet comprend deux plaines et deux petites chaînes 
accidentées ; il se fait sur terrain nebka et fournit aux cha- 
meaux une bonne végétation» Les Chambâs y campent 
sonyent. ' 

Si, de Smihri, Ton marche directement vers Test, sur 
rOued Igharghar, par Leffaya, on a un parcours de 75 ki- 
lomètres environ, mais sans eau^ excepté à LefTaya. 

La direction de l'Oued Igharghar depuis El Goug, devait 
^tre naturellement Tobjet de recherches attentives. On 
apprit ainsi qu'en venant de Temacin, les gîtes ordinaires 
sont d'abord ceux que l'itinéraire avait suivis ; puis, Ghegga 
Metekki, Rhedraïa, Meggarin, Oued Sioudi. L'Oued Sioudi 
e»t un affluent de TOued Igharghar avec lequel on le 
confond souvent ; mais il n'arrive pas à l'Oued Igharghar. 
« C'est, dit le journal de route, un oued qui court pa- 
rallèlement à l'Igharghar jusqu'à Meggarin, suivant une 
direction générale sud-^st. Gomme tous les oueds de la 
f^gion, comme l'Oued Igharghar lui* môme — qui est 
pourtant mieux défini avec une pente du sud au nord, au 
Bioins jusqu'à Matmat — c'est une cuvette, une assiette 
i fond plat, plus ou moins allongée, sans pente appré- 
aable. 

• A partir de l'Oued Sioudi, si l'on remonte l'Oued 
Rharghar, on rencontre successivement : Bir et Teboul^ 



[ 



l&i EXPLORATION DU SAHARA. 

Bel Rlouta, Mekhanza, au nord du point marqué par la 
carte de M. H. Duyeyrier. C'est là que se trouve le Ras el 
Gassi Chergui ; puis Teniaguin, débouché sud des grandes 
dunesy où l'on rencontre de l'eau et où passent les caravanes 
se rendant dlnsalah à Ghadamès, par El Biodh du sud. Au 
delà, on ne sait pas ce que devient, TOued Igharghar, 
quoique Ton sache qu'il vient du lloggar; mais sou lit est 
envahi par les dunes. » 

Le 9 mars, la caravane atteignit Medjira» après avoir tra- 
versé une série de kantras très mouvementés. Ce fond 
constitue un oued qui communique vers Touest-oord-ouest 
avec rOued Alenda. Elle avait déjà pu se rendre compte 
que la meilleure route pour aller d'Ouargl^ à Ain Taîba, est 
bien celle qui, laissant Medjira à Test, passe par Terfaia, 
Smihri etHassi bou Rouba. 

M. Le Chatelier rejoignit la mission à Medjira, comme il 
était convenu, avec le complément de chameaux- Hais 
ceux-ci avaient d'autant plus besoin de se refaire, que les 
pâturages jusqu'à Ain Taïba, étaient relativement maigres 
et que le puits de Djeribia, comblé depuis plusieurs années, 
obligerait à cinq jours de marche sans eau. Il fallut donc 
se résoudre à prolonger le séjour à Medjira. % 

C'est là que le chef de la mission reçut la visite de Si ben i 
Ahmed ben Cheikh, ex-caîd des Hab er Rih, fraction des 
Chambâs Bou Rouba, campée en ce moment à une cin- 
quantaine de kilomètres vers le nord-est. 11 venait voir 
l'ancien commandant supérieur du cercle de Laghouat et luii 
recommander quelques-uns de ses parents qui faisaieni 
partie de la mission. 11 lui donna en outre quelques leltrei 
pour les Ifoghas, avec lesquels il était en relations, el lui 
apporta d'utiles renseignements sur l'état politique dit 
Sahara. D'après lui, les nouvelles données sur la cessatioii 
des hostilités entre les Ahaggar et les Azdjer étaient vraiesi 
Depuis un an môme, une paix plus ou moins solide, commi 
toutes celles qui ont précédé, avait été conclue entre eux. 



ajoutait que les tdhâmàf etl^ ktA\ét d^origitie» étaient ^àdsés 
aux Hoggaf . 

Ce ne fut pas le seul profit que la caravane retira de son 
séjour à Medjira. Elle recueillit, en outre, des indications 
sur un trajet de Medjira à Insalah, et apprit qu'en le par- 
tageant en étapes espacées de 30 kilomètres environ et en 
suivant une direction générale sud-ouest, on rencontrait 
les points suivants : 1. Hassi Sidi Kaddour (eau). — 2. Gour 
dat El Djelfa. — 3. Gourd oulad Âïch Hassi (eau). — 
4. Gourd Aîssa. — 5. Drà el Atchao. — 6. Toukoumsit. — 
T.Lemsied {redir, plein quand il a plu). — 8. Tinkettarin 
;iedirs). — 9, Insokki (eau). Insokki est un des nombreux 
affluents de l'Oued Mia. — 10. Oudiat Damran. — 11. 
Chebka. — 12. Aguelman (eau). — 13. Raha. — 14. Chbika. 
— i5. Hassi el Mengar (eau). — 16. Insalah. a Sur cette 
ligne, écrivait Flatters, on ne coupe pas TOued Mia lui- 
même, mais un très grand nombre de ses affluents de 
droite, qui comptent des quantités de sources. Oued Mia 
signifie la â rivière aux cent sources. » 

L'Oued Mia est séparé de Medjira par une centaine de 
kilomètres, dont les points principaux sont : Oued Me- 
guerba (eau), Boukhira (hassi) et Saïba. Cependant la 
plaine qui s'étend le long de sa rive droite, s'appelle aussi 
Oued, ce qui permet de le considérer comme venant assez 
près de la ligne Ouargla-Aïn Taïba. 

On apprit aussi à Medjira qi\'il était possible de se rendre 
d'Ouargla à El Biodh, en évitant les grandes dunes d'Ain 
Talba, et qu'à 80 kilomètres au sud-est de Medjira, com- 
mençait le Gassi de Mokhanza, passage droit comme une 
me entre les dunes, sur un parcours de 300 kilomètres, 
jusqu'à El Mouilah, et s'élargissant seulement dans quelques 
parties, surtout vers le sud. Les Chambàs le suivent à 
grandes journées de méharis quand ils sont en chasse; 
mais les caravanes qui marchent plus lentement, ne peuvent 
agir de môme, faute de points d'eau. 



(66 EXPLOi^ATlOR Dû SAHARA. 

Ce gassi ou fond à terrain ferme, appelé Gassi Cher* 
gui, n'est pas suivi par l'Oued Igharghar, qui se dirige 
plus à Test et est envahi par les dunes. Il reparaît aa 
sud des dunes, à Teniaguin^ sur la ligne d'Insalah à Gha- 
damès. 

Le 12 mars, la mission quitta Medjira pour se rendre à 
Djeribia. Elle rencontra en route, les traces encore visibles 
d'une gbazia exécutée en 18^78, par des Touareg du sud- 
ouest du Djebel Hoggar (région du Taîtok), sur les Oulad 
Saiah de Tougourt, à plus de 100 journées de marche. Les 
chameaux furent repris quelques jours plus tard à Aïn 
Taîba, par leurs propriétaires aidés de plusieurs Ghambâs 
d'Ouarglà, et après un combat meurtrier. On voit que l'état 
de paix qui règne dans le pays, est absolument relatif et 
n'empêche ni les coups de main, ni les meurtres. 

C'est dans cette journée, à Hassi el Malah, qu'on entra 
dans la région des grandes dunes, dont quelques-unes at- 
teignent 80 mètres au-dessus des terrains environnants. 
(( En ligne générale, dit le journal de route, nous avons suivi 
l'extrémité ouest d'un immense cap formé au nord par les 
grandes dunes et s'étendant jusqu'au Souf. C'est ce même 
cap, dont il a été parlé à Hassi ould Miloud dans Tlghar- 
ghar. Ici, à Djeribia, nous approchons de sa naissance dans 
le massif principal du sud et nous en longeons le bord occi- 
dental en franchissant des chaînes ou caps secondaires paral- 
lèles, dont l'orientation générale est sud-est, nord-ouest. 
Les reliefs de 35 et 40 mètres se montrent assez souvent; il 
y a des gour de 70 à 80 mètres...» « Ce Sahara nVst pas 
partout un pays absolument plat, comme certaines per- 
sonnes ont pu se le figurer ; le relief général est peu sensible, 
il est vrai ; mais il y a un très grand nombre de dénivella- 
tions de 30 à 35 mètres. Un examen superficiel contribue 
du reste, à entretenir l'illusion. Quand on regarde le terrain 
du haut d'une dune, môme avec l'aide d'une lunette, on a 
l'impression d'une immense plaine ; les mouvements signalés 



ÊiPiXIlUTIOlir M SAMAlU. 167 

ne sont presque jamais sensibles^ à moins d'âire éclairés 
fnoe manière particalière* » 

Les jours sai?aiit8| la route fut continuée sans incidents, à 
tnyers cette môme succession de dunes et de terrains plats. 

A Feidj Damran, le 14, on obtint quelques indications 
SOT la topographie des réglons voisines^ en particulier sur 
le massif principal de la grande dune qui finit à Touest, 
àElNader des OuladBahamouS près d'El Msied^ au sud-^ 
sud-est de l'Oued Mia et de Goleab, à 150 kilomètres enyi- 
ron d'Ain Tuba. 

La ligne droite d*A!n Taïba à El Ooleah fut' signalée 
comme n'offrant pas de ressources en eau^ Ses points de 
^le sont : Gourd el Aîcb, Oued Mia, Zouabi, Aghrid La* 
roai, Mech Karda et Goleah. Elle se développe sur un ter- 
nia hamada. 

D^El Goleah à El Biodh, le sol est ferme, sans dunes; on 
passe par Meksa Jnifel (èau), EP Msied, Mesegguem (eau) ; 
entre ces deux derniers points s'étend la plaine, la prairie 
de Mader, arrosée par de Trais ruisseaux qui, dans les 
années pluTieuses, coulent vers l'ouest, venant de la dune« 
£1 Mader, qui longe la dune à l'ouest, possède d'excellents 
pâtarages appartenant auxOulad ba Hamra. De Mesegguem, 
on gagne Daiat Ben Abbou , Mekhfog Retem, Menkab Allai 
etKlBiodh. 

Ge fut le 16 mars que la mission entra, au départ de 
Teniet el Oudje, dans l'e^ ou massif principal des grandes 
dones. c L'erg, dit le journal de route, représente exacte- 
ment un massif montagneux très accidenté, où tout le teiv 
rain est en sable meuble. On est obligé pour passer, de fran- 
dur des iiauf ou bancs de sable allongés, à talus presque 
verticaux. Mais, à pari ces sortes de barrages, il y a des 
vallées assex nettement accusées, quoique tellement enche-* 



1. Tribu arabe qui occupe les abords du plateau de Tademayt et dont 
^ nom, d*àprës M. Duveyrier, s'écrit : BA-hammdu 



vèiréôft^ Que Ton a de la pàiiie à y déootivrii^ Uii systÀnié 
général ) si tant esl qu'il y ait méinô un dystèm6« Les talus 
les plus raides des hautes dunes, pentes à 32 degrés, sont 
tournés le plus souvent à l'ouest et au nord-ouest; ceux des 
siouf transversaux barrant les vallées, sont plus générale- 
ment au sud. Les altitudes absolues ne sont pas très consi- 
dérables et les plus hautes dunes ne dépassent guère 120mè- 
très au-dessus du chemin que nous suivons; mais elles 
paraissent beaucoup plus élevées au premier aspect. » 

Le môme jour, on atteignit Aîn Taïba((cla bonne source»). 
Le récit de la mission la représente comme une mare circu- 
laire de 100 mètres de diamètre, au fond d'un cratère d'effon- 
drement à pentes de 30 à 35 degrés, dont la profondeur 
jusqu'au niveau de l'eau, est de 15 mètres. A 200 mètres en- 
viron au nord, séparé de la source par un sif, on trouve un 
cratère semblable, mais à sec et en partie comblé par le sable. 

La description qui nous a été laissée de ce point, y signale 
quelques rares palmiers, une ceinture de roseaux autour du 
bassin et des eaux d'excellente qualité, que la négligence 
des indigènes et les débris organiques finissent par rendre 
infectes. 

Un Ghamba d'Insalah, parent d'un des guides de la cara- 
vane, la rejoignit à Aïn Taîba et lui donna sur l'état des 
esprits dans le pays, des renseignements satisfaisants, ana- 
logues à ceux qu'on avait déjà recueillis. 

On ne fit à Aïn Taïba qu'un court séjour et, après avoir 
renouvelé la provision d'eau, seule ressource sur laquelle 
on devait compter jusqu'à El Biodh, on repartit le 19, mar- 
chant droit au sud magnétique, et pénétrant pour plusieurs 
jours, dans la région des gassi et des feidj, obstrués par 
les dunes. La première vallée dans laquelle s'avança la 
caravane est celle de Feidj Alenda, bordée par des dunes 
de 120 mètres de haut, sillonnées de siouf en zigzag qui 
varient avec le vent. C'est dans cette contrée que l'orienta- 
tion uniforme des dunes du nord-ouest au sud-est, toumaut 



peu à ped àti idd otl ftii iud^ud'ouedt) doit èire aitribuéd 
i une direction persistante des coûtants aériens. 

Da Feidj Âleada, la caravane passe dans le Feidj Beïda« 
Taliée relativement étroite, d'une largeur de 700 mètres, à 
fond ferme, dur et d'une longueur de 25 kilomètres ; elle 
déboQche ensuite dans un passage difQcile de 4 kilomètres 
et pénètre dans le gassi Ghessal, ainsi nommé du nom d'une 
plante qui y abonde. Le journal de route nous fait remar- 
quer à cette occasion, qu'il ne faut pas, dans la région des 
danes, attacher trop d'importance aux noms. « La plupart 
des points, d'après le journal, n'ont pas de désignation fixe. 
Un individu passe et remarque quelque chose ; il donne 
on nom. Un autre remarque une chose différente ; il donne 
un autre nom. Tout dépend du guide qui conduit. » En 
résumé, depuis € Aîn Taïba, écrit le lieutenant-colonel Flat- 
te» le 20 mars, nous avons suivi une ligne de gassi plus ou 
moins barrés. Par Feidj Âlenda et Feidj Beïda, nous débou- 
chons dans un gassi vrai ; et, à l'est sont deux autres gassi, 
dont le plus oriental est celui de Mokhanza. A notre gauche, à 
l'ouest, on compte cinq gassi ou plutôt cinq feidj ; car ils 
sont relativement étroits et tous barrés de distance en 
distance. Tout ce système est en ligne parallèle nord-sud; 
ce qui confirme ce qui a été dit de la forme générale de 
la région de Terg. Chaînes et vallées parallèles nord-ouest au 
sud-est et nord au sud, avec seuils et barrages çà et là, sans 
préjudice des communications transversales par les dé- 
pressions des chaînes. Mais il faut constater que celles de 
ces communications qui peuvent être classées comme 

réellement faciles, paraissent être en nombre excessivement 
restreint. » 

Le lendemain, la caravane se développa dans un gassi de 

3 kilomètres de largeur, plat, s'étendant au sud à perte de 

vue, comme une immense route entre deux chaînes de 

dunes dont les plus élevées ont 150 mètres de hauteur. 

Elle atteignit ainsi une sorte de presqu'île appelée Gheridat- 



no EXPtOflATION m êàMAtUL. 

el-Biodb^ qui avait été poussée de l'ouest k l'est par les 
dunes de la chaîne de droite, et qui constituait une dune 
noutelle. Des indigènes se rappelaient atoir vu à cette place 
le sol du gassl. On distinguait, en effeti des traces de cara^ 
vane qui étaient interrompues par la presqulle. « Là| dit le 
journal de route, se trouvent des dunes de 50 mètres. C'esl, 
dans Touest de Terg, le seul cas remarqué par les indigènes 
de la marche d'une dune de quelque relief; ils s'accordent 
à dire que dans cette région, sauf les siouf et les talus à 
pentes raides qui varient selon la puissance des vents, la 
dune est immobile. Pour l'est, c'est autre chose; ils disent 
que de ce c6té^ la dune est en formation et que des vieillards 
se rappellent avoir vu le Hamada, entre Ouarglâ et Gha« 
damés, à la môme place où, aujourd'hui, il faut circuler 
pendant dix jours à travers Terg. » 

La route suivie par la caravane la conduisit de là aa 
Teniet el Begra, puis dans le Oassi el Adbam (d gassi des 
ossements»), ainsi nommé d'un amas d'ossements de cha-* 
meaux provenant, d'une ghazia faite en 1849, par les 
Touareg sur les Chambâs et reprise peu après par les 
seconds. C'était le temps de la guerre entre les Gbambâs ei 
les Touareg Azdjer. 

Le 24, nos explorateurs étaient encore dans le Gassi el 
Adharo, d'où ils passèrent dans un dédale de siouf enctaevô* 
très, et au delà, dans un immense gassi venant du nord- 
nord-est et se prolongeant à perte de vue au sud*sud-oaest. 
C'était le Gassi Mokhanza qu'ils devaient franchir oblique* 
ment et que le chef de la mission signale comme ayant, au 
point de vue des communications sahariennes, une impor- 
tance particulière. € Tout, dit^il, concourt à démontrer que 
sur cette ligne, depuis Ouarglâ, on ne rencontrerait aucun 
passage difQcile à travers le massif de l'erg et par consé- 
quent, sous réserve d'une vérification, qui devrait être l'objet 
d'une étude spéciale, ce serait sans doute le meilleur tracé 
à adopter pour une vole ferrée. > Il en indique ensuite la 



EXPLORATION DÛ SAHAAA. 171 

direction jusqu'à El Biodh du sud , par Terfaîa, Hassi Leffaya^ 
Beo Nemely Bel Ghesal, Mokhanza ; ou moins directement par 
Bou Rouba, Feidj Damran et Mokhanza. Il place Mokhanza 
plus au nord que la carte de M. Duveyrier et fait observer 
ga'ilya deux points appelés El Mouilah : l'un, donné par 
la carte de M. Duveyrier, sur la ligne Insalah-GhadamèS) à 
iO kilomètres environ à Test-nord-^st d'El Biodh, l'autre^ 
qu'il appelle El Mouilah Matallah, qui est celui du Gassi de 
Mokhanza, et qu'il faudrait placer à 40 kilomètres nord- 
nord-ouesl d'El Biodh, au milieu du gassi. 

A 4 kilomètres environ au delà du Gassi Mokhanza, nos 
voyageurs débouchèrent, le 24 mars, dans la Sebkha d'Ël 
Biodh, longue dépression de 5 kilomètres environ, s'étendant 
le long du gassi, au pied de la chaîne des dunes de gauche. 
C'est ane saline, au sel amer et peu utilisable^ que la cara* 
Tane traversa obliquement, pour aller camper au puits 
même d'El Biodh. C'est là qu'elle rencontra, pour la pre- 
mière fois, une plante verte appelée El Bethind par les 
Arabes, désignée par le journal de route sous le nom de El 
BothimUi espèce de jusquiame qui devait, un an plus tard, 
joaer un rôle si funeste dans la ruine des débris de la 
seconde mission. Quoi qu'on en ait dit aux explorateurs, 
cette plante est signalée par M. Duveyrier comme extrême- 
ment vénéneuse, sous le nom d*Hyo8cyamu$ Falezlez» 
Notre célèbre voyageur Saharien la connaissait par expé- 
rience, ayant eu un cheval qui mourut en quelques heures 
pour en avoir mangé, et s'étant trouvé lui-même fortement 
indisposé, pour avoir simplement goûté une feuille de cette 
herbe maudite. 

La mission resta à El Biodh les 25 et 26 mars^ qu'elle 
employa surtout à recueillir des renseignements sur les 
eQvirons et sur les itinéraires qui l'intéressaient. D'après les 
indications qui lui furent données, la ligne directe d'El 
Biodh au Hoggar, conduirait à Amguid^ sur le haut Ighar- 
ghar, par la voie du bamada^ en terrain pierreux, sans pente, 



et setiletneiit avêd (itiel^nôs t^avihs ihdlgtiiflâûts. Ce s&rait titi 
trajet de 250 kilomètres que des méhari feraie&t en quatre 
jours. Au delà, les données communiquées ati lieutenant- 
colonel Flatters concordaient à peu près avec l'itinéraire 
qu'il devait étudier lui-même Tannée suivante, mais en 
restant dans un certain vague. Les Chambàs ne lui parlaient 
du haut Igharghar que par ouï-dire et s'excusaient de 
l'imperfection de leurs connaissances, sur ce que les Touà- 
reg ne voulaient pas laisser pénétrer les étrangers dans leur 
pays. Ceux d'entre eux qui s'étaient rendus à Idelès, avaient 
suivi la voie d'Insalah et les chemins de l'ouest. Les restric- 
tions constatées dans leurs récits s'étendaient à la ligne de 
Timassinine à Idelès, qu'ils indiquaient comme devant 
passer par Tahohait sur l'Oued Igharghar, au pied du 
tombeau de Cheikh Othman; puis par l'oued lui-même, 
par Tenelakh, Amguid et le bas Gharis; ils la faisaient 
ensuite tourner vers le sud-ouest, pour aller vers la ligne 
dlnsalah et le Tifidest par Ras Tifidest, l'Oued Abiodh e( 
TaourirL Quant au chemin direct de Timassinine au Hoggar, 
on apprit qu'il passait par llghargharen et l'Oued Samen, 
où se trouvent l'eau et les pâturages. 

Le séjour fait à El Biodh fut assez court ; la mission n'a- 
vait qu'à reconstituer sa provision d'eau. Elle repartit le 
27 mars pour Timassinine et le lac Menkhough. 

Elle parcourut d'abord un terrain à fond de sebkha qui 
n'était autre que celui de la sebkha même d'El Biodh, et 
atteignit bientôt le sentier ou medjebed de Ghadamès à 
Insalah, qui se développe sur une vaste plaine parsemée 
de tamarins; elle la traversa, en prenant désormais sa 
direction à l'est^sud-est. La route passe, en cet endroit, au 
col le plus voisin de l'extrémité ouest du gour situé en 
avant de Gourd Khelal, col que la caravane dut également 
franchir. La végétation de cette contrée était extrême- 
ment abondante. On gagna ensuite un plateau, hamada 
couvert de cailloux irréguliers, et au delà le ravin de Safia, 



EXPLORATION DU SAHARA. 173 

que h carie de M. Duveyrier indique près d'ËI Mouilah du 
hamada. En continuant sa marche, la caravane se retrouva 
dans le lit de TOued Igharghar qui, à 5 kilomètres de Safia, 
fient du sud-ouest, fait un coude à Test et reprend ensuite la 
direction nord-uord-est; elle passa au sommet de Tangle 
formé par le coude sud-est-ouest C'est dans cette partie de 
leur itinéraire, que les membres de la mission rencontrè- 
rent leur premier gommier et les premiers échantillons de 
h lave du Hoggar, pierre légère, noire, poreuse, que les 
Touareg avaient indiquée comme pouvant brûler, ce qui fit 
croire à l'existence du charbon de terre dans leur pays. On 
sat plus tard qu'ils utilisent les qualités poreuses de cette 
pierre, en la trempant dans l'huile et Tallumant ensuite. La 
mission traversa le lit de l'Oued Igharghar, en regrettant de 
ne pouvoir en faire la reconnaissance, en amont et en aval. 
Mais il devenait indispensable de s'entendre d'abord avec les 
Touareg et le succès des opérations ultérieures pouvait être 
compromis, si, au lieu de régler d'abord cette question 
politique, on s'occupait du levé de la carte. Il fallut donc se 
contenter de l'exploration topographique de la ligne suivie 
par l'itinéraire. 

Sur la rive droite de l'Oued Igharghar, on atteignit un 
plateau qui porte, comme le massif central du Sahara, le 
nom de Tanezrouft, et d'où Tou descendit dans un fond 
de sebkha, pour aboutir enfin aux ravins de la zaouïa de 
Timassinine et à la zaouïa elle-même. C'était le 29 mars 
et, dans son journal provisoire, le chef de la mission 
résume ainsi l'aspect des dernières régions traversées. 
u Depuis Safia, dit-il, nous traversons une série de hamadas, 
dont une coupe faite sur notre itinéraire^ représenterait 
assez bien une succession de gradins en crémaillère, une 
sorte d'escalier immense avec des marches inclinées en 
largeur, dans le sens sud-est, nord-ouest et d'une longueur 
indéfinie dans le sens nord-est, si}d-ouest sans préjudice 
de la vaste coupure de TOued Igharghar et des sillons 



474 EXPI.ORATION DU SAHARA. 

el dépressions secondaires, de forme plus ou moins irré- 
gulière. » 

La zaouïa deTimassinine construite en l'honneur de Sidi 
Moussa dont la tombe est à côté) sous la coupole d'une 
Kouba, est entourée de 150 à 300 palmiers el gardée par un 
hartani (nègre sang mêlé, libre, né hors du Soudan) du 
Touat, nommé Sliman ben Abderrbaman, qui l'habite 
depuis dix ans environ, vivant de son jardin et des aumônes 
des voyageurs; ce qui ne Tempéche pas d'être à son tour 
rançonné par les maraudeurs. 

La mission resta à Timaasinine jusqu'au 1*' avril, étudiant 
la situation et faisant aux environs d'utiles reconnaissances. 
Son chef cherchait alors les moyens d*aborder le Hogger 
et de s' aboucher avec les gens du pays. Mais voyant qu'il 
n'y avait, dans le voisinage, aucun campement de Touareg, 
il résolut de leur envoyer un émissaire. Par une fatalité 
dont nous aurons sans doute l'explication un jour, il choisit 
Ceghir ben Ghikh, un de ses ChambÂs, marié à une femme 
des Ifoghâs, qui devait moins d'un an plus tard être le pre- 
mier à le trahir, à lui voler sa jument et à le frapper d'un 
coup mortel. Cet homme qui connaissait bien le pays, 
devait partir en avant, avec des lettres du lieutenant-colonel 
et des marabouts de Tidjam*, pour Abdelhakem,son parent, 
chef des Ifoghâs, dont le territoire comprenait Timasshiine. 
Il avait aussi des lettres qu'il devait expédier au vieil El 
Hadj Ikhenoukhen et aux chefs des Ouraghen et des Ma* 
ghasaten. 

Ces dispositions prises et la provision d'eau renouvelée, 
la caravane se trouva prête à continuer son voyage. Mais 
avant de la suivre, il sera utile de jeter un coup d'œil en 
arrière sur les observations qu'elle avait recueillies, depuis 
Ouargla. 

Les données sur les ressources du sol, quoique ^ss^^ 
uniformes et assez pauvres en indications utiles, au moins 
dans la région des gassi, peuvent se résumer comme suit : 



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Ces renseignements sont complétés par les observa- 
lions scientifiques de MM. Béringer, Roche et Rabourdin ^ 



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SOC. DE 6t06H. — i" TRIMBSTRE 1882. 



III. — 14 



178 EXPLORATION DU SAHARA. 



VII 



DE TIMASSIECINB AU LAC MENGKHOUGH 



GonsidératioiiK sur l*Oued Ighaiighar. — La grande dane. — Premières 
dépuUlionft des. Touftreg Ifqghas. — Rapports de Rhât atec Tripoli. — 
Obligation de dévier vers Test. ^ Exigences politiques. — Situation 
qui tûi décider le retour. 



La roote de Timassinine à Hengkhough constitae la der- 
nière partie de l'exploration de Tannée 1880, celle dont les 
incidents devaient décider du reste du voyage. 

Elle commence le l*' avril» jour oti la caravane quitte 
Timassinine, pour s'avancer d'abord au sud, dans un feidj 
qualifié de grand feidj et dont le fond est celui d'une sebkha. 
Le chef de la mission le considère comme venant de l'Oued 
Gharis, près d'Aguellach, et longeant l'Igharghar dont il n'est 
séparé que par un hamada de faible étendue. II l'indique 
comme pouvant servir de route de Timassinine au Hoggar, 
mais sans avoir en réalité sur ce sujet une affirmation pré- 
cise. Laissant ensuite un peu sur sa gauche la route suivie 
par Bouderba en 1858, il put recueillir de la bouche d'ua 
indigène nommé Saiab ben bon Sald, qui avait été d'Ei 
Biodb au Hoggar, un itinéraire par renseignements dont 
vx)ici le résumé- 

lia route serait de dix jours de méhari à 50 kilomè- 
tres par jour, et passerait par Médira Aguelman, Foum 
Amguid, Amguid, le Hamada en deçà de l'Oued Gharis^ 
l'Oued Gharis la tète nord du Tifidest, un point en deçà 
de Tinnakourat, et Tikbsi à deux jours de marche 
d'Idelès. 

Le 2 avril, la route fut continuée vers le sud, à ira* 
vers le feidj de la veille, pour entrer bientôt en plein erg, 



EXPLORATION DU SAHARA. 179 

daDs des dunes confases, d'où Ton aperçoit la crête du 
KhanfoQsa sur laquelle se dirige la caravane. Elle l'at- 
leiot en quelques heures et nous en laisse une courte 
description. 

« Le Khanfousa, dit le journal provisoire, est une colline 
isolée de grès noir, blanc à l'intérieur, au milieu des 
dones; elle est fortement ravinée; les ravins courent géné- 
ralement du sud-est au nord-ouest. Sa hauteur au-dessus 
da fond est de 230 mètres environ; dans les ravins se 
trouvent plusieurs gommiers, u 

On rencontra aux abords du Ehanfousa des traces de 
campements de Tou&reg qui ne remontaient pas à plus de 
deux mois ; mais on apprit qu'on n'avait guère de chance 
d'en trouver d'autres avant Aïn Tebalbalet ou Ain el Had- 
jadj. On put aussi recueillir quelques renseignements sur 
une ligne de Khanfousa à Tahohait, dans la direction du 
sad-ooesty et l'on découvrit sur ce point des restes curieux 
de l'âge de pierre.^ 

La caravane s'engagea ensuite dans un enchevêtrement 
de dunes compliquées, gagna un immense gassi qui s'éten- 
dait à perte de vue, et commença à prendre une direction à 
peu près sud-sud-est. 

Le journal de route contient, dans cette partie de l'itiné- 
raire, une rectification du cours de l'Oued Ighargharen qu'il 
va lieu de signaler. « Nulle part, dit-il, ne se voit, comme 
sur la carte de M. Duveyrier, ou sur Titinéraire de fiou- 
derba, une apparence de vallée de l'Oued Ighargharen, qui 
rejoindrait l'Oued Igharghar en longeant la dune. Notre gassi 
est complètement fermé au nord,aussi loin que l'on peut voir, 

aapoint où nous y arrivons, en débouchant de la dune i> 

< L'Oued Ighargharen se perd peut-être vers la dune, bien que 
lâ permanence des eaux,pendant deux ans, dans les fonds nord 
<1q gassi, tende à expliquer que c'est là où il finit. Mais il pa- 
rait tout à fait improbable que l'on arrive à déterminer la 
continuation du lit dans la dune même, jusqu'à l'Oued 



180 EXPLORATION DU SAHARA. 

Igharghar. Dans tous les cas, il n'existe rien d'analogue au 
lit théorique^ supposé sur la carte, de Touskirin à 
righarghar. » 

Après avoir dépassé la source de Touskirin, la carayane 
s'engagea dans un nouveau gassi, qui la conduisit à 
un affluent de gauche et à la source même de rOue<I 
Tebàlbalet, que deux palmiers et un gommier signalent 
de loin. Cette région jouissait cette année, par suite de 
pluies favorables, d'une végétation exceptionnelle, que la 
mission eut soin de signaler, mais en faisant remarquer 
qu'elle était accidentelle et que les voyageurs ne pou- 
vaient, dans ce pays, compter toujours sur de semblables 
ressources. 

Le 5 avril, le camp fut installé au pied de la dune que la 
la caravane suivait en la laissant sur sa gauche, et dans un 
coude fait au sud-est par l'Oued Ighargharen. A cet endroit, 
rOued devient assez confus, ou plutôt le Djebel Samaoi, 
que l'on avait à droite, se dédouble pour former une île au 
milieu du gassi, laissante Test l'Oued Tanefokh, et à rourst, 
l'Oued Ighargharen proprement dit. ? Du camp, la mis- 
sion voyait le Samani comme une immense ligne noire 
allant du nord au sud et se perdant à son extrémité 
sud, derrière une chaîne secondaire ou plutôt une série 
de chaînons allant du nord-nord-ouest au sud-sud-est. Le 
relief de la chaîne principale au-dessus du gassi, varie de 
350 mètres à 450 mètres. 

Le lendemain 6, on chemina dans l'Oued Tanefokh, 
jusqu'à la source de Kinaouin; d'où, après avoir traversé 
une sorte de bois de tolhy on entra dans une riche 
vallée, à laquelle succéda un plateau de cailloux roulés, 
puis l'Oued Lemenou, qui, venant du sud-ouest, franchit 
le Samani par une coupure étroite ; on arriva ensuite à Aïn 
el Hadjadj. 

C'est le même jour quele chef de la mission vit veniràlui, 
à une faible distance du campement de la veille, deux Touâ- 



EXPLORATION DU SAHARA. 181 

reg Ifogbas, dont l'un Aokha ben Ghaoubi, était» paralt-il 
on des principaux personnages des Noaquiran ; l'autre était 
on de ses parents. Il raconta que, parti de ses campements 
d'Ilisi à la recherche de chameaux égarés, il avait ren- 
eoQtré par hasard Geghir qui lui avait indiqué la caravane. 
Le lieutenant-colonel Flatters lui fit rendre les chameaux 
qoon avait en effet trouvés à Tebalbalet, et chercjia à 
obtenir des renseignements. Quoique très réservé, il parut 
aoiméde bonnes dispositions et apprit au chef delà mission, 
que Ceghir avait continué sa route sur Ilisi et l'Oued Tah- 
ciaiet, d'où de notables Ifoghas viendraient à sa rencontre. 
CHaot aux chefs des Azdjer, ils étaient à Rhftt. Le chef de 
la mission ne voulait pas obliquer à Test jusque-là, sans 
avoir vu Aguellach et laSebkha d'Amadgbftr, ni sans avoir 
ev.'iyé de nouer quelque négociation avec Ahitaghen, le 
chef des Hoggar. Malheureusement celui-ci était campé très 
loin dans le sud-ouest. Cette impossibilité d'aller à Rhât, et 
d'attendre trop longtemps dans l'Oued Ighargharen une ré- 
ponse incertaine, mit le colonel dans une perplexité qui lui 
Ht regretter de ne pas avoir sous ses ordres une troupe indi- 
gène de 150à 200 hommes et des chameliers soldats, comme 
COUT de la smala de Laghouat. Il estime, dans son journal, 
qn'uiie caravane ainsi organisée, pourrait avoir un carac- 
t('re tout aussi pacifique, et de plus, une indépendance 
qui lui permettrait d'aller où elle voudrait, a Gela coû- 
terait même, dit-il, relativement moins cher; la crainte 
que DOQs inspirerions, devant suppléer pour une bonne 

part aux dépenses en cadeaux Ge que je viens de dire 

n'a d'autre but que de montrer dans quelles limites nous 
pouvons nous trouver renfermés par la force môme des 
choses, en agissant avec la prudence nécessaire pour 
aboutir à un résultat sérieux, tout en conservant à la 
mission un caractère essentiellement pacifique et diplo- 
matique. 
> A un autre point de vue, il n'est pas sans intérêt de 



i82 EXPLORATION DU SAHARA. 

pressentir les choses et de temporiser, avant d'aborder le 
sujet même qui nous conduit dans le pays. > 

Ici se placent, dans le journal de roule, des considéra- 
tions politiques qui ont, au sujet de nos tentatives vers le 
Soudan, un intérêt trop grand, pour qu'il soit possible de ne 
pas les citer en entier. 

«B^prèsce que j'ai pu apprendre jusqu'ici de la situation 
actuelle des Touareg, la Porte Ottomane, qui n'est sans 
doute pas seule en compte, aurait singulièrement étendu 
son action. La ville de Rhât serait occupée militairement 
avec beaucoup de soin, à la demande même des habi- 
tants, fatigués des éternels combats livrés jusque dans 
les 'rues entre Azdjer et Hoggar pendant la dernière 
guerre. Le gouvernement de Tripoli aurait joué, dans cette 
guerre, le rêle de médiateur à la satisfaction de tous, et 
il lui en serait resté une grande influence, surtout sur 
les Âzdjer qui fréquentent plus particulièrement Rhât, 
et qui, ajoute-t-on sous toutes réserves, auraient même 
envoyé, il y a environ un an, quelques délégués de tribus 
à Tripoli. 

i> Dans ces conditions, il est indispensable avant tout, de 
vérifier exactement Tétat des choses, pour savoir sur quel 
terrain nous devons marcher. S'il est vrai que la concur- 
rence anglaise ait fait autant de progrès qu'on le dit, par 
Tripoli et Rhàt, sous le couvert du gouvernement turc, la 
question du rétablissement de la ligne commerciale d'Amad- 
ghôr et celle de la construction d'un chemin de fer, devien- 
nent beaucoup plus complexes qu'on ne le supposait. Dans 
tous les cas, elles sont beaucoup plus difficiles à aborder 
avec les Touftreg, sans risquer d'échouer à Ja première ou- 
verture. En effet, les avantages qu'ils en retireront ne sont 
pas aussi évidents qu'autrefois et ils ne compensent peut-être 
plus les inconvénients d'une sorte de prise de possession 
directe de notre part Il est donc in(}ispensab]e de re- 
cueillir tous les renseignements qui peuvent être de nature 



EXPLORATION DU SAHARA. 18S 

à D0118 éclairer rapidement et définitivement sur ce qu'il 
convient de faire La question parait devoir se subor- 
donner à Tappréciation de la politique turque vis-à-vis des 
Touareg. C'est du côté de Rhât qu'il faut aller la chercher, 
etr jusqu'ici rien ne parait en avoir transpiré ailleurs. Ce 
n'est que maintenant que j'ai pu en concevoir quelque idée 
en causant avec les indigènes et particulièrement avec le 
Targui Aokha. » ^ 

Ain el Hadjadj, la € source des pèlerins », oùla mission s'é- 
tait arrêtée le 6 avril pour s'y livrer aux réflexions qui pré- 
cèdent, est un campement fréquenté par les caravanes 
doTouât qui vont à la Mecque tous les ans, en passant 
par Tripoli et l'Egypte. L'eau cependant n'y est pas d'une 
abondance extrême, mais sa qualité est excellente, et les 
abords offrent aux chameaux fatigués, une végétation 
réconfortante. Il est notoire d'après Bouderba, que les 
Hoggar et les tribus du voisinage y pillent quelquefois les 
pèlerins. 

Le 7 avril, tandis que la caravane se refaisait à Ain el 
Hadjadj, le chef de la mission fit de nouvelles tentatives pour 
obtenir du Targui Aokha des indications plus explicites 
au sujet du droitde passage à travers les territoires tou&reg. 
Mais, en dépit de ses bonnes dispositions, il n'en tira 
qu'une chose, c'est qu'il fallait réserver la question jus- 
qu'à parfaite entente avec les tribus ; que du reste la route 
de Rhàt était libre. D'après lui, il y aurait déjà longtemps 
que les Ifog^as passaient pour être les amis des Français, 
et on s'en était ému à Tripoli. En résumé, Aokha était un 
indigène prudent, désireux de servir la mission pour 
les profits qu'il en espérait, mais craignant de se compro- 
mettre, en prenant des engagements avant d'avoir consulté 
les siens. 

Pendant son séjour à ^n el Hadjadj, la mission put 
jouir d'une de ces sérénités atmosphériques déjà signalées 
par les voyageurs sahariens, comme ayant presque Vimpor- 



184 EXPLORATION DU SÀHMiA. 

tance d'un phénomène météorologtqaey et qui a pour effet 
ordinaire de rapprocher considérablement les distances. Le 
7 avril, en effet, la vue semblait s'étendre jusqu'à des dis- 
tances de 100 kilomètres, permettant de distinguer la 
chaîne d'Amadghôr, le Tifldest du floggar, le mont Iraouen 
et le mont Ifettessen. 

Le lendemain, on crut devoir rester encore à Ain el Had- 
jadj. Aokha partit pour rejoindre sa tribu; il devait revenir 
avec Geghir et engageait le lieutenant-colonel à pousser de 
l'avant vers Rhftt. C'était évidemment pour le faire pénétrer 
au centre du pays des Azdjer. Mais le chef de la mission 
hésitait; il sentait qu'il lui serait plus difficile ensuite de re- 
venir vers l'ouest, pour se rendre à Tahohait et Aguellach, 
comme il le désirait. D'un autre côté il ne pouvait prendre 
cette nouvelle direction sans en avoir conféré d'abord 
avec les chefs touareg, car les Azdjer y verraient peat- 
ètre une hésitation ; et les chameliers ou Chambâs qui 
l'accompagnaient 9 trouvant cette voie dangereuse tant 
qu'elle n'aurait pas été garantie, seraient sans doate dis- 
posés à l'abandonner. Enfin, dernière considération, il 
n'était pas possible de faire un plus long séjour à Ain el 
Hadjadj sans s'exposer aussi à des commentaires désavan- 
tageux. 

Il résolut donc d'attendre jusqu'au 10, délai sufflsant 
pour le retour de Ceghir, et, disposé, dans le cas où il 
n'aurait pas rejoint, à continuer sa route vers Rhât. La 
situation on le voit, commençait à prendre une tournure 
délicate. 

Le 11, suivant ce programme, on partit dans la direction 
du sud-est, longeant à gauche la grande dune qu'on n'avait 
pas quittée depuis Touskirin, et marchant vers le débouché 
de rOued Samen, où Ton campa. « A partir de ce point, dit 
le journal de route, l'Oued Ighargharen proprement dit 
n'existe plus; Une forme plus qu'une série de cuvettes sé- 
parées par des seuils de sable ; c'est comme un chapelet 



EXPLORATION DU SAnARA. 185 

d'embouchures au pied de la dune de Test. » Toute la con- 
trée, da reste, offre, pour les hommes et les animaux des 
ressources remarquables, au point que le 12^ la carayane 
dat s'avancer dans une véritable prairie, qui la conduisit 
à one daîa couverte d'une splendide végétation ; puis elle 
atteignit une région de ravins compliqués, formant un 
des angles da plateau des Azdjer, passa à Tharkar Ne- 
niba, cimetière dans le plateau, où elle rencontra des 
Ifoghas gardiens de troupeaux de chèvres et vint camper 
à rOued Tigat, dans une région qui porte le nom de 
Nbotikhîa. 

Une première députalion (miad) de Touareg Ifoghas et 
de Magasaten vint au camp, le 12, conduite par Geghir qui 
a?ait remis ses lettres. En tête marchaient les notables de 
chaque tribu, entre autres Abdel Hakem et Ahendeboul des 
Ifoghas; Mohammed Dadda des Magasaten; Aokha ben 
Chahoui était aussi revenu. Il y avait en tout âO personnes, 
doQl 20 se disant d'un rang élevé, sans compter Si ben 
el lamma, originaire du Souf, mokhaddem de Tordre de 
Tidjani. 

Après les formalités de rigueur, l'entrevue devint très 
cordiale et les affaires, suivant l'usage, furent remises 
au lendemain. Le 13, on partit ensemble, pour passer 
à rOued Ihan et de là à l'Oued Aguit, d'où l'on distinguait 
an sud-ouest le Djebel Takhemalet, un peu plus à l'est, le 
Djebel Intersi et à l'est-nord-est, la chaîne de Timenis. 
Le camp fut établi dans la daya Tibabiti, où rien ne 
manquait. 

Les conversations du chef de la mission avec les Touareg 
qui raccompagnaient, lui montrèrent qu'ils comprenaient 
fort bien Fintérèt qu'aurait pour eux l'établissement de re- 
lations commerciales entre le Soudan et l'Algérie à travers 
le Sahara. Leurs dispositions paraissaient excellentes ; mais 
nul ne voulait conclure d'arrangement avant une entrevue 
avec Ikhenoukhen. Chacun tenait à passer pour un person- 



186 EXPLORATION DU SAHARA. 

nage quand il s'agissait de recevoir, et déclinait toute in- 
fluence quand il fallait promettre. Dans Tentrevue solen- 
nelle qui eut lieu à Tibabiti, la cordialité des rapports fat 
bien établie ; mais il fallut s'occuper de régler le don 
d'hospitalité, sur lequel ils comptaient. Ils demandaient 
une somme de 5000 francs et un fusil de chasse pour 
chaque membre de la députation. On dût marchander et 
réduire cette prétention à 3000 francs et à huit fusils; 
on y ajouta des cadeaux particuliers pour les principaux 
chefs et une convention de bonne amitié fut aussitôt 
conclue. La députation s'en retourna, laissant au chef de 
la mission quatre de ses membres, à raison de 5 francs 
par jour chacun, et lui promettant des chameliers à 
2 francs par jour; on convint que la mission irait au lac 
Menkbough. 

Le 15, en effet, elle partit de Tibabiti et s'engagea dans 
l'Oued Tidjoudjilt, qu'elle remonta dans la direction est- 
sud-est. Cet oued lui parut former la suite de l'Oued 
Ighargharen qui n existe plus en cet endroit. Elle atteignit 
un col où Geghir avait campé l'hiver précédent avec Abdei- 
hakem, puis une vaste daïa plate formée par l'Oued 
Tidjoudjilt, couverte de végétation et^nommée Tehentle- 
moun. 

On y établit le campement le 16 avril. Ce devait être le 
dernier de la première exploration. 

Le lac Mengkhough, situé par environ 26"25' de latitude 
nord et 6 degrés de longitude est, affecte une forme allongée 
dans la direction du sud -est. Sa surface équivaut à 
celle d'un étang carré de 500 mètres de côté. H forme 
comme un cratère d'efifondrement dans les dunes, avec 
communication du côté ouest vers l'Oued Tidjoudjilt. Les 
sources qui l'alimentent paraissent être au centre, et sa pro- 
fondeur varie de 3 mètres à 7 mètres. Son eau est excel- 
lente ; il contient de beaux et bons poissons ; enfin des 
arbres élevés ombragent ses bords. 



EXPLORATION DU SAHARA. 187 

Le séjour de la mission dans ce campement dura jus- 
qu'au U avril et les incidents, d'ailleurs pacifiques, qui se 
déroalèrent, eurent assez d'importance pour mettre un 
terme à ses travaux. 

Tandis que les ingénieurs et leurs adjoints, particulière- 
ment MM. Béringer, Roche et Le Chatelier faisaient dans les 
environs d'utiles reconnaissances, le camp devint peu à peu 
le rendez-vous des visites intéressées des Touareg. Ce 
farent d'abord des amis de Ceghir, avec lesquels il se rendit 
pea après au campement oti se trouvait sa femme; puis 
vinrent les dames Ifoghas montées sur leurs mehara; le 
i9 avril, ce fut une nouvelle députation de Magasaten ; elle 
n'apprit rien de neuf, mais emporta des cadeaux. Le lende- 
main, la même tribu envoya encore des représentants. 
Ceax-ci prétendirent qu'avant de répondre, Ikhenoukhen 
attendrait une lettre de Tripoli ; ce qui signifiait que la mis- 
sion avait été signalée à Tripoli par le gouverneur de Rhât 
et qu'Ikhenoukhen répondrait suivant les instructions qu'on 
lui enverrait. Tout cela prêtait à réflexion. D'abord le 
nombre des importuns croissait à chaque instant; les pro- 
visions de la caravane s'épuisaient, et au milieu de ces 
atermoiements, les propositions pour continuer le voyage 
semblaient né pouvoir aboutir. 

Ensuite, le lieutenant -colonel apprenait pour la pre- 
mière fois qulkhenoukhen était soumis de fait à l'influence 
torque, exercée par Safi, le khalifa de Rhât, gouverneur 
de la place, au nom de Tripoli, avec une garnison régu- 
lière. Pour lui, par conséquent, aller à Rhât sans attendre 
la réponse d'Ikhenoukhen, c'était peut-être soulever une 
question diplomatique que les instructions offlcielles 
n'avaient pu prévoir, puisque la situation des Azdjer et de 
Rhât par rapport au gouvernement turc, pouvait être une 
nouveauté dont la chancellerie du consulat de Tripoli 
n'avait pas eu, d'après lui, connaissance jusqu'à ce jour. 

Il sentait qu'un voyage à Rhât dans ces conditions pour- 



488 EXPLORATION DU SAHAIU. 

rait le compromettre sans lui laisser d'antre chance que de 
prendre la route ordinaire pour se rendre au Soudan. 
Les Azdjer ne voulaient pas évidemment aborder le Hog- 
gar; ils le recevaient bien, mais surtout dans l'espoir 
d'un profit. Ahitaghen, à son tour, s'engagerait difficilement 
à le conduire s'il le voyait venir du pays de ses voisins, 
plutôt que de l'Algérie. Enfin, attendre sur place était 
impossible, car les provisions s'épuisaient et les Azdjer ne 
voulaient rien fournir avant la fameuse réponse d'Ikhe- 
noukhen. 

Ces considérations avaient une gravité incontestable, et 
de fait, on ne pouvait plus avancer sans s'exposer à des 
complications. Il devenait urgent de se concerter. Le lieu- 
tenant-colonel réunit donc les membres de la mission, leur 
exposa les faits et leur demanda leur avis. Ils furent una- 
nimes à conseiller un retour sur Ouarglâ et Laghouat, pour 
s'y ravitailler et attendre le moment de recommencer 
Texcursion. 

Ce fut donc le parti auquel on s'arrêta; les circonstances 
et les difficultés du moment en faisaient vraiment une loi 
au chef de la mission. Il écrivit seulement à Ahitaghen pour 
lui demander s'il consentirait à le conduire à travers son 
pays par Amguid et Amadghôr, comptant que sa réponse 
lui parviendrait dans un mois, à Ouarglâ. Il se décida ainsi, 
comme il l'écrivit d'SI Biodh, le 3 mai^ à M. le ministre des 
Travaux publics, n non à un renoncement de l'entreprise, 
pas même à un ajournement, mais à une pause ftécessaire 
entre deux phases distinctes. » 

Cette résolution une fois prise, la mission reprit le 21 
avril le chemin d'Ouarglà. 

Elle eut soin, avant de s'éloigner, de noter sur l'état poli- 
tique des Touareg quelques renseignements que le jouroai 
de route nous a transmis sous une forme succincte ^ Il nous 

1. Ces indications très sommaires, surtout si on les rapproche des 



EXPLORATION DU SAHARA. 189 

apprend que parmi les tribus nobles des Azdjer, « les 
Ifoghas comptent actuellement 40 tentes nobles {djouad^\ 
leurs notables (kebars) sont : Abdel Hakem, Bassa, Ahende- 
bool et Aokha el Bakhay. 

» La tribu des marabouts Ouled Sidi Moussa, compte 
45 tentes. Ses notables sont : Afenaout, Mahommed Dadda, 
Hahomed ben Brabim. 

B Enfin les Azdjer ou Azgar proprements dits, pris d'une 
façon générale, ont pour notables : El Hadj Ikhenoukhen 
qui a autorité sur tous les Azdjer; Akhi, Asman, Nakrouf, 
lahia^Houla! ould Kheddadj et Si Mobamed, filsd'Jkhenou- 
khen. On compte 400 tentes ûHmrhddSf ou tribus serves 
placées sous la dépendance des nobles. 

B Les Hoggar n'auraient que 120 tentes djouad ; mais 
dans leurs guerres avec les Azdjer, ils ont toujours pour 
eax plusieurs de leurs tribus, par exemple une grande 
partie des Magasaten, les Idhanaouen, etc. Leur chef réel 
est Ahitaghen que Ton appelle aussi Itagbel cbez le$ Arabes. 
Il est fils de Biska. Les autres principaux notables sont : 
Khiari son neveu par son frère, Ngaït, Sidi ouid Gue- 
radjiy autre neveu d'Abitaghen par le frère, Altissi ould 
Chikkat, neveu d'Abitaghen par la sœur, et par suite hé- 
ritier désigné du pouvoir, Anaba frère d* Altissi. Il est à 
noter que Chikkat et ses deux fils sont des Ouled Messa- 
oud avec lesquels les Chambâs entretiennent de bonnes 
relations. » 

Malgré les préoccupations politiques qui les avaient ab- 
sorbés depuis Timassinine, les membres de la mission 
avaient continué leurs travaux, profitant même des séjours 
forcés pour exécuter des reconnaissances aux alentours du 
camp. Leurs notes nous ont laissé sur les ressources du sol, 
les indications suivantes : 

éludes si approfondies de M. H. DuYeyrier sur les Touareg, auraient sans 
doute été complété<>s plus tard. Leur principal mérite est de nous donner 
des chiffres et des noms offrant un intérêt d'actualité. 



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ma, etc. 
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(variété de drin), axai. 

Tria abondanle, boni pllu- 

Très abondante, boni p&lu- 

V^^tiou exceptionnelle , 
palmiera, plantei variéea, 

graminées, jardinl. 

Pllurage exceptionnel. 
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Fond de sebkha, ferme et facile. 

Nebka, marne calcaire el ar- 

files rougei. Gourda de 100 
150 mètre. 
Nebka el fond de gtsai. 
Nebka et fond de gaasi, 
grande dune 1 gauche. 
Fond de sebklia et de gaisl. 
Fond de' aebkha, prairie, ter- 
rain facile. 
Reg el cailloux, fond de gaaai 
et de sebkha. 
Fond de gassi et de daïa cou- 
Yerl de végétation. 
Fond de gaasi ol daïa cou- 
vert de végétation. 
Fond d'oued couvert de végé- 
lalion. 
Fond d'oued, prairie. 


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192 EXPLORATION DC SAHARA. 

Vin. 

Retour du lac Mengkhough a Ouargla 

Départ de Mengkhough. — Itinéraires par renseignements. — Changemeot 
de route à Tebalbalet. — Reconnaissance du gassi Mokhanza par les 
ingénieurs. — Ri^nseignements sur les routes d'Insalah. — Rentrée à 
OoarglA 

Le 21 avril, la mission reprit, comme on l'a yo, sa route 
en sens inverse. Abdelhakem, qui raccompagnait avec six 
Ifoghas, la quitta bientôt avant l'arrivée au campement de 
Tamaldjalt dans l'Oued Tidjoudjilt, et lui exprima tous ses 
regrets de la voir s'éloigner. Le lendemain, on atteignit 
rOued Idjiran, qui est une daia d'embouchure. Un Ifogha, 
Dob ben Moheza, qui est un des meilleurs guides touareg, 
donna au lieutenant-colonel d'utiles renseignements sur 
divers itinéraires. 

L'un d'El Biodh à Amadghôr, s'étend sur 500 kilomètres 
du nord au sud. Avec des méharis, on parcourt cette dis- 
tance en dix jours, savoir : 

Deux jours d'El Biodh à Tinessig (eau). 

Trois jours de Tinessig à l'Oued Âmguid (eau courante, 
palmiers). 

Deux jours d'Amguid à l'Éguéré, par l'Oued Tedjerl(eau). 

Trois jours d'Éguéré à Amadghôr (eau à Hassi Guedda et 
à Bou Rikhar). 

Amadghôr est, d'après Dob, une sebkha de plus d'un 
jour de longueur sur presque autant de large... Son sei est 
excellent et blanc comme du sucre. Le prend qui veut, la 
sebkha étant abandonnée. C'est une ancienne route de 
> caravanes également délaissée. Autour de la sebkha, 
s'étend une plaine (reg) à fond de cailloux noirs, peu riche 
en végétation, avec de Teau saumâtre dans lea puits. On 
peut passer en terrain parfaitement plat; mais oe n'ast pas 
un chemin suivi. 



EXPLORATION DU SAHARA. 193 

Aa sud d'AmadghÔFy on prend la plaine d'Admar pour 
aller au Soudan en dix jours, avec de Teau partout. 

Un second itinéraire conduirait de la zaouïa de Timas- 
sinineà rOued Tedjert en cinq jours de méhari, par l'Oued 
Igharghar, en terrain reg, facile. 

Cn troisième itinéraire permet d'aller de la zaouïa à 
Tanelagh (eau) en trois jours, par Tisenagh, Tin Teghemt 
et Amguid. 

Dd quatrième conduit à Tahohaout en cinq jours, en 
terrain reg, en passant par Tanelagh et l'Oued Igharghar. 

Tahohaout touche au lac Iskaouen, qui contient heau- 
coop d'eau, à Tinhias où est la tombe de Gkeikh Othman 
et à la source de Tin Tedjert. 

Un cinquième mène de Ain el Hadjadj à Tahohaout, en 
cinq jours de méhari, par la route des caravanes du Fezzan 
à Insalah. 

Dob signala une route d'Insalah à Rhàt, qui passe à Aïn 
elBadjadj, par l'Oued Mestan, Tifemin, Arami, Tahohaout, 
Arogaid (eau), Taghelalt, Tinioui, Tadjart du Mouydir, 
Amesaraha, Abadega, Tiounkinin (eau, palmiers), (c'est le 
Khangat el Hdid des Arabes), Akeraba (eau), Tarhami (qui 
touche Insalah) etTaziri (jardins d'Insalah). 

Le même Targui apprit au chef de la mission qn'aguellach 
n'est pas un nom de localité. C'est une Aanta, en arabe, (dieu 
vert, prairie dans un oued ». Il y en a plusieurs, et le plu- 
riel du mot est iguellachem. Celui qui est marqué sur la 
carte de M. Duveyrier est dans l'Éguéré. 

Toujours d'après Dob, l'Azben et les points de Tintelloust, 
Ighezer, Tidjerin, Aghadès et Takaraza, appartiendraient 
au Soudan. 

Enfin pour compléter ces indications, Dob fit conndlre 
que la route d'Aïn el Hadjadj à Amadghôr exigeait cinq 
jours; celle d'Amadghôr à Idelès, trois jours; celle de 
rOued Gharis à Amadghôr, quatre jours. 

Le 23 avril, la caravane alla établir son campement à 

soc DE GtOCR. ~ 1*' TRIMESTRE 1882. MI. — 13 



194 EXPLORATUm DU* SAURA. 

rOued Samen, d'où on lui indiqua encore one route poiir 
se rendre an Ho^ar, par Taressa, Ifemik, Tighemagh, 
Tamedjart, Tinezouatin, Tihoudaî et Amadghôr. Le lende- 
main, elle revoyait Aîn el Hadjadj. C'est dans cette partie 
de son journal de route, que le chef de la mission a relaté 
des renseignements topographiques qu'il avait obtenus da 
chef Abd el Hakem, sur le pays environnant; il lui indiqua 
Tin Ta^emt (eau), Inlalen, Tabihaout, Iskaouen, Am- 
guid, etc., et toute la partie nordH}ues du plateau dit des 
Azdjer, comme appartenant aux ISLoggar^ qui y ont presque 
toujours des campements. 

Le 25, on atteignit Anteklat, dans l'Oued Tiaouin, embou- 
chure secondaire de l'Oued Mastan, après avoir passé près 
de Ticbaben, à hauteur de la source Rinouin. Le26,oa 
franchît l'Oued Afelli pour venir camper à Tebalbalet, où 
on séjourna le 27. A partir de ce point, la mission laissa 
sur sa droite et au nord son précédent itinéraire, marchant 
directement sur El Biodh, par la vallée de Tebalbalet: el!e 
eut ainsi à traverser un plateau de sable, puis un feidj à 
fond plat de sable, et un cap de dunes venant de l'Erg de 
Timassinine et allant au sud-ouest. On aperçut à l'ouest li 
roche élevée de Tanelagh ; on passa ensuite une crête tt 
siouf au bord du plateau dit des Azdjer, pour déboucher bien- 
tôt dans une vaste plaine de sable, dite de Fersiga. La route 
se continua par le sif d'Ël Felaîa, puis à travers une im 
mense plaine de reg, qui n'était autre que TOued Ighar- 
ghar, mais san ' thalvireg apparent. Ce reg s'étend, d'après le 
dire des indigè; )s, jusqu'à l'Oued Tidjert, qui n'est que sa 
continuation pa« l'Ëguéré, et qui communique à son tour 
avec la sebkha d'Amadghôr. 

11 conduisit nos explorateurs au Rechag El Abiodh ou 
l'on trouve quelquefois de l'eau ; on gagna ensuite une gara 
dite El Beîda, pour recommencer à suivre, sans points 
d'arrêt, la vaste plaine de 60 kilomètres de largeur dans la- 
quelle se perd l'Oued Igharghar. La nouvelle route de la ca- 



ErPLORÀTION DU SAHARA. 195 

tmne de Tebalbalet ou Hamada d'EI Biodh, complétée au 
moyen des itinéraires par renseignements qui furent recueil- 
lis sar les directions du sud et du sud-ouest, permit d'avoir, 
sor la ligne Timassinine, Amguid et l'aguellacb^des notions 
très complètes que son chef devai t, du reste* contrôler Tannée 
sai?aDte, en en yériftant de visu l'exactitude. 

Le !•' maiy en continuant de marcher au nord-ouest, la 
caravane 'coupa de nouveau le sentier (medjebed) d'Insalah 
à Ghadamès par Timassinine, que Gérard Rohlfs avait par- 
couru en 1864, en un point d'oti les indigènes comptent neuf 
jours de méhari ou 450 kilomètres pour atteindre Insalah. 
Elle gravit ensuite le plateau qui borde Tlgharghar au nord, 
(foà elle s'engagea dans une série de gour rocheux situés 
à la tête de la sebkha d'Ël Biodh. Elle changea ensuite sa 
direction pour marcher au nord et au nord-est. Elle se trou* 
Tait alors sur la ligne directe qui conduit d'EI Biodh à TOued 
Gharis el de là au Hoggar. Le lendemain, 2 mai, elle revoyait 
son campement d'EI Biodh. 

Deux jours après, MM. Béringer, Roche et Bernard, avec 
'hommes et 11 chameaux, partaient en reconnaissance lé* 
gère pour vérifier les renseignements relatifs au gassi de 
Mokhanza. Le retour lui-même était ainsi utilisé, et servait 
à compléter les premières études de la mission. 

Du 4 au 9 mai, elle revint à Âïn Taïba par la route du 
gafisi qu'elle avait déjà suivie. Sur ce point, le journal de 
route fut encore enrichi de divers itinéraires par renseigne- 
ments, savoir : 

l"" Celui d'Ouarglà àMesegguem par l'Oued Mia,et El 
Msied, que la seconde mission devait avoir Toccasion de 
parcourir. 

^ Celui d'EI Goleah à Mesegguem par Mechra m'ta En- 
missa et l'Oued Tioughi. 
3"" D'Aîn Taïba àEl Msied, en quatre jours, à travers l'erg. 
4* D'Âïn Talba à £1 Goleah par Sfa el Biodh et l'Oued 
Mia à l'est de Tendjaoui. 



196 EXPLORATION DU SÂHÀRÀ. 

5"* De Hassi Zimia sur l'Oued Mia à Insalah, par Hassi 
Inifel, Chebka et Hassi Mongar. > 

6"* De Hassi Inifel ou Sidi Abdelhakem à Insalah par 
Tilmes er Rahou. 

7"" De Hassi Zimla à Insalah, par Tinfedjaouin, Feidj en 
Naam et Tilmes. 

A ces renseignements, le chef de la mission puf ajouter 
de nombreux détails sur l'importance et l'emplacement des 
ksour dlnsalah, ainsi que les noms des principaux cou- 
peurs de route, Chambâs dissidents, qui ont leur repaire 
dans le Gourara, notamment à Timimoun. 

Le 10 mai, on reprit la route d'Ouarglâ, par Gourd Terba, 
Feidj Damran, Daïa Retmaîa, Hassi Malah, Hassi Medjira, 
et Hassi Terfaïa. Enfin, le 17 mai, la mission rentrait à 
Ouarglà, où elle était reçue par le khalifa de l'agba et par 
les ingénieurs de la mission Choisy qui étaient arrivés le 13. 

Ceux-ci, de leur côté, ayant pris plus à Test, une direction 
générale sud-nord, avaient campé d'abord à une petite 
sebkha, à 26 kilomètres environ d'Ël fiiodh. S'engageant 
ensuite dans le grand gassi qui part d'El Biodh, ils avaient 
passé près de la dune de Mouileh et toujours en marchant 
sur le fond du gassi, avaient atteint Aïn Mokhanza el Djedid, 
le 9 mai. Après avoir bien étudié les ressources de ce cam- 
pement, ils étaient repartis le 10, sur une direction géné- 
rale nord-ouest, passant à Hassi Teboul, dans l'Oued Bou 
Nemel, dans l'Oued Bou Retmaîa et se retrouvant sur leur 
ancien itinéraire, à partir de Hassi Terfaïa. 

Ils ont résumé comme suit leur reconnaissance du gassi 
de Mokhanza : « C'est une grande plaine, très resserrée 
vers El Biodh, où elle n*a que 7 ou 8 kilomètres de large, et 
qui va en s'évasant au fur et à mesure que Ton marche au 
nord. Elle atteint dans sa plus grande largeur peut-être 50 
kilomètres de large de l'est à l'ouest. Cette plaine est semée 
de dunes de forme allongée et dont la longueur varie sui- 
vant les endroits. Leur grande dimension est constanunent 



EXPLORATION DU SAHARA. 197 

dirigée Dord-sud magnétique et elles laissent entre elles 
des passages plus ou moins larges, plus ou moins coutour- 
nés, parmi lesquels celui que nous avons suivi est proba- 
blement le plus constant comme direction. > 

Le chef de la mission ajouta à ce résumé là note sui* 
Tante : a L'ensemble constitue raisonnablement l'Oued Ig- 
largbar qui, ici comme ailleurs, n'est pas un fleuve à sec 
arec thalweg déterminé, mais une série de fonds et de lacs 
desséchés. ]» 

Les ressources en eau et en végétation que la caravane 
eat à constater à son retour, sont à peu près les mêmes que 
celles du premier itinéraire. Elles ne varient que pendant la 
tra?ersée de l'oued Igharghar, entre Tebalbalet et El Biodh 
où elles furent à peu près nulles. Il serait donc inutile de 
les résumer de nouveau. Il suffira de relater l'itinéraire et 
les distances parcourues. 

ITINÉRAIRE DU RSTOUR DE VEIIGKHOUGH A 0UAR6LA 



DitM. Llenx de campements. DlsUnee Obserrationi. 

parcourue. 



21 arrril... Tamadjalt 35 kil.... 



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• • • • 


Oued Jdjiran 


35 


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23 


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emboachure de l'O. 








• • . • 


Samen 


33 
15 




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À'ÎQ el Uadjadj 




25 


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Anteklat 


37 




26 


■ • • • 
• . ■ • 


Tebalbalet 


25 




27 


Séjour. 




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* • • • 


Gourd Fersii^a 


35 




29 


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Kecbag El Abiodh.» 


38 




30 


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Campement dans le 










reg 


32 




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nORÎ. • • 


Têtedelasebkad*El 








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a ... 


Biodh 


38 
25 




2 


El Biodh 




3 


Séjour. 




4 


» ... 


Gassi ei Adham. • . . 


32 


a 



campement connu, 
végétation. Tempête, 
orage du sud. 

a 
végétation nulle. 

gommiers et eau. 

campement connu. 

*a 



A reporter 380 kil. 



198 



EXPLORATION DU SAHARA. 



Datos. 



7 
8 
9 
10 
11 
12 
13 
U 
15 
16 
17 



Lienx de campemmits. Ditfauioe 

parcouroe. 

Report 380 kil. 

ATant-dernier cam* 
pemçnt avant El 

Btodh 40 

Gassi Ghessal 40 

FeidjelBeîda 35 

Feidj Alenda 36 

AïnTaîba 8 

Gourd Terba 18 

Feidj Damran 30 

DaiaRetmaia 30 

Hassi Malah 32 

Hassi Medjira 15 

Séjour. 

Hassi bou Rouba.. 40 

Ouarglà. 41 



ObserratioBS 



environ 745 kil. 



XI 



SÉJOUR A PARIS 



Rentrée i Paris. — Réunion de la Commission supérieure. — Compte 
rendu des premiers travaux. — Résumé par le lieutenant-colonel Flat- 
ters des résultats obtenus. — Reprise de Fexploration. 

Un mois après, nous relrouvons les membres de la pre- 
mière exploration à Paris, où ils sont venus rendre compte 
de leurs travaux. M. Varroy, alors Ministre des Travaux pu- 
blicSy réunit la Commission supérieure le 16 juin, pour re- 
mercier, au nom du Gouvernement, au nom de lai France, 
les chefs de mission et leurs collaborateurs, de Tardeur, de 
'énergie et du dévouement qu'ils avaient apportés dans 
l'accomplissement de leur tâche; ensuite pour recevoir 
communication des résultats obtenus. 

Quand son tour fut venu, le lieutenant-colonel Flatters 
lutune note qui résumait en quelques mots les principaux 
incidents de son voyage. 



EXPLORATION DU' SAHARA. 199 

Pois il énuméra dans les termes suivants, au point de vue 
technique, les travaux accomplis : 

« Exploration complète de la région de l'erg ou grandes 
dooes, an sud d'Ouarglft ; découverte d'un large passage, par 
lequel une voie ferrée peut franchir l'erg en ligne droite, 
sar un terrain ferme et plat, fond de ballast, sans avoir à 
sarmonter un seul instant l'obstacle des sables; eau facile 
i trooyer partout, en forant des puits dont le maximum de 
profondeur ne parait pas devoir dépasser 15 mètres; 
possibilité d'établir la voie sans aucune difQculté jusqu'à 
plas de 1000 kilomètres sud d'Ouarglâ, par le gassi, le Aa- 
fnada (plateau rocheux) et le rêg (gravier fin très ferme) ; 
•.. détermination de l'ensemble des points de Tahohait, à la 
poiole ouest du plateau dit des Azdjer, bien que cette partie 
soit aux Hoggar; Tahobait commandant l'ighaighar, l'Oued 
tedjert; comonunication de llgbarghar avec la plaine d'A- 
madghAr et la voie dlnsalab à Rhât; reconnaissance du 
système de TOued Ighargharqui,grÀce à l'élasticité donnée, 
dans le sud, au mot arabe coued» (rivière, vallée), est bien 
loin de représenter une vallée avec thalweg, comme on l'a- 
vait généralement supposé jusqu'ici; carte exécutée de la 
plas grande partie du pays des Touareg Âzdjer et d'une 
bande de terrain d'environ 100 kilomètres de largeur 
moyenne, au sud d'Ouarglâ (32*^) jusqu'au 26* degré ; carte 
par renseignements précis et dûment contrôlés de nom- 
breuses lignes à l'ouest dans le Hoggar et vers le fouÂt ; 
géologie, hydrologie, zoologie, botanique, etc., des 
contrées traversées. 

> Au point de vue politique : définition exacte de la situa- 
tion des Touftreg Azdjer et Hoggar, de celle de Rhftt et des 
Azdjer vis-à-vis le gouvernement turc de Tripoli; statisti- 
ques de toute nature, et surtout précédent établi d'une 
mission, française nombreuse, allant pacifiquement explorer 
le pays et parfaitement accueillie des indigènes mis en 
fête pour la recevoir; le territoire des Azdjer en quelque 



200 EXPLORAHOIV DU SAHARA. 

sorte ouvert, et presque certitude de pouvoir nous en- 
tendre avec un chef réellement influent du Hoggar, pour 
suivre tel autre itinéraire que nous désirerions vers le Sou- 
dan, en nous créant des relations définitives solides dans 
toutes les régions du Sahara central. » 

Un éloge de tous les chefs de service de la mission et des 
remerciments chaleureux à tous ses collaborateurs pour 
leur concours dévoué^ ternlinaient ce résumé, dans lequel 
on retrouve à chaque instant des témoignages de cette foi 
ardente qui l'animait et qui l'aurait conduit au succès, sans 
une de ces catastrophes imprévues qui déjouent souvent 
les plus habiles combinaisons. 

Enfin il concluait à la reprise de l'exploration au mois 
d'octobre, sur la ligne droite du Hoggar par El Biodh, 
righarghar, Amguid et Tahobait, et demandait, à cet effet, 
un crédit double de celui de la première expédition qui 
avait coûté environ 155 000 francs. 

Dans cette séance, le lieutenant-colonel fut conduit à 
donner à la commission de nouveaux développements sur 
l'importance de la saline d'Amadghftr, sur les moyens de 
rétablir son exploitation, sur l'exactitude qu'on peut attri- 
buer aux renseignements des indigènes quand ils sont 
contrôlés, enfinsur l'eau qu'il assurait exister au Sahara en 
une foule de points, où il fallait seulement savoir la trouver. 

La Commission supérieure parut très satisfaite des tra- 
vaux de la mission et des explications détaillées que son 
chef venait de lui donner. Elle lui en exprima publiquement 
ses remerciments, et saisit aussitôt les sous-coipmissions, 
des rapports qui les concernaient. L'examen auquel elles 
se livrèrent, fut également favorable, et le lieutenant-co- 
lonel Flatters, ainsi que ses collaborateurs eurent alors, 
pendant leur court séjour en France, cette satisfaction 
intime de voir leur zèle, leurs études, leurs efforts, appré- 
ciés et encouragés par le pays tout entier. Pour des hommes 
généreux et dévoués, nulle récompense ne pouvait leur 



EXPLORATION DU SAHARA.' 201 

être plus chère; elle devait suffire à les reposer de leurs fati- 
gues et à ranimer leur ardeur pour de nouvelles entreprises. 

En résumé, la première exploration avait démonlré 
Texistence, à partir de Biskra, d'un passage à peu près libre 
dedanes, suffisamment pourvu d'eau et se prêtant par con- 
séquent aux projets d'études entrepris par le Ministère des 
Travaux publics, en vue de l'établissement d'une voie ferrée. 

Ces considérations décidèrent la première et la troisième 
soQs-commission à émettre l'avis que Texploratfon devait 
être continuée. La quatrième adopta des conclusions sem- 
blables et formula même un programme d'après lequel la 
nouvelle expédition devait être commencée à bref délai, 
autant que possible dès le mois d'octobre, les crédits néces- 
saires pouvant être demandés d'urgence aux Chambres. 

Une seconde réunion de la Commission supérieure eut 
lieu le 28 juin 1880, pour la communication de ces projets. 
Là, ils ne rencontrèrent pas une approbation aussi formelle, 
et divers membres, d'une compétence éclairée, désapprou- 
vèrent, même avec une certaine énergie, la reprise de 
Texploration. Elle fut cependant décidée, et la majorité crut 
devoir en préciser le but spécial en engageant son chef à 
suivre une direction plus centrale que la première et à com- 
prendre dans son itinéraire AmguidTahohait et le Hoggar; 
enfin elle devait s'efforcer d'obtenir le (Concours du cheikh 
du Hoggar, Ahitaghen, et des chefs des autres tribus. 

C'était en réalité l'adoption des idées personnelles du 
lieutenantr-colonel Flatters. Aussi, encouragé par ce succès, 
par l'accueil flatteur qu'il avait reçu, par le sentiment de la 
valeur de son œuvre, stimulé par le désir de faire mieux 
encore, il se remit aussitôt au travail et prépara même 
un avant-projet de chemin de fer sur 610 kilomètres au 
sud d'Ouarglâ, avec des rapports détaillés à l'appui. Il s'oc- 
cupa en même temps de constituer le personnel de sa 
seconde mission et de rassembler tous les éléments qui lui 
seraient nécessaires. 



202 EXPLORATION DU SAHARA. 



SECONDE EXPLORATION. DE OUARGLÀ A HASSI MESEGGUEM. 

Départ de Paris. — Arrivée à Ouarglâ. — Organisation de la seconde 
mission. — Départ de Ouargiâ. — L'Oued Mia. — Itinéraire par ren- 
seignements. — Hassi Inifel. — Correspondances des membres de la 
mission. — Départ d^Inifel. — L'Oued Meseddeli. — L'Oued Insokki. 
— Rencontre d'indigènes. — Envoi d'un émissaire à Ahitaghen« — Ré- 
gion du Mader. — - Arrivée au Hassi M esegguem. — Rencontre d'une 
caravane. — Commerce d'Insalah. — Note géologique. — Plateau de 
Tademaït. 

Au mois d'octobre 1880, conformément au désir exprimé 
par la commission, tout était prêt, etFlatters quitta pour la 
seconde fois la France, avec un personnel renouvelé, pour 
se rendre à Laghouat, où il devait retrouver une partie de 
ses chameaux et attendre le matériel qu'oil lui avait expédié 
d'Alger. 

Les circonstances lui imposèrent un séjour assez long 
dans ce poste avancé, où malgré les impatiences que lui 
causèrent des retards forcés, nous le voyons à cette époque, 
plein d'ardeur et de foi dans le succès de sa future explo- 
ration. Une lettre qu'il écrivit le 4 novembre au regretté 
président de la So(iiété de Géographie, M. l'amiral de La 
Roncièrele Noury,;et, que nous devons à la gracieuse obli- 
geance de madame Tamirale de La Roncière, nous peint 
fidèlement, avec une sorte de a d'humour n et d'enthou- 
siasme, les sentiments qui l'agitaient : 

« J'ai dû partir presque subitement pour Alger, où arri- 
vait une députation de Touareg qui venait me chercher. 
C'est vous dire que les résultats de notre premier voyage se 
confirment complètement, et que sauf incident, le pays 
nous est ouvert pour le passage de la mission. J'ai reçu, 
d'autre part, des lettres très favorables du chef des Hoggar, 
Ahitaghen et du chef des Azgars, Ikhenoukhen : et nous 



EXPLORATION DU SAHARA. !203 

parions pleins de confiance, comptant que jusqu'au tro- 
pique au moins, nous n'aurons pas d'autres difficultés à 
surmooter que celles de la fatigue du voyage. 

B Au-delà, chez les Touareg du sud, tout dépendra des 
circonstances. Je n'ai que des renseignements assez 
vagues; mais malgré quelques batailles que me signale 
Ahitaghen entre les tribus limitrophes du Soudan, j'espère 
pe nous trouverons où passer sans encombre. Dans tous 
les cas, il ne dépendra pas de nous que la carte se raccour- 
cisse dans un sens ou dans l'autre. Je compte au départ 
d'Ouarglâ, pousser au sud-ouest, atteindre le méridien 
3* oriental, et le suivre droit au sud, par le haut Igharghar 
et Tahohait, sur la saline d'Amadghôr. Si les bonnes 
dispositions des Touareg se maintiennent, comme je crois 
pouvoir l'espéra, j'explorerai sur plusieurs lignes : le gros 
de la caravane allant lentement par l'une, une exploration 
légère que je dirigerai le plus souvent moi-même, allant 
rapidement en voltes, par les autres. Notre itinéraire prin- 
cipal au départ d'Ouarglâ a le mérite de n'avoir jamais été 
parcouru par aucun voyageur européen ; nous ne risquons 
de mettre le pied sur une trace d'explorateur, qu'en fran- 
chissant vers Mesegguem, la ligne dlnsalah à Ghadamès, 
parcourue par Gérard Rohlfs, perpendiculairement à celle 
que nous suivons. 

> Pour compléter le réseau 4es études, je pense à faire 
une vQlte à l'ouest, qui reliera Goleah à notre itinéraire par 
Mesegguem et une autre beaucoup plus loin à l'est pour re- 
lier nos lignes du premier voyage. Sans pouvoir affirmer que 
Qous ne laisserons rien en doute d'un côté ou de l'autre, je 
pense néanmoins arriver à établir des documents également 
intéressants, pour les partisans des tracés sur le centre du 

Soudan et pour ceux de la voie sur le coude du Niger 

Nous faisons de la géographie en suivant le terrain de près 
en vue du chemin de fer, et, de cette manière, nous arrive- 
rons peut-être à satisfaire tout le monde. » 



SOI EXPLORATION DU SAHARA. 

Ici se place une demande pour faire partie de la Société 
de géographie de Paris, à laquelle le chef de la mission 
€ aurait été heureux de pouvoir envoyer, en qualité de 
membre, des communications qui pourront l'intéresser. » 
« Je vous serai bien reconnaissant, dit-il à l'amiral, de 
rhonneur que vous voudrez me faire en m'admettant. Je 
compte partir de Laghouat, du 12 au 15 de ce mois; nos 
bagages venant de France, sont restés en détresse sur 
l'abominable route d'Alger; mais ils vont enfin arriver, et 
de là, la cause de notre retard qui est d'environ 15 jours. 
Les routes d'Algérie sont affreuses dès que l'on sort du Tell. 
Les Al gérions feraient mieux de les améliorer que de perdre 
leur temps à se disputer, pour savoir quelle province aura 
la tôtc du chemin de fer transsaharien. Il est certainement 
plus facile d'aller à chameau de Laghouat à Timbouktou, 
qu'en voiture de Médéah à Laghouat » 

Quinze jours après, le 18 novembre, le convoi étant enfin 
à peu près au complet et les membres de l'exploration ras- 
semblés, on put se mettre en route sur Ouarglâ, en suivant 
la voie ordinaire, indiquée sur le tableau ci-après. 



OITIS 


DATES 


DISTANCES 


RESSOURCES KN EAU 


ReiT 


18 noT. 

19 > 

20 > 

21 > 

22 > 

23 > 

24 > 

25 a 

26 ■ 

27 » 

28 « 

29 » 

ao > 


15 kilom. 
25 B 

30 >• 

34 t 
34 » 

16 > 

28 » 

25 > 

26 > 

29 » 
28 9 
20 « 


Pas d'eau. 
Pas d'eau (eau à Ksard 

Hiran.) 

Pas d'eau (puiu de Med- 

daipiia à sec) 

Pas d'eau. 

» 

, Ghedir ayant de l'ean. 

Pas d'eau. 

Ksar du Mxab (eau). 

pas d'eau. 

» 
Eau. 

• 


ElMethin 


Oued MooBsa beo 
Aman ■ 


Oued Miw^ 

Oued Frah el Hamâ. 

Oudei Seder 

Daïat Haddai 

Guérara 


Zeraxi Gueblet Gué- 
rara 


Taivai 


Oued Mzab 

Nffonsaa. 


Ouarylà 




Total 310 kil. environ 
jusqu'à NgottSM. 



EXPLORATION DU SAHARA. 205 

Le séjour à Ouarglâ fut consacré à l'achat des chameaux 
qui devaient remplacer ceux qu'on avait loués à Laghouat 
et à compléter les approvisionnements. Tout ayantété com- 
mandé à l'avance, ces préparatifs marchèrent vite et le 3 
décembre, la caravane se trouva prête à se mettre en route, 
ea exploration définitive par l'Oued Mia, se dirigeant vers le 
sud-ouest, pour tourner ensuite directement au sud, vers le 
Hoggar. 

Des modifications survenues depuis le premier voyage 
avaient réduit le personnel des membres de la mission à 
sept, dont deux nouveaux, et leurs attributions avaient été 
réparties comme il suit : 

i* Lieutenant-colonel Flatters, chef démission. Direction 
générale des divers services, rédaction du journal de route 
et de la correspondance officielle; soin de collationner les 
résultats, service des relations politiques, histoire et géo- 
graphie générales, ethnographie, linguistique, etc. 

2* M. Masson, capitaine du service d'état-major, comman- 
dant en second de la mission, chargé des détails de Torga- 
nisalion et de la marche, de la rédaction de la carte par 
renseignements, des recherches des documents et des levés 
expédiés destinés à l'extension de la carte topographique 
générale, en collaboration avec M. Béringer. 

3^ M. Béringer, ingénieur des travaux de l'État, chef du 
service des observations astronomiques, géodésiques et 
météorologiques; rédaction des cartes topographiques et 
des projets. 

i* M. Roche,ûngéiiieur des mines. Chef du service géolo- 
gique et minéralogique ; rédaction de la carte géologique et 
collaboration avec M. Béringer, pour les observations astro* 
nomiques. 

5« M. Guiard, médecin aide-major de 1'* classe, au 
2* zouaves, service médical, anthropologie, zoologie, bota- 
nique et photographie. 

C'étaient les seuls membres de la première mission qui 



206 EXPLORATION DU SAHARA. 

eussent accompagné de nouveau Flatters. Les autres, pour 
des raisons indépendantes deleurTolonlé, avaient dû rester 
en France. Ils étaient remplacés, par : 

6"" M. de Dianous, lieutenant au 14* régiment d'infanterie, 
adjoint au capitaine Hasson pour les détails d'organisation 
de marche et pour la topographie par levés expédiés. 

7« M. Santin, ingénieur civil, adjoint à M. Béringer pour 
les observations, et la rédaction des itinéraires, plans, 
tracés, etc. 

En outre, deux sous-officiers, MM. Dennery, maréchal- 
des-logis au 3* chasseurs de France et Pobéguin. maréchal- 
des-logis au 3* spahis, accompagnaient Texpédition, comme 
adjoints pour les détails des divers services. 

Le lieutenant-colonel Flatters n'avait plus d'escorte pro- 
prement dite, mais seulement des ordonnances et des cha- 
meliers armés, savoir : 

2 ordonnances français, dont l'un Louis Brame, était 
affecté à son service personnel ; 

12 ordonnances indigènes ;' 

66 chameliers indigènes. 

Le chef de la mission n'avait eu, à Laghouat, que l'em- 
barras du choix pour le recrutement des hommes dans ics 
diverses tribus du sud de l'Algérie. Il s'en était présenlé 
plus de 500, des Ouled Nayl de Djelfa, des Larba de Lag- 
houat et des Ghambàs d'Ouarglà. Dans le nomt)re, il avait 
surtout repris ceux qui avaient fait partie du premier 
voyage. Il y ajouta 7 guides chambâs, et un mokhaddem 
de Tordre de Tidjani. La caravane comptait ainsi 97 per- 
sonnes, en sus des 4 Touareg qui l'accompagnèrent à partir 
d'Ouarglâ et auxquels 5 ou 6 autres s'adjoignirent pendant 
le reste du voyage. 

Tous étant montés sur des méhari, on avait 97 chameaux 
de monture. 

Les quatre mois de vivres, les huit jours de provisions 
d'eau, les bagages, instruments et autres objets exigeaient 



EXPLORATION PD SAHARA. 207 

180 chameaux de charge. C'était un total de 280 chameaux. 
Ce chiiGre, énorme en apparence est encore au-dessous de 
la proportion ordinairement admise de 3 chameaux par 
homme. Sur les 118 chameaux de viTres, 12 portaient des 
rations carrées, c'est-à-dire des rations assorties en farine, 
biscuit, riz, viandes de conserve, etc., et ainsi nommées, 
pour les distinguer des rations simples qui ne contiennent 
qu'une seule espèce de denrée. Ces rations carrées se 
prenuent surtout en prévision d'un détachement momen- 
tané. Op donne à ce dernier un ou deux chameaux à 
rations carrées et il se trouve de suite appovisionné pour 
plusieurs jours. Enfin chaque chameau porteur avait une 
charge de ISOi kilogrammes et une outre d'eau en sur- 
plus. 

Le chef de la mission avait partagé son convoi en six sec- 
dons, correspondant chacune à un ou deux memhres de la 
mission et portant assez de matériel pour former au hesoin 
uoe caravane complète. Il y avait de. la sorte six caravanes 
distinctes. Les 13 jours de route de Laghouat à Ouarglâ 
l'avaient convaincu que ce système présentait de grands 
avantages pour la bonne exécution des services de marche, 
de sûreté, de bivouac, etc. 

Cette organisation paraissait aussi bonne, aussi complète 
en ressources qu'on pouvait le désirer ,et de nature à faire 
concevoir les meilleures espérances pour le succès de 
Tentreprise. 

Au moment de quitter Ouarglâ, cependant, le colonel 
reçut du gouverneur général de l'Algérie, une communi- 
cation qui dût quelquefois plus tard le faire réfléchir et à 
laqueUe on ne peut s'empêcher de songer avec tristesse, 
depuis le cruel désastre qui a si subitement interrompu 
cette courageuse exploration. 

M. Féraud, notre consul général à Tripoli, prévenait à la 
<iate du 18 novembre, que d'après une lettre du gouverneur 
de Rhât, le chef des Touareg Hoggar, Ahitaghen, auquel le 



208 EXPLOIUTION DU SAHARA. 

colonel avait écrit, se montrait fort mai disposé ; il s'était 
rendu auprès du vieil Ikhenoukhen, chef des Toaâreg 
Azdjer, et lui avait vivement reproché d'avoir engagé la 
mission à revenir. 

D'autres renseignements faisaient présager à M. Féraud 
des troubles prochains chez les Touareg. 

Sans se dissimuler la gravité de ces bruits, le lieutenant- 
colonel ne crut pas devoir s'en préoccuper; ils ne conco^ 
daient ni avec ses informations personnelles, ni avec les 
lettres qu'il avait reçues d'Ahitaghen. Il ne fut pas éloigné 
de les attribuer à quelques intrigues des marchands da 
Touât; peut-être à celles des marchands de Rh&t et de Gha- 
damès, qu'il savait hostiles à nos projets d'extension com- 
merciale et il résolut de passer outre, tout en prenant 
bonne note de ces renseignements. 

Le 4 décembre, la caravane quitte Ouarglâ et commence 
cette seconde exploration qui devait lui être si fatale, en 
suivant dès le départ, une route qui n'avait pas encore été 
relevée par les Européens. Le même jour elle entrait dans 
le lit de l'Ouèd Mia. 

Les nouvelles reçues depuis cette époque, de nos vail- 
lants explorateurs ont été datées, comme les documents 
qui les accompagnaient, des gites où ils ont fait séjour, 
savoir : 

D'Hassi Inifel, le 17 décembre 1880; d'Hassi Mesegguem, 
le 6 janvier 1881 ; d'Àmguid, dans l'Oued Igharghar, le 
19 janvier, par 26 degrés latitude nord et 3 degrés longitude 
est ; enfin d'Inzelman Tikhsin, près de la sebkha ou saline 
d'Amadghôr, le 29 janvier par 25o,30' de latitude nord. Ce 
sont leurs principales étapes et celles qui nous serviront 
de divisions natureltes pour le récit de leurs excursions. 

Une circonstance défavorable, affecta leur départ. Il 
n'avait pas plu Tautomne précédent et le territoire i par- 
courir n'avait pas reçu une goutte d'eau depuis deux ans. Ce 
fait météorologique dont il est diflScile de se rendre compte 



EXPLORATION DU SAHARA. 209 

dans DOS climats tempérés, exerce sur les voyages aa 
Sahara une influence considérable, qu'on ne saurait jamais 
négliger. 

De Ouai^Iâ à Hassi Inifel, la caravane, suivant à peu près 
la direction sud-sud-onest, qui conduit à Insalah,ne s'écarta 
guère de l'Oued Mia, plaine sablonneuse, assez vaste, aux 
cûDtours souvent indéterminés et bordée à de grandes dis- 
tanœs par des gours. Dès le 6 décembre, elle put confirmer 
on renseignement que les indigènes lui avaient déjà donné 
à Oaarglâ. Depuis cette ville, elle n'avait remonté qu'une 
branche de l'Oued Mia, la principale, qui finit au chott 
d'Ouarglâ. Une autre branche, qui finit à Hassi el Hadjar, 
bifarque avec la première à Hassi ben Djedian. « H paraît 
assez vraisemblable, écrit le chef de la mission, qu'on peut 
considérer comme un delta d'embouchure, le secteur dont 
le centre serait à Ben Djedian et dont Tare passerait à Hassi 
el Hadjar et Ouarglâ. Toutefois les deux branches dont il 
Tient d'être parlé, sont nettement déterminées et les indi- 
gènes les distinguent fort bien. » 

Les jours suivants, le thalweg de l'oued leur parut encore 
plus indécis; mais ce qui leur manquait le plus, c'était Teau. 
Le 9, en effet, à Hassi Djemel, limite extrême de l'excursion 
de M. Lai^eau, il fallait faire un court séjour pour renou- 
veler celle des outres, en prévision de six à sept jours de 
marchesans eau. Selon l'expression arabe, « les puits étaient 
morts > dans toute la partie de l'Oued Mia, entre Hassi Dje- 
mel et Hassi Inifel. 

Dans cette région, les gour présentent des arêtes moins 
viTe$ que dans l'est ; ils forment des ondulations et de vastes 
vallonnements ; le reg lui-môme est légèrement ondulé, en 
sorte qu'au lieu d'être représenté par une plaine sans 
thalweg apparent, l'Oued Mia peut être figuré par un en- 
jsemble de vallées à peu près parallèles,peu sensibles, se con- 
fondant parfois, mais assez apparentes pour avoir des noms 
distincts. C'est ainsi qu'à 20 kilomètres de Hassi Djemel, à 

soc. DS «ÊOGR. — 1* TBIMESTRK 18d2. III — U 



210 ElPLORATtOK DO SAHARA. 

Hassi Zmila, où se trouveut comme le nom l'indique, des 
amas de sable {zmoul), on rencontre deux vallées: la prin- 
cipale, le long du Gour el Ânek; l'autre, secondaire, l'Oued 
Zmila, qui est une sorte d'affluent ; et, entre les deux, for- 
mant séparation, une continuation des zmoul pendant 10 ki- 
lomètres environ, formant un hadeb(<i dos d'Âne») dereg,dit 
Gouirat Kahal. Cet Oued Zmila fut remonté le 10 décembre 
jusqu'à la dépression Sebkha Terfsua, où il cesse de former 
un vallonnement distinct. 

Sur ce point, la mission put relever par renseignements 
quelques directions intéressantes. 

Celle de Sebkha Terfaïa au point dit Mahboula,à 70 kilo- 
mètres au nord-est ; 

Celle qui passe à Boukira, à 25 kilomètres environ à l'est 
et avec une plus forte inclination vers l'est, à Tamesguida; 

Celle qui passe à Gharet Ghezal, à 30 kilomètres envi- 
ron à l'est-sud-est ; 

Ces renseignements étaient, en outre, contrôlés par de^ 
visées queles topographes faisaient vers l'est, sur les princi- 
paux points de leur voyage, qu'ils apercevaient encore de 
temps à autre. 

A Melagat es Siab, le 11, la mission recueillit sur les di- 
rections de l'ouest, des indications, qui méritent aussi 
d'être signalées. Elle sut qu'à 60 kilomètres vers l'ouest, 
on rencontrait dans le Hamada Oudian Cheheb, une sebkha 
dite Malah,.qui contient du sel et de l'eau saumâtfe. De ce 
point on se rend en ligne droite à Goleah, par le hamada, 
en passant à Dhmîrat Meriem, Dhmirat el hanna, Areg 
Ghanem, Mechkarden, et Gour Ouarglâ. 

On peut encore se rendre directement de Sebkha Malab 
à Hassi Zirara, par Areg^ Talemout, El Begrat, Er Rich, 
Zmila Berkaoui, fiou-ali, Saadan, Zirara. 

De Zirara à Goleah, on indique comme itinéraire : Areg 
Mezrag, Gar el belda, Amoud, Gada, Bouksikis, Anteg et 
Goleah. 



EXPLORATION BU SAHAnA. 211 

Peu à peu, à mesure qu'elle s'avançait vers le sud, la 
mission voyait se transformer TOued Mia, qui était eïi réalité 
l'objet de ses études. D'abord indéterminée, présentant plus 
tard sur un seul de ses bords des contours appréciables, la 
plaine finit par offrir, au delà de Rechag el Itel, l'aspect 
d'an véritable lit de rivière, marqué, il est vrai, par des 
dunes de sable confuses et assez difficiles, mais à berges 
bien accentuées, comme cela n'avait pas encore eu lieu. 

Il résulte des observations faites sur la topographie de cet 
oned, que pour se rendre d'Ouarglâ à Insalah, on rencontre 
dans son thalweg, sur une centaine de kilomètres, au sud 
de Rechag el Itel, des difficultés réelles. Ainsi, au con- 
fluent de la branche du Khechaba, que la caravane attei- 
gnit le 12 décembre, l'Oued Mia est, paraît-il, tout à fait 
barré, non seulement par l'amoncellement des dunes qui 
encombrent son lit, mais encore par une chaîne qui suit la 
rive droite du Kechaba et par une autre qui suit la rive 
gauche du Tinef Djaouin. C'est un passage que Flatters a 
indiqué comme difficile et confus, ne pouvant être tourné 
qu'à grande distance, soit au nord-ouest par Hassi Malah, à 
30 kilomètres environ ; soit au sud-est un peu avant Tinef 
Djaouin, qui est à 40 kilomètres environ. Du reste, les in- 
digènes eux-mêmes signalaient la région entre Rechag el 
llel et Sedjerat Touila, comme la plus déshéritée de l'Oued 
Mia. C'est à 15 kilomètres de Sedjerat Touila que le colo- 
nel place le bouquet de trembles {safsaf) déjà signalé par 
M. H. Duveyrier, comme formant la ceinture d'un ghedir 
permanent de plusieurs mois, après les pluies. 

C'est encore dans ce trajet que la mission eut l'occasion 
de recueillir un itinéraire par renseignements entre Rechag 
el Itel, Mesegguem El Biodh. 

Pour le premier, de Rechag el Itel à Mesegguem, la 
route indiquée passe par Hamad el Achan, Tinedjaouin, 
Gherid el agreb, Zmal el Archa, Mogtela, Gherid bou Lahia, 
Takoumsit, Hsied {filmas ou petits ghedirs où l'eau reste 



21S EXPLOBATION DU SAHARA. 

jusqa'à trois ans après les pluies), Tinkount (iilmas), Dapt 
en Nadja, Dayat ef feras, Dayat chieb, Dayat ben Lekhal, 
Roknat ed diba. Oued Tinersal (ghedir), Djeraïrtn, Oued 
Djokran (oued large, ghedir), Oudei Oubardi, Oued Ghalga, 
Oued Itlou, Oued Hassani, Oued Imgharghar (large oued), 
Oudian Sebbat (affluent du précédent). Oued Sodf, Oued 
Alenda (affluent du précédent), Oued Aoulouggui (eau à 
peu près permanente), Mesegguem. 

Tous ces oueds viennent du sud-ouest et finissent dans 
Terg, à l'Oudje ouest. 

De Mesegguem à El Biodb, on se trouve sur la route 
d'Insalah à Ghadamès, à l'ouest de TOued Souf ; on passe à 
Oudian chouikh. Oued el Abed, Oued ed Daïat ben Àbbou, 
Menkeb retem, Feidj El moghania, Dra Allai et El Biodh. 

Le 16 décembre, après un voyage des plus pénibles dans 
cette plaine aride où les puits morts soot plus nombreux 
que les points d'eau, la caravane vint camper dans l'Oued 
Mia, au Hassi Inifel, à côté de la Kouba Sidi Abdelhakem, 
nom d'un marat)out renommé qui y mourut il y a près de 
quatre-vingts ans. 

Inifel^ où la mission séjourna, est le point de croisement 
de plusieurs directions. Celle de l'ouest conduit à Dra Saret, 
bande de dunes qui marque la place d'un lit d'oued, l'Oued 
Saret, à 15 kilomètres environ. 

L'Oued Mia proprement dit continue, paratt-il, enamont^ 
dans la direction de l'ouest^sud-ouest par Tilmas elbeguem. 
Mechra Ennsa, Mechra el abiodh, Mechra el aten, Hetlag 
Chebaba, Tildjemat, Metlag Aoulo Fuggui, Djelguem, Hiat- 
nekhal Ferkna, Nziman, Hamdi, Broughen, Gouirat ed diab, 
Hassi Mongar, El Djeddiad et Zaouïa Kahla, qui n'est autre 
qu'Insalah. 

C'est à Hassi Inifel^ que la direction d'Insalah quitte l'Oued 
Mia pour aller droit au sud-ouest, eu passant par Mekiem 
el Gfoul, qui marque à 4 kilomètres, le confluent euconibré 
de gour et de dunes de TOuedMeseddeli, avec l'Oued Miii. 



EXPLORATION DU SAHAHA. 213 

Cet Oued Meseddeli n'est que la contiDuation de TOued 
iDsokki'; il est suivi par les voyageurs qui vont à Insalah 
en s'arrètant à une série de gîtes, que la mission eut égale- 
ment soin de noter. 

£Ue releva de môme, par renseignements, les itinéraires 
de Insokki à Mesegguem; de Inifel à Goleah, qui est à 
iSO kilomètres sud-sud-est ; et de Goleah à Insalah, en 
lipe directe. 

^n somme, le voyage depuis Ouarglâ s'était effectué 
dans une région aride, sans ressources, d'un parcours sou- 
Tant facile peut-être, mais offrant de sérieuses difficultés 
pratiques et ayant enfin le défaut d'avoir très peu d'eau. 
Rira ne saurait en donner une idée plus juste que l'extrait 
suivant d'une lettre écrite d'Inifel, le 17 décembre, par le 
chef de la mission, à madame Flatters : 

a Je vous écris d'Hassi Inifel, à 120 kilomètres au sud de 
Goleah, à 330 kilomètres au sud-ouest d'Ouarglâ, sur l'Oued 
Mia, soit à mi-chemin d'Ouarglà à Insalah. Nous avons fait 
630 kilomètres en caravane depuis Laghouat et nous sommes 
à la limite extrême sud de l'Algérie, si même nous ne l'a- 
Tons pas dépassée ; car, dans le Sahara, il est bien difficile 
de déterminer des limites à 100 kilomètres près. L'explora- 
tion marche bien et elle s'exerce, depuis 200 kilomètres en- 
viron, sur lin pays qui n*a encore été visité par aucun Euro- 
péen. Mais quel affreux pays! Sept et huit jours consécutifs 
sans eau ! Et, quand on arrive à un puits, il faut le débou- 
cher et y travailler pendant des heures, pour parvenir à 
faire boire bêtes et gens ! La nécessité de trouver des points 
d'eau, nous entraine plus à l'ouest que je ne supposais ; 
mais c'est plutôt un bien qu'un mal, car nous complétons 
ainsi la cajrte, resiée absolument inconnue de ce cêté; et la 
recherche du chemin de fer gagne beaucoup aux zigzags 
auxquels nous sommes obligés. 

1. In-esekki d'après M. Duveyrier. 



2l4 ÈtPLORATlON AÛ SAÉARA. 

)) Les Touareg Hoggar que nous allons aborder par le 
centre, n'ont pas encore paru. Du reste, nous ne serons pas 
sur leur territoire proprement dit, avant six ou sept jours à 
partir d'ici. 

» Il fait un froid de loup la nuit, le thermomètre descen- 
dant jusqu'à 4 et 5 degrés au-dessous de zéro. Le jour, la 
température monte à 24 ou 25 degrés. Les pauvres chameaux 
trouvent bien encore des pâturages; mais c'est sec au 
possible, attendu qu'il n'a pas plu depuis deux ans , d'une 
façon quelque peu appréciable. Une bonne pluie nous ferait 
grand bien et nous éviterait bien des corvées ; mais c'est 
une chance, et, en somme, tout en ne conseillant à per- 
sonne de voyager dans le Sahara, uniquement .pour son 
plaisir, on s'en tire tout de môme. 

» Des voyageurs ont essayé autrefois d'aborder notre 
itinéraire, H. Largeau entre autres; ils n'avaient pas dé- 
passé Hassi Djemel à 100 kilomètres sud-ouest d'Ouarglâ, que 
déjà ils avaient reçu des lettres d'Insalah, les prévenant de 
ne pas s'avancer plus loin et les engageant en termes assez 
vifs à rebrousser chemin; ce qu'ils étaient bien obligés de 
faire parce qu'ils étaient isolés. » 

Cet extrait méritait d'être reproduit pour donner une 
idée de la tranquillité d'esprit que le chef de la mission et 
ses collaborateurs conservaient au milieu des difKcultés de 
leur route, pour montrer surtout quel zèle pour la science 
et pour les intérêts de leur patrie ne cessait de les animer; 
enfin pour donner de l'aspect des lieux et du climat, une 
appréciation exacte et sincère. 

Malgré l'aspect désolé de la contrée, où les noms 
d'hommes ne rappellent en général que des malheureux 
morts de soif, les observations scientifiques n'avaient pas 
cessé un instant et l'on avait recueilli, entre Ouarglà et Ini- 
fel, de précieuses données. 

Celles qui concernent la nature et les qualités du sol, 
peuvent se résumer comme il suit : 



r 



BXPLOBATIOR OC SAHAIU. 



215 






PARCOCRS 



Le 4 ééeeahn d'OuircUi 
i rOued Hta R. D. 
15kiL 

Le 5, camjé k Boa Ke- 
neiisa. 2S kil 

Le 6. campé à 2 kil. à 
. i'O. du puits Haasi 

mabmed ben Àoned. 

30 kil 



Le 7. Gooirat ben ehaheb 
»kiL 



Le 8, Haâsi Djemel. 

18 kil : 



U 9, «éjoar. 

Le 10, Sebka Tafaïa. 
30kii 



Le 11. MelMst es Siab. 
32 kil. 777. 

Le 12, confluent du Ke- 
chaba. 42 kil 

Le 13, Sedjerat Touila. 
40 kU 



U U. Safsaf. 22 kil.. 

Le 15. Zmoul Gucblct 
MdiAbdell>akeai.28kiL 

Lel6,HaisiInifel.l2kiL 



NATRUB DU SOL 



Regetncbka. 



RefT^^nebka avec 
effleurement de 

Reg etoebka. 



Nebka et gypse. 
Regot nebka. 

» 



VioiTATION 



Pâturage asses 
abondant. 



P&torages. Terfa 
(tamarin!)) rabou- 
gris. 



Pâturages peu 
abondants. 

Vëgétation abon- 
dante, drinn, 
Baguel, tamarin. 

Végét. abondante. 



BAU 



Pas d'eau. 



Eau, puits de 
7",40,reatta29* 



Pas d'eau. Puits 

mort depuis 

longtemps. 

Pas d'eau. 



Puits de 11", eau 
à 23«. 



Pas d'eau. 






Ni eau, ni puits. 



Pas d'eau. 



Traces d'une crue 
do l'année 1880. 



Pas d'eau. 



Bonneeauà2â<*,5. 
Puits de 6». 



Ces renseignements sont complétés par les études géolo- 
giques de M. Roche; il a établi que la nappe d'eau qui 
alimente les puits de la région, est celle du chott d'Ouar- 
glâ. Suivant lui les grès des hamadas, comme les berges de 
la vallée de TOued Mia, constituées par du calcaire blanc 
mélangé de quartz blanc, appartiendraient à Tétage turo-' 
oien. Les dépôts qui couvrent TOued Mia sont quaternaires. 



316 EXPLORATION BU SAHÀIIA. 

Sous ces alluvions, se trouve la nappe aquifëre qui alimente 
les puits et peut-être plus bas, la nappe artésienne comme 
dans rOued Rbir et à Ouarglft. « En supposant, dit 
M. Roche, pour TOued Mia et pour TOued Igharghar, un 
ancien lit creusé dans le terrain crétacé et occupé mainte- 
nant par des dépôts argileux quaternaires, retenant une 
nappe artésienne, on expliquerait facilement la faible lar- 
geur de la nappe de l'Oued Rbir, sans être obligé d'avoir 
recours à l'bypotbèse de fractures du terrain crétacé. » 

Les autres observations scientifiques dues.pour la plupart 
à M. l'ingénieur Béringer, nous ont laissé les indications 
ci-après : 



CAHPBHINTS 


LONG. E. 


LAT. N. 


s 


5 


H 

i 

< 


•BnriTOT 


Le 4. Oued 
MU 






+ 17.2 


756.5 




VeotdcN.E 


Bon Kani sm. 


^ 50* 


31*30' 


+ 19 


756 




N.E. 


Haui Mahmed 
ben Aoued . 

Gouirat ben 
Ghaheb .... 


«•40* 


31«20' 


+ 18 
+ 18.2 


753.9 
755.5 




1 

Beaa Ieinp9. 
pas de rciil. 

B.M.E. 

1 


Hassi Djemel. 


2" 30' 


3f 


+ 16 


756.9 


\ 


N.E. 


Scbkha Ter- 
faîa 

Melagat es 
Siab 


«• 30' 
«O20' 


30*40' 
30*40' 


+ 19 

+ 20 


752 
750.5 


1 
1 

1 

i 

i 
1 


' Temps coo- 
. ▼erl,veDld'0. 

GooTcrt. 


Oued Kechaba. 


*• 


30*20' 


+ 17.2 


748 


i 


M.E. 


SedjeratTouila 


1«40' 


30* 40' 


+ 18.7 


745 




N. 


Safsaf 


!• 35* 


30*5' 


+ 18.1 


746 


1 
l 


N.S 


Zmoul Gueblet 


!• 30' 


29* 50' 


1 


743.9 


( 


N.E. 


Haasiloifel... 


!• 20' E. 


29* 45' N. 


+ 17 


740 


310- • 


Assesbeu. 



1 310 mètres est le résultat des observations hypsométriques. U 
chiffre indiqué sur l'itinéraire est 305 mètres. 



EXPLORATION DU SAHARA. 217 

Plusieurs membres de la mission profitèrent à Hassi Ini- 
fel, de l'occasion que leur avait réservée leur chef, d'envoyer 
des nouvelles en France, par des cavaliers de l'agha d'Ouar- 
glâ retournant dans leur pays. Aussi nous reste-t-il quelques 
rares correspondances, dont les extraits nous donnent sur 
le pays parcouru, des détails intéressants. Dans une lettre 
adressée à M. l'ingénieur en chef Fournie, alors directeur 
de la construction des chemins de fer au Ministère des Tra- 
vaax publics, le lieutenant-colonel revient sur la possibilité 
d'aller à Insalah et conseille de faire appuyer des explora- 
teurs à distance par une colonne militaire. Il ajoute à la 
description géographique de l'Oued Mia quelques observa- 
tiens nouvelles, a L'Oued Mia, dit-il, forme bien une vaste 
trouée dans la région des Areg, et il faut supprimer de la 
carte de M. Dnveyrier, toutes les dunes marquées au sud 
de Goleah. La carte par renseigùements de M. Choisy est 
également à modifier, pour ce qui regarde quelques points 
de l'oued, les sables et l'indétermination du lit en aniont 
de Rechag el Itel.... » n Le hamada est souvent très val- 
lonné, etc. * En résumé il conclut en faveur d'un tracé qui 
abandonnerait rOued Mia, pour lui préférer l'Oued Igbarghar. 
Une lettre d'Inifel, datée du 18 décembre et adressée par 
M. l'ingénieur Béringer à son collègue M. Fournie, à l'obli- 
geance duquel nous devons bien des détails intimes, mérite 
aussi d'être citée : 

«Nous venons d'arriver à Hassi Inifel... le pays traversé 
est des plus tristes : un grand hamada sans végétation 
et légèrement ondulé; une grande gouttière de 1 à 2 kilo- 
mètres de large, dans le thalweg de laquelle est un étroit 
ruban de végétation; quelques dunes à l'horizon et... c'est 
tout. » 11 explique ensuite, comme il l'a fait dans une 
lettre envoyée à M. Duveyrier, que la pénurie d'eau va obli- 
ger la mission à obliquer pendant quelques jours vers le 
sud-ouest, ensuivant l'Oued Insokki, affluent de l'Oued Mia, 
pour se diriger de là sur Mesegguem. 



us EIPLOHATION DtJ SAflAKA. 

La mission resta à Hassi Inifel les 16, 17 et 18 décembre, 
pour abreuver les chameaux et faire des provisions d'eau 
pour le reste de la route. 

Le départ eut lieu le dimanche 19 ; mais, comme le 
faisait pressentir la lettre écrite par le lieutenant-colonel à 
sa femme, le manque d'eau l'obligea à changer sa direction. 
Au lieu de gagner Mesegguem par une marche droit au 
sud, il lui fallut faire un détour par le plateau de Tademaît. 
Cette légère déviation de son itinéraire était d'ailleurs 
sans importance; elle rentrait même dans le programme 
de la Commission supérieure, qui lui recommandait d'ap- 
puyer plutôt vers le centre du Sahara que vers l'est. 

La caravane se développa d'abord dans le confluent de 
rOued Meseddeli et gagna ensuite l'Oued Insokki, où elle 
reconnut des traces encore fraîches d'une bande de marau- 
deurs allant vers le nord-ouest, et qui avait dû franchir ce 
passage sept ou huit jours auparavant. Là, elle releva un iti- 
néraire par renseignements de l'Oued Insokki au Gourara, 
vers Aouguerout, ksar important qu'elle place à l'ouest et 
très près de Timimoun. On lui indiqua en outre, comme se 
trouvant autour de Aouguerout, le Ksar de Deldounau sud- 
sud-ouest; leKsard'Ël Barka, à l'ouest; puis celui de Touki; 
au aord-ouest de ce dernier, le Ksar des Oulad Rached; puis 
celui de Mtarfa, qui appartient aux Douï Menia. 

Elle apprit qu'entre Mtarfa et le Tou&t, on rencontre plus 
de trente ksour, dont Timmi est le principal; il a pour 
cheik, en ce moment; El Hadj Mahmed Ould el Aadj Hassen. 

Le reste des indications sur le Touât et Je Tidikelt (pays 
d'Insalah), concerne le Ksar de Tamentit, l'Oued Saoura, 
les ksour de Zaouïat Gherfa qui produisent du hennéy 
rOuedBothaqui va du plateau de Mouydir à TOued Saourâ, 
et les ksour de Tit et d'Aoulet. On put rectifier le rensei- 
gnement qui avait été obtenu dans le précédent voyage 
sur la distance de Milianah à Insalah, ainsi que la position 
d'Aïn Souf, telle qu'elle est donnée dans la carte de Peter* 



EXPLORATION DU SABÀRÀ. 219 

mann, d'après l'itinéraire de M. Soleillet. Le chef de la 
mission, qui s'occupait plus spécialement de ces questions, 
put s*assiirer que ces détails concordaient avec ceux que 
Gérard Rohlfs avait rapportés* 

On s'engagea ensuite dans l'Oued Insokkii dont le lit se 
resserrant vers le point où il s'appelle Oued Rezma, obligea 
les voyageurs à franchir un véritable canon encombré de 
loches. Dans sa haute vallée qui prend le nom d'Oued 
TioQghî indiqué par M. Duveyrier, il fut possible d'avoir 
one note précise sur sa direction et sur sa formation. 

En la remontant dans la partie appelée Oued Megraoun, 
le 22 décembre, on fit la rencontre de cinq hommes 
des Zona et des Oulad Bahamou, dont Tun était parent 
da guide Mohamed ben Radja. Ils apprirent que tout 
était en paix dans le pays, que la mission pouvait mar- 
cher avec confiance, et que récemment, les Hoggar étaient 
allés au nontibre de trois cents pour l'Âïd Kebir, à Insalah, 
afin de Csdre la paix avec les gens d'Aoulef, avec lesquels ils 
avaient eu des difficultés. L'arrangement avait eu lieu, et 
Ahitaghen, qui conduisait ses Touareg, racontait haute- 
ment qu'il avait écrit au chef de la mission pour lui dire 
qa'ii pouvait traverser son pays. Ces détails étaient con- 
formes à ceux qu'avait déjà reçus le lieutenant-colonel, et, 
en particulier, à une lettre du mois d'août, dans laquelle 
Âhitaghen lui annonçait son intention de se rendre au 
Touàt. 

Depuis son arrivée dans l'Oued Tioughi, la caravane 
rencontrait plus fréquemment de Teau et des roches de 
nature plus ferme, qui dénotaient le voisinage d^une con- 
trée accidentée et rocailleuse. Elle eut, dans cette partie de 
son trajet, à franchir de nombreux ravins, gagna l'Oued 
Aghrid, l'Oudian Lefad, l'Oudian Djidari, et s'arrêta un 
joar à Hassi Insokki, près de la tête de l'oued du môme 
oom. On y releva un itinéraire par renseignements pour se 
rendre de ce point à Insalah, et on décida, le 27 décembre. 



ââO EXPLORATION DU SAHAftÀ. 

d'envoyer au chef des Hoggar, dans le Tidikelt, un homme 
de confiance, cheikh Boudjema, qui devait lui remettre des 
lettres destinées à lui annoncer l'arrivée de la mission. 
Le lieutenant-colonel écrivit d'Hassi Insokki à madame 
Flatters une nouvelle lettre, d'où nous extrayons les détails 
qui suivent : 

« Hassi Insokki — 1« long. E — Sa> 30' lat. N. 

» Je terminerai ma lettre à Mesegguem, d'où j'enverrai 
un courrier par retour des gens d'Ouarglâ arrivés ici hier. 
L'exploration marche bien et nous sommes en pleine décou- 
verte, tout, jusqu'aux renseignements indigènes, étant 
absolument à modifier^ relativement à l'idée qu'on se fai« 
sait de ce pays. 

» L'Oued Insokki, affluent de l'Oued Mia, était inconnu; 
le plateau de Tademaït, que nous déterminons^ était soup- 
çonné bien di fièrent de ce qu'il est réellement Pour le 

moment, nous sommesà 550 kilomètres sud-ouest d'Ouarglâ, 
à 200 kilomètres est-nord-est d'Insalah. Le pays est monta- 
gneux, très difficile; lesouedstrèsencaissés coulent enmoyenne 
tous les trois ans. Si on passe en dehors des oueds, on a le 
rocher mouvementé, nu et aride, sans compter les gros 
accidents de terrain ; si on passe dans les lits d'oued, on 
peut être emporté, le cas échéant, par une crue. Vous 
voyez que, pour un chemin de fer, ce n'est pas très prati- 
cable 

> La marche est fort pénible pour le moment : très froid 
la nuit, très chaud le jour. Il n'a pas plu depuis longtemps ; 
nos chameaux trouvent peu à manger, et nous en perdons 
quelques-uns en route. Malgré cela, la santé est excellente, 
et nous sommes dans les meilleures dispositions pour aller 
jusqu'au bout, sauf incident. 

> Depuis Hassi Inifel,... nous sommes chez les Oolad 
Bahamou, tribu arabe dont le centre est à Insalah... » 

Le lieutenant-colonel raconte ensuite que cette tribu 



EXPLORATION DU SAHARA. S21 

ToU le passage de la mission sans animosité, pourvu 
qu'elle ne pénètre pas dans ses ksour; qu'il est en bonnes 
relations a?ec les gens des Zoua comme avec ceux dlnsalah, 
et qu'il compte âur un passage facile. 

«Suivant moi) dit-il, le seul moyen de réussir à Insalah, 
c'est d'y aller en mission officielle^ suivant à peu près notre 
itioéraire actuel^ ou un autre, par l'Oued Mia, soit au 
départ d'Ouarglâ, soit à celui d'Ël Goleah, avec une orga- 
nisation dans le genre de la mienne, assez forte pour avoir 
sa liberté d'allures, sans paraître une expédition militaire 
destinée à conquérir le pays ; mais le nom de la France 
derrière et parlant haut. » 

n est persuadé qu'en allant droit à Insalah, sans passer 
par le Gourara et le Tou&t, on sera bien reçu, et que les 
autres oasis agiront de môme. Quant aux Oulad Sidi Cheikh 
réfugiés au Maroc, il les croit affaiblis et réduits au métier 
de maraudeurs. 

C'était, on le voit, plein de confiance, que le chef de la 
mission continuait le 28 décembre, sa route vers Meseg- 
guem. 

Après avoir franchi une série de ravins accidentés qui 
fonnent les tôtes de l'Oued Insokki ou de l'Oued Msied, il 
atteignit le medjebed (c sentier » d'IIgou, ainsi nommé du 
Dom d'un cheikh des Zenata, qui fut massacré, à une épo- 
que reculée. La caravane eut ensuite à remonter dans TOued 
Âghrid et gagna bientôt la ligne de partage des eaux du 
Mader, c'est-à-dire la tète des oueds, qui, parallèlement à 
rOued Msied, vont se perdre au nord-est dans la dune. 

Le Mader, d'après le journal de route, porte le nom géné- 
ral de Tigmi, d'où Ton avait antérieurement concluà un oued 
Tigmi, qui n'existe pas. Cette région est formée par la pente 
Dord du plateau de Tademaît, depuis TOued Msied au nord 
JQsqu'à Mesegguem au sud. C'est un réseau de ravins (oti- 
iian) qui se réunissent deux & deux, trois à trois, pour for- 
mer des oueds. Il n'y en aurait pas moins de 21, entre les 



222 EXPLORATION DU SAHARA. 

deux points indiqués, savoir: l'Oued Msied d'abord, puis les 
cinq oudians de Tinelkramt, Daiat Nadj, Daiat el Feras, 
Daiat ben Lekhal, Kokrat ed Diah, l'Oued Tinersal etl'Oued 
Djairin, presque aussi importants que le Msied. 

L'Oued Djokran, le plus considérable, qui occupe le cen- 
tre du pays de Mader avec de nombreuses tètes, qui sont 
les trois oudians Adjerem, et les deux Tisnaiat; Voudei 
€ petit oued > Eibadi, Oued el Ghelga, Oued Itlou, Oaedel 
Hassani, Oued Iragharghar, Oudian Sebat, Oudian Alem, 
Oued Souf assez important, Oued Alenda, Oued Aoulouggui, 
qu'il faut distinguer d'un affluent de droite de l'Oued Mia 
qui porte le même nom. Cet Oued Aoulouggui marque l'ex- 
trémité sud du pays de Mader et s'arrête en réalité aux sables 
4e Mesegguem. 

En continuant sa route, la caravane gagna^ensuile l'Oued 
ou Ghabet Tisnaîa, atteignit l'Aoulouggui le 30 décembre, 
et en suivant sa direction, passa au Chabet Zahra, point de 
croisement du sentier d'Insalah àGhadamès. Là, elle relera 
les points de campement de la route ordinaire qui relie 
ces deux villes, soit par Aoulouggui, soit par Mesegguem, 
et en suivant son itinéraire, put rectifier au sujet de 
l'Oued Massin une erreur géographique analogue à celle de 
rOued Tigmi. L'Oued Massin n*est, paraît-il, que l'en- 
semble des ravins qui descendent du Goudiat au sud. Leur 
nombre est considérable et a été relevé avec soin; ils abou- 
tissent à un thalweg principal appelé l'Oued Mentga, qui se 
dirige d'abord au sud-ouest, puis au sud,etva seperdredans 
le reg,un peu avant une mine d'alun qui est à30 kilomètres 
environ plus loin, au delà de Tiounghigbin. 

Le 31 décembre, on était au puits d' Aoulouggui où l'un 
des guides, Si Mohammed ben Radja, avait vu passer, l'année 
précédente, une caravane de plus de cinq cents pèlerins du 
Touât, du Tidikelt, etc., qui se rendaient à la Mecque, par 
Ghadamès et la Tripolitaine. En suivant la vallée de l'Aou* 
louggui, on atteignit la limite sud du plateau de Tademaïl 



BXPLOBATION DU SAHARA* 223 

et enfin le Hassi Mesegguem qui, depuis Inifei^ était l'ob- 
jectif immédiat de Texploration. 

Le puits de Mesegguem était comblé depuis plus de deux 
ans et son déblaiement exigea un travail aussi long que pé- 
nible. Ce n'était pas seulement pour ses ressources en eau, 
mais encore pour son intérêt géographique, que ce point 
méritait d'être signalé par la mission. 

c La sebkha de Mesegguem, nous dit en effet le journal 

de route, ne contient pas de sel ; elle se confond avec le reg 

aroisinant, qui est la tête de celui de TOued Massin, quoique 

ia pente de ce dernier ne soit appréciable ni dans un sens, 

ni dans l'autre. C'est plutôt une cuvette plate où se perd 

l'Aoulouggui, dont l'embouchure mal définie est marquée 

par quelques dunes. La ligne de séparation de cette cuvette 

2Tec rOued Massin est indéterminée. Au nord elleest limitée 

par la pente sud du Tademalt, au sud et au sud-ouest par 

celles du Tinghert. LeTinghert etle Tademaïtse rapprochent 

i l'est-nord-est, tout en s'abaissant sensiblement. La pointe 

au coin sud-ouest de Toudje s'avance entre les deux et le reg 

deMesegguem rétréci, se continue par le medjebed «sentier » 

d'ElfiiodhjInsalah, Ghadamès,ayant à gauche l'oudj e de FErg. if 

Pendant le séjour à Mesegguem, la mission fut croisée 

par une caravane des Oulad Bahamra, qui revenait de 

Ghadamës et avec laquelle elle eut d'excellents rapports. 

Elle en retira des renseignements commerciaux et poli- 
tiques qui avaient pour elle une valeur réelle. Ces Oulad 
Babaiura avaient été, deux mois auparavant, porter des plu- 
mes d'autruche, de la poudre d'or, du henné, des dattes, 
quelques tapis et des cotonnades du Soudan, enfin des 
esclaves nègres, à Ghadamès. En échange, ils apportaient des 
cotonnades européennes venues par Tripoli, un peu de 
quincaillerie, de sucre, du thé, le tout, à peu près, destiné 
au Soudant Ils avaient trente chameaux dont 20 chargés. 

1. U est curieux de remarquer la voie quo suivent ces marchandises 
niropéennes pour pénétrer dans le Soudan. 



m EIPLORATION DU SAHARA. 

Dix hommes la conduisaient, sous le commandement da 
chérif Mouley Ahmed, parent d'Ël Hadj Abdelkader ben 
Badjouda, cheikh dlnsalah. Il avait à son compte un tiers 
des marchandises ; le reste appartenait au marchand de 
GhadamèSy Mohamed ben Zeid, qui l'accompagnait. 

Us parurent frappés des avantages qu'ils pourraient re- 
tirer de relations plus suivies avec TAlgérie et laissèrent 
entendre que les Oulad Bahamou seraient plus disposés 
qu'on ne le croyait à se mettre en rapport avec les Français. 
Cependant le commerce d'Insalah et le genre de ses rela- 
tions permettent d'émettre un doute à ce sujet. La richesse 
de cette ville a pour principale source le commerce de 
transit du Soudan au littoral méditerranéen et réciproque- 
ment; mais ses bénéfices les plus assurés viennent du traCc 
des esclaves. Tous les ans, deux caravanes vont au Soudan, 
par Akabli et le Tanezrouft; elles se séparent chez les Aou- 
limmiden, Tune, allant par TAdrar au Haoussa, l^autre, se 
réunissant à la grande caravane du Maroc, qui va à Tim- 
bouktou. Des gens de Ghadamès se joignent à ceux d'In- 
salah, pour aller au Soudan occidental ; outre les marchan- 
dises courantes dont ils font réchange, ils emmènent sur- 
tout des esclaves, et il faut compter que dans la pacotille de 
retour, les objets de commerce sont, par rapport aux e^- 
claveS) dans la proportion de un à quatre. Ces derniers 
s'écoulent dans le Maroc et dans la Tripolitaine, où les 
marchandises du Soudan elles-mêmes trouvent un débit 
plus facile qu'en Algérie, parce que les frais de douane, 
d'entrepôt et de marché^ sont plus simples et moins élevés 
que sur nos territoires. D'autre part, les marchandises euro- 
péennes y sont apportées en abondance par le commerce 
anglais. 

On ne voit donc pas quel avantage les marchands dln- 
salah pourraient retirer d'un courant commercial vers 
l'Algérie, où la traite est prohibée. Il ne faut pas chercher 
ailleurs la raison de l'abandon relatif des routes commer- 



ElPLOtlAlnOlf DU âÀttARÂ. t25 

ciales du Sahara algérien; et la Chambre de Commerce 
d'Alger n'aurait trouvé d'autre remède à cette situation 
que dans l'admission des engagements de nègres dans des 
conditions analogues à celles des coulies chinois. La ques- 
tion^ on le voit, est loin d'ôtre résolue, et le séjour de la 
mission à Mesegguem ne pouvait que constater une fois de 
plus Tétat des choses. 

La mission s'aperçut à Mesegguem que ses chameaux 
fatigués réclamaient du repos. On y resta donc 6 jours, 
depuis le 1*' janvier de cette année jusqu'au 7, pro- 
fitant de cette halte pour mettre les notes au courant, 
expédier un courrier et étudier l'état de la contrée. Celui-ci 
n'était pas également favorable partout, et dans sa lettre au 
Ministre, le lieutenant-colonel dut lui rendre compte de 
l'obligation que Taridité de la plaine d'Adjemor lui impo- 
sait, de se détourner vers le sud-est, pour atteindre Tioun- 
kinin, par le Tinghert, l'Iraouen et l'Ifetassen. Aussi ne 
comptait-il pas alors être sur TOued Gharis avant une 
dizaine de jours, où il espérait rencontrer Ahitaghen, le 
chef des Hoggar. 

11 envoya à cette époque à madame Flatters, des détails 
qui sont la répétition de ceux du journal de route, avec un 
abandon plus intime, qui leur restitue souvent leur vraie 
cooleur locale. 

Mesegguem, lui dit'^il, est un puits dans une immense 
plame, au débouché de la montagne de Tademaît, que 
nous avons complètement explorée. Nous sommes ici à 
120 kilomètres sud-est de Hassi Insokki, et à 670 kilomètres 
d'Ouarglâ, par 2 degrés de longitude est, et 28 degrés de lati- 
tude nord; nous coupons l'itinéraire suivi par Rohlfs en 1864, 
et nous nous retrouvons en pays inexploré, comme depuis 
Ouarglâ... Hassi Mesegguem n'est à personne ; c'est le grand 
chemin,et sion établissait des limites fixes, il tomberait en par- 
tage aux Touareg. Triste pays en tout cas I désert de roches ou 
de sables ; végétation à chameaux, c'est-à-dire, çà et là, dans 

soc. DE GÉOGR. — 1" TaiMESTRE 1882. III. — 15 



336 EXPLORATION PU SÂBAR4, 

des semblaots de vallée, plantes plus ou moins ligneuses que 
broutent ces animaux. Les points d'eau sont éloipés 
de 4 à 5 jours, et encore fautril parfois creuser soi-même 
des puits de plusieurs mètres de profondeur, pour arriTer 
k faire boire et à faire une provision d'eau qui conduira 
au puits suivant.., » 

M. l'ingénieur en chef Fournie reçut aussi de Mesegguem 
une lettre détaillée, dans laquelle le chef de la mission, 
après avoir expliqué le peu de praticabilité de l'Oued Mia, 
ajouta : « GOmme d'autre part la route directe de Goléah à 
Insalab est dans le môme genre; comme l'Oued Saoura est, 
k n'en pas douter, encombré de sables, au moins entre 
Kerjaz et la hauteur deTamentit, sinon plus haut encore, il 
ne reste en voie facile que celle de Goleah, par les Ksour 
duGourara, de l'Aouguerout, duTouftt, qui sont au nombre 
de plus de 150, et c'est toute une occupation à faire...,» «La 
carte de M. Duveyrier nous est toujours utile; mais elle com- 
porte des modifications dans la partie que nous venons de 
voir, et ce n'est pas étonnant, vu la distance à laquelle les 
renseignements ont été fournis par cheikh Othman. »... 
Il cite plus loin l'Oued Insokki, comme le principal 
affluent de l'Oued Mia, qui, a par rapport à la route d'In- 
salah, serait plus important que l'Oued Mia lui-môme'. » 
Enfin, il termine par des considérations déjà repro- 
duites sur les difficultés qui le rejetteront sans doute vers 
l'est. 

Dans une autre lettre écrite par M. Béringer à M. Foumiéi 
nous trouvons une appréciation qui évalue l'altitude de 
Mesegguem à 365 mètres et celle d'Insalah h 300 mètres. 

Quant aux dates de l'itinéraire, aux distances parcourues 
et aux maigres ressources de la contrée, les notes prises 
depuis Hassi Inifel, permettent de les résumer comme il 
suit : 

1 . Il écrivit aussi de Meseggmm à M. ramiral de La Roncier* one lettre 
qui n*«it q[ue le rèsusié det préeédeniei . 



PARCOURS 



NATURE DU SOL 



U 19 décembre I 
de Hassi Inifel 
i HeUag In- 
soUd, 30kil.. 



viGJTATION 



LefOyKefelOuar, 
30 kU 



Le21,0aedTiou- 
ghi,d3kil.... 



Le 9t, Oued Me- 
mun fraction 
de roued In- 
sokki,28kil.. 



Le23,ChabetHer- 
Boha, 30kU... 

^ 24, Oued Agh- 
ridî8ka.,?.. 



Le 25, Hassi In- 
«okki, 15kil.. 



Le 26, séjour, 
î^ Î7, séjour. 
Le 28, Chabet 
Chieh,20kil.. 

Le29,OuedDjolk- 
nui,25kil.... 

Le 80, Zeribet 
Ifogbas,25kil. 



Nebka, silex, grès 
rougeâtre, ter- 
rains crétacés, 
dunes de 100« 
sur la R. G. 

Ifebka reg et fond 
d'argile, grès 
quaternaire. 

Nbbka , roches , 
cailloux roulés, 
escarpements. 



Sables et argiles, 
marnes, roches 
rouges. 

Sables et roehas 
ravinées. 

Nebka , roches , 
réseau de ravins 
rocheux. 

Reg à gros grains, 
pays monta- 
gneux, cailloux 
roulés. 



BAU 



Végétation ex- 
ceptionnelle- 
ment abon- 
dante. 



Végétation abon- 
dante ; bons 
pâturages. 

Peu abondante. 



Pâturages assez 
abondants. 



Lt3l,HaHiÂou. 
l<Higguî,1$kil. 

LelwJMïT.1881, 
Hassi Meseg- 
goem, iOkil.. 



Silex noirs, reg et 
terrains ravinés. 

Reg et roches, 
marner jaunes. 

Reg,roches noires 
pays accidenté. 

Regetnel>ka,silex 
noirs. 



Traces d'eau de 
Tannée précé- 
dente. 

L*ouedade300à 
500« de large; 
les berges de 
30 à 50» de 
hauteur. 

Traces et laisses 
d'eau. 



Un peu 4*eau, 



Bonne eau à 20* 
puits de 5a50. 



Végétation abon- 
dante. 



Pâturages très 
abondants. 



Sources sans eau. 



Deux puits, un 
peu d*eau. 



Plusieurs puits, 
un peu d*eau 
âlô». 

Puits comblé de 
9» 50 de pro- 
fondeur, eau 
médiocre et 
abondante. 



Hii 



EXl^LOtUTtON DU SÀBARA. 



Ces renseignements, tirés presque tous d'une note géo^ 
logique de M. l'ingénieur Roche, sont complétés par ses 
indications topographiques qui corroborent celles du chef 
delà mission, et nous donnent des descriptions exactes delà 
forme des vallées et de leurs berges; elles nous représentent 
aussi le plateau de Tademaït comme un terrain déchiqueté; 
raviné, terminé par des escarpements de 40 à 50 mètres 
devant la plaine de Mesegguem. Celle-ci est couverte 
de reg; elle a 15 kilomètres de largeur environ et se trouve 
comprise entre les escarpements des plateaux de Tademaït 
et de Tinghert. C'est au milieu de cette plaine que se trouve 
le puits, dans un bas-fond gypseux en forme de sebkha. 









1 


1 


M 






GAMPBIIINT8 


LOMO. E. 


LAT. N. 


t-« 


736.5 


< 


OniRVATIORS 




Metiaglosokki 


1O20' 


29» 35' 


+ 10» 




N. 




KefelOair. 


1-25' 


89- 30' 


+ 18.7 


738.5 




Beau temps. 




OuedTionghi 


1«S0' 


29» 15' 


+ 16 


738.5 




» 




Oaed Megroun..... 


1»25' 


29» 


+ 18.8 


734.3 




> 




Chabet Mermolui... 


1»20' 


28» 45' 


+ 18.1 


731.3 




Beau. N.-O. 




Oaed Aghrid 


!• 15' 


28*35' 


+ 17 


728 




1 N.-E. 




Hassi Insokki 


OOC 


28*30' 


+ 17.8 


724 


45(^ * 
pnaMn). 


N.— B. 




Chabet Ghi«h 


i«ao' 


280 25' 


+ 22.3 


719.4 




N.-N.-E. 




Oued Djokran 


!• 35- 


28*25' 


+ 20.8 


720.7 




> 




Zeribet Ifogbas. . . . 


1»50' 


28» 25' 


+ 20.9 


723 




B 




Hassi Aoalonggui. . 


2«5' 


28*25' 


+ 16.9 


724.8 




Beau leiq». 




Haaû Meaegffuem. . 


2» 11* 


28*15' 


+ 19.5 


730.8 


418" > 

(fi», ^k^ 

IftaMrt). 


N.-N.E. 





1. 465 mètres diaprés les chiffres de Titinéraire. Le fond de l'Oued 
Insokki, à côté du puits, a été coté sur l'itinéraire : 415 mètres. 
i, 365 mètres d*après Titinéraire. 



EXPLORATION DU SAHARA. 229 

a En résumé^ dit M. Roche, la contrée, depuis Inifel, est 
formée par un plateau crétacé, légèrement incliné vers le 
Dord-nord-est, c'est^-dire vers le centre de la grande cuvette 
dont FOuedRhir et Ouarglâ représentent le fond. Ce plateau 
oa hamada est très déchiqueté et raviné par des oueds 
dirigés aussi à peu près vers le nord-nord-est. La hamada est 
absolument nue, stérile et sans eau. Les oueds présentent 
an peu de végétation; mais ils ne renferment de l'eau 
qu'accidentellement, soit dans des ghedirs, pendant un cer- 
tain temps après les pluies, soit dans des cuvettes souter- 
raines, au milieu des sables d'alluvions des vallées, comme 
à Hassi Insokki, Tilmes Cédrat et Hassi Aoulouggui. » 

Enfin, un extrait du registre des observations de M. l'in- 
génieur Béringer, achèvera de nous donner sur le pays par- 
couru, des notions désormais précises^ que nous résumons 
dans le tableau ci-dessus. 

XI 

De meseggueh a amguid 

Oued Haddja. — Plateau de Tinghert. ~ Oued el Hadjadj. — Rencontre, 
de Slîraan el Hartanin. — Envoi de deux guides en avant. — Khangat 
el Hdid. — Oued Botha. — Routes d'Insalah. — Massif de llraouen. — 
Arrivée sur l'Igharghar. — L*Oued Gharis et le Kheneg. — Oued Ta- 
hohaît. — Arrivée à Amguid. — Graves siqets de préoccupation. — 
Résumé des observations. 

Après Mesegguem, une marche de treize jours conduisit 
les membres de la mission à Amhuid, qui fut aussi pour eux 
un point d'arrêt important, peut-être le plus important, 
car il décida de la nouvelle direction à suivre, celle où ils 
devaient trouver une mort inattendue et terrible. 

On quitta Mesegguem le 7 janvier 1881. Bêtes et gens 
étaient reposés; chacun avait repris une nouvelle ardeur 
pour la continuation du voyage. Cependant le chef de l'en- 
treprise et ses collaborateurs se rendirent compte qu'ils 
étaient déjà forcés d'obéir aux exigences que ce pays désolé 



230 EXPLORATION DtJ SARJLRA. 

impose aux voyageurs, en leur refusant sur certains points, 
un des éléments les plus nécessaires à la vie, l'eau. C'est 
ainsi que l'aridité absolue de la plaine â'Adjemor leur 
fermait la direction du sud et les forçait à marcher au sud- 
est vers Tiounkiniu, appelé aussi Drâ ou Khangat el Hdid. 
Nous verrons du reste des circonstances analogues se re* 
produire plus tard. 

Bref, le 7 janvier, la caravane se déploya de nouveau dans 
le ghedir d'embouchure de l'Aoulouggui, pour gagner 
l'Oued Haddja, affluent de la Sebkha de Mesegguem, qu'elle 
devait remonter jusqu'à son origine. Le môme jour, elle 
parvint au pied des gour du Tinghert et continuant à 
suivre l'Oued Haddja, rencontra à Argoub es Séniat, on 
passage difficile ot il fallut s'avancer un par un. Au delà, 
elle atteignit le sommet du Tinghert, dont le journal de 
route nous décrit ainsi la topographie : 

« L'ensemble du système ne constitue pas à vrai dire un 
plateau continu; le nom de Tinghert lui-même, n'est réel- 
lement appliqué qu'à la chaîne sur laquelle nous sommes, 
bien qu'on Tétende quelquefois à toute la région, jusqu'au 
delà de l'Igharghar. Ce sont des chaînes de gour épaissies 
à leurs deux extrémités et séparant des vallées de reg, qui 
vont au versant sud. Ces vallées larges et plates dans 
leur partie moyenne, ont pour tête des ravins, formés par 
les épaississements des chaînes de gour et elles débouchent 
entre les épaississements nord, b 

Elles présentent néanmoins des passages praticables qui 
sont utilisés pour mettre en communication les plaines de 
l'Igharghar et d'Adjemor. 

En suivant son itinéraire, la caravane releva la Dala ben 
Abbou, déjà signalée par M. Duveyrier, et en ce moment à 
sec, gagna l'Oued el Hadjadj, qu'elle commença à descendre 
le 9, en passant près du sentier qui relieTimassinineàlnsa- 
lab. Dans cette partie, l'Oued Hadjadj a ses deux rives net- 
tement accusées par un ressaut de reg, au-dessus duquel 



EXPLORATION DV SAHAKA. 231 

s'éJèvent des gour qui s'agglomèrent en chaînes de plus en 
plus compactes. Bn sorte que l'ensemble de la vallée, oued 
et affluents, parait comme un reg parsemé de gour ; ce qui 
la difiérencio nettement de la vallée de TOtied ben Abbou 
qoi est sensiblement plus étalée. 

La caravane atteignit ensuite TOued Oglat Hamian, affluent 
de rOued Hadjadj qui vient du sud, et dont le lit renfermait 
une végétation abondante. La contrée, souvent visitée par 
des coupeurs de route» a une mauvaise réputation et l'on 
j voyait encore les tombes de quinze pèlerins assassinés 
par les Chamb&s, il y a plusieurs années. L'Oued el Had- 
jadj coule, parait-il, en moyenne tous les trois ans pendant 
4 ou 5 jours sur une étendue de 7 à 8 kilomètres, le plus 
souvent en automne ou en hiver. Dans son bassin, c'est le 
vent du sud qui amène ordinairement la pluie ; le vent 
d'est, le sable; celui du nord, le froid; et celui du sud-- 
ouest ou de l'ouest, appelé Chiheliy la chaleur; c'est le 
sirocco. D'après les indigènes, une année ne se passe guère 
sans ploie. Le fait est assez rare pour être signalé. 

C'est au Hassi Oued el Hadjadj, qu'on rencontra une con* 
naissance du premier voyage, Sliman el Hartani, le gardien 
de la zaouia de Timassinine, qui revenait d'Insalah avec 
deux nègres. Là, l'obligation d'abreuver les chameaux exi- 
gea une journée de repos; le lieutenant-colonel l'utilisa, en 
faisant prendre les devants au guide Zoui Mohamed ben 
Radja et à Jamma des Ifoghas. Ils devaient se rendre à 
Khangat el Hdid, pour le cas où Cheikh Boudjema et les 
envoyés d'Ahitaghen attendraient la mission. Â ce moment 
déjà, on prévoyait que le manque d'eau et de pâturages 
obligerait peut-être la caravane à se rendre directement de 
llraouen à Amguid. 

En attendant, elle commença, le 1 1 , à remonter l'Oued Ogiat 
Hamian, et se rapprochant du point où passe le sentier de 
Timassinine à Insalah, elle atteignit les escarpements ravi- 
nés qui sont à son origine, gagna l'Oudian el Gadem,puis la 



232 EXPLORATION DU SAHARA. 

ligne de séparation de l'Oued Foula et de l'Oued Tilmas el 
Mra, autre affluent sud-nord de l'Oued Hadjadj, dans le- 
quel elle dut s'engager, pour le quitter le 13, et entrer dans 
le bassin de l'Oued Malah. Ce dernier est indiqué comme 
très large; ses extrémités, soit en amont, soit en aval, ne 
sont pas resserrées par des gour, comme celles de l'Oued 
ben Abbou et de l'Oued Hadjadj et le passage de son reg 
d'amont à la plaine d'Adjemor, offre des pentes peu sen- 
sibles, sans aucun escarpement. Cette voie a été signalée par 
la mission, comme étant la plus facile et la plus large, pour 
aller du flanc de Terg à l'Adjemor, en passant par El Biodh. 
On gagna ensuite Ghabet Laroui, affluent de droite de 
l'Oued Adjerem; on le remonta le 14, en laissant sur la 
gauche la daîa Talhaiat où se trouve de l'eau, et on aperçut 
bientôt dans la direction suivie, les sommets du Djebel 
Iraouen, qui commençaient è se dessiner à l'horizon. On 
les voyait déjà prendre l'aspect d'une chaîne allant du sud- 
sud-ouest au ' nord-nord-est et composée de plusieurs con- 
treforts à peu près parallèles, qui naissaient dans un 
massif situé au std-sud-ouest. Une erreur d'un guide 
retarda un moment la marche, mais n'empêcha pas d'at- 
teindre le gtte indiqué, à l'embouchure de l'Oued Iraouen. 
Le lendemain, on remonta son lit à travers une végéta- 
tion abondante, se rapprochant de l'Oued Sidi Moussa, tète 
de l'Oued Inela, que la carte de M. Duveyrier indique 
comme séparation entre l'Iraouen et le Mouydir; on campa 
dans le haut de sa vallée, où Mohamed ben Radja et Jamma 
rejoignirent sans avoir trouvé aucune trace. 

Khangat el Hdid, d'où ils revenaient, est un défilé de 
2 kilomètres de long sur 100 mètres de large, avec des ro- 
chers de 200 mètres de hauteur de chaque côté. Il est orienté 
de Test-sud-est à l'ouest-nord-ouest. 11 contient toujours de 
l'eau vive, qui court à l'ouest sur toute la longueur, poor 
se perdre au débouché, dans une dune dite Atgant. A cette 
dune se trouve la tète du Botha ou Akaraba dont le thaï- 



EXPLORATION DU SAHARA. 233 

weg se dirige vers l'ouest , coupé par une dune pendant 
40 kilomètres environ, bordé par une chaîne du Mouydir 
à gauclie et une de Tlnzaz à droite, et avec un lit relative- 
ment étroit. De l'autre côté du khangat, on descend dans 
le bassin de righarghar, par les têtes de l'Oued Gharis et 
derOuedTagfaezal. 

Dans ces parages, la mission put relever par renseigne- 
meals, deux itinéraires du khangat à Insalah : l'un par le 
Botha, l'autre, par Foggaret et Arab, et le cours du Botha 
oa Akaraba, qui se dirige vers le Tanjzerouft. Vers son em- 
bouchure, le chef de la mission a signalé, comme une 
erreur probable, la désignation des marais d'Ezziza, qu'on 
aarait confondu avec Inzizé, point beaucoup plus au sud- 
est, vers l'Oued Tighidjert. Le journal de roule nous in- 
dique encore au Khangat el Hdid, deux itinéraires intéres- 
sants, l'un d'Insalah au Hoggar, par le Khangat, et l'autre, 
plus direct, réunissant les deux mêmes contrées par l'Oued 
Botba, jusqu'à Mekam Sidi el Bekri (des Ifoghas, père de 
Cheikh Othman). 

Le 16 janvier, nous trouvons la caravane remontant 
rOoed Iraouen et un de ses affluents de droite, jusqu'aux 
premiers contreforts de Tlraouen, où Ton put se rendre un 
compte plus exact de la topographie de ce massif monta- 
gneux. D'après la description de nos voyageurs,* il com- 
prend trois chaînes à peu près parallèles : celle du nord 
peu compacte avec«un intervalle assez large, qui est le lit 
principal de l'oued du même nom ; celle du milieu, à tra- 
?ers laquelle passe TOued Adjelman Arghem ; celle du sud, 
que la mission dut longer, en remontant l'Oued Adjelman. 
Les deux chaînes entre lesquelles elle eut à cheminer, sont 
assez rapprochées et s'élèvent jusqu'à 180 mètres et 200 mè- 
tres au-dessus du fond de la vallée. Au nord-est, on voit les 
chaînes finiretla vallée rejoindreinsensiblement l'Igharghar. 

C'est en les traversant que la caravane arriva au puits, 
alors desséché, de Tiimas Fersig, constata qu'une ligne 



234 EXPLORATION DU SAHARA. 

nord-est de 120 kilomètres, le met en communication avec 
Tanelagh, par l'extrémité nord de Tlraouen et l'Ighai^har, 
et qu'une caravane dlfoghas revenant dlnaalah^ venait 
justement de passer par ce point. 

En continuant sa route, la mission parvint dans une ré- 
gion pierreuse d'accès difficile, où se trouvait une sobba 
(« cascade ») formée par un cirque de rochers et où elle put 
goûter dans des rhedirs une eau excellente ; elle atteignit 
ensuite la tète de l'Oued Adjelmam Arghem et déboucha 
bientôt, le 17 janvier, sur Tlgharghar. Le Djebel Iraouen 
était franchi, le reg s'étendait de nouveau sous les yeux 
des explorateurs, jusqu'à Amguid, qu'ils voyaient former 
un cap sur la rive droite de l'oued. 

Les détails que contient le journal de route sur la région 
de righargbar où la mission débouchait, donnent une idée 
très nette de sa topographie. 

a Notre chaîne de Hraouen, dit le colonel, continue en 
bordure gauche de l'Igharghar, à notre droite, limitée à en- 
viron 5 kilomètres par l'Oued Taghezal, qui vient de 
Khangat el Hdid, et qui, avec l'Oued Sidi Moussa, marque 
séparation avec le Mouydir. On voit les chaînes du Mouydir 
continuer l'Iraouen à l'ouest, avec plusieurs caps au sud et 
entre autres, à l'horizon de ce côté, un cap double issu du 
Khangat el Hdid. Les têtes de ce cap sont séparées par un 
col très bas où débouche l'Oued Gharis, qui nous arrive 
par le travers, dans la plaine de l'Igharghar. L'Oued Gharis 
va joindre l'Igharghar à notre est, en un point dit Kheneg, 
qui est un resserrement sensible de l'oued, passage d'en- 
viron 2000 mètres de largeur, à fond de reg plat. Dans le 
kheneg, en deçà et au delà, l'Igharghar forme plaine de 
reg, comme celle que nous avons vue au premier voyage. 
La plaine en deçà, par rapport à nous, est appelée indistinc- 
tement Amguid, Gharis ou Igharghar. L'Oued Ighargbar 
proprement dit, qui a ici un lit distinct marqué par de la 
végétation, court sud-nord, au pied des roches élevées du 



EXPLORATION OtT âA!lARA. S35 

Tasili des Azdjer. Le point d'eau d'Amguid est au sud, au 
pied de ces mêmes roches, format) t cap an nord. Des dunes 
en chaîne très haute à notre droite, plus basses en avant et 
à gauche, courent au pied de Tlraouen, comme une der- 
mère bordure de la rive gauche de la vallée de Tlgharghar. 
L*Oued Taghezal s'y arrête en débouchant de l'Iraouen 
à notre droite. » 

Au sortir du Khencg on atteignit TOued Tahohaït ou 
Tahihout. 

(f Toute cette région du Tasili, écrit le chef de mission, 
s'appelle souvent Tahohaït d'une façon générale ; mais c'est 
en réalité, l'oued dont il vient d'être parlé, avec Iskaouen, 
llnhias, etc., auxquels cette dénomination s'applique plus 
particulièrement. Âmguid, qui est un point déterminé, pré- 
cise plus exactement l'extrémité occidentale du TasilL » 

On était au 18 janvier. Ce jour-là la mission vint camper 
à Amguid, après avoir longé le Tasili, au pied d'un escar- 
pement formant une muraille à pic de 250 mètres à 300 mè- 
tres de hauteur. Elle devait y faire un nouveau séjour de 
quelque durée, marquant ainsi la seconde grande étape de 
son nouvel itinéraire. Diverses raisons l'y obligeaient. 
D'abord Cheikh Boudjema, qui était parti d'Insokki pour al- 
ler porter des lettres à Ahitaghen, n'était pas de retour. 
Aller à sa rencontre d'un côté ou de l'autre, c'était' risquer 
de le manquer, d'autant plus que les guides disaient ne plus 
connaître les directions du Hoggar ou du Haut Igharghar, 
vers Idelès et Amadghôr. Le lieutenant-colonel prit donc 
la résolution de rester cinq jours à Amguid, délai nécessaire 
pour retrouver Cheikh Boudjema, et de pousser, pendant ce 
temps, une reconnaissance de deux jours vers le sud. 

La direction suivie par la caravane depuis Mesegguem, 
tout en l'écartant du Sahara central et du sud, pour la re- 
jeter vers l'est, était en résumé la conséquence des faits 
eux-mêmes. Le désert imposant sa volonté, élevait devant 
nos vaillants pionniers, cette barrière d'aridité qui depuis 



236 EXPLORATION DU SAHARA. 

taot de siècles a arrêté la civilisation. Il fallait s'incliner; 
et c'était pour ainsi dire la première déception un peu sen- 
sible que l'exploration eût rencontrée. 

Le lieutenant-colonel Flatters la sentit vivement, et la 
lettre à sa femme, datée d'Amguidy nous montre quelles 
furent, à ce moment, ses préoccupations. 

€ Je profite, dit-il, du retour d'un indigène avec une cara- 
vane de rencontre, pour envoyer un courrier sommaire. 
Tout a été bien jusqu'ici et nous sommes arrivés au 
26' degré de latitude, après avoir fait 1000 kilomètres de- 
puis Ouarglâ. Mais je vais sans doute être obligé de me dé* 
tourner par l'est et de perdre mon avance au sud direct, 
pour aller du côté de Rhât, attendu que nous sommes an 
point extrême de la route connue des guides et qu'en sui- 
vant toujours notre direction primitive, nous tombons dans 
une immense plaine, absolument dépourvue de végétation 
et d'eau, tout à fait infranchissable pour une caravane. SI 
j'avais ici des gens du Hoggar, ils pourraient sans doute 
nous mener par quelque chemin abordable, dans la mon- 
tagne de bordure à l'ouest; mais mon envoyé aux Hoggar 
n'est pas revenu ; je fais séjour ici pour l'attendre, tout en 
profitant du séjour pour explorer^ en volte rapide, à une 
soixantaine de kilomètres en avant; et sll ne revient pas 
d'ici à i jours, ce qui lui donne un délai raisonnable, je 
prendrai par la montagne à l'est, suivant un chemin plasj 
long, mais connu des gens que nous avons avec nous. Ce 
sera bien encore une ligne qui n'a jamais été parcourue par 
aucun Européen, et l'exploration en tirera grand profit 
Mais ce n'est pas l'exploration du Hoggar par le massif cen- 
tral, et je considère cela presque comme un échec, en raison 
de ce que j'avais espéré. Ce ne sera pas dû à l'hostilité des 
gens, ni au mauvais vouloir de qui que ce soit; nous n'avons 
eu à nous plaindre de personne, nous n'avons pas soulevé 
la moindre hostilité. C'est ce chien de pays qui n'est pas 
abordable par le bout oti nous voulions aller. Enfin peut-être 



ff^ 



noire envoyé arri?era-t-il et aurons-nous par lui le moyen 
de réparer cela. 

9 Tout le monde va bien dans la mission^ quoique la fa- 
tigue soit grande ; mais nous supportons la fatigue. La tem- 
pérature monte ; nous avons des journées de 25 et 26 degrés 
dechaleur; les nuits ne descendent'pas au-dessous de 10 à 
ii degrés. Cela nous change de ces jours derniers, où nous 
avons eu de la gelée blanche le matin. Nous sommes, pour le 
momeat,au pied d'une montagne de rochers énormes, avec 
one coupure dans laquelle coule un ruisseau, la première 
eaavive que nous ayons rencontrée dans le Sahara! il y a 
des poissons dans le ruisseau ! Il parait qu'il y a un lac sur 
la route par Test ^ 

» Je suis très ennuyé du contretemps que nous éprou- 
vons en ce moment; mais en somme, ce n'est qu'un contre- 
temps ; nous trouverons peut-être un guide qui nous rabattra 
sor le centre du Hoggar et la lacune sera comblée avec un 
double détour. En tout cas, nous aboutirons toujours à 
Rhàt, je l'espère, et le tracé du chemin de fer n'en sera pas 
moins déterminable dans la plaine môme qui nous barre 
ici le passage; surtout si, comme tout le fait espérer, nous 
retrouvons l'autre extrémité de cette maudite plaine, après 
avoir c zigzagué » dans la montagne. .. .Une double ligne d'ex- 
pioration est une chance exceptionnelle, et il faut se conten- 
ter de ce qui est possible. 

» Je pars demain matin en volte de quatre jours, avec 
ies ingénieurs, pour reconnaître une soixantaine de kilo- 
mètres au sud et voir si notre envoyé n'apparaît pas à 
Iliorizon. Masson reste au camp à nous attendre; nous 
rentrerons dans quatre jours, et nous partirons tous 
Semble le lendemain. » 

Celte lettre d'un caractère si net, d'une inspiration si 
franche, nous montre bien la noble ardeur qui animait 
notre courageux oflScier et ses amis. En la lisant, on voit 

1« Sans doute, le lac Iskaonen. 



238 EXPLORATION DU SAHARA. 

que ni les difficultés du voyage, ni la désolation de la 
contrée, ne pouvaient donner accès dans leurs âmes à une 
pensée de découragement. La vue de l'obstacle semble leur 
inspirer un mouvement de colère; mais c'est tout; la soif des 
découvertes les soutient et les pousse en avant quand même. 

Dans sa lettre adressée d'Amguid au Ministre des Travaux 
publics, Flatters exprime les mêmes sentiments, sous une 
forme moins vive et en y ajoutant, sur les directions du 
sud, des notions géographiques d'un vif intérêt. 

€ L'aridité de la plaine immense qui s'étend au sud 
d'Amguidrend bien difficile, sinon impossible, l'accès direct 
du massif du Djebel Hoggar, situé au delà, et je pense que 
nous devrons tourner par le Tasili à l'est, eu suivant la 
ligne des caravanes, Oued Toummourt, TahohaU, etc. Je le 
regretterai, car cela nous conduira vers les Azdjer et Rhât, 
et il nous faudra vraisemblablement renoncer tout à fait à 
l'exploration à Touest. Mais c'est la nature même du pays 
qui nous aura valu ce mécompte, et il n'était pas possible 
de le prévoir. 

» Dans tous les cas^ le tracé de la voie transsaharienne que 
nous recherchons, n'en sera pas moins déterminé, même 
dans les parties que nous n'avons pas pu parcourir, puisque 
l'obstacle qui nous force à nons détourner est la plaine de 
reg, unie et aride, où un chemin de fer peut toujours être 
établi avec la plus grande facilité. L'entrée du reg d'Âmad- 
ghôr étant déjà reconnue et son extrémité sud devant l'être 
bientôt par la reconnaissance du changement de pente des 
oueds allant au Soudan, si la li^e de faite est réellement 
peu sensible comme tout porte à le croire, la question se 
trouvera résolue. 

> Quant au tracé au sud-ouest, en coupant l'Igharghar 
pour aller, par Timissao, sur le coude du Niger, le reg 
existe, et uni, à n'en pas douter, jusqu'à Tin Akeli, près de 
Cheikh Salab. Là, sont quelques gour isolés et des têtes 
d'oueds en pente au sud-ouest, dans l'Ahenet, Il restera la 



SXPI«0BAT|ON DU SÂ0ARA. 239 

qoestioo da la hauteur de ce faite de TAhenet; mais les 
caravanes y passent sans difficoliéy allant du reg de Cheikh 
Salah au reg de Tahela Ohat et du Tarhit. Il ne peut donc 
y avoir grand doute à cet égard. » 

Lesgraves préoccupations qui agitaient à cet instant l'esprit 
(ienos explorateurs devaient bientôt faire place à Tespé- 
rance et à une nouvelle foi dans le succès ; les détails qui 
précèdent en ont donné une idée suffisante. Ce qui est cer- 
tain, c'est qu'elles n'ont pas un instant ralenti leur ardeur 
aa travail. 

Les observations recueillies deMesegguem à Amguid nous 
permettent en effet de rétablir cette partie de l'itinéraire, 
d'après des notions aussi exactes que les précédentes. On 
les trouvera résumées ci-après^ en ce qui concerne les res- 
sources et les distances. 

D'une fa^on générale, dans ce trajet du mois de janvier, 
la caravane avait longé et traversé le plateau de Tingfaert, 
pour se porter au pied de celui du Tasili. D'après les notes 
géologiques de M. Roche, le premier appartient aux étages 
toronien et cénomanien; on y rencontre quelques rares 
fossiles et des couches qui, au lieu d'ôtre horizontales; 
sont quelquefois ondulées et inclinées. L'eau s'y trouve 
dans les alluvioos des oueds. Dans le Djebel Iraouen, les 
chaînes de collines sont constituées par des bancs de grès 
dirigés,commeles vallées,du nord-sud au nord SO^est; celles-ci 
sont inclinées en outre de 5 à 10 degrés vers l'ouest. Ces gras 
sont généralement noirs, durs et cassants. Dans le lit de 
righarghar et du Gharis, M. l'ingénieur Roche a également 
constaté de nombreux fragments de lave roulés; et plus loin, 
il nous indique les bords du Tasili ou plateau des Âsdjer, 
comme formés par des banes de grès quartzeux, durs, 
parfois inclinés vers l'est, mais le plus souvent horizontaux. 

Pour compléter ces indications, il faut citer les observa- 
tions de M. l'ingénieur Béringer, qui nous donnent les 
chiffres ci-après : 



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EXPLOhATIOM DO SABAftA. 









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soc. DE GÉOGR. — l** TRIMESTRE 1882. 



III. — 16 



242 EXPLORATION DU SAHARA. 

D'Amguid, le chef de lamissiofi écrivit aussi à M. Tingé- 
nieur ea chef Fournie, une lettre dans laquelle nous trou* 
vons les appréciations suivantes : 

((... Llgharghar monte ici au sud Le reg s'étend indé- 
finiment sans végétation et sans eau, par la plaine d'Amad- 
ghôr à l'est, et par celle de Tinnakourat, à l'ouest, qui va au 
delà de Chikh Salah. C'est inabordable pour une caravane, 
et il n'y aurait peut-être moyen de passer, qu'en longeant 
le Tifideit sur Idelès. 

» La volte par Timissao me parait encore plus probléma- 
tique; mais la région des cols de Chikh Salah n'existe pas; 
il y a là un reg immense, quelques gour isolés ; les têtes 
d'eau Tarhit; Bahela, Obrat, etc., sont peu élevées dans 
TAhenet, et les caravanes y passent; il y a donc là des pas- 
sages faciles... 

» Tout le monde va bien; nous sommes tranquilles du 
côté des indigènes, Tou&reg et autres, et rien n'indique 
que nous ayons quelque chose à redouter de leur 
part. Il y a assez longtemps que nous sommes dans leur 
pays, pour qu'ils aient pu essayer de nous jouer quelque 
tour, vol de chameaux ou autre chose, s'ils nous étaient 
hostiles; et rien de tout cela n'a eu lieu. Ahitaghen s'abs- 
tiendra peut-être, circonvenu par les gens d'Insalah, aiec 
lesquels il a passé quelque temps dernièrement ; mais en 
somme, il pardt s'en tenir à la parole donnée de ne pas 
s'opposer à notre passage sur son territoire, puisque nous 
sommes chez lui depuis environ 40 jours. Il est vrai que 
j'aimerais mieux le voir me donner signe de vie, avec 
Cheikh Boudjema, que je lui ai envoyé » 



EXPLORATION DU SAHARA. 243 

XII 
d'AMGUID a OfRHELHAN TIKHSIN 

« 

Reconnaissance dans le sad d*Amgaid. — Plateau de Tasili. — Routes du 
fod-ooest. — OuedTedjert. — Ighellachem. —Retour de Cheikh Boudjema. 
^fionnes nouvelles d'Ahitaghen et du sud. ^ Région de l'Éguéré. — 
Puits de Tikhsin Tllmas. — Arrivée à Inrheloian Tikhsin. — Dernières 
lettres des explorateurs. — Observations. — Note géologique de M. Roche. 
— Fin de Texploration. — Massacre de la mission. — Conclusion. 

Il nous faut aborder mainfeaant le récit de la dernière 
étape de nos infortunés voyageurs. 

A Amguid, nous les voyons aux prises avec l'anxiété et 
l'incertitude. Le lieutenant-colonel semble s'irriter des ob- 
stacles que la nature et les hommes peut-être commencent à 
lai susciter ; la pensée qu'il ne pourra remplir le pro- 
gramme de sa mission devient pour lui un sujet d'inquié- 
tude. Mais toujours résqlu, il , se décide à se lancer en 
éclaireur, avec les ingénieurs, sans guides^ vers ce sud 
inconnu qu'il lui tarde de franchir. 

Il part le 20 janvier avec MM.Béringer et Roche, emmenant 
le maréchal des logis Pobéguin avec 5 hommçs, et pousse 
droit au sud; le capitaine Masson reste au camp, à Am- 
gnid, avec le reste de la caravane. 

n longe d'abord le plateau de Tasili, qu'il laisse à gauche 
et dont il trouve l'extrémité à 20 kilomètres d'Amguid, 
sous la forme de trois caps élevés de 7 à 800 mètres ; il le 
voit alors se prolonger vers le sud-sud-est, en une chaîne de 
hautes roches granitiques déchiquetées, et aperçoit à l'ho- 
rizon, à une distance de 120 kilomètres environ, le mont 
Oudan, auquel il devait attribuer plus tard, dans une lettre 
à H. de Lépinay, une altitude de 1500 mètres au-dessus de 
la plaine dlgharghar et de 2000 mètres au-dessus du 
niveau de la mer. 

Les indications géographiques que le journal de route 
renferme sur cette partie de l'exploration sont trop con- 



244 EXPLORATION DU SAHARA. 

densées pour pouvoir être résumées. Les voici en entier *: 

« Sur la berge gauche de l'Oued Igharghar, nous distin- 
guons la remarquable gara de Kamfousa. Au delà de cette 
berge très facile à franchir, s'étend au sud-ouest un reg 
immense qui va jusqu'à Tinnakourat, garaîsolée non loin de 
Tin Akeli, un peu au sud de Cheikh Salah et yisible da 
point où nous sommes. 

» De Tinnakourat, on va en reg*, sans accident sensible 
de terrain : au sud, à la tète de TOued Aberzoug; au sud- 
sud-ouest à la tète de l'Oued Adèlès et au sud-ouest, à la tête 
de rOued Tirhedjert. 

> Ces trois oueds forment les principaux passages de 
l'Ahenet, vers le pays de Timissao et du Tanezrouft, aa 
delà du massif du Hoggar. L Atakor finissant en cap élevé 
par le Taourirt, et le Taourirt se prolongeant à l'ouestruord- 
ouest par la chaîne plus basse de l'Ahenet, ces passages 
sont faciles et forment comme des coupures de reg dans 
l'Ahenet. Cependant celui de l' Aberzoug, le plus au sad, 
longeant presque le pied du Taourirt, est un couloir assez 
pierreux, d'environ 15 kilomètres de longueur. Celui de 
i'Oued Adelès est beaucoup plus large et à terrain moins 
pierreux, en reg ; celui de l'Oued Tirhedjert est semblable 
àrOued Adelès, mais sensiblement plus au nord en donnant 
en plein reg du Tanezrouft. » 

Le lendemain, les voyageurs arrivèrent au débouché de 
la principale branche de l'Oued Tedjert, où se trouvait un 
ghedir considérable plein d'eau, t C'est ici, dit le chef de 
la mission, qu'il faut placer Ighellachen, c'est-à-dire un des 
agttellach ou élargissement d'oued avec végétation, qui se 
trouvent en nombre considérable de ce côté, sans que rien 
de remarquable les distingue à première vue. » Le point 
qu'indique ainsi le lieutenant-colonel se trouverait à envi- 
ron 60 kilomètres au sud d'Amguid. 

1. Le lientenant-colonel était alors à 20 kilomètres environ au sud d'ArogoiJ. 

2. Le mot « reg » doit être pris ici dans le sens de plaine de sable. 



EXPLORATION DU SAHARA. S45 

Le lendemain 22, on marche directement au sud-ouest 
sur le Kamfousa, àlO kilomètres duquel on compte s'arrêter. 

a D'ici, écrit Je lieutenant-colonel Flatters, à 15 kilo- 
mètres d'Ighellachen, on voit parfaitement la vaste entrée 
plate et unie du reg, rive droite de Tlgharghar, qui donne 
accès dans la plaine d'Amadghor ; le mont Oudan à l'ouest; 
l'Ëguéré ou prolongation rocheuse du Tasili, rive gauche 
de rOued Tedjert, à l'est; au sud-ouest le reg vers Tinna- 
koorat; an nord, à environ 50 kilomètres, le Mouydir, 
continuant l'Iraouen et allant au sud-ouest; le débouché de 
rOued Gharis» venant de près de Khangat el Hdid, après ua 
cours d'environ 60 kilomètres, tomber par une large ou- 
verture du caudiat dans la plaine, pour aller à Test, vers 
Kheneg, à l'Igharghar. 

» Une antre tête de l'Oued Gharis, dite Elaghen el Ouat, 
vient du sud-ouest en deçà du Mouydir. Toute cette partie 
de la carte par renseignements de M. Duveyrier est à modi- 
fier, particulièrement au point de vue des distances relatives 
et de certaines orientations ; mais la concordance des ren- 
seignements avec .l'observation est toujours extrêmement 
remarquable, tant pour l'ensemble, que pour les détails. » 

Ce jour^là, le 2^ janvier, en revenant à son camp d'Ighel- 
lachen, le chef de la mission eut l'agréable surprise de voir 
arriver son émissaire Cheikh Boudjema, accompagné d'un 
Targui nommé Si Mohamed. Us venaient d'Amguid, d'où 
le capitaine Masson les avait dirigés sur Ighellachem. 

Cheikh Boudjema apportait une lettre d'Ahitaghen qui 
informait le lieutenant-colonel, qu'étant en route, au re- 
tour d'Insalah, pour regagner ses campements, il ne pour* 
rait peut-être pas le voir,, mais que lui ayant promis son 
passage à travers son pays pour aller au Soudan, il tenait 
parole et lui envoyait des guides. Son beau-frère, le vieux 
Ghikkat ben Hanfou, des Oulad Messaoud, père d' Altissi, le 
successeur désigné d'Ahitaghen, s'était arrêté à un campe- 
ment de l'Oued Gharis, à 70 kilomètres environ, pour 



246 EXPLORATION DU SAHARA. 

attendre que Cheikh Boudjema eût retrouvé la missioD. 

C'était une heureuse nouvelle qui remplit Flatters de 
joie et le dédommagea amplement, ainsi que ses compa- 
gnons, de leurs récentes inquiétudes; elle justifiait, en effet, 
ses prévisions et couronnait ses efforts. Du reste, ce n'était 
pas la seule. D'après les guides, grâce à de récentes pluies, 
la plaine d'Amadghûr n'était pas aussi dépourvue de pâtu- 
rages qu'on le supposait; on trouvait tle l'eau, soit à droite, 
soit à gauche de la sebkha et au delà; on pouvait d'ailleurs 
la tourner par l'Oued Tedjert et l'Eguéré, pour trouver une 
bonne route de caravane. De plus, les guides connaissaient 
Assiou et le Soudan et se chargeaient d'y conduire la mis- 
sion directement. 

Aussitôt le parti du lieutenant - colonel fut pris. Il 
envoya un homme à Chikkat et un autre au capitaine Mas- 
son, avec ordre d'amener la caravane à Ighellachem, où il 
resta avec les ingénieurs jusqu'au 26 janvier. 

Une lettre de M. l'ingénieur Béringer écrite d^lghellachen à 
H. l'ingénieur en chef Fournie, nous peitit fidèlement les 
impressions qui agitèrent à cette époque los explorateurs. 

c Ghedir ^e la duoe, 24 jaaYier 1881. 

» Nous campons 'par 26o 0'45'' de latitude et environ 3 de- 
grés de longitude, dans rimmense plaine des Ouedlgharghar 
et Tedjert. Depuis plusieurs jours l'aspect du pays a 
changé; nous sommes dans les granits et dans les basaltes 
qui forment la queue du Tasili et de l'Iftesen. Dans le loin- 
tain se découpe la silhouette du mont Oudan. A droite et i 
gauche, le reg à perte de vue. 

> La situation était fortement tendue ii 7 la peu de jours. 
Nous étions à Amgnid, dans le même dévonien et à la même 
latitude qu'à Mengkhough; et, comme à Mengkhough, 
on agitait la question d'un retour, avec cette nuance qu'au 
printemps dernier, nous avions trop d'indigènes sur le dos 
et qu'en ce moment, ils nous faisaient absolument défaut. 



r 



EXPLORATION DU SAHARA. 247 

II n'y avait qu'à attendre la réponse d'Ahitaghen. C'est 
ce qu'on résolut de faire. Pour ne pas rester désœuvrés, et en 
prévision d'un refus du chef des Hoggar, nous partîmes, 
Roche et moi, avec le colonel vers le sud, sans guides, afin 
devoir le plus possible de la plaine d'Amadghôr. Pendant 
cette voile, la réponse d'Ahitaghen nous arriva. Elle était 
favorable, et peut se résumer comme il suit : a Vous pouvez 
passer sans crainte pour vous rendre au Soudan, mais 
prenez la route la plus directe, car nous ne nous soucions 
pas de vous voir pénétrer dans nos douars. 

» Demain matin, nous partons vers la sebkha, accompa- 
gnés parClhikkat, le beau-frère et l'oncle d'Ahitaghen, et par 
an guide volontaire raccolé en route par l'émissaire que 
nous avions envoyé à Ahitaghen. Ghikkat nous quittera, 
aussitôt que les deux guides annoncés par Ahitaghen nous 
auront rejoints. 

» La crise est donc heureusement terminée, et j'ai bon 
espoir que nous arriverons au Soudan ; car une fois à Asiou, 
il sera plus court de pousser vers le sud que de traverser 
une nouvelle fois le Sahara. 

> Tkyni le monde va bien. 

> Nous continuons notre travail technique comme par le 
passé, et j'ai commencé aujourd'hui mes tours d'horizon au 
théodolite, le pays que nous allons traverser s'y prêtant 
admirablement. > 

Le U janvier, la caravane avait rejoint; on la laissa se re- 
poser le 25 à Ighellacheu, en attendant Ghikkat ben Hanfou, 
qui arriva le même jour, accompagné de quelques Touareg 
Hoggar, et d'indigènes Isakkamaren, qui vinrent vendre des 
chameaux. Le chef de la mission crut constater que, chez 
ces Touareg, le sentiment dominant était la crainte de le 
voir chercher sa route par le pays des Azdjer, ou vouloir s'é* 
carter de la route directe. Aussi ne fit-il aucune nouvelle 
demande ; ce qu'il avait obtenu lui semblait suffisant, et il ne 
crut pas devoir exiger davantage d'une première visite. Il es- 



S48 EXPLORATION DU SAHARA. 

pérait bien d'ailleurs calmer ces défiances ao cours du voyage. 

Il renvoya les Ifoghas qui l'avaient accompagné de- 
puis l'Algérie et qui avaient compté le conduire vers Ikhe- 
noukhen; à son avis, il était prudent de ménager toujours 
les excellentes dispositions du chef des Azdjer, afin d'assu- 
rer noire influence chez les Touareg du nord et de préparer 
les voies pour pénétrer chez ceux du sud. En conséquence, 
il lui envoya un cadeau, en lui faisant espérer plus tard sa 
visite. 

Le 26 janvier, il quitta son camp avec ses nouveaux guides, 
et s'avança d'abord à travers l'Eguéré, par l'Oued Tedjert, 
entre d'énormes roches de 5 à 600 mètres de haut ; il attei- 
gnit le même jour le pied du Boughedegh et décrit ainsi, le 
lendeniain, le pays où il se trouve, dans l'Eguéré. 

< A notre droite, dit-il, de hautes roches bordent l'Eguéré 
à l'ouest et forment la chaîne que nous avons vue de l'autre 
coté, par l'Igharghar. Le Tasili va à l'est-sud-est. L'Oued 
Tihoudai, qui vient de Todidié, forme dépression mêlée de 
goiîr déchiquetés et de dunes au pied du Tasili et doit être 
considéré comme une des têtes de l'Oued Tedjert. L'autre 
tête, l'Oued Tedjert proprement dit, tourne au sud-est^pour 
aller plus haut, par le sud et le sud-ouest, aboutir à Amad- 
ghôr en passant derrière les hautes rochesduTiobelghen que 
nous avons devant nous, et en deçà desquelles court un af- 
fluent important, l'Oued Alouhad, que nous devons suivre.» 

Dans la même journée, la caravane aperçut le pic de Ta* 
hohaït, puis le coudiat dit Chah et le pic de Toufrigh qui 
avait, à distance, les contours de l'Oudan. A deux heures, on 
campait dans un affluent du Tedjert, l'oued Ahadjéri, qu'on 
dut remonter le 28, pour gagner de nouveau l'oued Tedjert 
et le suivre vers le sud, dans un pays où les gour ofiTraieDl 
à l'œil du voyageur, des amas de basalte et de laves, produits 
d'éruptions volcaniques qu'on rencontrait à chaque pas. 

On parvint ainsi au puits de Tikhsin Tilmas,où affluent 
plusieurs ravins, entre autres le Hereggala; on remonta en 



EXPLORATION DU SÀHÂRÂ. 249 

suite de nouveau l'Oued Alouhai, et l'on vint camper le 29 
janvier au lieu dit Inzelman « eau sous le sable » Tikhsin. 

cNous sommes ici, dit le journal déroute, au sud de l'Ë- 
goéré, près du débouché de l'Oued Tedjert, dans la plaine 
d'Amadghôr. C'est le chemin des caravanes, et il est assez fa- 
cile. Ceux de l'Ahenet pour aller au sud-ouest par l'Oued 
Âdeles à Salah et Timissao, ou par l'Oued Aberzoug ou Tarhit, 
sont un peu plus difficiles, d'après ce que disent les gens qui 
les ont vus... Il est certain qu'il n'y a aucune comparaison à 
établir avec l'entrée de TAmadghûr, par le regplat et uni de 
i'Igharghar et de sa rive au delà de la chaîne du Toufrigh 
qoe nous avons ici à notre droite. > 

Du camp dlnrhelman Tikhsin, le chef de la mission put 
adresseren France, par des cavaliers d'Ouarglâ qui l'avaient 
rejoint à Amguid et qu'il avait emmenés avec lui, les der- 
niers documents concernant sa mission. « J'ai pu me met- 
tre en route, écrit-il alors au Ministre des Travaux publics, 
sans me détourner, en continuant à remonter I'Igharghar, 
pour aller passer par la Sebkha d'Amadghôr et aboutir di- 
rectement à Asiou. Je compte atteindre ce dernier point 
dans vingtrcinq jours, sauf incident. 

A la même date, il écrit à M. l'ingénieur en chef Four- 
nie: 

€ Mon cher directeur, 

* Mon envoyé est revenu avec des guides et un laissez- 
passer d'Ahitaghen, sur la ligne directe du Soudan; le 22, 
nous avons pu prendre au droitsud, sur Amadghôr et Asiou. 
C'est, sauf incident ultérieur, la réalisation du programme 
de l'exploration de M. le Ministre et de la Commission. 

Je crois que nous tenons un succès. Il ne me paraît 
guère douteux que nous arrivions à Asiou et de là je ne dé- 
sespère pas d'aller au Haousa. Mais il ne faut pas se dissi- 
muler que si nous franchissons le Hoggar, si nous y sommes 
bien reçus, le moment ne parait pas encore venu de faire 
autre chose que de passer, sans s'arrêtera circulera droite 



250 EXPLORATION DU SAHARA. 

et à gauche. Il y a des défiances sur nos intentions ulté- 
rieures; on comprend que nous allions au Soudan; on se 
défie de l'enthousiasme des Azdjer à nous accueillir et on 
nous ouvre le chemin^ mais on ne nous invite pas à nous 
arrêter. Ahitaghen n'avait pas promis et ne pouvait pas 
promettre ailtre chose. Il tient sa promesse; c*est tout ce 
qu'on peut lui demander. Il en sera probablement de même 
plus loin, si on nous accueille bien ; et nous pourrions, d'Â- 
siou à Agadès^ être obligés de suivre la route de Barth. Ce 
sera dommage, puisque jusqu'ici nous avons suivi une ligne 
que jamais Européen n'a suivie; mais on fait ce qu'on peut, 
surtout en exploration scientifique. » 

On voit que dans l'âme de nos explorateurs, l'inquiétude 
a fait place à la joie, à la fierté qu'inspire le devoir accom- 
pli, au bonheur d'avoir à peu près atteint le but indiqué et 
enfin à une nouvelle foi dans le succès. 

(( C'est nn important résultat que celui que nous avons 
obtenu, écrit le colonel à madame Flatters; plus de 1200 
kilomètres parcourus depuis Ouarglâ, dans un pays que 
jamais pied européen n'a foulé; passage chez les Touareg 
et voyage en plein pays des Touareg Hoggar, que jamais on 
n'avait pu aborder jusqu'ici. ÂÂsiou, nous serons au 2i« de- 
gré de latitude, les Touareg Hoggar franchis complètement 
etlesKel Owi de l'Azben ou Soudan septentrional, entamés. 
Si les choses continuent à aller bien, nous irons à la mer 
par Sokoto et l'embouchure du Niger. Si les affaires se gâtent, 
nous reviendrons par Rhat et nos amis les Azdjer, et même, 
dans ce dernier cas, on pourrait dire que nous avons obtenu 
un très important résultat. Les instructions primitives 
données à la mission par M. de Freycinet n'allaient pas si 
loin, et nous les aurions remplies à la lettre, sans aller même 
jusqu'à Asiou. Nous sommes à 80 kilomètres du point ex- 
trême qu'elles marquaient ; nous y serons dans trois jours. » 

Sa lettre à M. Duveyrier, publiée dans le Bulletin^ de la 

1. Voy. le Bulletin de mars 1881, page 2S5. 



EXPLORATION DU SAHARA. 25i 

Société de Géographie, exprimait les mômes pensées, en y 
ajoutant un rapide résumé du chemin parcouru. 

On possède encore, outre les documents officiels, une 
lettre de M. l'ingénieur Béringer à M. H. Duveyrier, qui 
n'ajoute rien à ce qui précède et que le Bulletin^ a pu- 
bliée; puis une lettre fort courte du lieutenant-colonel à 
M. l'amiral La Roncière, et enfin une dépêche à peu près 
officielle et d'une forme plus technique qu'il adressa à 
H. de Lépinay, secrétaire de la commission supérieure. 
Celle-ci nous fournit encore quelques indications géogra- 
phiques. 

« C'est un résultat important que d'avoir remonté l'Oued 
Mia, exploré l'Oudje ouest et le Hamada par Mesegguem, 
pour rejoindre Tlgharghar à Amguid, voir TEguéré, Àghel* 
lachen, le reg plat et uni jusqu'à Cheikh Salah, et recueilli 
des renseignements certains sur le passage des caravanes, 
par la ligne de faite à peine sensible de TAhenet, et la 
contre-pente sur In Amedjel, à la pointe du Taourirt et 
an delà sur le reg.de Timassao qui touche au Tanezrouft. 
L'Ahenet est une chdne coupée et relativement très basse 
qui va à rouest-nord-ouest.Il y a des passages en reg presque 
plat. Le massif proprement dit de l'Atakhor s'arrête en cap à 
pic au Taourirt'; au pied du Taourirt passe l'Oued Tarhit 
qui va à Timassao, venant de près de Cheikh Salah, oh il 
ne se trouve que trois gour isolés au milieu du reg; d'autres 
goor également isolés et très espacés, visibles d'Aghela- 
chen ou du moins de TÉguéré (car Aghellachen n'est pas 
un point fixe), relient le Djebel Oudan aux gour de Cheikh 
Salah, ou plutôt de Tin Aheli ou de Tinnakourat. » 

Plus loin, revenant sur l'Igharghar : 

« La plaine de l'Igharghar se continue indéfiniment, du 
moins à ce que nous avons vu jusqu'ici, à hauteur de 
Ûadan, par le 25* degré de latitude, le massif central du 

1. Voir le Bulletin de mars 1881, p. 250. 
-• Tarerenetz de la carte de M. Duveyrier. 



252 



EXPLORATION DD SAHARA. 







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EXPtOHATIÛN DU SAHARA. 253 

RoggâTy Tiûdest et Atakhor courant sud, à droite, le Tasili 
très loin allant à Test à notre gauche.- » 

Au milieu des péripéties des dernières journées, le travail 
des observations scientifiques n'avait pas chômé, et les 
résultats obtenus peuvent se résumer comme il suit : 

Une note géologique de M. Roche complète avantageuse- , 
ment ces indications sommaires. 

( Un peu au sud d'Âmguid, dit cet ingénieur, la vallée 
de llgharghar se développe sur une largeur d'au moins 
50 kilomètres. C'est une vaste plaine de reg (gravier quart- 
zeux) sous lequel apparaît quelquefois un calcaire gréseux 
quaternaire ou peut-être même post-quaternaire. » 

II signale les escarpements du Tasili, comme appartenant 
à l'étage dévonien et atteignant, à 20 kilomètres au sud 
d'Amguid, une altitude de 7 à 800 mètres. Les escarpements 
da plateau de Mouydir doivent être également classés 
dans les terrains dévoniens. 

Quant au plateau de l'Éguéré, « cette région, nous dit-il, 
est formée par une série de massifs ou plutôt de chaînes de 
montagnes, ayant jusqu'à 500 mètres de hauteur, séparées 
par des vallées souvent assez larges, dirigées environ nord- 
sud. Des oueds importants les sillonnent, passant quelque- 
fois de l'une à l'autre, entre des gorges étroites. Ainsi l'oued 
principal, l'Oued Tedjert, après un développement consi- 
dérable dans une large vallée nord-sud , vient déboucher 
par une vallée étroite à travers le dernier massif, dans la 
plaine de l'Igharghar, à 45 kilomètres environ au sud 
d'Amguid. » 

Toute cette région est constituée par du gneiss, avec des 
bancs de quartz et de calcaire intercalés; les directions des 
couches sont très variées. 

(( Le fond de la vallée de l'Oued Alouhai, affluent de 
l'Oued Tedjert, dit-il plus loin, est occupé sur une lon- 
gueur de 20 kilomètres et sur une largeur moyenne de i 
à 2 kilomètres par une couche de basalte de 5 à 10 mètres 



254 EXPLORATION DU SAHARA. 

d'épaisseur ; il parait en être de môme de certaines vallées 
voisines. Les oueds se sont creusé leurs lits à travers cette 
couche de basalte. En quelques points sur les escarpements 
de l'oued, le basalte se présente en colonnes prismatiques, 

ayant parfois la forme pentagonale La position de ces 

couches de basalte dans le fond des vallées, montre claire- 
ment que réruption basaltique a eu lieu à une époque où 
le Sahara possédait déjà son système orographique et hy- 
drographique actuel. Ces coulées de basalte proviennent 
i^aturellement de points situés plus au sud ; peutrétre 
aurons-nous l'occasion de les voir. » 

Quant aux observations astronomiques, barométriques et 
météorologiques, nous n'en possédons les résultats que jus- 
qu'au 23 janvier, à 7 heures du matin, c'est-à-dire jusqu'au 
départ d'Amguid. 

Nous savons seulement par les correspondances déjà 
citées, que M. l'ingénieur Béringer place Ighellacheo, le 
ghedir de la dune, comme il l'appelle, par 26"^ 0' 45' de lati- 
tude nord et environ 3 degrés de latitude est. D'autr epart, le 
post-scriptum de sa lettre du 29 janvier à M. H. Duveyrier 
nous donne la position d'Inzhelman Tikhsin, par 25"* 35' de 
latitude nord et 3^ 30' de longitude est, à trois journées de 
marche de la sebkha d'Amadghôr. 

A partir du jour où les documents qui viennent d'être 
résumés parvinrent en France, le silence se fait sur la mis- 
sion Flatters ; ceux qui la suivaient de loin dans son péril- 
leux voyage, formant des vœux pour son succès, étaient 
confiants dans un heureux résultat; tout semblait marcher 
à souhait, et l'on pouvait déjà songer aux conséquences 
avantageuses qu'entraînerait leur arrivée dans le Soudan, 
quand tout à coup, le 2 avril, le bruit de leur massacre se 
répandit dans le public. Vingt malheureux survivants de 
l'expédition, parvenus à Ouarglà à travers mille périls, j 
apportaient la fatale nouvelle qui fut aussitôt transmise 
à Paris. 



EXPLORATION DU SAHARA. 255 

Noos ne reviendrons pas sur l'émotion qu'elle produisit, 
ni sur le retentissement qu'elle eut en France et à l'étranger. 
Notre collègue M. H. DuTeyrier nous a raconté en termes 
touchants, dans la séance du 22 aTril Jes péripéties du drame 
terrible dans lequel le lieutenant-colonel Flatters et les prin- 
cipaux membres de l'exploration ont trouvé la mort. Nous 
les voyons victimes de la rapacité des Touareg et de la trahi- 
son de ces mêmes guides qu'Ahitaghen leur avait envoyés, 
périr les armes à la main, vers le 16 février, à 7 ou 8 jours 
de marche sans doute au nord du pays d'Aïr, dans un ravin 
perdu du Tin-Tarabin. 

A ce moment, des 92 hommes qui formaient la caravane, 
il D'en reste plus que 63; 29 ont péri dans la surprise de la 
première attaque. Ceux qui restent, guidés par un jeune et 
Taillant officier M. le lieutenant de Dianous, qui prend sur- 
le-champ sa décision, se mettent en retraite sur Ouargl&, 
poursuivis par leurs assassins. Les survivants les signalent 
rers le iO mars à Amguid, livrant un nouveau combat qui 
coûte la vie au lieutenant de Dianous, tandis que M. Tingé- 
nieur Santin mourait empoisonné. 

Enfin quatre hommes décidés, partis les premiers pour 
chercher du secours, peuvent atteindre Ouarglâ le 28 mars, 
où les rejoignirent plus tard seize de leurs compagnons. 

Les renseignements qui nous sont parvenus de Médéah, 
d'Ouarglâ et de Tripoli, sur cette épouvantable catastrophe. 
De nous ont malheureusement laissé aucun doute sur sa 
réalité. Cependant les récits qui nous ont ét^ faits, ont 
encore des points obscurs; il restera à les éclaircir. A quoi 
iaut-il attribuer cette trahison? Quels sont les auteurs de 
ce crime abominable? Quelles en sont les véritables causes? 
C'est ce que nous saurons plus tard. Le dernier mot n'est 
pas dit sur ce meurtre, et la vérité se fera certainement 
jour. 

Le Gouvernement, du reste, n'a pas perdu un instant pour 
faire l'enquête nécessaire, et pour se mettre en mesure de 



2156 EXPLORATION DU SÀHAHA. 

prouver, même aux sauvages habitants de ces contrées loin- 
taines, que la France sait, à l'occasion, récompenser et 
punir. Il nous faut donc attendre qu'on ait pu rapprocher, 
des informations recueillies au cours d'une expédition con- 
duite par Tagha de Ouarglâ, les renseignements qui sont 
réunis par les soins de M. le commandant supérieur de La- 
ghouat, de notre consul général à Tripoli et de M. le général 
commandant la subdivision de Médéah. Mais ici, notre devoir 
est tout autre ; il'consiste à montrer les importants résultats, 
on pourrait presque dire les découvertes que la seconde 
exploration du colonel Flatters assure dès à présent aux 
sciences géographiques. Nous les avons exposés dans les 
pages qui précèdent; il nous reste aies résumer brièvement. 
Reconnaissance de la vallée de l'Oued Mia, de ses affluents 
de droite et de la route des caravanes entre Ouarglâ et Insa- 
lah, jusqu'au plateau de Tademaït, constatation des diffl- 
cultés qu'offre cette direction pour l'établissement d'un che- 
min de fer; exploration du plateau de Tademaït et d'une 
partie de la route d'Insalah à Ghadamès; reconnaissance 
de la vallée du haut Igharghar et de ses affluents, d'Amguid 
au delà de la sebkha d'Amadghôr ; exploration des plateaux 
riverains de Tasili, de l'Iraouen, du Mouydir et d'Eguéré, 
reconnaissance par renseignements de l'Oued Botha ou Aka- 
raba jusqu'aux abords du plateau de Tanezrouft, et des 
routes qui conduisent du haut Igharghar vers Cheikh Salah 
et Timissao; établissement d'une carte à ^^^ de tous les 
pays traversés, s'étendant par renseignements précis et con- 
trôlés sur les contrées voisines à l'est et à l'ouest et dévelop- 
pantnos connaissances géographiques du 32® degré de latitude 
nord aux abords du 24*. Enfin notions géologiques, hydro- 
logiques, zoologiques, botaniques, etc., des contrées par- 
courues : telle est la riche moisson que récoltera la science. 
Au point de vue politique, il est difficile d'apprécier les 
résultats pratiques de l'exploration avant de connaître 
exactement les circonstances qui ont amené le massacre 



EXPLORATION DU SAHARA. 257 

de la mission, et sur les mobiles qui ont fait agir ses meur- 
triers. Mais les renseignements qu'elle nous a laissés sur 
les dispositions des ksour du Tidikelt (région d'Insalah), sur 
celles des Touareg Azdjer, enfin sur les objets d'échange 
qui alimentent le commerce des caravanes entre le Soudan 
d'une part, le Maroc et la Tripolitaine de l'autre, conserve- 
ront sans doute toute leur importance. 

Tels sont les titres incontestables que nos regrettés explo- 
ratears ont acquis à notre reconnaissance, à celle des 
membres de la Société de Géographie, à celle du pays tout; 
entier. Aussi la proposition faite par le Gouvernement 
d'élever à Onarglft un monument commémoratif des tra- 
vaux de la mission Flatters , sera-t-elle accueillie partout 
comme un acte d'équité. 

Mais après avoir résumé ces précieux documents, après 
avoir classé ces découvertes et ces observations, après avoir 
fait connaître au public ces généreux efforts et ces remar- 
quables résultats, après avoir rendu à la mémoire de ces 
nouvelles victimes de la science, l'hommage qui leur était 
bien dû, notre devoir, à nous survivants, ne sera pas encore 
rempli. Flatters, Masson, Béringer, Roche, Gruiard, Dianous, 
Santin ont succombé, il est vrai, dans leur noble entreprise, 
mais ils n'en ont pas moins soulevé le voile qui cachait à nos 
7eux la route du Sahara; ils n'en ont pas moins tracé une 
des voies que la civilisation moderne doit suivre dans son 
expansion; ils ont montré le chemin à leurs successeurs. 
Leur mort est un affreux malheur; mais dans la vie des 
peuples et des hommes, ce n'est après tout qu'un 
accident ; et loin d'arrêter dans son élan une nouvelle ten- 
tative, elle ne doit qu'exciter davantage l'ardeur de ceux 
qui l'entreprendront. Le châtiment même des meurtriers 
de Flatters nous offrira un jour une nouvelle occasion 
de marcher au Soudan ; nous espérons bien qu'on saura 
la saisir dans l'intérêt de la France et des progrès de la 
géographie. 

soc. DE 6*0€R. — 1** TBIMISTRB 1882. 111.-17 



358 EXPLORATIOIf DU SAHARA. 

Cette notice serait incomplète si^ pour mieux apprécier 
le tnérile de nos infortunés voyageurs^ nous ne la faisions 
suivre d'une courte biogi*aphie, qui nous montrera ce qu'ils 
avaient déjà été avant de se sacrifier pour leur pays. 

Les renseignements qui suivent, ont été publiés en grande 
partie dans le Monde iUustré du 4 juin dernier, par les 
soins d*un ami dévoué des principaux chefs de Texplo- 
ratioUy & qui nous devons déjà une grande partie des docu- 
ments qui nous ont permis de résumer leurs travaux, 
M. ringénieur en chef Fournie. Nous les reproduisons à 
peu prés textuellement. 

Le lienienant-eolonel flattera. 

Le lieutenant*coIonel Flattera était né à Laval, le 16 sep- 
tembre 1882. Entré à l'école Saint*»Gyr le 7 novembre 1851, 
il en sortait sous^ieutenant au 26* de ligne le 1*' octobre 
1853 et partait aussitôt pour la Grimée. Il fut nommé lieu* 
tenant au 3* régiment de zouaves le 23 avril 1855 et décoré 
peu de temps après» pour avoir fait prisonnier un capitaine 
et deux soldats russes. Il rentra en Algérie avec son régi- 
ment en 1856, et obtint peu de temps après d'entrer dans le 
personnel distingué des officiers détachés aux affaires indi* 
gènes. Capitaine le 8 septembre 1861, il fut nommé chef de 
bataillon au 9 tirailleurs algériens le 22 juillet 1871» of-* 
ficier de la Légion d'honneur en 1875 et lieutenant*colonel 
le 8 mai 1879. Il fût dioisi, en 1876, par M. le général 
Chanzy, comme le plus digne d'occuper le poste difficile de 
commandant supérieur de Laghouat, où il sut se faire re-» 
marquer et nouer parmi les tribus nomades de notre Sahara 
algérien d'utiles relations. Il remplissait encore ces fono» 
tions quand il fut délégué par M. le Ministre de la Guerre 
pour le représenter au sein de la commission supérieure du 
Transsaharien, où il fit adopter son projet d'exploration du 
Sahara central. C'est de là qu'il partit comme chef des deux 



BXPIOIUTIOIV DU SAHARA. 259 

missions sahariennes, pour accomplir les beau» et intéres- 
sants Yoyages qoe nous venons de résumer. 

Flatters était blond, d'une taille un peu au-dessus de la 
mo?enD6y d*nne constitution robuste et d'un caractère vi- 
goureusement trempé. Sa nature était franche, ouverte, 
vive et gaie. C'est ainsi du moins que nous l'avons connu, 
j j a une vingtaine d'années, au 3* ^régiment de zouaves, 
où tout le monde l'aimait et l'estimait. Il se passionnait ai" 
ftémenl pour toutes les nobles et grandes choses, et c'est 
avec enthousiasme qu'il avait entrepris de pénétrer jus- 
qu'au Soudan, par les routes sahariennes des caravanes. 
Dans son noble dévouement pour les intérêts de son pays, 
il n'a pas hésité un instant h quitter sa femme, son enfant 
et à se lancer dans Tioconnu. C'était un vaillant cœur, et il 
suffit de l'avoir approché pour regretter sa fin prématurée. 

I«e eapttalne Wimiiion. 

Pierre^René Masson est né à Rambouillet, le 43 décembre 
4843. Ayant commencé son éducation dans l'institution 
Hébert (à Rambouillet), il est passé au lycée de Versailles 
dans la classe de seconde. 

Entrée l'École militaire de Saint-Cyr en octobre 1864, 
aveclen^^i, il en est sorti avec le n*» 9. Entré à l'Écolo 
d'état-major le 1*' janvier 1867, avec le n© 6, il en est sorti 
lieutenant d'état-major le 1" janvier 1869, avec le n® 4. 

11 a fait son stage de cavalerie au 10* chasseurs à cheval, 
àTarbes, puis à Versailles, d'où il partit au mois de juillet 
1870, avec son régiment, pour l'armée du Rhin. 

Nommé aide de camp dû général de brigade Sanglé-Fer- 
rière^ il assista aux batailles de Borny, Gravelotte et Saint- 
Privât, et aux combats à peu près journaliers que la brigade, 
qui faisait partie du 3* corps, commandé par le maréchal 
Lebœuf, livrait sous Metz. 

Prisonnier de guerre et revenu de captivité en avril 1871, 



260 EXPLORATION DU SAHARA. 

il a été nommé, à cette époque, capitaine d*état-major, 
pour prendre rang du 8 décembre 1870, et aide de camp du 
général Daguerre, avec lequel il est entré à Paris. 

Il a fait son stage d'infanterie au 1*' zouaves, à Alger, de 
septembre 1871 à septembre 1873, son stage d'artillerie au 
7' d'artillerie, à Rennes, d'octobre 1873 à octobre 1874. En 
novembre 1874, il fut attaché à la division du général Os- 
mont, à Oran. 

Nommé aide de camp du général Carteret Trécourt, à 
Constantine, il fut blessé au combat d'El-Amri livré aux 
Arabes révoltés, et décoré de la Légion d'honneur. 

Il suivit le général Carteret à Amiens et c'est là qu'il ren- 
contra le lieutenant-colonel Flatters, qui l'associa à son 
exploration. 

La vie du capitaine Masson, employée tout entière au 
service de son pays, s'est terminée de la triste façon que 
l'on sait ; ce brave ofBcier est mort victime de son amour 
pour la science. 

Lors de l'attaque des Touareg près du pays d'Aïr, le ca- 
pitaine Masson qui avait mis pied à terre, n'a pu atteindre 
sa monture. Cerné, il se défendit vaillamment; mais un 
coup de sabre lui fendit la tête, un deuxième lui coupa les 
jambes, et le fit tomber sous les coups de ses assassins. 

Le savant et sympathique ingénieur Béringer, qui vient 
de disparaître dans le terrible désastre de la mission Flal- 
ters, ne devait qu'à lui-même la situation pleine de pro- 
messes à laquelle il était parvenu par les seuls efforts de 
son travail et de sa remarquable intelligence. Né le 19 jan- 
vier 1840, à Strasbourg, M. Emile Béringer y fit ses éludes 
au gymnase, où il laissa le souvenir de brillants succès, et, 
dès le 29 septembre 1857, il était nommé, dans cette même 
ville, agent secondaire de 2' classe des ponts et chaussées. 



E2tPL0AAT10N Dtt SAHARA. 261 

Tels furent les débuts modestes de cette' carrière, qu'il se- 
rait sans doute fort intéressant de suivre et d'étudier dans 
son développement rapide et presque exceptionnel, mais 
que nous ne pouvons malheureusement qu'esquisser à 
grands traits. En octobre 1861, le jeune agent est nommé 
conducteur auxiliaire à Yitry-le-Français, où il fait remar- 
quer ses aptitudes à l'occasion de Texécution des ou- 
vrages métalliques du canal de la Haute-Marne. Ces ou- 
vrages, plusieurs fois copiés depuis, attirèrent l'atten- 
tion sur le futur ingénieur, qui, mis, sur sa demande, en 
congé illimité, entrait, le 3 mai 1866, dans la Compagnie de 
l'isthme de Suez. Adjoint à M. Laroche, ingéniear en chef 
de Port-Saîdy il fut attaché aux travaux du port de Port- 
Saïd et du canal dans la traversée de la Menzaleh. Il mérita 
d'être proposé, dès cette époque, pour la décoration par 
M. Ferdinand de Lesseps. Nous le retrouvons en 1869, à sa 
sortie de Suez, rentré momentanément dans le service des 
ponts et chaussées pour les études du chemin de fer de 
Garcassonne à Quillan. Puis la triste guerre de 1870 éclate, 
la France troublée et meurtrie fait appel à tous les dévoue- 
ments, et M. Béringer part comme lieutenant de génie 
auxiliaire au 35* corps. Cette campagne terminée, il entre à 
la Compagnie des chemins de fer du Midi, oii il reste près 
de quatre années comme sous-chef de bureau du secrétariat 
de l'ingénieur en chef de la construction. Mais cette vie 
calme et aux horizons trop limités ne pouvait convenir à 
une nature aussi active, et il accepte avec empressement, 
en décembre 1874, d'être attaché à la province de Pernam- 
buco (Brésil) comme ingénieur principal, chef du service 
topographique. Revenu du Brésil en mai 1877, ce jeune in- 
génieur, mûri déjà par un travail opiniâtre et une vie acci- 
dentée, se révélant tout à coup sous un autre aspect, mon- 
tra qu'il avait su mettre à profit son voyage pour produire 
en dehors de ses travaux techniques des documents d'une 
réelle valeur. Il laisse ainsi un mémoire remarquable inti- 



iSÎ EXPLORATION D0 SAHARA. 

tulé : Becherches sur le climat etla mortalité du Bécife pa^ 
blié dans V Annuaire de la Société météorologique (1878), 
et un autre non moins intéressant, mais encore sous presse: 
Topographie comparée de la ville et du port du Rédfe aux 
XVII* et XIX* siècles {Bulletin de la Société néerlandaise de 
géographie); enfin une très belle carte, malheureusement 
inédite, de la province de Pemambuco. Ces œuvres, qui 
montrent toutes un savoir étendu et un rare esprit d'obser- 
vation, sont celles d'un véritable savant. 

M.Béringer fut ensuite chargé, par la Compagnie du che- 
min de fer de IlSst, des études et travaux d'une important^ 
section de chemin de fer, à Yittel, oii il resta jusqu'au jour 
de sa nomination d'ingénieur du cadre auxiliaire des tra- 
vaux de l'État, attaché à la mission transsabarienne du lieu- 
tenant-colonel Flatters. Là encore ses travaux furent remar- 
qués, ai, au retour de la première mission, partie en janvier 
1880, et revenue vers le mois de juin, il fournit au Ministère 
des Travaux publics de nombreux et importants documents 
parmi lesquels je citerai un avant-projet de chemin de fer 
sur 600 kilomètres de longueur, la carte du pays exploré, )a 
détermination de coordonnées géographiques, les observa- 
tions météorologiques, de nouvelles et intéressantes théories 
sur le régime des dunes du Sahara. Le 14 juillet dernier, 
l'ingénieur Béringer devait à ses services exceptionnels 
d'être promu au grade de chevalier de la Légion d'honneur. 
En novembre suivant, il repartait avec le colonel Flatters 
pour continuer l'exploration du désert et tAcher de parve- 
nir au Soudan; le but allait être atteint, lorsqu'une mort 
glorieuse est venue briser cette carrière déjà si remplie et si 

belle d'avenir. Mais ce qui nous fait surtout pleurer la perte 

« 

de cet infortuné savant, c'est le souvenir de cette personna* 
lité si complète qui joignait aux plus riches dons de Tintel* 
ligence les qualités plus rares et plus précieuses encore de 
l'affection et du dévouement. Ayant beaucoup vu, mais 
surtout beaucoup observé et possédant une merveilleuse 



EIPLORàTK» m SAHARA. 263 

souplesse d'esprit» qui, jointe i des connaissances fort 
étendaest lui permettait d'aborder les sujets les plus divers, 
c'était on causeur charmant dont les récits, les théories ou 
les discussions portaient toujours l'empreinte de sa fine ori- 
ginalité, quand ils ne révélaient pas un esprit d'analyse et 
une largeur de vues véritablement remarquables. 

Nous voudrions pouvoir dire ici comment cette vie, qui 
paraissait à tous exclusivement consacrée à l'amour de la 
science, était aussi et plus entièrement encore consacrée à 
l'amour de la famille et au dévouement. M. Béringer joi-^ 
gnait à une énergie peu commune un profond sentiment 
du devoir et une si grande bonté, qu'elle a été même, dans 
certains cas, jusqu'à l'abnégation. C'est pourquoi nous 
pleurons non seulement l'homme de science, mais encore 
et surtout l'honnête homme, l'homme de bien et de cœur 
Vii a disparu pour toujours du milieu de nous. 

lie flootew Cliilavd. 

Fils d'un professeur distingué de l'Université, Guiard 
(Robert^Nicolas-Jules) était né h Paris le 5 février 1851. 
Élève du lycée de Tours, il y fit les plus brillantes études. 

En 1869, il entrait le septième sur cent dix & l'École de 
santé militaire de Strasbourg. Il se trouvait dans cette ville, 
lorsqu'au mois de juillet 1870 elle fut investie par les armées 
allemandes, et il se dévoua pendant le siège, comme ses 
ieaoes camarades, au traitement des blessés, L'Ecole de 
santé militaire fut reconstituée après la guerre, à Hontpel«< 
lier d'abord, puis définitivement à Paris, où Ouiard soutint, 
en 1874, sa tbèse de docteur. 

Peu de temps après il fut attaché comme aide-major de 
seconde classe & l'hôpital militaire Saint-Martin . 

Nommé aide-major de première classe en 1876, il fut 
envoyé au 87* régiment de ligne, en garnison h Saint-Quen- 
tin, Dù il sut s'attirer l'estime, non seulement de ses chefs 



264 EXPLORAnON DU SAHARA. 

hiérarchiques qui lui portaient une affection toute particu^ 
lière, mais encore de tous les médecins de la ville. Goiard 
continuait à travailler et envoyait plusieurs mémoires au 
conseil de santé des armées. 

Lorsqu'au mois d'octobre 1879, le lieutenant-colonel Flat- 
ters fut chargé par M. deFreycinetde se choisir des collabora- 
teurs pour sa première expédition au pa'ys des Touareg, Guiard 
lui fut indiqué comme admirablement préparé par de fortes 
études à remplir la tâche qui lui serait confiée de médecin et 
de naturaliste de la mission, en même temps qu'on le lui 
signalait comme un compagnon énergique et dévoué. 

€ Voulez-vous venir avec moi à Tombouctou ? > lui télé- 
graphia le colonel. 

€ Je suis à vos ordres, » répondit Guiard, qui avait eu 
douze heures pour réfléchir. 

Ce fut toute la correspondance échangée entre eux. 

On a pu lire dans les pages qui précèdent, l'historique de 
ce premier voyage, au cours duquel la mission Flatters 
s'avança jusqu'à 1500 kilomètres au sud d'Alger. Pendaat 
qu'on était redevable à ses collègues d'une èarte du pays 
parcouru, Guiard apportait au Muséum un magnifique her- 
bier et une collection complète d'insectes et de reptiles 
trouvés dans le désert. 

Rentré en France le 15 juin 1880, Guiard repartit le 
15 octobre pour ce second voyage, oii il devait trouver la 
plus terrible des morts. Ses dernières lettres sont du 29 jan- 
vier. Elles étaient, hélas ! pleines de confiance dans le 
succès, et il songeait déjà aux joies du retour définitif 
auprès d'une mère qu'il adorait et qui perdait en lui le plus 
tendre des fils. A cette même date, la commission des 
grades le portait au tableau d'avancement pour le grade de 
médecin-major. Il a eu la consolation de le savoir. 

Voici d'après M. le D' Bonnet, du Muséum, le résumé, 
d'ailleurs très succinct, des travaux de Guiard dans le Sahara. 



EXPLORATION Ûtl SâHâAA. 965 

L'herbier rapporté par le D' Guiard, se compose d'envi* 
TOTï 130 espèces. Quoiqu'il contienne peu de nouveautés, 
il offre un vif intérêt, parce qu'il donne une idée nette de 
la végétation des localités traversées par l'expédition, puis 
parce qu'il fait connaître d'une façon plus exacte, l'aire de 
dispersion de certaines plantes peu connues. 
, La, plupart des espèces caractérisent la région désertique, 
sauf celles qui croissent dans les oasis et dont quelques- 
unes, commes les Solanum nigrum^ les Sonchusoleraceus, 
les Fumaria Bastardi, Spergula pentandra, Portulaca 
oleracea, Anagallis phœnicea^ etc., sont assez communes 
sous le climat de Paris. 

Parmi les plantes plus spécialement intéressantes, parce 
qu'elles n'avaient encore été trouvées qu'à de rares inter- 
valles, il convient de citer : Randonia africana Goss., Aca- 
cia tortilis Hayne (gommier), Schouwia arabica D. G.^ 
Renda villosa Goss., Zygophyllum simplex L., Caylosea 
canescens SS Hil., Punicum turgidum. Lotus trigonel- 
loïdes Welb., Pancratium Saharœ Goss., etc. 

Les plantes usitées dans la thérapeulique indigène sont 
représentées par les Salvadora persica L., Cassia obovata 
Goss., et Solenostemma Cerghel Hayn. Gette dernière 
espèce sert généralement à falsifier le séné. 

Les cryptogames ne sont représentées dans la collection 
du D' Guiard que par une seule plante, un champignon 
charnu de la tribu des PodaxinéeSy que M. le D^ Bonnet 
rapporte avecquelques doutes dMPodaxenœgyptiacmUoni. 

m. Roche'. 

Roche (Jules) est né à Eyguières (fiouches-du-Hhône), le 
24 février 1854. Il a fait ses premières études au collège de 
Tarascon et les a terminées au lycée de Marseille. En 1872, 

1. Cette notice biographique est due à M. Rolland, ingénieur des mines, 
un des amis de M. Roche. 



26d EXPLOtlATlON DU SAHAllÀ. 

et restera inscrit en caractères ineffaçables dans les an^ 
nales, déjà si brillantes, du corps des ingénieurs des mines. 



H. de DlaAo' 

M. de Dianous de la Perrotine (Joseph-Gabriel-Henri) 
est né le 23 juillet 1845. Entré au service le 12 juillet 1867, 
il fut promu sous-lieutenant le 1*' septembre 1871, lieute- 
nant le 2 juillet 1874. Il comptait en cette qualité au 14' de 
ligne; mais, depuis plusieurs années, il était entré dans les 
affaires indigènes et, en qualité d'adjoint du bureau arabe, il 
séjourna deux ans à Laghouat. Il y acquit une grande expé- 
rience des affaires sahariennes, circonstance qui lui valut le 
fatal honneur d'être choisi par le lieutenant-colonel Flatters 
pour faire partie de la mission. 

Il était, au moment de son départ, premier adjoint au bu- 
reau arabe de Fort-National. 

M. de Dianous avait reçu avec une joie d'enfant la noQ- 
velle qu'il était définitivement agréé comme membre de la 
mission Flatters. u Quels joyeux repas je ferai avec des 
dattes et du lait de chamelle ! » disait-il en quittant ses amis. 
Hélas ! c'est aux dattes des Hoggar que la France et l'armée 
doivent la perte d'un de leurs plus nobles enfants. 

Il est inutile de rappeler son courage ; sa mort en a donné 
la mesure. Tous ceux qui, soit comme administrés, soit 
comme camarades, ont pu apprécier M. de Dianous, ont 
admiré en lui des qualités qui ne se rencontrent réunies 
que dans les natures vraiment exceptionnelles. 

D'un caractère doux et bienveillant, il savait se rendre 
sympathique à tous ceux qui l'approchaient. Ses chefs 
admiraient en lui l'activité, l'ardeur au travail, l'instructioD 
solide, la fermeté de caractère, la dignité personnelle et les 
hautes qualités de l'espritf ses administrés louaient sans 

t. Notice tirée du Monde illustré da 23 avril 1881. 



EXPLORATION DU SAHARA. 269 

réserve sa haute justice et son extrême bienveillance ; ses 
amis aimaient par-dessus tout en lui l'absolue franchise, la 
grande bonté d'âme et le tact exquis qui le caractérisaient. 

Il allait être promu capitaine au premier jour. 

L'annonce de sa mort a vivement et douloureusement 
iaipressionné, non seulement les Français qui l'ont connu, 
mais encore les populations indigènes qu'il avait adminis- 
trées. 

Sa mort n'a laissé que des regrets et son nom, désormais 
célèbre, restera inséparable de celui des braves compa- 
gnons qui succombèrent avec lui sous les coups d'un 
groupe d'assassins. 

NOTE SUR LES TRAVAUX GÉOLOGIQUES DE H. L'iNGÉNIEUR 

DES MINES ROCHE 

Au retour de la première mission du lieutenant-colonel 
Flatlers, M. Roche communiqua à l'Académie des sciences 
un aperçu sur la géologie du Sahara septentrional, où nous 
trouvons les indications suivantes. 

Lesterrains quaternaires, crétacés et dévoniens consti- 
tuent le Sahara septentrional. 

La contrée de Ouarglâ forme une cuvette quaternaire 
dont les bords vont reposer en stratification concordante sur 
des hamadas ou plateaux crétacés, dont les altitudes sont 
de 350 mètres environ à Test et au sud, et de 450 mètres à 
600 mètres à l'ouest, depuis El Goléa jusqu'au Mzab. 

(( Dans le sud, à 400 kilomètres d'Ouarglà, les plateaux 

4 

crétacés ont seulement 50 kilomètres à 100 kilomètres de 
largeur. Ils se terminent par des escarpements de 50 mètres 
à 400 mètres de hauteur. De larges vallées séparent ces 
escarpements, des plateaux dévoniens du massif central 
tou&reg, qui s'élève peu à peu vers le sud et dont l'altitude 
dépasse 800 mètres, près de l'Oued Tldjoudjelt, non loin du 
lac Mengkhough. Le massif central lui-même se divise en 



270 EXPLORATION DU SAHARA. 

plusieurs plateaux, séparés les uns des autres par des vallées 
remplies d'alluyions et analogues à la vallée de l'Oued Ighar- 
ghar. 

» Aux environs d*Ouarglâ, le terrain quaternaire a une 
puissance de près de 100 mètres. Il est formé par des grès à 
éléments quartzeux, dont le ciment est argileux ou calcaire. 
Vers OuargiÂ, ces éléments constitutifs sont des grains 
roulés de quartz hyalin. 

» Les grès sont généralement jaunes, tantôt quartzeux, 
tantôt argileux, tantôt calcaires. Au centre de la cuvette 
quaternaire, la partie supérieure de l'étage est ordinaire- 
ment formée par un calcaire, parfois tufacé, mélangé de 
petits grains roulés de quartz. 

u Au sud d'Ouarglâ, dans la région des Kantras» le terrain 
quaternaire a subi de fortes érosions. > 

Des dunes, atteignant jusqu'à 200 mètres de hauteur, re- 
couvrent une grande partie de la surface du quaternaire. 

La partie la plus importante du travail de M. Roche, au 
point de vue du Transsaharien et au point de vue géologique, 
est celle où il signale c l'existence, au milieu du grand Erg 
ou massif des grandes dunes au sud d'Ouarglâ entre Aîn 
Mokhanza et El Beyyodh, d'une large région plane de 250 
kilomètres de longueur, recouverte seulement de dunes iso- 
lées, parallèles, allongées dans la direction du méridien m> 
gnétique et distantes les unes des autres de plusieurs kilo- 
mètres. C'est dans la partie orientale de cette région que se 
trouve dirigé aussi nord- sud magnétique, le lit de l'Oued 
Igharghajit sans herges, marqué par des fragments delare 
roulés et par quelques coquilles d'eau douce, cyrènes et pla- 
norbes. Le parallélisme des dunes et de l'Oued Igharghar mon* 
tre entre ces deux phénomènes une certaine corrélation, v 

Plus loin, les escarpements qui suivent les deux hamadas 
ou plateaux, situés entre El Beyyodh etTimassinine, sont si- 
gnalés comme correspondant à deux étages successifs du 
crétacé, le turonien et le cénomanien. 



EXPLORATION DU SAHAHA. 271 

Le premier est terminé par un escarpement de 80 mètres, 
c composé d'une corniche de calcaire dolomitique de 
iO mètres, couronnant une masse de marnes». Le second 
présente une formation identique. 

M. Roche a trouvé dans le banc calcaire supérieur des 
fossiles nombreux de cénomanien supérieur qui sont cités 
dans sa note à l'Institut. Il en conclut que cet escarpement 
correspond à l'étage vu par son collègue M. Rolland, près 
de Goléa, tandis qu'il rattache le premier escarpement à 
l'époque turonienne. 

D'après ses observations, le plateau desTou&reg Azgar est 
constitué par des grès quartzeux noirs, à cassure blanche, 
oristallinSy très durs, qui passent quelquefois à des schistes 
argileux micacés. H y a rencontré quelques gisements de 
minerai de fer peroxyde, et des fossiles qui lui font ratta- 
cher le plateau à l'étage dévonien moyen. Enfin, il attribue 
les laves scoriacées des vallées de Tlgharghar et des Igharg- 
barenà d'anciens volcans du massif central des Touareg. 

c Tous les terrains du Sahara septentrional, dit-il plus 
loin, sont en couches à peu près horizontales. D'où il ré- 
sulte que les accidents topographiques sont dus à de grands 
phénomènes d'érosion, qui se sont continués au delà de la 
période quaternaire. » 

S'occupant ensuite de la nappe aquifère, il en constate 
l'existence à la base du quaternaire, depuis Ouarglâ jusqu'à 
Aïn Taïba et au delà. Il considéré la nappe artésienne de 
Ouarglâ comme le prolongement de celle de l'Oued Rhir et 
admet que celle de Timassinine doit venir du sud par les 
vallées de l'Igharghar et des Ighargharen. 



Le Gérant respansable^ 
G. MAUNom, 

SccrëUire général dd la Goismission centrale. 



VARIS. — IHPRIMIRIB tHILB MARTINIT, ROI ■lONON» §. 



^^''Tf'ùufwi, 




(«•ave papEpli 



/"^'Trâiw^i,^ tasj 




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Gravé pai*£ilua!d' 



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RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL 

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A LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 

bans aa «éance du 28 avril 1883 

■ 

AU NOM D'¥IIE COMMISSION COMPOSÉE DE 

MM. Richard Cortambert, Henri Duveyrier, Alfred Grandidier, de Quatre* 

fages, et Willû^ Hiiber, rapporteur. 



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Messieurs, l'intérêt que nous promet ce soir la relation 
du voyage de M. le capitaine Galliéni, impose aux rappor-* 
teurs de la commission des prix le devoir d'être brefs. 

Cette ^commission, bien que souveraine, doit cependant 
justifier devant vous du choix de ses lauréats. 

Elle s'est souvenue que, l'année dernière, l'examen des 
explorations de MM. Brito Gapello et Ivens, du capitaine 
Schwatka et d'autres, avait été réservé pour l'époque à la* 
quelle ces yoyageurs lui auraient soumis les résultats défi- 
nitifs de leurs travaux. Us ne l'ont pas fait encore; aussi, 
pour rester fidèles à votre règlement, avons -nous dû, à 
notre grand regret, ne pas ouvrir la discussion sur la valeur 
de leur œuvre. 

Nous avons appris, dans le courant de l'année, le succès 
des missions de M. Galliénî et de M. Bajol; celui des recher- 
ches de M. Gharnay dans le Yucatan; nous attendons les 
relations de M. Massari sur le Darfour, de M. Derrien, chef 
du service topographique de la missioh Borgnis-Desbordes, 
enfin d'autres missions scientifiques en route vers la 
France. Tous ces voyages seront làcrupuleusement exa- 
minés au point de vue géographique, lorsque nous pourrons 
apprécier leur portée en connaissance de cause. 

soc M OiOGR. — 2* TRIMESTRE 1883. lU. — 18' 



274 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

La commissioD des prix n'a pas cru devoir décerner cette 
année fle grande médaille d'or. Cette récompense, la plus 
haute dont vous disposiez, ne pourra plus, désormais^ 
couronner des découvertes de premier ordre comme, par 
exemple, celle de la région des lacs africains, celle du cours 
du Congo ou celle du passage nord-est. En dehors des pôles, 
les grands traits du relief du globe nous sont maiùtenant 
révélés. 

Il reste, sans douta, beaucoup à faire ; mais, à mesure que 
les explorations se multiiplient, votre grande médaille doit 
être réservée pour des travaux présentant tout un ensemble 
de résultats sciAitiûques , dans un cadre moins étendu 
peut-être, mais avec une plus grande précision géographique 
et topographique. Cette considération ne diminue en rien 
la valeur des voyages qui, cette année, nous ont paru mé- 
riter la médaille d'or. 

Npus avons à décerner aujourd'hui pour la première fois 
un prix que nous, devons à la générosité de madame Boselli, 
fille de notre regretté maître à tous : M. Jomarâ. Madame 
Boselli a 'bien voulu remettre à la Société de Géographie 
les derniers exemplaires de l'œuve de son père intitulée : 
Les Monuments de la Géographie ou recueil d^anciennes 
cartes européennes et orientales. La donatrice entend qu'un 
exemplaire de cet ouvrage soit offert comme récompense aux 
travaux les plus remarquables sur l'histoire de la géogra- 
phie, sans spécifier les époques auxquelles ce prix doit être 
accordé. La Société remercie madame Boselli de ce don qui 
fait revivre parmi nous le nom de Jomard et rappellera aux 
jeunes travailleurs la vénération qh'ils doivent avoir pour un 
de nos plus illustres et plus actifs fondateurs. 

Les récompenses décernées sont : 

1* Une médaille d'or à M. Georges RévoQ pour ses voyages 
aux pays çomalis. Rapporteur, M. William Hûber. 

2» Une médaille d'or à M. le docteur Oscar Lenz, pour 
son voyage de Tanger à Saint-Louis par Timbouktou* Rap- 



RAPPORT SUR LB CONCOURS AU PRIX ANNUEL. ' 275 

porteur, M. Alfred Habaud, président de la Société de géo- 
graphie de Marseille. ^ 

3^ Prix Logerot, médaille d'or, à M. le docteur Joseph 
Montano, pour ses explorations scientifiques en Afalaisie. 
Rapporteur, M. le docteur Hamy. 

i"* Prix Jomard, à M. Paul Gaffarel pour ses travaux de 
géographie historique. Rapporteur, M. Richard Cortambert. 

Votre commission ne pouvait passer sous silence Tinfor- 
tnnôe mission Flatters. La catastrophe finale est un deuil 
français auquel se sont associés les hommes de fous pays 
intéressés aux choses de T Afrique. Nous ne savions comment 
exprimer notre sympathie et notre admiration à la veuve du 
martyr el aux survivants du lugubre drame. A défaut de mé- 
daille que vous ne pouvez décerner à la mémo ire d'un voyageur 
quelque illustre qu'il soit, la commission des prix a décidé 
que madame Flatters recevrait, dans un elettre, l'expression 
des septiments de la Société de Géographie tout entière. 

Vous voudrez sans doute. Messieurs, par la sanction que 
vous donnerez à cette marque de respect, nous mettre en me* 
sure de pouvoir affirmer que vojis approuvez, à l'unanimité, 
le seul hommage^ que nous puissions rendre au souvenir dix 
vaillant officier tombé victime de son indomptable énergie. 

M. GEORGES RÉVOIL 
(Bf William Hiiber, rapporteur,) 

MédaUle d*or. 

Messieurs, en examinant ces cartes d'Afrique où nos yeux 
transportent si souvent notre esprit, vous vous serez sans 
doute demandé comme nous, pourquoi Cevgrand triangle, 
limité par le golfe d'Aden, l'Océan Indien et les montagnes 
des Gallas, restait blanc de tout détail topographique et 

1. La Société de Géographie a prié M. le lieutenant-colonel Derrécagaix 
de consacrer à la mémoire du colonel Flatters et de ses compagnons un 
récU dei deux missioiist 



276 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

vierge de toute exploration. Est-ce un désert? Évidemment 
non» puisque les embouchures de deux fleuves importants 
ont été reconnues àla côte et que les caravanes y trafiquent. 
Est-ce un pays dont le climat serait meurtrier? Pas davan- 
tage ; d'ailleurs l'insalubrité n'arrête pas les voyageurs. 

Gomment donc les pays çomalis, situés en vue de tous 
les navires qui vont et viennent de l'extrême Orient et de 
la côte d'Afrique, sont-ils restés en dehors du champ com- 
mercial et scientifique? C'est que les premières tentatives 
faites par des trafiquants^ arrêtés presque sur le littoral 
ou assassinés à quelques heures de la côte, le pillage des 
navires échoués au cap Guardafui, ont fait aux habitants de 
cette contrée une réputation de cruauté, et désigné cette 
partie du continent africain comme un pays inhospitalier 
et maudit. 

Si les difiérentes tribus Qomalis n'étaient pas en état de 
guerre continuelle, peut-être les comptoirs arabes du golfe 
d'Aden et de TOcéan Indien recevraient-ils les produits di- 
vers de cette région, arrosée par trois cours d'eau de l'im- 
portance du Nogal, de* l'Ouébi et du Djoub. L'appât du 
gain tenterait les trafiquants ; il se créerait petit à petit des 
factoreries comme sur la côte occidentale. Des relations plus 
intimes se nouersdent avec les habitants du cœur même de 
la région, et les portes de ce domaine s'ouvriraient enfin à 
la vie active de notre siècle. Mais, l'état permanent des 
hostilités fait que les tribus riveraines barrent les approches 
de la mer à celles de l'Intérieur, et que les Arabes ou les 
Indiens musulmans de la côte, auxquels le fanatisme çomali 
pourrait accorder quelque fayeur, n'osent sortir de leurs 
comptoirs sous peine de tomber frappés à la porte. 

S'il est une puissance que les pays çomalis devraient 
tenter, c'est l'Angleterire, dansTintérêt de sa colonie d'Aden 
et de la ligne des Indes. Quelles sont les causes qui lui con« 
seiUent de ne rien entreprendre sur cette côte, en vue de 
8*ea assurer la possession ou la bienveili^ce ? 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 277 

L'Angleterre sait fort bien que rien ne peut sortir des pays 
çomaliSy sans passer par les marchés d'Aden, de Bombay ou 
de Zanzibar; aussi, se contente-t-eile de faire bonne carde et, 
eo attendant le moment psychologique, de surveiller de près 
les agissements de tout navire étranger mouillant dans 
ces parages. Avec son instinct pratique et sa patience, TAn- 
^eterre sent que, tôt ou tard, le trafic de cette régiçn pas ^ 
sera sous son pavillon. Elle ne veut faire aucune con- 
quête par la force ; elle s'est contentée, en 1877, de placer 
sous le protectorat de l'Egypte toute la c6te de Suez à 
M'rouli, et sous celui du sultan de Zanzibar la rive de l'O- 
céan de M'rouli à Téquateur. L'influence qu'elle exerce sur 
ces deux puissances lui assure la sienne propre. Gela lui 
suffit. 

Les voyages dans le, pays desÇomalis se comptent aisé- 
ment. 

Le premier, en 1846, J. Gruttenden, agent politique à 
Aden, amené chez les Medjourtines par suite du naufrage 
du MemnoUy adressa à son gouvernement un rapport très 
intéressant, suivi plus tard de nouveaux documents sur les 
tribus voisines dont il parcourait le4ittoral. 

En 1848, la corvette à voile française le Ducotiè'dic,- com- 
mandant Guillain, visitait rapidement quelques points du 
golfe d*Àden^ pour continuer ses explorations plus intéres* 
santés vers la côte desBénadirs. 

En 1849, S. B. Miles, anglais, séjourna quelque temps à 
Meraya chez les Medjourtines. 

En 1856, le célèbre Speke pénètre chez les Ouarsanguélis 
dans l'Bspoir d'atteindre la vallée du Nogal. De Las Goré, 
Speke franchit les montagnes qui longent la c6te, gagné 
"Rhat au sud-est, revient à l'ouest, par un crochet dans la 
vallée de Jid-Ali, sur Mahet dans la tribu des Haber-Gué- 
rajis. Abandonné par son escorte il a, dans cette courte 
excursion, passé par toutes les tribulations que relate l'ou- 
vrage de Burton : First footsteps in the eastlAfrica. 



278 BAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX AimUEL. ^ 

L'échec de Speke semble aToir, pendaDt vingt aius, dé- 
couragé toute tentative; aucun voyageur ne se présente 
dans le pays jusqu'en 1872^ époque à laquelle le docteur J. 
M. Uildebrandt, allemand, va herboriser en arrière de Las 
Goré dans les montagnes des Ouarsanguélis. L'hostilité des 
indigènes l'oblige à se retirer après, une excursion de 
quinze jours seulement. 

En 1877, S. A. R. le duc de Gènes, commandant le Vettor 
Pilant, visite différents ports dans le voisinage deGoardafai. 

Enfin, en 1879, l'Egypte envoie une' expédition pour rele- 
ver la côte aux abords du cap, où elle veut établir un 
pha^e, d'accord en cela avec l'Angleterre qui envisage Gaar- 
dafui comme un point stratégique delà plus haute impor- 
tance pour l'avenir* de ses relations. 

Telles sont les seules explorations qui aient précédé celles 
de M. Georges Révoil. 

Au mois d'août 1877, M. Révoil apprenait qu'une expédi- 
tion commerciale s'organisait à Marseille, dans le but de 
visiter la côte orientale d'Afrique et de tenter la création 
de comptoirs sur divers points du littoral. Il demande h 
s'associer à ses travaux. Ses antécédents parlaient en sa fa- 
veur : voué d'abord à la marine, des circonstances de 
famille l'empêchèrent, à la dernière heure, d'entrer à l'École 
navale. La déclaration de guerre de 1870 le fait s'engager 
volontairement et la paix le trouve officier d'infanterie. 

L'expédition à laquelle Révoil était attaché aborda la côte 
desÇomalis àMeraya, chez les Medjourtines, et visita AUoula 
etHafibun. Elle entre en relation avec les chefs du pays, fait 
route au sud chez les Bénadirs où elle devait subir mille 
contrariétés inquiétantes pour la vie des voyageurs, et 
rentre à Marseille sans grand butin de renseignements. 
Ce prejhier voyage sdffit pour réveiller chez M. RêToîl 
Tardent désir de retourner vers les régions étranges qu^il 
venait d'entrevoir : il se fait instruire dans la langue çoxnali 
par des chauffeurs de bateaux à vapeur, originaires de bette 



BAFPORT, SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 279 

côte, tient table, ouverte pour eux et doit surmonter bien 
des répugnances pour atteindre son but. En 1878, la môme 
cwn^agme qui avait armé la première expédition facili- 
tait le projet du jeune voyageur : pendant trois mois 
courant de ville en ville sur la côte des Medjourtines, il 
recueille les documents qu'il a fait paraître dans sa relation 
ayant pour titre : Voyage au cap des Aromates. 

A côté de ses albums de croquis et d'un traité avec le 
sultan des Medjourtines, accordant la bienvenye à tous ses 
compatriotes. M, Révoil^pour compléter une statistique 
commerciale des divers ports, dresse une carte sur laquelle 
figurent, d'après renseignements, Içs chemins des cara- 
vanes arrivant de4*intérieur sur les marchés. Il rentrait en 
France en janvier 1879, exténué par les fatigues et les priva- 
tions endurées pendant ce court voyage, mais avec Tespoir 
de reprendre bientôt la, route de ces pays pour y mettre à 
profit les études qu'il venait d'ébaucher. 

Ses espérances furent déçues, mais tout le monde n'a 
pas sa foi! 

M. Révoil en était réduit à regarder avec tristesse chaque 
navire filant vers Suez, lorsque, par une circonstance for- 
toite, S. A. le prince de Monaco, désireux de tenter un 
voyage au Ghoa, consentit à le prendre sous ses ordres. 

Divers événements arrêtèrent les projets du pdnce, mais 
ses libéralités avaient permis à M. Révoil de compléter suffi- 
samment son éducation de voyageur, pour se réclamer deJa 
bienveillante attention de la Commission des missions, au 
Ministère de l'Instruction publique. La Commission se mon- 
tra favorable à un troisième départ.' C'est l'expédition dont 
votre lauréat revient depuis peu. 

Nous ne suivrons pas M. Révoil dans le détail de son iti* 

néraire. C'est la même série de difficultés d'organisation, 

de désertions, de promesses violées, de privations, de 

dangers, commune à toutes les tentatives dans le centre 

afiricain. On trouvera ces détails dans ses intéressants 



280 RiPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

écrits. Notre but devant être de justifier la médaille d'or 
que lui confère aujourd'hui votre Société, nous nous atta- 
cherons spécialement aux découvertes de M. Revoil, 

En suivant la carte* on distingue trois itinéraires, savoir: 
le premier de Berguèl sur les rives de l'Océan Indien, à 
Bender-Khor sur le golfe d'Aden. 

Le second, plus à l'ouest de Bender-GAsem, marché le 
plus important de la c6te medjourtine, sur Tijieh. Le 
troisième, enfin, de Las Goré, sur Fararalé et Rhat dans la 
vallée du Darror. 

Parti de France le U juillet 1880, M. Révoil double le cap 
Guardafui et débarque le 15 octobre à Binnah près du cap 
Ali Bes-Quel, dans le but de visiter, sur différents points, 
les vestiges attribués par les naturels aux populations aoto- 
chtones ou au passage de races conquérantes d'autrefois. 

Il trouve dans la grande arène, entre Binnah et Berguel, 
près d'un torrent qui se déverse dans une lagune alimeniée 
par la mer, les restes d'un ancien camp permanent formé 
d'une ceinture de blocs de rochers, entourant des tumuli 
circulaires qui encadrent eux-mêmes une hante pyramide 
centrale âe petits cailloux. Aux alentours gisaient des mon- 
ceaux de détritus de coquillages (clovisses), des ossements de 
poissons et des squelettes de tortues gigantesques, enfouis à 
peu de profondeur. Tout révélait en ces lieux le séjour d'one 
peuplade ichtyophage, jusqu'aux outils et armes de silex 
indiquant un degré de civilisation rudimentaire. A* côté, et 
mêlés en quelque sorte à ces restes, on releva des frag- 
ments de poteries, du bronze, du fer, et même des éclats 
de bombe, témoins d'une occupation successive de peu- 
plades d'un âge différent et d'une industrie de plus en pins 
avancée, antérieure à la conquête portugaise, affirmée elle- 
même par les débris de projectiles. 

Sur le parcours de Berguel à Bender-Khor, dan^ l'inté- 
rieur de la Medjourtine et aux abords des sources, se re- 

1. Voir la carte jointe à ce numéro. 



lUPMRT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 281 

trouvent partout les traces du passage de ces peuplades 
riveraines. 

L'itinéraire traverse une série de vallées d'une aridité 
exceptionnelle. La petite caravane suit le pied de la chaîne 
des monts Hogor-Gorali en franchissant successivement les 
vallées de Daffo, d'Angoro, de Hodié, qui n'avaient jamais 

« 

été visitées, pour s'enfoncer dans les gorges profondes et 
escarpées du Togoueni, tout aussi inconnues. Dans ees 
régions désolées, presque sans végétation, sous un soleil 
implacable, à peinei rençontre-t-on quelques campements 
de nomades vivant en troglodytes dans des enfoncements 
de rochers. 

Couverts de haillons de peau, les cheveux démesurément 
longs et sans soins, ces malheureux vivent du maigre pro- 
duit de leur chasse à l'arc ou du lait de quelques chèvres 
étiqaes; le plus souvent de lianes comestibles et de ra- 
cines. Ces sauvages, voisins de la brute, ont un aspect féroce. 
Ils regardaient passer la caravane avec l'expression d'un 
faare convoitant sa proie. Ce sont certainement les no« 
mades les plus dangereux parce qu'ils ont faim. 

M. Révoil espérait obtenir des chefs, l'autorisation de se 
rendre dans la vallée du Nogal, courant de l'ouest à l'est, 
an sud des monts Earkar. Il passa un mois à la côte en 
vaines et énervantes discussions. Toujours prêts la veille, 
les chefs avaient chaque lendemain un nouveau prétexte de 
retard, jusqu'au jour où leurs promesses se changèrent en un 
refus formel. Ce pays, dit M. Révoil, est bien celui de la 
patience! Pour mettre à profit son séjour à Meraya, où il 
s'était rendu, Révoil renouvelle l'ascension du pic de Karo- 
ma, récoltant çà et là les rares éléments que le sol ingrat 
offre à ses collections d^histoire naturelle: De guerre lasse, 
il gagne par mer Bender-G&sem. Une agitation très vive 
régnait dans cette bourgade; la route des caravanes était 
ensanglantée par de perpétuelles razzias entre les Med- 
jonrtines, lesDolbohantes et les Ouarsangnélis, que surexci- 



^, 



282 RAPPORT SÛR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

tait Tatroce misère causée par la sécheresse. Il tente néan- 
moins Taventure en s'engageant entre les monts Almédo et 
les monts Almascale. Ces deux cbidnes parallèles à celle de 
Karkar, bordent an nord la large plaine du Darror. . 

Tout le pays est sec; de grandes plaines arides s'étendent 
jusqu'aux monts dé Karkar dont le pro&l s'estompe à llio- 
rizon ardent. %xït quelques points prï^légiés, paissent des 
troupeaux de chameaux et de chevaux de petite race, 
entre de maigreâ buissons d'acacia mimosa. La cara?ane 
doit se tenir constamment en garde contrôles importanités 
inquiétantes des nomades. Elle gagne enfin Tijîeh pour 
rendre hommage au chef çomali Mahômed Noùr daqael 
M. Réroil espérait obtenir nn laisser-passer. Cette désa- 
gréable visite n'eut d'autre résultat que de forcer le voyageur 
à revenir sur se^' pas. Fatigué par ces refus systématiques, 
il rentre à Aden pour se ravitailler. 

Pendant ces excursions, M. Révoil avait eu l'occasion de 
remarquer de nombreux tas de pierres affectant des formes 
et des disposîtiôbs diverses, souvent très curieuses. Tantôt 
ronds, tantôt elliptiques ou carrés, cubiques ou pyramidaux, 
ces tas présentent souvent dans leur milieu une dépression en 
forme de petit cratère, comme si un tassement s'était produit 
sur ce point. Ce^^ont évidemment des sépultures; elles sont 
en nombre considérable, tout le pays en est couvert; aussi, 
H. Révoil dit-il que, dans le pays des Çomalis, le seul champ 
que l'on cultive est celui des nu)rts. La méfiance des indi- 
gènes lui interdisait de faire la moindre fouille dans ces 
tumuli ; un natuM lui avoue pourtant, qu^il en a bouleversé 
un, en bravant l'esprit malfaisant auquel il sert de demeure. 
Il avait trouvé dfc perles, du bronze, du verre, des poteries. 
M. Révoil gagne cet homme et, sans éveiller l'attentioD, 
fouille avec succès deux ou trois de ces tombes. Il trouva 
partout ce que son guide lui avait annoncé. La légende 
veut qu'une méchante reine ait été ensevelie de la sorte; 
l'usage s'en généralisa, mais un mauvais génie réside dans 



RAPPORT Sm LE eONGOl»S AU PRIX ARNirBL. 883 

tontes ces sépultures. C'est ce génie que les femmes çoma« 
lis Toni consulter quand il s'agit d'un mariage. Pour le con- 
jurer elles jettent toujçurs une pierre quand elles passent 
dans le voisinage. La coutume date de loin, car Strabon 
en avait connaissance. Dans un texte sur les habitants de 
ce littoral, a ils eosevelissent leurs morts, dit-il, en leur * 
attachant le cou et les jambes avec des rameaux de paliure, 
puis ils jettent sur le corps des pierres en riant et se ré- 
jouissant jusqu'à ce qu'il soit tout couvert et qu'on ne 
puisse plus l'apercevoir. » Les siècles , on le voit, n'ont 
rien changé au rite de la cérémonie. 

M. Révoil était bientôt de retour à Las Goré, déterminé à 
faire encore une pointe sérieuse dans le sud. 
^ Il franchit les montagnes par un col dont l'altitude n'est 
pas moindre de 1650 mètres ; de là, suivant le lit duMogor,*" 
il atteint les bords du Darror après quelques jours de route 
soosdes pluies torrentielles. Le pays est toujours, en guerre; 
son escorte terrorisée le laisse seul avec deux serviteurs; 
enfin, il atteint Fararalé au pied même des monts de Karkar, 
i 24 heures à peine du Nogal. Nul Européen n'avait abordé 
ces naontagnes^ de grès, absolument nues, hautes de 1000 
à 1900 mètres. M. Révoil croyait enfin toucher ce fleuve 
du Nogal dont il rêvait de voir les eaux. Mais le chef 
Qomali le sacEaat loin de tout secours, devint plus exigeant : 
par une nuit sombre, M. Révoil entend discuter, dans 
un conciliabule tenu près de sa tente, comment on s'asslire- 
rait de ses bagages en faisant disparaître sa personne. 
Un coup d'audace le sauva : il s'avance résolument vers ' 
le chef, en lui adressant les plus vifs reproches. Sorti de ce 
pas critique, M. Révoil retourne au nord-est, sur Rhat et 
Hafdar, p^nt déjà visité par Speke; il trouve partout des 
tunanli et, à Hafdar même, les ruines d'une assez grande 
construction en pierres sèches, flanquée d'une tour. A 
partir dei Rhat la rivière de Darror prend une pente 
rapide; elle était presque à sec lors de son passage, mais 



284 RAPPORT SUR LE GONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

deux heures de pluie suffisent pour la faire déborder. 

De retour à la côte et dans l'espoir d'être enfin récom- 
pensé par le succès, le voyageur fait une dernière tentative 
vers le sud par les «vallées de la Selid et du Melo; mais son 
élan est encore entravé, le mot d'ordre étant donn^ partout. 
M. Révoil s'embarque pour Aden, sur un boutre; et, comme 
poursuivi par la mauvaise chance, alors qu'en temps ordi- 
naire la traversée du golfe s'effectue en quarante-huit 
heures, il reste dix-huit jours en mer, avec des vivres pour 
quatre jours seulement. 

Ce voyage de M. Révoil a ceci d'intéressant qu'il nous 
ouvre une contrée, à peine entrevue, qu'il nous signale 
l'existence des deux grandes vallées duDarror et du Nogal, 
et les chaînes parallèles des monts Almascate et de Karkar. 
Il nous rapporte : 

1* Des itinéraires relevés à la boussole et rectifiés par des 
observations astronomiques au sextant et à l'horizon artifi- 
ciel, prises à chaque point de halte. Les calculs de lon- 
gitude et de latitude ont été vérifiés par l'observatoire de 
Marseille. Les distances partielles ont été déterminées au 
podomètre ; 

2^ Des observations barométriques et thermométriques. 

L'ensemble de ces travaux a permis d'établir une carte, 
la première que nous ayons de cette étrange contréa A 
cette carte est jointe la classification des principaux clans 
des tribus çomalis avoisinant le cap Guardafui ; 

3o Trois cents clichés photographiques réunis dans un 
intéressant album offert par votre lauréat à la Société de 
Géographie; une collection ethnographique curieuse; hutte 
indigène ^vec ses accessoires, exposée au Musée du Tro- 
cadéro, et de nombreux croquis qui font revivre le paysage 
et les habitants de la région explorée. 

4** Il rapporte enfin des collections diverses de mammi- 
fères, oiseaux, reptiles, mollusques, plantes d'espèces en 
grande partie nouvelles. 



BAPPORT SUR LE tSOlfCOURS AU PRIX ANNUEL. 285 

Il nous signale les produits du pays en gommes, encens, 
myrrhCi plumes d'autruches, mines de baryte et de galène, 
mines de mercure dont Pline parlait déjà. M/ Révoil 
estima le commerce par caravanes à une valeur de plusieurs 
millions, mais il faut ajouter que les marchandises ne sont 
pis toutes originaires de l'aride pays des Çomalis, elles 
Tiennent en grande partie du sud, de cette régic^n que 
M. Révoil désirait si ardemment visiter et qu'il visitera 
bientôt. Avec son énergie, on arrive ou on succombe I 

La partie relative à la géographie historique n'est pas la 
moins intéressante. Les trouvailles de M. RéVoil semblent 
prouver que les peuplades autochtones îchtyophages et tro- 
glodytes, ont subi des occupations grecques 'et romaines 
dont on retrouve les épaves évidentes dans l'architecture, 
les raines et dans les objets usuels. Reste la question d'i- 
dentification du pays de Pount des égyplologues, avec FArô^ 
inatm regio des Romains et les pays çomalis. MM. de 
Roogé et Brussch le plaçaient au sud de l'Arabie, mais 
depuis la découverte des pilônes de Kamac, datant du règne 
de Toatmes III (environ 1600 ans avant notre ère) et l'in- 
terprétation de leurs inscriptions géographiques, il semble 
logique d'admettre l'opinion du regretté Mariette Bey et d'y 
voir la côte d'Afrique dans les environs du cap Guardafui. 
Cette opinion, partagée par Schweinfurth qui l'année der- 
lûère visitait l'île de Socoto^, est basée sur les remar- 
quables bas-relieis et l'inscription trouvés sur les murs du 
temple de Deir-el-Bahari à Thèbes, lesquels racontent Tex- 
pédition que la reine Hasatou envoya au pays de Pount dans 
un bat purement commercial. 

U n'a trouvé aucun bidice d'identification sur la côte 
çomali du golfe d'Aden; il admet, au contraire, que le légen- 
daire pays de Pount doit être la rive de l'Océan Indien des 
eùvirons de Brawa et probablement les vallées du Nogal et 
de rOuébi. 
A l'appui de cette théorie, il rapproche l'arme figurée sur 



286 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

les-bas reliefs^ de celle qai est encore en usage chez les na- 
turels de Brawa, Mogadoxo, etc. ; les huttes figurées par le 
sculpteur égyptien sont coniques, comme celles des Çomalis 
Bimals et autres tribus du bassin de TOuébi ; dans ces parages, 
plus que sur aucun point du littoral, arrive en quantité con- 
sidérable la myrrhe, dont il est si souvent fait mention dans 
les inscription^ anciennes. Là aussi seulement arrive rivoire, 
tandis que les ports avoisinant Guardafui et ceux du golfe 
d*Aden n'exportent qu'une quantité insignifiante de myrrhe 
et de défenses d'éléphants. 

Nous serions entraînés trop loin par les autres preuves 
que donne H. Révoil de la conquête égyptienne sur cette 
c6te. Nous lui devons un élé'ment de plus, pour éclaârer 
les anciens textes: 

Ces voyages, messieurs, faits dans des conditions difficiles, 
dangereuses môme, ont mérité l'approbation de votre com- 
mission des prix. Elle a décerné à l'unanimité une mé- 
daille d'or à M. Georges Révoil. 

M. LE DOCTEUR OSCAR LENZ 
(M. Alfired Rabaud, rapporteur.) ^ 

Médaille d or. 

Votre commission des prix a décerné une médaille d'or 
au docteur Oscar Lenz pour, ses voyages en Afrique et 
notamment pour sa traversée du Sahara, dû Maroc au 
Sénégal, par Timbouktou. En offrant cette médaille, votre 
commission a voulu rendre hommage au vaillant et savant 
explorateur quij à travers mille dangers, a contribué à 
déchirer le voile qui couvre encore une partie du continent 
Africain. 

M. Oscar Lenz est né à Leipzig en 1848. Il acquit de 
bonne heure à l'université de cette ville le titre de docteur 
en philosophie. Depuis 1870, il est attaché à l'Institut de 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 287 

j ■ 

Tienne et employé à la carte géologiqme de l'empire Austro- 
Hongrois. Appelé par la Société Africaine Allemande à ex- 
plorer rAfriqae occidentale, il choisit pour point dç départ 
la région du Gabon. Après avoir remonté plusieurs cours 
d'eau, il se tourna vers TOgôwé qui ouvre Ters rintérie\<r 
da continent mystérieux une voie de communication 
relativement facile. Il devait contribuer, avec nos compa- 
triotes de Gompiègne, Marche, Ballay, ayec Tintrépide et 
persévérant Savorgnan de Brazza^ à faire connaître cette voie 
flavialequiest appelée à un si grand' avenir. Sur les 
différentes parties de la côte occidental q d'Afrique, le 
docteur Lenz a publié d'importants ti^avaux. Avant tout, 
c'est un savant géologue et il considère la carte géologique 
de TAfrique occidentale comme le résulta,t le plus. important 
de ses expéditions sur lë> continent Africain ; la géologie 
de TAirigae occidentale était à peu près inconnue et cette 
science doit grande estime et reconnaissance aux travaux 
du docteur Lenz. , 

Mais la géographie revendique également M. Lenz comme 
on des siens. Après la géologie, c'est la géographie phy- 
sique qui Ta surtout préoccupé. Il a exécuté sur tous 
les points de son itinéraire un grand nombre d'observations 
d'altitude qui permettent de se faire une idée nette du relief 
du Sahara occidental et de rejeter certaines hypothèses 
hâs^ées. Il y a là désormais une base certaine d'études. 

Pour sa grande et mémorable expédition, le docteur Lenz 
partit de Tanger, traversa le Maroc, franchit l'Atlas, par- 
courut les redputables déserts du Sahara, pénétra dans la 
ftélèbre ville de Timbouktou et par la vallée du Sénégal 
arriva enfin au bord de l'Océan à Saint-Xouis. Souvenez-vous 
de l'impression produite» dans le monde^géographique et dans 
le grand public lorsqu'une dépêche d<B Tanger apporta des 
nouvelles du docteur Lenz et plus tard, quand on publia le 
télégramme du gouverneur de notre colonie du Sénégal, qui 
annonçait que le voyageur était arrivé le 2 novembre 188&à 



288 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

Médine, venant du Maroc et de Timbouktou ! On admira 
avec Tenthousiasme qu'elle méritait cette entreprise hardie 
et heureuse et Ton considéra • comme un événement ce 
voyage couronné de succès^ qui venait faire faire un 
grand pas à la connaissance du continent africain. Ou allait 
enfin voir et entendre le seul Européen vivant qui, ayant 
réussi à traverser le désert du Sahara et à pénétrer jusqu'à 
Timbouktou y pouvait nous parler de l'état actuel de cette 
cité légendaire ! 

Le docteur Lenz avait quitté le Maroc, avec des lettres de 
recommandation du Sultan Moûlei-el-Hftsan et en compagnie 
d'un Arabe d'Alger, engagé comme interprète et qui lui fut 
d'un grand secours pendant toute la durée du voyage par son 
énergie physique et morale, son titre de chérif et l'habi* 
tude qu'il avait des excursions dans le désert. La tra- 
versée du Sahara dura quarante-trois jours, abs^actioa 
faite de temps d'arrêt à Tendoûf et à Àraw&n. 

Bien que le voyage se fût accompli dans la saison la plus 
chaude, la température n'avait pas été aussi insupportable 
qu'on le pourrait supposer; elle s'éleva en moyenne à 34 
ou 35 degrés centigrades. Dans la zone des dunes toute- 
fois le thermomètre indiqua jusqu'à 45 degrés. 

Le docteur Lenz voyageait toujours la nuit ; il levait le 
camp entre 5 et 6 heures dusoir, pour marcher ensuite jusque 
vers les 7 heures du matin* Alors, on plantait les tentes et 
l'on faisait halte pendant toute la journée. Ce mode de voyage 
lui permit d'avancer très rapidement; les grandes caravanes 
qui ne font que quatre heures par jour mettent souvent 
trois mois pour aller de Tendoûf à Timbouktou. 

Le docteur Lenz, arrivé à Timbouktou, y séjourna trois 
semaines; il a déjà donné dans les mémoires qu'il a publiés 
des détails assez nombreux sur cette fameuse ville où il a 
été fort bien reçu. 

Timbouktou n'est plus aujourd'hui que Tombre de ce 
qu'elle a dû être jadis; cependant, elle n'a jamais été, proba- 



RAPPORT SUR US CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 289. 

blement, ee que la légende en avait dit. Le docteur Lenz 
donne à Timbouktou 20000 habitants, tandis que Barth 
n'évalue la population qu'à 13 000 âmes; mais ils sont 
d'accord sur ce fait que les foires y attirent une nombreuse 
population flottante. 

Timbouktou n'a jamais été le centre d'un grand royaume. 
Elle n'est gouvernée ni par un roi^ ni par un sultan; 
une sorte de maire qui prend le titre de Kahia, nous dit ' 
M. Len2; administre la ville et cette fonction est héréditaire 
dans la famille des Roumâ; Le docteur Lenz, d'après les 
conseils qu'il reçut, alla s'adresser au Kahia qui lui rendit 
le séjour de Timbouktou aussi agréable que possible. Il lui 
donna une jolie maison , et lui fit servir chaque jour un repas 
abondait et succulent, qui se* composait de pain de froment, 
de beurre et de miel, de viande de mouton et de bœuf, de 
poulet et de gibier. 

A?aotd'arriver dansla ville, M. Lenz avait déjà constaté 
les preuves de sa déchéance ; il lui avait fallu passer par une 
large ceinture de terrains vagues où se rencontrent d'im- 
menses amas de ruines, accumulées pendant le cours 
des siècles. Cependant, si Timbouktou n'est pas très vaste, 
elle se distingue de toutes les autres villes de l'Afrique cen< 
traie par ses constructions solides. Il y a un très grand 
nombre de jolies maisons carrées, parmi lesquelles beau- 
coup ont un étage; elles sont cdnstruites en briques. Il ne 
reste comme monuments publics que trois grandes mos- 
quées qu'avaient signalées Gaillié et Barth; de petits mina- 
rets assez laids surmontent ces mosquées. 

Timboukiou n'est en aucune manière une place produc- 
tive et industrielle; toute l'activité se porte sur le commerce 
a?ec l'étranger. Ce commerce suit trois routes principales : 
la première est celle du Maroc, la seconde celle de Ghada- 
mès et la troisième la voie du haut fleuve, dans la direction 
du sud-ouest. Autrefois, le principal objet du trafic était, 
diiK>n, l'or; mais aujourd'hui en fait d'exportation les 

«oc M GtOGB. — 2* TBIMESTRE 1882. UI. ^ 19 



290 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

esclaves forment Tarticle le plus important. On les tire 
principalement du pays des Bambarra, où la population est 
douce et se livre à l'agriculture et on les expédie au Maroc» 
à Tunis et en Tripolitaine. L'unité de monnaie est le mithqtM 
d'or, à peu près quatre grammes, que le docteur Lenz 
donne comme valant 11 à 12 francs, tandis que du temps 
de Barth il en valait seulement 6 à 7. La valeur de Tor 
s'est donc accrue dans une forte proportion. 

Il existe àTimbouktou des écoles et des bibliothèques, c'est- 
à-dire des collections de manuscrits. Le docteur a souvent 
reçu la visite de savants. Il se faisait passer pour un méde- 
cin turc ; il s'apercevait bien que parmi les , gens intel- 
ligents on ne le considérait pas comme musulman, mais on 
feignait de l'admettre et d'approuver cet incognito. 

Le docteur quitta Timbouktou le 7 juillet 1880. Pour 
atteindre le Sénégal, au lieu de suivre la route facile des 
caravanes par le nord du Soudan, voulant visiter les pays 
Bambarras, il prit par le sud et dès l'abord son chemin fal 
hérissé de dangers. Là où il voulut passer, des bandes de 
pillards,, appartenant à la tribu des Oulâ d'AIloûch, occu 
paient tous les sentiers, arrêtaient toutes les caravanes et 
inspiraient le plus grand effroi aux populations. Le docteur, 
qui ne trouvait que difficilement des gens pour l'accompa- 
gner dans une région aussi dangereuse, fut attaqué avant la 
petite ville de Basikounnou par ces brigands qui commen- 
cèrent par s'emparer de la plus grande partie de ce qu'il 
possédait et firent mine ensuite d'en vouloir à sa vie. 
L'intervention du chérif, son interprète, qui se présenta 
comme le descendant du prophète, lui fut d'un grand 
secours. , 

Par Basikounnou, Sokolo, Bakhouïnit et Kouniakar}', 
en traversant souvent des villages construits au milieu de 
grandes plantations de m^s, de sorgho, de oanne à sucro, 
de coton et d'arachides, le docteur Lenz arriva enfin le 
2 novemb^ àMédine où le commandant français, M. Pol^fît 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 291 

la réception la plus cordiale au vqyageur qui venait de 
passer onze mois dans le Sahara et le Soudan. 

De là jusqu'à la mer, le docteur Lenz descendit le Séné- 
gal dans des conditions fort agréables et il trouva à Saint- 
Loais^ de la part du gouverneur, comme de la part de 
la population civile, un accueil aussi honorable qu'affec- 
taeui. Malheureusement^ il fut retenu à l'embouchure du 
Sénégal par la fièvre jaune qui régnait dans notre colonie. 
Il dot attendre jusqu'au mois de janvier pour s'embarquer à 
bord du Richelieu et, le 24, il arrivait à Bordeaux. U se ren- 
dit à Tanger pour rapatrier son fidèle interprète et gagna 
ensuite sa patrie en traversant l'Espagne et la France. 

Le 23 mars de l'année dernière, j'avais à Marseille l'hon- 
neur de recevoir H. le docteur Lenz, de le saluer et de le 
complimenter au nom de la Société de géographie de Paris 
fui avait bien voulu me confier l'honneur de parler en son 
nom. Je suis fier^ d'avoir pu encore aujourd'hui, au même 
titre, résum&r devant vous l'historique d'une entreprise 
dont l'heureux succès a placé le docteur Lenz au nombre 
des grands voyageurs. 

En accordant cet(e médaille d'or au docteur Lenz, votre 
commission des prix n'a eu qu'une préoccupation, celle 
d'encourager les progrès de la science géographique. Elle a 
été heureuse de suivreles traditions libérales de notre Société 
qni admet à recevoir ses récompenses tous les explorateurs 
sans distinction de nationalité, quand ils viennent lui 
apporter avec un noble orgueil le fruit de leurs travaux, 
quand ils ont contribué à enrichir la trésor des connais- 
sances de l'humanité, quand ils ont vaillamment lutté et 
souffert pour le progrès de la science et de la civilisation ! 



292 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 



V. LE DOCTEUR J. MONTANO 
(M. le docteur Hamy, rapporteur,) 






Dans les premiers jours de Tannée 1878, un jeune docteur, 
récemment débarqué de l'un des steamers de la Compagnie 
des Messageries maritimes, où il remplissait les fonctions 
de médecin du bord, se présentait au laboratoire d'anthropo- 
logie du muséum d'histoire naturelle, pour s'y faire inscrire 
comme élève. M. Montano, notre lauréat d'aujourd'hui, aTait 
touché, pendant ses traversées, à quelques ports de rArchi- 
pel Indien, et ce qu'il avait pu voir des populations bigarrées 
qui les fréquentent, lui avait donné le désir d'en appro- 
fondir l'ethnologie si compliquée, mais si intéressante. H 
s'offrait donc à entreprendre un travail descriptif quelconque 
sur les races de la Malaisie. 

Le Muséum venait d'acquérir les célèbres collections 
formées par Dumontier à bord cfé YAslrolahey qui renfer- 
maient de précieux documents sur les Boughis. D'autre 
part, M. Riedel, notre correspondant hollandais de Timor, 
alors résident à Holontalo, avait récemment adressé à M. de 
Quatrefages un certain nombre de pièces du plus haut 
intérêt pour la connaissance des Dayaks.^ 

Je proposai à M. Montano d'étudier ces deux séries. Il en 
aborda l'examen avec empressement, et, quelques mois plus 
tard, il publiait un mémoire de 70 pages, qui non seulement 
renfermait la description des pièces inédites du Muséum, 
originaires de Bornéo et de Gélèbes, mais donnait en outre 
l'analyse de la plupart des travaux consacrés jusqu'alors 
aux populations de ces deux îles, et résumait avec netteté 
l'état de la science sur cette difficile question des Indoné- 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX AimUEL. 393 

siens et des Malais, soulevée plusieurs fois au sein de notre 
Société*. 

Tout en analysant les œuvres des ethnologues et des 
géographes consacrées à rArcbipel Indien, tout en mesurant 
les pièces osseuses de nos collections publiques, M. Montano 
s'était mis à Tétnde des langues malaises, et avait encore 
trouvé le temps de fréquenter les observatoires, et de s'y 
former tout doucement aux études de géogrs^phie positive. 

Aussi, lorsque notre confrère se décida à solliciter, un peu 
pins tard, de M. le Ministre de l'Instruction publique, une 
mission quir lui permit de continuer sur placé ses études 
indonésiennes, se trouva-t-il en mesure de prouver qu'il 
était prêt à surmonter toutes les difficultés de cette pénible 
entreprise. 

Ce fut à Malacca, que M. Montano eut pour la première 
foisFoccasion d'utiliser les ressources qu'il avait si laborieu- 
sement acquises. Arrivé à Singapore Iel9juinl879, avec son 
stnii et confrère le docteur Rey, qui fut pour lui, pendant 
toote la première moitié de cçtte campagne, un compagnon 
dévoué et un auxiliaire habile; ne pouvant point se résigner 
à perdre un temps précieux dans cette ville, qu'il connaissait 
déjà, en attendant le départ du vapeur espagnol qui fait le 
service de Manille, il se rendit à Malacca, et de là à Ressang. 
Grâce à l'intervention d'un compatriote, M. Rolland, établi 
au milieu des solitudes de cette partie de la péninsule Ma- 
laise, il se trouva bien vite en relations amicales avec le;s 
derniers représentants de quatre petites tribus des monta- 
gnes, dont il put déterminer avec précision les caractères 
physiques, et esquisser d'un trait rapide^ mais sûr, la pit- 
toresque ethnographie *. 
Ces Manthras, ces Knabouïs, ces Udaîs et ces Jakouns, 

1. Montano, Étude nir les crânes Boaghis etDayaks du Muséum dHis 
^re naturéOe. Paris. Br. in-8o. 

^- Montano, Quelques jours chez les indigènes de la province de Malacca 
(^metEtknographie^ n« 1, p. 41-56. 1882. Pari3» Leroux). 



294 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ARinJEL. 

expulsés de la c^te par l'action combinée des Malais et des 
Chinois^ s'éteignent misérablement au fond des épaisses 
jongles qui leur ont donné asile. Les Udals de Rang Koun 
sont réduits au nombre de cinq, le père, la mère et trois en- 
fants. La tribu Manthra du Boukit-Koumounin compte seu- 
lement treize membres : cinq hommes,, quatre femmes et 
quatre enfants; Tune des femmes est atteinte de nanisme, 
Tun des hommes est rachitique; un autre, épileptiquc, fui 
pris d'une attaque yiolente pendant que nos confrères le 
mesuraient. Ces pauvres gens sont d'une saleté repoussante, 
couverts de l'horrible mal que l'on nomme ec^fcywfl, et velus 
seulement de quelques sordides haillons. La case de bam- 
bou et de feuilles de palmier est aussi délabrée que ses 
habitants. Un cadre de bois enceint l'atmas déterre qui forme 
le foyer constamment allumé, quelques yases mal cuits, des 
corbeilles pour les patates, un petit panier pour Tarée et la 
chaux, un parang et une hachette de fer à soie mobile em- 
manchée en rotang, composent tout le mobilier de ces mi- 
sérables sauvages voués à une destruction prochaine, el 
dont l'étude offre d'autant plus d'intérêt, que les sujets en 
deviennent chaque jour plus clairsemés et plus msaisis- 
sables. 

M. Montano, outre vingt-quatre observations anthropo- 
métriques à peu près complètes, envoyait, en quittant Kes- 
sang, au Muséum de Paris, un squelette péniblement extrait 
d'un tumulus manthra, au milieu de difficultés qui ne feront 

' T 

que croître pour les explorateurs futurs de ces parages. Les 
fouilles pratiquées par notre voyageur lui avaient attiré les 

* 

malédictions d'un vieux ^apala (petit chef) de la tribu voi- 
sine. Or Pang Uma Dal^m, le principal complice de Texhu- 
mation de Kessang, est mort peu après,[fort misérablement, 
et l'on n'a point manqué de considérer, en pays Manthra, 
cet accident inopiné comme le juste châtiment de Tacle 
impie auquel avait pris part le malheureux sauvage. 
M. Montano désirait vivement comparer les métis négrito- 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 295 

malais qu'il venait d'étudier aux alentours de Kessang, àde 
véritables négritos. Une excursion dans la Sierra de Marive- 
lesyau nord-ouest de la baie de Manille, lui permit de prendre, 
avec le concours de M. Rey, trente observations complètes, 
dans deux ou trois tribus où le sang est demeuré sans mé- 
lange. Les résultats de cette excursion seront précieux pour 
rétude de cette petite race noire, et viendront heureusement 
compléter les descriptions que MM. Jagor, Meyer, Miklucho 
Macleay et quelques autres lui ont récemment consacrées. 

Les négritos du nopd et du nord-est de Luçon soçt peut- 
être un peu moins purs que ceux de MarivcIesetdeBataan. 
C'est pourtant aux environs de Binangonan de Lampong que 
La Gironière avait recueilli, en 1839, les documents aujour- 
d'hui classiques, à l'aide desquels fut établie, il y a quelques 
années, la morphologie de la race. 

Dans le sud de Tîle, le type ethnique est profondément 
altéré par des croisements divers. Aussi, dans son troisième 
poste d'observation, à Albay , notre confrère se donne comme 
principal objectif l'étude des variations qui se manifestent 
dans un peuple fort mélangé. M. Montano recueille quelques 
bonnes observations sur les Bicols, qui sont les Tagalocs du 
sud. Puis, dans l'Ile Gagraray, il découvre c^t fouille, avec 
U. Rey, les grottes du L^t;an^ et du CarabaOj qui lui livrent 
une collection considérable d'objets relatifs aux populations 
anciennes de cette partie de l'archipel, populations qui se 
déformaient la tête à un degré extrême, et dont l'ethnogra- 
phie révèle des relations inattendues avec le monde asia- 
tique. Dans l'une de ces grottes s'est, en effet, rencon- 
trée, avec un bracelet en coquille, une de ces vieilles coupes 
en porcelaine chinoise, dont l'exposition de M. Marche a mis 
récemment sous nos yeux tant de remarquables spécimens, 
découverts dans des conditions analogues, sur les îlots de 
la côte occidentale de Luçon. 

Je n'insisterai point sur les collections d'histoire natu- 
relle recueillies par la mission française, pendant son séjour 



896 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

àLuçoD, quelque intéressantes que soieniquelques-unes des 
pièces qu'elles renferment ^ J'ai hâte d'arriver aux épisodes 
du voyage qui offrent un intérêt géographique plus spécial. 

Quelque insuffisantes qu'elles soient dans leurs détaUs, les 
cartes de Luçon ne sont pas tellement incorrectes, qu'on 
puisse y relever, sans le secours de la géodésie» des erreurs 
considérables. Il n'y a pointnon plus, dans cettejle, de grands 
espaces absolument inconnus. La géographie proprement 
dite ne peut (lonc jouer, dans un voyage à Luçon, qu'un rôle 
tout à fait secondaire. 

Mais à Solo, et surtout à Bornéo et à Hindanao, où nous 
allons maintenant suivre H. le docteur Montano, les questions 
géographiques prennent une tout autre importance, et, dès 
l'arrivée à Solo, nous les voyons occuper le premier rang 
dans les recherches de notre voyageur. 

L'archipel Solo ou Holo était resté, jusqu'en 1876, presque 
entièrement inconnu . Les Espagnols avaient bien occupé ia 
grande lie en 1746^, Dumont d'Urville, Rienzi et Wilkes 
avaient pu passer quelques jours en rade de Bevouan ou 
Tianggi, alors résidence du sultan; d'autres. navires enrd- 
péens avaient fait, depuis lors, de rares apparitions dans les 
eaux de Tarchipel. 

Mais si les côtes avaient été vues et partiellement levées, 
l'intérieur était demeuré complètement inezploré,%et Tonne 
savait presque rien du sol ni de ses habitants. 

Les Malais de Solo passaient, d'ailleurs, pour les pirates 
les plus redoutables de l'extrême Orient, en môme temps 
qu'ils se montraient les plus fanatiques des musulmans des 
Indes, et nul voyageur n'aurait songé à aller explorer leur 
île sans les événements qui sont venus brusquement mo- 
difier la situation politique de l'archipel. 

Lassés des attaques incessantes des Soloans contre leurs 



i. Je mentionnerai, entre autres, deux Salaria$ nouveaux envoyés 
d'Albay. 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 297 

établissements^ les Espagnols se décidèrent, en 1876, à forcer 
denouyeau les pirates dans leur repaire. Le 29 "" février, le 
numara de Tianggi tombait en leur pouvoir, et le sultan se 
voyait forcé de subir un protectorat détesté; Tianggi 
n'existe plus, on ne voit aujourd'hui sur son emplace- 
ment que les pilotis qui en supportaient les cases. Les Es- 
pagnols ont bâti, au nord-est de l'ancienne ville, une petite 
cité nouvelle, assise dans de si bonnes conditions d'hygiène, 
que les cas de fièvre pernicieuse, qui étaient la règle à 
Tianggi, sont aujourd'hui à Tétat de très rare exception. 
C'est dans cette colonie naissante, que MM. Montano et Hey, 
profitant des facilités relatives acquises aux voyageurs sur 
cette terre nouvelle, venaient s'établir pour quelques mois, 
en novembre 1879. Malgré les nombreux obstacles dus à des 
circonstances malheureuses, malgré les agressions des ju- 
ranentados qui faisaient au nouveau Tianggi de nombreuses 
victimes, nos voyageurs n'ont pas hésité à traverser l'île pour 
Aller visiter, àMaïboun, sur la côte sud, le sultan Mohamed 
^'amalalAlam, Malais d'un type très fin, dont ils ont pu, après 
l^ien des hésitations, fixer les traits par la photographie. 
M.Hontano a raconté, dans une curieuse lettre insérée ^xx Bul- 
letin de notre Société a, son pénible séjour à la petite cour de 
Uaîboun, et les difficultés de tpute espèce que souleva 
l'exécution du portrait de Sa Majesté More. Dans tous les 
<^iscoarsdes Dâtos revenait cette question : « Est-il bien sûr 
qu'on ne meurt pas, si l'on fait faire son port rait?...»Moha- 
naed Tamalal Alam a succombé peu de temps après Topé- 
ration, aussi M. le docteur Montano n'engage-t-il aucun pho- 
tographe, quelque habile qu'il puisse 6tre, à se montrer 
aujourd'hui, àMaïboun, avec ses appareils... 

La traversée de l'île avait procuré à nos voyageurs un iti- 
néraire qui n'est pas sans intérêt, et des collections d'his- 
^ire naturelle, dans lesquelles figurent, comme ils l'espé- 

1- UUre du Df Moniano au D'Uamy {Bull, de la Soc. de Géog.y 6* sér., 
^ ^X* p. 353-362, avril 1860). 



298 RàPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

raieot, plusieurs espèces nouvelles, et bon nombre de types, 
décrits à l'étranger, qui faisaient défaut à nos collections na- 
tionales. L'expédition de Sandakan n'a pas été moins fruc- 
tueuse. 

Le nord-est de Bornéo, où s'ouvre la grande baie dont 
je viens de prononcer le nom, ne présentait sur les cartes, 
il y a deux ans encore, qu'une large surface blanche, où la 
courageuse ténacité de M. Montano a tracé une ligne ondu- 
lée de plus de cent kilomètres. Cette ligne correspond au 
cours de larivière Sagaliud, remontée dans toute sa partie 
navigable par notre collègue, lancé à la recherche des Boa- 
lé-Doupis, une peuplade de race indonésienne, dont il a le 
premier inscrit le nom sur la carte de Bornéo, déterminé 
dans une certaine mesure les caractères morphologiques et 
discuté les affinités ethniques. Les Boulé-Doupis, quioDt 
été nombreux et puissants jadis dans ces parages, doi- 
vent appartenir à la famille Dayake; ils ne forment plus 
aujourd'i^ui que de misérables petits groupes, dispersés 
au fond des forêts *. 

C'est à Mindanao surtout, que le docteur Montano, désor- 
mais réduit à ses seules forces par le départ.de son compa- 
gnon rentré malade en France, va rendre de signalés ser- 
vices à la géographie. Cette grande terre, abordée par quel- 
ques expéditions scientifiques, depuis celle de Carteret jus- 
qu'à celle de Rivera et Bustamante, n'était à peu près con- 
nue que' le long de ses côtes. A l'intérieur, les lignes de 
partage^ des eaux étaient vaguement indiquées, et les 
masses d'eau douce à niveau très variable qui forment ses 
grands lacs, à peine entrevues par les missionnaires espa- 
gnols, figuraient sur les cartes en pointillés trompeurs. 

Pénétrer jusqu'à ces lacs n'était point chose aisée : lepay> 
est difficile, et les sauvages qui l'habitent ne sont rien moins 
qu'hospitaliers. Pour se familiariser avec cette rude nature 

1. Cf. Montano,- La rivière Sagaliud et les Boulé-Doupie, île de Bornéo 
(BulL delà Soc. de Géog.^ 6« sér., t. XX, p. 182-191, carte, août 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 399 

dont il veut forcer les secrets, M. Montano tente, au prix des 
plus grandes fatigues, le 5. octobre, rascension du volcan 
ApOydontil lève Jacarte et fixe l'altitude. Gardé par le terrible 
Mandaragan, génie vénéré desBagobos, TApo était toujours 
demeuré jusqu'alors inaccessible à tou^ les voyageurs^. 
^ M. Montano entreprend ensuite la traversée de llle, du 
sud au nord, de Davao à Surigao, par le Rio Tagum et son 
afflaent le Sahug, le mont Hoagusan, le lac Linao, la rivière 
Agusan enfin, qui le conduit à Butuan. La carte de cet itiné- 
raire, dont vous avez eu la réduction sous les yeux, com- 
prend les lacs Mainit et Linao, le mont Bucan, Bislig, Catel, 
Caraga et Mati par lesquels le voyageur est rentré à Davas. 
Elleest établie à l'aide de vingt-huit observations astrono- 
miques; les altitudes de tous les points remarquables ont 
étéprises à l'aide du baromètre, et les inflexions de là route 
sont relevées à lal)oussole avec le plus grand soin. 

Us collections réunies, pendant ces trois mois et demi de 
roQte, par notre voyageur, dans des circonstances difficiles, 
sont particulièrement intéressantes. Entouré de sauvages 
violents et'soupçonneux, constamment exposé à mourir de 
fium, mouillé jusqu'aux os par des pluies épouvantables, 
> chargé d'appareils qui exigeaient des soins particuliers, 
M. Montano a réussi à ramener ^ la côte les documents 
les plus variés sur l'histoire naturelle et l'anthropologie. 
Je citerai une nouvelle espèce du genre Pontius^ le Pon- 
titu Montanoi du lac de Linao, dont l'examen porte les 
iclityologis^àcroire que les différences signalées par M. R. 
Wallace entre les Philippines et les autres îles Malaises, 
ont été bien exagérées, des polypiers recueillis sur le mont 
Hoagusan, et dont la présence indique nettement que cette 
P^ie de Blindanao s'est soulevée à une période récente; 
des roches éruptives actuelles qui permettent de se rendre 
i^n compte exact de la constitution des volcans; enfin, une 

■ 

t. Montano, Le golfe de Davao et Vasceruion du volcan Apo {Bull, de 
^ Soc. de Géogr.y V sér., t. I» p. 552-573, juin 1881). 



300 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

collection anatomique \ qui comprend toutes les races de 
rUe, MamanuaSy négritos purs réfugiés au bord du lac Maî- 
nit^ ManoboSy et Mandayas, métis indonésiens maîtres de la 
montagne; Bagobos du volcan Apo, Bilaous, Bisayas, etc. 

M. Montano a pu mesurer et photographier un certain 
nombre de ces sauvages. Il a rapporté, en outre, huit voca- 
bulaires * de 300 mots chacun, beaucoup plus voisins du 
Bisaya que du Malais. Le huitième, le Bilan, d'une nature 
toute différente, semble devoir être mis à part. 

Si, aux résultats acquis pendant ce premier voyage, nous 
ajoutons ceux qu'avaient procurés les précédentes explora- 
tions du docteur Montano, nous trouvons que ce voyageur a 
tracé environ 400 idlomètres de route en pays inconnu, re- 
cueilli plus de 2000 échantilloDs d'histoire naturelle, dont 
quelques-uns sont nouveaux pour la zoologie et dont 169 se 
rapportent à l'objet spécial de sa mission, l'étude des races 
indonésiennes et malaises; formé le plus volumineux re- 
cueil' d'observations anthropométriques (173) et de pho- 
tographies scientifiques (230) qui ait jamais été réuni en 
pays lointain, rassemblé enfin, pour l'étude linguistique du 
grand Archipel Malais, des documents nouveaux d'un très 
vif intérêt. Votre commission des prix, prenant en considé- 
ration les remarquables travaux de notre collègue, loi a dé- 
cerné, à l'unanimité, la médaille d'or du prix Logerot. 

Permettez-moi d'ajouter que M. le docteur Montano et 
son collaborateur, M. le docteur Rey, ont su partout faire 
aimer le nom français et respecter la science française et 
que pendant les troubles de Solo, au milieu des victimes 
que le fanatisme des Mores avait entassées dans les ambu- 
lances espagnoles, la conduite de nos confrères a été con- 
stamment au-dessus de tout éloge. 

1. La collection anthropologique complèto de la mission se compose de 
9 squelettes et 160 crânes. 

2. Huit vocabulaires des langues Samal, Manobo, Tagacaolo, Bagobo, 
Bilan, Ata de rApo, Boulé Doapi «t Sooane. 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 301 



H. PAUL GAFFAREL 



(M. Richard Cortambert, rapporteur.) 

/ 
Prix Jomttrd. 



U y a déjà plus d'ua siècle, naissait à Versailles l'un des 
hommes qui devaient un jour le plus contribuer au déve- 
loppement de notre Société; je veux parler de Jomard qui, 
pendaat quarante années, n'a cessé d'ôtre le membre le 
plus fidèle de nos réunions. II eut la passion de la science 
et la passion du bien pjublic. L'un des premiers en Europe, 
il comprit l'immense avenir de nos associations de géogra- 
phie, centralisant les nouvelles du globe, encourageant, 
protégeant les voyageurs, quelle que soit leur nationalité, 
présidant à leur départ, les acclamant au retour. Rendons- 
loi donc éclatante justice : ce fut surtout, grâce à lui, qu'un 
petit groupe de savants et d'hommes d'initiative se réunis- 
sait en 1821, et fondait notre Société qui bientôt devint la 
mère de toutes les Sociétés géographiques de l'Europe et du 
monde entier. 

A l'âge d'environ vingt ans, Jopaard avait eu l'honneur de 
faire partie de la mémoral^le expédition d^Égypte, et, à 
Tombre des ruines pharaoniques, sa vocation de géographe 
s'était révélée. Aussi, conserva-t-il jusqu',à sa vieillesse 
la pins avkncée, pour cette portion du monde, une affec- 
tion presque filiale. Tout ce qui, la concernait, le capti- 
vait, le charmait. Ou le surprenait môme, se croyant de 
honne foi, le parrain attitré' de tout ce qui s'y produisait 
d'important, soit dans l'ordre scientifique, soit dans le do- 
maine des idées. Il aimait à s'entendre appeler Jomard 
^'Égyptien. Aussi l'on comprend avec quel enthousiasme il 
salua cette entreprise grandiose du percement de l'isthme 
de Suez qui, en marquant du géni'e de la France toute une 



302 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIS ANNUEL. 

époque, a placé à un rang si élevé, d.e TOrient à TOccident, 
rhomme illustre qui veut bien présider nos assemblées. 

De l'Egypte, Jomard étendant ses recherches, avait vu 
s^ouvrir la région du haut Nil, puis le centre de rAfriqueet 
bienft6t toute la vieille Libye. La géographie pouvait désoN 
.mais le compter parmi ses plus fervents disciples. Son acti- 
vité dévorante devint bientôt proverbiale. Il agitait sans 
cesse de nouvelles questions, déchiffrait avec une rare sa- 
gacité les manuscrits les plus obscurs, a Le travail est le 
meilleur de mes amis, » se plaisait-il souvent à répéter. Oq 
aurait pu dire de lui comme du vieux Caton qu'il était 
apte à tous les travaux gu'il entreprenait. Son esprit d'in- 
vestigation le poussait à tout étudier, à tout connaître. D se 
mit à voyager, en vrai bénédictin, dans le passé et s'appliqua 
à débrouiller l'art confus des vieux cartographes du moyen 
âge; il comparait surtout entre eux les portulans, ces 
curieuses cartes marines du quatorzième et du quinziôme 
siècle, premier balbutiement de la géographie, paroles 
encore incohérentes de l'enfant qui prendra sa robe pré- 
texte au xvi^ siècle avec Mercator et Ortelius, et atteindra 
l'Âge viril deux cents ans plus tard^ au xviii* siècle, avec 
D'Anville et Cassini. Il se voua à la reproduction de ces 
vénérables documents, notre livre d'or à nous; il en réunit 
les pièces, les coordonna, et forma peu à peu ce beau re- 
cueil qu'il a si justement appelé les « monuments de la 

géographie. » Atlas sans précédent qui n'eut qu'un pâle 
émule dans celui du vicomte de Santarem, et qui instraisil 
plus encore les savants que le grand public, et fit admira- 
blement saisir la marche de notre science à travers le moyen 
âge et le commencement des temps modernes. L'histoire 
de la> géograp}iie est toute là. C'est l'œuvre magistrale que 
^nous sommes heureux de décerner aujourd'hui à M. Gaffa- 
rel, eu souvenir de notre vénéré maître Jomard, et au' nom 
de madame Boàelli, sa fille, et de son petit-fils, notre collè- 
gue, le comte Jules Boselli. 



RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 303 

Ce fut du fond des cloîtres^ aa x* et au xr siècle, 
qae la pensée géographique réapparut, d'abord timide 
ment, mais avec des allures nouvelles. Aux itinéraires des 
Romains, inflexibles comme leurs lois, courant commenin 
ordre d*un posie militaire à l'autre, indiquant avec précision 
les distances, sans nul souci de la physionomie des contours, 
de la peinture du monde, succédèrent des essais trop sou- 
Tent puérils, des cartes naïves, grotesques, où les réminis- 
cences de la poésie antique venaient se confondre avec tous 
les égû^ments d'une époque ignorante, superstitieuse, sans 
directioD positive. Dans les géographies des anciens, laGrèc e, 
dominatrice par le génie, s'était orgueilleusement placée au 
centre du monde, c'était presque son droit. Daus les manus- 
crits laissés par les bons moines des premiers siècles de la 
chrétienté, Jérusalem, point de départ d'une idée qui vient 
d'accomplir la rénovation des peuples, apparaît au cœur 
même de la terre. Dominés par la pensée religieuse, ces 
géographes, encore enfants, s'amusent même à chercher, 
dans la forme des terres et des mers, des rapprochements 
purement fictifs avec les symboles de leur foi. C'est ainsi 
que, dans la mappemonde du commentaire de l'Apocalypse 
et dans bon nombre de vieux documents, la Méditerranée, 
jointe aux mers adjacentes, dessine une sorte de croix 
gigantesque. 

Bientôt l'esprit satirique que nous retrouvons dans les 
fabliaux, dans les chansons de geste, dans les sesmons, 
dans les cérémonies religieuses et jusque dans les bas-reliefs 
de nos cathédrales, va se glisser, lui aussi, dans la carto- 
graphie si étrangement pittoresque des portulans et des 
premières mappemondes. La géographie de ces vieux temps 
semble parfois, en vérité, être une 3orte d'écho du roman 
du Renard, cette épopée burlesque que redirent pendant 
deux siècles toutes les nations de l'Europe. La forme est 
différente ; l'esprit, le même. La cartographie, à ses débuts, 
est gouailleuse et narquoise, mais la religion ne l'abandonne 



\ 



304 * RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX AUNUEL. 

jamais. Telest, aureste, le caractère dominaot du moyen âge. 
Rappelons-nous ces sculptures des édifices religieux, par- 
fois indécentes, souvent irrespectueuses, mais ne détour- 
nant nullement de la prière qui monte saintement au ciel 
avec les flèches hardies des églises, une des plus belles in- 
spirations du génie chrétien. De môme, sur nos vieilles 
cartes, ces personnages en froc représentés presque en ca- 
ricature, ces hommes à tète de chien, de loup ou de faucon, 
qui pourraient bien être des rois, toutes les scènes plus ou 
moins profanes que l'on rencontre à peiïprès partout, dans 
la célèbre mappemonde de Hereford par exemple (xn* siècle), 
ne détruisent en rien le respect dû à la souveraineté et à la foi. 
ai le sourire est là presque irrévérencieux, la religion vient 
toujours reprendre sans conteste sa place d'honneur. 
L'Ancien et le Nouveau Testament y sont surtout mis à 
contribution. Il est rare, en effet, que nous n'y trouvions 
pas nos premiers parents, et plus loin, le Christ, les apôtres, 
les saints. Adam s'y montre presque toujours se croisanl 
mélancoliquement les bras à côté d'Eve qui ne se contacte 
pas de ihordre à l'une des pommes du paradis, mais déva- 
lise tout un arbre qui en est chargé. Quant aux personnages 
sacrés, ils apparaissent généralement en dehors de la sara- 
bande de monstres et de démons qui se débattent à Tinté- 
rieur. Assis dans de larges fauteuils, ^a plupart du temps 
dans les coins, ils échangent, au milieu du calme, la bonne 
parole avec ^es gens en toge et à l'air béat. 

A ces bizarreries nées de toutes les épouvantes du moyen 
âge ainsi que du mysticisme, feront place ensuite des 
cartes oii le littoral assez étudié rappelle môme avec tme 
certaine fidélité les contours des terres. Tel est par exemple 
le. beau portulan des frères Pizzigani (1367). 

La géographie, au commencement du quinzième siècle, 
se débarrasse pourtant peu à peu de ses légendes, élargit 
de plus en plus son cadre, commence à relever les côtes, 
s'applique surtout à servir la navigation. 



' RAPPORT SUR LÉ CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 305 

Quant aux voyageurs terrestres, on s'en occupe encore 
fort peu; on ne leur indique pas l'ombre d'un tracé de 
route; mais, en reyanche, on leur ser^ autant qu'ils peuvent 
en souhaiter, des oriflammes multicolores, et des souverains 
pompeusement assis sur des trônes. 

La religion conserve toujours sa place. La madone et 
l'enfant Jésus sont le plus souvent en tête de ces portulaiis 
qu'anront à consulter les navigateurs, et qui vont figurer à 
la poupe des navires à c6té de la boussole. 

Les merveilleux voyages des Portugais, la découverte de 
rÀmérique par les Espagnols, cette éclosion soudaine d'un 
monde que Ton peut considérer comme le fait le plus sail- 
lant des annales de l'humanité, devaient nécessairement 
imprimer un nouvel essor à la cartographie. 

Jomard comprit tout l'intérêt que présenterait la repro- 
duction de la première mappemonde dans laquelle apparais- 
sait l'Amérique. 11 nous donna la carte du pilote de Colomb, 
de Juan de la Cosa, datée de Tan 1500. Huit années seule- 
ment se sont écoulées depuis la découverte, et le jeune 
monde émerge de l'inconnu au moins dans quelques-unes 
de ses grandes lignes; mais déjà l'oubli s'est fait sur la pe- 
tite tle des Lucayes, saluée du nom de San Salvador, et 
qu'abordèrent les Espagnols, le 12 octobre 1492. Juan de la 
Cosa n'y pense plus ; il ne l'indique pas ; à demain, l'oubli 
pour Colomb lui-même. 

Les dernières cartes sont consacrées à la mappemonde 
dite de Henri n qui, suivant de justes argumentations, nous 
paraît avoir été composée sous François I**^, puis à celle de 
Sébastien Cabot (1544) où se trouve relatée la prise de pos- 
session (1494) de la Nouvelle-Ecosse par les Anglais sous la 
conduite du Vénitien Jean Cabot, et se termine par le fac- 
similé de la grande mappemonde de Mercator (1569), le vrai 
fondateur de la géographie moderne, que son émule Ortelius 
proclamait le prince des mathématiciens et le chef des géo- 

gnphes de son temps. 

•oc. n fitOGI. — 2* TRIMKSTRE 1882. fil. -> 20 



306 RAPPORT SUR LE CONCOURS AU PRIX ANNUEL. 

Ces époques si captivantes ont tenté tout jeune Tes- 
prit investigateur de H. Paul Gaffarel, un des maîtres les 
plus appréciés de notre Université. Mettant à profit sa 
connaissance approfondie des auteurs grecs, il s*est appli- 
qué à saisir dans leurs écrits les moindres traits pou- 
vant faire allusion à quelque grande terre à l'ouest de l'Eu- 
rope. De prime abord, il semble, en effet, étrange que la 
Grèce, qui avait soumis le vieux monde par la pensée, et 
Rome, qui l'avait conquis par la force, n'aient eu aucune 
notion de ce continent immense I Des navigateurs phéniciens, 
poussés par la fièvre des voyages ou par les vents, n'ont-ils 
pas foulé le sol de l'Amérique des milliers d'années avanl 
les Espagnols? Qu'était-ce que l'Atlantide et Antilia? Toutes 
ces questions, M. Gaffarel se les pose et les résout, mettant 
toujours sa vaste érudition au service de la vérité. Des temps 
anciens passant au*xvi* siècle, notre confrère, dont le 
cœur bat pour toutes nos vieilles gloires trop vite oubliées, 
nous a donné une excellente histoire de la Floride française, 
ainsi qu'un judicieux volume sur l'histoire du Brésil français 
qui suivait de près un ouvrage sur la découverte possible du 
Brésil par une petite cohorte d'audacieux marins de Dieppe. 

L'œuvre de M. ^Gaffarel est considérable. Il à bien pu, 
comme tant d'autres, s'égarer dans le labyrinthe du moyen 
âge, mais il a vite trouvé le fil d'Ariane pour en sortir. Il est 
probable que, plus d'une fois, notre confrète a interrogé te 
monument Jomard où à bon droit il se trouvait tout à fait 
chez lui. Nous lui signons simplement des droits plus com- 
plets de propriété. 

Notre Société est heureuse d'offrir à Tensemble de l'œuvre 
si remarquable de M. Paul Gaffarel un souvenir du vieux 
maître qui fut notre guide pendant si longtemps, et auquel 
nous sommes en partie redevables de la création de ceî 
grandes et belles réunions qui deviennent de plus en plu^ 
les brillantes assises de la Géographie. 



ÉTATS FORESTIERS 



» f 



D£ LA ZONE TEMPEREE DU NORD 



PAR 



V.-A. BARBIE DU BOCAGE 



Lorsqu'il y a diZ'>huit ans, j'ai quitté la vie de Paris pour 
chercher un refuge dans notre belle province de Norman- 
die, une habitude d'étudier que ma présence si ancienne 
te le sein de la Société de Géographie m'a rendue bien 
chère, m'a mis dans la nécessité de trouver un nouveau 
sujet de travail pouvant offrir quelques attraits à mon ima- 
gination. J'ai consulté, alors, dans ce qui m'entourait, la 
partie si grandement sérieuse qu'on nomme l'agriculture. 
^e sais entré dans certains détails de cette science popu- 
laire et, en peu' de temps, j'ai trouvé un défaut au milieu 
de ses qualités : en voyant presque chaque année les terres 
cultivées, revenir sur les effets antérieurs, j'ai remarqué 
que les moyens, tout en se perfectionnant, restaient ton- 
jours les mêmes. Par un zèle particulier, je pouvais obte- 
lûr des augmentations de qualités et de quantités, mais 
non quelque chose de spécialement défini et qui se pour- 
soirit dans la nature. Là est la raison qui me fit observer 
et étudier les arbres. Ces végétaux, comme taillis, rendent 
i d'assez longs intervalles des produits utiles; comme bois 
de haute futaie, devenant bois d'œuvre, ils sont la preuve 
des efforts de la végétation pendant les années précé- 

l- Coannaaication adressée à la Société dans sa séance du 3 février 

188i. 



908 fiTÂTS FORESTIERS 

dentés ; ils en portent le souvenir aux vivants et en trans- 
mettent les conséquences aux générations suvantes. Com- 
ment cet attrait de nos magnifiques forôts ne m'aurait-il 
pas séduit; comment, attiré par leurs charmes, n'aurais^je 
pas cherché à donner \ ces attrayantes études quelque 
empire sur mon imagination? 

L'une des choses qui m'attiraient le plus dans ces tra- 
vaux, c'était de me rendre compte comment tant de bois 
magnifiques poussaient dans des sols parfois ingrats, com- 
ment la sève, originaire d'une petite graine, activée par U 
chimie, la physique, la météorologie, la composition géolo- 
gique, devenait cet arbre superbe qui nous ombrage aujour- 
d'hui et qui, peutrétre un jour, payé bien cher à son pro* 
priétaire, rendra de 'réels services à l'établissement des 
constructions humaines. J'ai cherché partout des doca- 
ments sur ces sujets, et j'en ai trouvé sous des noms de 
savants que tout le monde connaît et qui, pour avoir dit de 
quoi se composait la sève, comment elle montait, par quels 
effets naturels elle se conservait, ont pris rang parmi les 
grands hommes. Je veux parler des Humboldt, des Saus- 
sure, des CSandoUe, des Boussingault, des Becquerel, des 
Orisebach et de tant d'autres, tels que M. Alfred Haury, 
notre collègue, qui nous a donné un tableau historique de 
la géographie forestière de certaines contrées. C'était mon 
grand désir de parler eu me couvrant de pareilles indi* 
vidualités; mais leurs œuvres sont trop justement connues 
pour que je m'y arrête longtemps ici; aussi, ne devant 
avoir la parole que quelques instants, ai-je cherché dans 
quel ordre je pouvais traiter de la végétation forestière, 
et j'ai pensé qu'en tenant compte du zèle qu'on a dans 
^ette Société pour la science géographique, on voudrait 
bien me permettre de dire, en deux mots, ce qu'étaient 
les bois aux premiers temps historiques et ce qu'ils sont 
devenus aujourd'hui. 

J'ai encore, avant d'entrer dans le sujet, un petit fait à 



DE LA ZONE TEMPËRËE DU NORD. 909 

rappeler : c'est que mes travaux n'ont pas, naturellement 
pnse porter sur les forêts du globe entier, et que je borne 
mes études à la zone tempérée du nord, du tropique du 
Cancer au cercle polaire. Il eût été bien beau de pouvoir 
faire comme M • de Grisebach et de le suivre dans les forêts 
vierges de Téquateur; mais, je ne suis pour cela, ni assez 
botaniste,' ni doué d'un esprit assez voyageur. J'aime mieux 
ma zone tempérée; ses bois sont les nôtres, et il me sem- 
ble toujours qu'en m'occupant des pins du Kamschatka^ je 
n'ai pas entièrement oublié ma Normandie. 

La zone tempérée du nord, à la suite des époques géolo- 
giques dont nous ne pouvons parler ici, était, dans les pre- 
miers temps de nos souvenirs scientifiques, soumise aux 
effets qu'luaposait ianature; elle nous présentait une surface 
peuplée de bois, dans des conditions générales à peu près 
semblables à celles dont l'histoire nous a laissé le souvenir 
ou que nous envisageons aujourd'hui ; toutefois elle en difié- 
fait, par un certain nombre de détails. Ainsi, l'individu qui 
partait en imagination vers l'est, du point qui fut depuis Paris, 
et y l'entrait par l'ouest, après avoir fait le tour du monde, 
trouTait des forêts magnifiques mais presque inextricables 
sur les cinq sixièmes du chemin parcouru. Dans toutes ces 
iorèts, les essences d'arbres varient dans des conditions 
.particulières; mais les contrées qu'une même essence oc- 
cupait dès le principe, s'étendaient dans le sens des longi- 
tudes, tandis que du cercle polaire au tropique, ces essences 
cessaient d'exister suivant les latitudes. En outre, sur les 
montagnes ou les plateaux élevés, les essences, subor- 
données à l'altitude, arrivaient à des changements avec 
celles des latitudes sur lesquelles étaient situés ces mon- 
^gnes ou ces plateaux. 

Dans cet ordre d'idées, en nous occupant spécialement 
des latitudes, nous avions, au nord, en avançant vers le 
cercle polaire, la prépondérance complète et absolue des 



310 ÉTATS FORESTIERS 

conifères.- Quelle que soit leur espèce, ils supportent 
encore, sur les mômes régions, Les mômes abaisse- 
ments delà (température hivernale. Au-dessous d'eux en 
revenant vers le sud, on les trouvait alors, et on le con- 
state encore aujourd'hui, môles d'essences feuillues; et, en 
avançant de plus en plus, on finissait par voir les conifères 
à peu près disparaître. Les bouleaux, les chônes, les bêtre^s 
les frênes, les charmes, les peupliers prenaient presque 
exclusivement la place de l'épicéa, du sylvestre, du mélèze, 
qu'on ne retrouvait plus que sur les hauteurs. Enfin, avan- 
çant toujours vers l'équateur, on parvenait aux latitudes 
des rivages de la mer Méditerranée où les effets d'une 
chaleur plus vive donnaient naissance à certains arbres 
toujours verts, à des arbres fruitiers nouveaux,, à des coni- 
fères tout différents de ceux du nord^ Ces forôts s'éten- 
daient en outre beaucoup au sud de la mer Méditerranée; 
mais elles le faisaient mêlées de plantes tenant de très près 
à celles que nous regardons comme tropicales. 

Pour ce tableau rapide, il est fort difficile d'entre- 
prendre la description complète des pays occupés jadis 
par les forôts et de dire, autrement que nous ne venons de 
le faire, à quelle place se trouvait fixée telle ou telle 
espèce ; aussi, suis-je forcé, pour montrer tout ce qui était 
occupé par les bois dans la zone tempérée du nord, d'em- 
ployer le moyen qui vous fera voir dans quels pays ces 
forôts n'existaient pas. Ainsi, dans la zone tempérée qui 
comprend l'Europe, la plus grande partie de l'Asie et ic 
nord de l'Afrique, la portion que la nature privait de forêts 
et qui en manque presque absolument aujourd'hui, c'est 
rénorme contrée qui commençant au Turkestan, à peu de 
distance au sud d'une partie de l'Altaï, s'étend à l'occident, 
depuis le sud de l'Oural jusqu'à la Mer Noire, y compris 
toute la partie méridionale de la Russie d'Europe. Vers 
l'orient ou le sud asiatique, cette partie privée de végétation 
forestière, embrasse tout le Turkestan, presque toute la 



DE LA ZONE TEMPÉRÉE DU NORD. 311 

Perse, jusqu'à une certaine distance de l'Indus, tous les pla- 
teaax du centre de la province d'Anatolie, la partie orien- 
tale des pays du Caucase et toute la Syrie, de la Perse à la 
Méditerranée, toute TArabie et, enfin, passant en Afrique, 
tout le Sahara, de la Mer Rouge à TOcéan Atlantique. II y a 
bien, dans ces contrées, divers territoires très restreints 
que le bois couvre encore, mais cela tient à des circonstances 
très particulières, dues presque toujours à des dispositions 
orograpbiques, et, malheureusement, l'absence de forêts 
sur un grand nombre de points de cette immense région, a 
aassi sa cause dans Thistoire môme de l'humanité. 

Cette absence de végétation est aujourd'hui constante et 
facilement vérifiable. Gomment les effets de la nature out- 
ils produit cet incalculable désert? comn^nt l'homme,, qui 
pouvait essayer de mettre certaines barrières à leur action, 
lesa-t-il plutôt secondés? 

Tout le m'onde sait que la végétation destinée à faire des 
arbres, n'est pas engendrée seulement par une graine mise 
en terre , il faut encore un effet thermique suffisamment 
prolongé et une humidité assez persistante ou assez abon- 
dante, pour donner à l'arbre la nourriture dont il a besoin 
et lui faire prendre une force qui assure son existence. Il 
faut généralement que la saison, du mois d'avril au mois 
d'octobre, soit divisée en avril, mai et partie de juin qui 
produisent la montée de la sève. La fin de juin, juillet et 
août raffermissent tes tissus et consolident dans les arbres 
cette végétation qui leur permettra d'emprunter à l'atmo- 
sphère une sève nouvelle, de se perfectionner par l'absor- 
ption des matières nutritives qu'ils déposeront sous leur 
écorc« en septembre et octobre. Ils acquièrent ainsi la 
force de supporter les grands froids de l'hiver. Or, dans 
les pays dont nous parlons, le& efiets né se produisent pas 
comme il vient d'ôtre indiqué. En considérant le Turkestan 
ci la Russie au commencement d'octobre, le froid qui s'y 
fait déjà vivement sentir arrête? toutes les ressources que la 






312 ÉTATS FGfRESTIERS 

I 

végétation cherche dans Tatmosphère» précédant ainsi les 
vents glacés du nord qui soufflent tout Thiver et anéantis- 
sent, jusqu'au mois d'avril, toute force naturelle. 

En pareil cas, ce qu'on peut espérer, c'est que de grands 
amas de neige protégeront peut-être les jeunes plants pen- 
dant les durs jours de l'hiver ; mais, dans le sud de la Russie 
d'Europe comme au Turkestan, cette quantité de neige est 
en général très restreinte. Les immenses espaces boisés de 
la Russie européenne du nord et les montagnes du sud delà 
Sibérie arrêtent, dans l'automne, une grande partie des 
neiges venues de l'Océan Glacial du nord et s'en font oa 
épais linceul qui, plus au sud, se change en une couche 
trop mince. Dans les pays au nord ou à l'est du Caucase, 
les vents du nord, dépouillés de vapeurs aqueuses, sont 
attirés par la chaleur plus grande vers le tropique du GaD- 
cer; ils traversent ainsi toute la Perse, l'Asie Blineure,]! 
Syrie, ils se précipitent vers l'Arabie où, un peu poussés 
quHls sont par les moussons du nord^est, ils toumeut légè- 
rement vers l'ouest et se répandent plus secs que jamais 
dans tout le Sahara. En été, au contraire, lorsque la grande 
chaleur se fait sentir dans ces contrées du désert alricaini 
le vent suit un parcours différent de celui de l'hiver. Vena 
tout humide de l'Atlantique, tout prés de l'équateur, d'où 
il est poussé vers le nord-est, il donne au Soudan toute son 
humidité et y produit, comm^ végétation, les richesses bien 
connues aujourd'hui, qui font de ce pays le nourricier de 
l'Afrique. De là, ce vent traverse vers le nord et le nord- 
est, débarrassé de toute vapeur d'eau, le désert du Sahara 
où il forme parfois le terrible sirocco, puis passe en Egypte 
et entre en Arabie. Il voudrait sortir de ce dernier pays en 
continuant sa route vers Test ; mais il trouve dans la Mer 
des Indes la mousson qui, renversée, vient alors du sud- 
ouest et le rejette vers les terres brûlantes du Tigre et de 
l'Euphrate, de l'Anatolie, de la Russie méridionale et de la 
Perse, jusqu'au nord du Turkestan, n'apportant nulle part 



DE LA ZONE TEMPÉRÉE DU NORD. 313 

un seul atome de vapeur d'ean. Dès les premiers jours du 
printemps,!! donue dans la Russie méridionale une chaleur 
qui fait fondre tout d'un coup les neiges de l'automne et 
laisse ces contrées pendant les cinq ou six mois qui suivent, 
sans mftme leur assurer la chute d'une gontte d'eau. Le peu 
d'hamldîté que prend le vent du sud en traversant la Her 
Noire suffit, dans les bons terrains russes, à produire des 
coltures superbes de céréales; mais son absence après les 
premiers jours de printemps, tue les plants d'arbres im- 
paissants à tirer leur vie d'une terre qui ne fournit pas la 
sèTe dont ils ont besoin. Ainsi, au Turkestan comme dans la 
Rossie méridionale, ces vents, depuis notre dernière époque 
gèolofpque, en supprimant le printemps et l'automne, 
anéantissent la végétation forestière. 

Dans l'ancien continent, il existait jadis, et on les re- 
marque encore aujourd'hui, trois contrées dans lesquelles les 
forêts n'ont pas pu se développer. Gela tient à des disposi- 
tions particulières des traits géographiques, à des hauteurs 
glaciales ou à des compositions géologiques nuisibles à la 
grande végétation : il s'agit, en Europe, du centre de la 
Hongrie et, en Asie, des plateaux du Thibet et du grand dé- 
lert de Gobi. La première forme le fond de la vallée du Da- 
nube et reçoit les eaux qui s'échappent des derniers ra- 
nieauz des Alpes, des monts Garpathes et de ceux de la 
Transylvanie sous les noms de la Theiss, de la Drave, de 
la Save et de mille autres rivières. L'humidité par consé- 
quent y est fort grande, et certains courants d'air qui s'éta- 
blissent dans la vallée s'y opposent à la croissance des bois, 
surtout de ceux dont la longue végétation a besoin de con- 
ditions différentes. En Asie, ce qui prive le 'Çhibet de toute 
agglomération d'arbres, ce sont les vents froids et desséchas 
qui balayent constamment ses plateaux, soit qu'ils viennent 
du nord, après avoir laissé toute leur humidité, soit qu'ils 
^nnent du sud, après avoir traversé l'Indoustan ; ils se sont, 
en ce cas, dépouillés dans les premières montagnes de l'Hi- 



314 ÉTATS FORESTIERS 

malaya, de l'eau qu'ils contenaient. Enfin, le désert de Gobi 
est le troisième exemple d'une contrée où la végétation 
forestière ne peut yivre; celte région, en effet, est sîtaéean 
centre de l'Asie, et les vents qui lui parviennent ont déji 
laissé leur humidité dans le bassin du fleuve Amour, s*ils 
viennent de l'est, en Sibérie, s'ils arrivent du nord, tandis 
que l'accès du Gobi leur est fermé par les plus hautes mon- 
tagnes. 

L'ancien continent n'est pourtant pas, si nous nous oc- 
cupons d'indiquer les pays rebelles à la végétation fores- 
tière, la seule partie de la zone tempérée qui nous intéresse: 
nous avons un exemple du môme genre dans TAmériqueiIii 
Nord. Aux premiers temps de la colonisation, cette partie 
du monde était revêtue , sur sa plus grande surface, de 
merveilleuses et immenses forêts. Comme dans l'ancien 
continent, les changements d'espèce y sont peu de chose, 
s'il s'agit des degrés de longitude; mais ils deviennent très 
importants suivant les degrés de -latitude. On y passe des 
conifères les plus rabougris des rivages de la baie d'Hàdson, 
aux chênes les plus majestueux de la Virginie, aux cactus 
et aux palmiers du Texas et de la Floride; mais ce que nous 
devons rappeler ici, c'est que TAmérique du Nord, comme 
le vieux pays que nous habitons, renferme aussi sa région 
des steppes, et, ce qui est encore plus extraordinaire, c^est 
que ce domaine des steppes porte en même temps le nom 
de domaine des prairies. L'Amérique y gagne que ces sur- 
faces de son territoire n'ont que, par place, ce sol rebelle 
à toute végétation; mais, dans leur ensemble, si elles 
sont privées de forêts, elles feront comme la Russie méri- 
dionale et rendront d'abondantes récoltes de céréales on 
nourriront, par leurs pâturages du Far-VVest, d'immenses 
quantités d'animaux agricoles. Les surfaces^dont nous par- 
lons partent des montagnes voisines du Pacifique, qui se 
nomment les Sierras Nevadas ou des Cascades , ' dans la 
Nouvelle Californie, puis, passent les grandes Montagnes 



DE LÀ ZONE TEMPÉRte DU NORD. 315 

Rocheuses et s'abaissent de plus de seize cents mètres de 
hauteur, courant vers l'est, jusqu'au niveau du Mississipi, où 
eUes ne s'arrêtent que dans le voisinage de ce fleuve. Au 
nord, elles commencent dans la partie septentrionale du 
Saskatcbewan et s'étendent vers le sud jusqu'au golfe du 
Mexique. Dans ces plaines immenses, pas un arbre, si ce 
n*est sur quelques-uns des rêver? occidentaux des Monta- 
gnes Rocheuses. Là, la végétation semble disputer au dé- 
sert, par certaines influences naturelles, quelques petites 
surfaces dispersées au Nouveau Mexique, au Texas, et sur 
les bords mêmes du golfe du Mexique, ou sur le bas des 
IleaveSi 

Ce sont donc à peu près les deux cinquièmes de l'Amé- 
rique du Nord qui se refusent à la production forestière. 
Sur quoi se fonde cette inaptitude? Les vents, pendant 
i'hiTer, arrivelit glacés, venant du nord-est de l'Océan Atlan^ 
tiqoe, de la mer d'Hudson et des grands lâcs du nord. 
Jusqu'aux Montagnes Rocheuses, ils couvrent de neige tout 
le Far-West, anéantissant, dans la seconde partie de Tau- 
tomoe, toute végétation, soit en prairies, soit en céréales. 
Cette température glaciale dure jusqu'au moment çù l'effet 
contraire se produit. Les vents généraux se retournent à 
la fin d'avril, activent les' pâturages et la croissance des 
céréales, jusqu'en juin où ils acquièrent une chaleur exces- 
sive qui brûle lesigraminées, favorise la maturité des céréales 
et transforme réellement le Far-West en steppe. Ces vents 
du sud, à mesure qu'on avance vers l'est, prennent plus 
d'humidité et l'eau qui les pénètre, ils la laissent en partie 
au bord de la mer, sur la côte du Texas ; puis, courant vers 
le nord-est, ils combattent, dans les États à l'est du Missis- 
sipi, les vents venus de l'Atlantique en sens inverse; ils font 
pour ces dernières contrées ce qu'ils n'ont pu faire dans 
le Far-West, l'une des parties du globe les plus productives 
au point de vue forestier. 
A l'onest des Montagnes Rocheuses, entre elles et la Sierra 



316 ' ÉTATS FORESTIERS 

Nevada y jusqu'au plateau du Colorado, dans la vallée énorme 
où se trouve rutah, l'hiver élablit un vaste cbuloir poar 
les vents glacés venant du nord et, l'été, pour quelques 
vents desséchés des plateaux élevés du Nouveau Mexique; 
c'est la privation absolue de bois. Le seul vent qui poumit 
en favoriser la croissance dans cette vallée et en donner un 
peu aux versants occidentaux des Montagnes Rocheuses, 
serait celui qui, venant du Pacifique c'est-à-dire du nord- 
ouest^et jetant en Californie les effluves de la mer, y faTO- 
rise la végétation d*une manière toute particulière et crée 
ces magnifiques forêts dont la beauté et la grandeur étaient, 
il y a peu de temps encore, inconnues au reste du monde:je 
veux parler de là végétation des séquoia. 

Ainsi, l'on voit, dans la zone tempérée du nord, quelles 
sont les parties forestières et celles que des perturbations 
météorologfques empêchent de donner naissance aux forêts. 
Ces bois si vastes et si variés étaient non seulement la coquet- 
terie de la nature, mais en outre ils répartissaient conrena- 
blement les eaux que l'atmosphère nous amène et qui, sans 
eux, couleraient furieuses et dévastatrices, ramenant à h 
mer le sol arable enlevé à nos plaines. Ces bois assaraieni 
aussi^ sur un grand nombre de points, des conditions de 
vie sanitairement meilleures pour l'homme, et aidaient con- 
sidérablement la prospérité des cultures alimentaires. 

, Voyons maintenant, par un coup d'œil jeté rapidement 
sur la zone tempérée actuelle, ce qu'est devenue, à travers 
les siècles, cette parure de forêts. On ne s'est jamais reodo 
un compte suffisant de l'importance de la distribution du 
bois en général et du bois (i^'œuvre en particulier. Dans 
un avenir assez rapproché, les travaux de tout genre aux- 
quels le bois est employé, en seront plus ou moins privés. 
11 y a là un fait général des plus importants. Toutes les per- 
sonnes qui daigneront s'occuper de la question, serviroD* 
d'une manière utile les intérêts futurs de rhumanité. 
La Suède et la Norvège qui, il y a quelques années, fou^ 



DE lA ZONE TEMPÉRÉE DU NORD. 317 

Hissaient tant de bois à l'Europe en sont aujourd'hui à de- 
mander leurs bois d'œuvre à la végétation conifèrede leurs 
provinces du nord, et une grande partie des poutres de 
chênes aux forêts étrangères et lointaines de la Pologne^ 

La Russie a dégarni les forêts, si belles autrefois, de ses 
provinces baltiques de Kovno^ Courlande, Livonie et Es* 
Ihonie; la plus grande partie du sud de la Finlande, for- 
mant jadis une immense forêt, est épuisée. Les grands bois 
conifères de la Russie, qui autrefois couvraient tout le nord 
jusqu'à l'Oural, reculent bien loin de Saint-Pétersbourg 
vers le nord et Test. Pour les grands bois feuillus^ on est 
réduit à les faire venir du centre de l'Empire aux ports de 
la Baltique. 

Sar les bords mêmes de la Yistule et du Niémen, les 
forâts ont' reculé et les Allemands qui les prennent à Tilsit, 
Kœoisberg et Danzig ont bien plus de difficultés qu'autre- 
fois. Les 13 827 109 hectares de forêts de l'Allemagne, y 
compris les 8101 618 hectares de l'ancienne Prusse, sont en « 
général peuplés de conifères qui deviennent moins précieux 
i mesure que l'on avance dans le nord. Ils peuplent très 
bien le haut des fleuves tels que l'Oder, l'Elbe et le Weser; 
mais ils perdent d'importance en arrivant dans les plaines 
sablonneuses des bords de la Baltique et de la Mer du Nord. 
Leurs principaux bois, surtout comme bois d'œuvre, sont 
assez difficiles à livrer au commerce de l'Europe. Les boi^ 
feuillus, très étendus dans l'ancienne Germanie, descendent 
seah facilement le Rhin et sont utilisés en Hollande. Quel- 
quefois cependant, il en passe de petites quantités en Angle- 
terre. 

Le Danemark n'a presque rien à jeter dans le commerce 
forestier. Son sol était jadis peuplé de pin sylvestre mêlé 
d'aulne^etde bouleau ; aux temps préhistoriques, le chêne 
est venu le remplacer presque de force et, dan%les rares bois 
qui restent, le chêne succombe aujourd'hui devant le hêtre. 

L'Autriche, qui avait jadis tant et de si beaux bois, puis- 



318 ÉTATS FORESTIERS 

qu'elle en compte encore 18343810 hectares, n'a guère à 
l'heure actuelle, en fait de bois réellement d'œuvre, que cer- 
taines parties des forêts de la Bohême^ des Alpes et sur- 
tout des provinces frontières de la Galicie, de la Bukôvine 
et de la Transylvanie; ces forêts étant placées au centre de 
l'Europe, lei^rs produits sont difi&ciles à amener sur les 
marchés européens. Les forêts qui jadis, en Autriche, cou- 
vraient les rivages de l'Adriatique, sont épuisées ; aussi, de- 
puis plusieurs années, les Autrichiens qui tiraient des ma- 
gnifiques forêts de la Bosnie et du Monténégro presque tout 
ce qu'ils livraient de bois d'œuvre au commerce général, 
sont-ils aujourd'hui les maîtres de ces plantureux parages 
où leur action s'étend de plus en plus. Malheureusement, as 
bout d'un certain temps, cette source qui est loin d'être iné- 
puisable tarit; et, pour trouver quelques autres bois dans 
ces parages, c'est la Servie qu'il faudra gagner. 

Quelques provinces de la Turquie d'Europe, telles quela 
Roumétie, pourraient aider ce pauvre Étatottoman à prendre 
une part un peu plus importante dans le commerce des 
bois; mais la Turquie a tant d'autres intérêts à soigner que 
le soin de celui-là ne l'empêcherait pas d'être bien malade. 
Entre Gonstantinople et Varna, on compte encore quelques 
beaux massifs. Tout syl vielleur qui parcourt les provinces 
turques de l'Asie, rencontre de Batoum à Trébizondeet 
de là à la mer de l'Archipel, une longue et étroite bande de 
pays forestier qui se retrouve encore au sud de l'Anatolie, 
de la hauteur de Rhodes à l'extrémité orientale du Taurus; 
mais, voilà si longtemps que les populations les détruisent 
que les négociants européens y trouveraient peu de ma^ 
chandises à exporter. 

Au sud de l'Autriche vient l'Italie qui compte officielle- 
ment 5 760 720 hectares de forêts ; mais les accidents sans 
nombre que présente la nature, dans les Alpes et dans les 
Apennins, rendent à peu près impossible la sortie des bois 
exploités. L'Espagne se trouve sensiblement dans les mêmes 



\ \ 



DE LA ZONE TEMPÉRÉE DU NORD. 319 

conditions; ses forêts couvrent 3450 946 hectares* N'ou- 
blions pas aussi qu'en Espagne, comme en Italie, les bes- 
tiaux virent dans la montagne, et bien des fois le bûcheron 
en regardant passer le berger, a dû croiser ses bras inutiles. 
Le Portugal seul a des facilités à écouler ce qui reste des 
produits de ses 471 830 hectares de bois. Il est si près de 
rOcéan qu'il, en reçoit à la fois les pluies fertilisantes et les 
Da?ires qui peuvent aborder, charger et partir. Sur ses riva- 
ges, bien que de loin, on aperçoit encore, errant à l'horizony 
le traité de HeJLhuen que le Portugais voudrait bien oublier, 
mais dont l'Angleterre se souvient. Ayant le droit de faire ^ 
entrer ses laines en Portugal, sous leurs di^érentes formes, 
contre les vins de ce pays, la Grande-Bretagne a donné 
beaucoup de laine et pris peu de vins ; aussi, pendant près 
de deux cents ans, qu'a-t-elle fait de la patrie des Albu- 
querque, des Yasco de Gama et des Gamoens? 

Eq France^ la surface boisée est de 9 000000 d'hectares. 
Ce ne sont plus ces vieilles forêts où les Gaulois luttèrent 
si souvent contre César; mais j'espère que l'époque est 
venue de comprendre que s'il est absolument nécessaire de 
bien entretenir celles qui restent, il devient désirable aussi, 
au plus haut point, de mettre en bois les terres dont la 
coltare est médiocre pour les céréales et dont une liberté 
trop grande de commerce anéantit le revenu. 

En fait de pays producteurs . de bois, reste l'Amérique 
qui nous a donné tout ce qu'elle a, et qui, pour l'instant, 
ne veut rien de ce que nous avons; mais, si nous con- 
servons la pensée de laisser pousser nos nois, elle sera 
peul-ètre un jour la première à nous les' demander pour 
construire ses habitations ou de ses navires destinés à 
transporter tout ce qui était jadis les éléments du com- 
merce français. Elle s'est établie vite, trop vite, de l'At- 
lantique au Mississipi et du Canada à la Floride; la plus 
grande partie des forêts immenses de ses territoires est 
tombée sous le feu ou devant les besoins qui d'une plaine 



320 ÉTATS FORESTIERS 

r 

boisée ont fait uq sol praticable à la charrue. Le Canada 
aussi, de Tembouchure du Saint-Laurent à rextrémité 
des grands lacs, formait une vaste et splendide forêt; 
mais le colon a écarté les bois le long des fleuves et des 
lacs, et c'est dans ces immenses espaces qu'il a cul- 
tivé les céréales ou mis paître ses nombreux troupeaux. 
Les produits qu'il obtient ainsi augmentent chaque jour, 
pendant que la matière forestière diminue. Les Cana- 
diens, comme les habitants des États-Unis, en commençant 
-à s'étendre dans ces pays, comptaient ^ur les forêts du Fa^ 
West, de la vallée du Missouri ou du Saskatchewan et, en 
avançant toujours dans ces territoires, ils y onttrou^ 
comme vous le savez, des prairies, des prairies, et pas un 
arbre. 

Le grand intérêt de la question que nous soulevons se 
consiste pas seulement à savoir dans quelles limites les 
ditféreots États produisent la matière forestière, mais en- 
core et surtout, à déterminer la quantité de matière fores^ 
tière que consomme chaque État, ou que demandent au 
reste^ du monde, les États dont la végétation forestière ne 
satisfait pas à leurs besoins. 

Les deux grands États de la péninsule Scandinave passent 
pour avoir consommé ou exporté, en i876, à peu près 40 mil- 
lions de mètres cubes de bois. Un conifère français coûte 
au bas mot 32 francs le mètre cube. En mettant le prix du 
mètre à 20 francs, la Suède et la Norvège rendraient 800 
millions. Avec une pareille consommation les choses vont 
vite. Le grand duché de Finlande rendait, en 1876, pour 54 
millions de francs ; mais cette richesse y est chaque jour 
détruite, non seulement par le commerce, mais par la manie 
qu'ont les Finnois de brûler leurs bois sur pied. 

A part cet important duché, l'empire Russe consomme 
chaque année pour un milliarcfde bois, moins iOO millions 
exportés. Les États d'Allemagne et d'Autriche ne demandent 
pas de bois pour eux-mêmes ; malgré cela, celui que l'Aile- 



DB LA ZONE TEMPËRËE DU NORD. 32i 

magne tire de la Pologne et de la haute vallée du Dnieper, pour 

le distribuer, avec le sien, dans le Danemark, la Belgique, 

la Hollande et l'Angleterre ; et d'autres bois que l'Autriche 

prend sur elle-même et envoie aux marchés du sud, tendent 

à diminuer chaque année. Parmi les puissances du nord, la 

Hollande consomme du bc^s pour 50 millions de francs; la 

Belgique en achète pour 43904000 francs contre 2909000 

qu'elle enveQd. Le royaume de Grande-Bretagne et d'Irlande 

demande au reste du monde de lui livrer pour 470 millions 

de bois chaque année. La France en a exigé, en 1880, pour 

279 millions contre 34800000 qu'elle vend. Voici près de 

800 millions pri^ au commerce par les Européens de l'Occi-» 

dent* Qu'on y ajoute ce que réclament le Danemark, TBs-^ 

pagne, l'Italie, la Grèce, les États-Uniâ bientôt arrêtés, et le 

Canada qui commence à baisser comme exploitation de 

bois, et l'on atteindra un milliard, peut*être un milliard et 

demi, à demander, pour les exportations, comme produit 

forestier, à- la végétation de la zone tempérée du nord. Or^ 

dans un petit nombre d'années, quelle contrée va fournir 

ces quantités de bois ? U serait impossible de le dire, car la 

Finlande, la Russie du nord, la Suède, la Norvège et le 

Canada auront besoin de trois fois plus d'années que les 

États du centre de l'Europe pour devenir, à nouveau, sous 

\t^ climat glacial, propriétaires du bois d'œuvre qui 

exige trois fois plus de temps qu'en France, en Germanie 

ou en Autriche, pour obtenir une grosseur qui en permette 

l'exploitation. Descendra-t-on dans la zone équatoriale 

pour se procurer ce qui est nécessaire à la consommation ? 

Certainement, il y a au Brésil, en Aftique, de riches forêts 

vierges; mais les produits qu'on en tirera coûteront dix ou 

quinze fois autant que nos plus hauts chônes, sans rendre 

les mêmes services. C'est donc à notre belle patrie de France, 

comme aux États de l'Europe centrale, qu'il appartient de 

lutter dans un avenir prochain, contre la disette fores* 

iiëre que nous prévoyons. Pour nous, rappelons encore ici 

S4)G. PS «toea. — 2* tmimistes 1882. ui. — 21 



S22 iTA,TS FORESTIERS 

combien nous regardons comme essentiel d'assurerraveoir 
de nos enfants, tout en rendant un grand service à notre 
cher pays, et veuillez m*excuser si, après vous avoir dit ce 
qu'était le monde forestier ancien, j'ai essayé de vous 
exposer ce qu'il est devenu. Imitons un peu ces barbares de 
l'extrême Orient qu'on nomme les Japonais : une de leurs 
vieilles coutumes frappait de mort tout individu qai, pour 
ses besoins, ayant abattu un gros arbre, ne le remolaçait 
pas immédiatement par un plant destiné à restituer aux gé- 
nérations futures les éléments de nouvelles œuvres. Dieu 
me garde ,de recommander d'agir de même; mais, qa'an 
moins nos coutumes nous permettent d'arriver à un résultat 
favorable, tel que celui qui fait du Japon, admirable pa;s 
forestier, le pays isolé, dans lequel 34000000 d'habitants 
vivent comme ils l'ont, foii depuis des milliers d'années. 
N'imitons pas les Babyloniens ou les Ninivites; ils avaient 
jadis, dans les vallées du Tigre et de l'Euphrate, quelques 
contrées merveilleusement verdoyantes; mais, j^ar leurs 
luttes constantes, ils ont détruit les forêts qui coavraient 
les montagnes de l'Arménie^ et l'eau venant à manquer dans 
leurs beaux fleuves, les canaux qu'ils avaient creusés jus- 
qu'au golfe Persique n'ont plus apporté leur contingent à 
la vie végétative dont ils étaient l'origine. Aussi, peu à peu, 
Ninive détruite, Babylone détruite, il n'est plus resté là-bas 
que le désert où aucun peuple n'a pu leur succéder et où b 
science a été bien longue à retrouver leurs emplacements. 
Où sont les merveilleuses forêts de la Palestine et delà 
Syrie? Cèdres déodora ou cèdres du Liban, vous étiez là 
jadis I Où vous trouverait-on aujourd'hui pour construire 
des temples? Ce sont là de tristes souvenirs, mais qui 
n'appartiennent pas seulement à rOriedt. Les terribles 
guerres des Romains etdes Italiens sont presque arrivées au 
même résultat. Dans la péninsule Italienne, Rome privéede 
bois fitk consiruire ses flottes en Espagne, à Marseille, en 
Esclavonie ou en Albanie; mais aujourd'hui, dans quel- 



DE LA ZONE TEMPÉRÉE DU NORD. 323 

ques années, où les Italiens trouveront-ils de pareilles res-* 
sources? En France, nous commençons à avancer sur la 
pente au bas de laquelle ils sont aujourd'hui parvenus. 
C'est le moment de nous sauver en augmentant nos forêts, en 
en créant de nouvelles dans nos terres médiocres. Semons 
et replantons ; encourageons tous les Français à en faire 
autant. Qu'ils imitent la nature^ qu'ils observent et mettent 
en pratique les règles par lesquelles le Dieu créateur régit 
le monde, pour y activer lar végétation* 



VOYAGE EN ABYSSINIE 



* KT 



AU PAYS DES GALLAS RAÏAS 



pur ACHILLE KAFFSAY 

Vice-consul de France. 



Le voyage dont je viens vous enlretenir aujoard'bui avait 
été entrepris, à Torigine, en dehors de tonte espèce de 
préoccupation géographique. 

Je devais me rendre près du roi d'Âbyssinie, et je ne pou- 
vais ni choisir ni discuter mon itinéraire; toutefois, j'avais 
résolu de profiter de toutes les circonstances favorables qai 
me permettraient de recueillir des renseignements sur les 
régions que je traverserais et, dans cette circonslance, le 
hasard est heureusement venu se mettre au semce de ma 
bonne volonté* 

Le roi d*Abyssinie n'habite pas dans un palais ; quand il 
réside quelque part c'est à Débratabor, un sommet de mon- 
tagne qui domine toute la vallée du lac Tsana; mais il vit le 
plus souvent (et il préfère cela), dans un camp au milieu de 
son armée; tantôt il la conduit guerroyer contre ses voisins 
les Gallas qu'il ambitionne de soumettre à son autorité et de 
christianiser, tantôt il la promène à travers le pays pour lui 
fournir des vivres, car un séjour uapeu prolongé de l'armée 
dans une province en épuise bientôt les ressources* 

Dès avant mon départ de Massouah,- je savais que le roi 
était aller camper sur^Ia frontière sud-est de TAbyssinie. 

1 . Communication adressée à la Société dam Ba séance du 3 mars 1882. 
— Voyea la carte juinto à ce numéro. 



VOYAGE EN ÂBYSSINIE. 335 

On parlait des Azebo Gallas et du Zeboul, mais ck dernier 
nom n'indiquait rien pour personne, car cette région n'était 
pas connue. J'espérais donc que, ma bonne volonté aidant, 
je pourrais, au cours de ce voyage, faire quelques remar« 
ques intéressantes. 

Je partis de Massouah et remontai au nord dans la pro- 
vince des Bogos, pour venir faire à Keren mes préparatifs de 
départ, car on ne voyage pas en Abyssinie comme en 
Europe : il faut des botes de somme, des ho^imes pour 
les conduire, un campement, enfin il faut organiser une 
caravane dans toute Tacception du mot. 

De Keren, je remontai la vallée de l'Anseba pour gagner 
les plateaux du Hamacen. Je ne parlerai pas de cette 
régioD, on l'a si souvent parcourue qu'elle n'offre plus au- 
jourdliai que peu de nouveauté. On sait que ce sont de 
vastes plateaux couverts de prairies magnifiques, surtout 
pendant la saison des pluies. .Du Hamacen, je descendis 
dans la vallée du Màreub et dans la plaine de Hamedo. Il 
7 2 là une différence de niveau considérable : à Addi Ho- 
halla, sur le bord du plafeau, on se trouve à 2123 mètres 
d'altitade, tandis que dans la vallée du Mareub, on n'est 
qu'à 1233 mètres. De là, je vins à Adoua, la capitele du 
figré. Cette ville est bien connue, un assez grand nom- 
bre de voyageurs y étant allés. Je l'avais déjà visitée il 
J a près de huit ans, et j'ai pu constater les grands change- 
ments survenus pendant ce laps de temps. Quatre années 
auparavant une épizootie avait sévi, et d'autre part, une 
sorte de typhus avait décimé près du tiers de la population; 
les maisons veuves de leurs habitants étaient promptement 
tombées en ruines. Je duà rester dans cette ville une quin- 
zaine de jours, çt c'est alors seulement que j'appris que le 
roi était bien définitivement dans la région du Zeboul, au 
snd^st du lac Aschanghi; on disait que ce pays était au 
delà des Orontières naturelles de l'Abyssinie, c'est-à-dire en 
dehors du massif éthiopien proprement dit. 



' . 



326 YOtÂGE EN ABTSSINIE 

En partant d'Adoua, je dus quitter la route ordinaire des 
caravanes et incliner vers Test. Passant par les montagnes 
de Geraita, je vins dans la vallée du Ouéri, qui est le com- 
mencement des vallées basses et des régions chaudes do 
Tembiène. De là, fratichissant le col du mpnt Addi Àndaî 
et traversant la vallée de la Gbebba, j'entrai dans les pla- 
teaux de rBnderfa. 

Les plateaux de l'Enderta sont absolument semblables à 
ceux duJIamacen; comme dans ces derniers, il n'y a pas 
d*arbres, on n'y voit que des prairies très épaisses, que des 
pâturages très abondants qui alimentent de nombreux trou- 
peaux; partout il y a de l'eau en grande quantité. 

C'est à partir de l'Enderta que mon itinéraire entanîe uoc 
région moins connue. ^ 

Nous suivîmes -d'abord les plaines de l'Enderta, je ^s 
<( nous D, car j'avais la bonne fortune d'avoir avec moi pour 
compagnons de voyage deux Français, MM. Herbin et Simon, 
anciens officiers de l'armée française, qui étaient venus ai 
Abyssinie%en touristes et m'accompagnaient dans mon 
voyage. 

Les plaines de l'Enderta sont limitées au sud par un mas- 
sif montagneux considérable, le massif de Damot Konen. 
L'armée anglaise, dans son expédition contre Théodoros, 
suivit le même itinéraire. -Elle entra comme nous dans.la 
vallée du Mesghi, affluent du Tellaré, et vint au pied du 
mont Aladjiéqui est un des sommets les plus inportants 
de l'Abyssinie. Le col que nous avons Arancbi était à 
3007 mètres d^allitude. 

Il y a dans cette région trois vallées successives de peu 
d'importance, mais qui ont une configuration assez parti- 
culière; la ligne de partage des eaux entre le bassin do Nil 
et celui de la Mer Rouge est située à une très petite distance 
à l'est. 

Ces vallées sont séparées les unes des • autres par des 
chaînes de montagnes "peu importantes^ mais qui à une 



ET AU PATS DES GAULAS RAÏAS. 327 

certaine distance de la source se renflent pour former des 
sommets beaucoup plus élevés qu'à la source -même, et 
entre lesquels les vallées se trouvent réduites à de simples 
failles pour l'écoulement des eaux. 

Les points culminants de ces renflements sont : au nord, 
lemontAladjié, au sud, le mont Debbar, enfin, au milieu, 
le mont Addéda. Le col du mont Debbar est à 3252 
idètres d'altitude. 

 partir du mont Debbar, on quitte le bassin du Nil pour 
entrer dans une région tout à fait nouvelle et entièrement 
différente des autres parties de l'Abyssinie: à l'exception de 
certaines vallées où croit une riche végétation arborescente, 
l'Abyssinie est en général dénudée, landis que le bas- 
sin de la mer Rouge, pu plutôt le bassin du lac Aoussa, 
présente une végétation arborescente très vigoureuse mais 
d'une nature toute particulière et qu'on ne s'attendrait 
pas à trouver sousT cette latitude; ce sont surtout des arbres 
résineux ressemblant au genévrier et au thuya, mais 
avec les proportions du cèdre : quelques-uns atteignent 
jusqu'à 25 et 30 mètres de hauteur. Les Abyssins l'ap- 
pellent tsédi. Us forment des forêts très belles, très 
épaisses, de sorte qu'on se trouve transporté brusquement 
dans une région qui ne ressemble en rien au reste de 
l'Abyssinie* 

Il y a sur le versant sud du mont Debbar un premier pla- 
teau, lorsqu'on a passé le col, oh les cours d'eau sont tel- 
lement entremêlés qu'il est difficile tout d'abord de distin* 
guer de quel côté ils se dirigent ; les uns vont vers leTaccazé, 
les antres vers le lac Aoussa, et immédiatement on ren- 
contre les forêts de tsédi. Puis on descend et l'on se trouve 
dans la plaine de Méhane ; de là, on entre dans des vallées 
Ms abruptes, très accidentées, de plus en plus boisées, 
qui conduisent à des relèvements de montagnes d'6ù Ton 
aperçoit le lac Aschanghi . 

Le lac Aschanghi, qui est certainement un des sites les 



SS8 VOYAGE EN ABTSSINIE 

plus pittojresques de l'Âbyssinie, en est aussi l'un des points 
les plus curieux. 

Ce lac forme, à lui seul , une cuvette indépendante de 
tous les bassins, quoiqu'il soit compris dans celui de la Mer 
Houge. Il est entouré, à l'ouest et au nord, de montagnes 
assez élevées, à l'est et au sud, de petites collines de peu 
d'importance; aucune rivière ne sort de ce lac dont le^ eaux 
sont constamment au même niveau ; il ne reçoit que de 
petits torrents qui descendent des montagnes avoisinantes, 
et n'a d'autres communications que des communications 
souterraines. Il est vrai de dire que la navigation du lac As- 
changhi estextrèmement dangereuse. Il se produit, parait-il, 
dans la partie orientale du lac des tourbillons qui entraînait 
toutes les nacelles qu'on peut avoiif dans le pays, surtout les 
nacelles de l'Abyssinie qui, construites pn jonc, n'offrent 
aucune solidité. Mais, le fait le plus curieux, c'est que 
le lac n'est séparé du bassin du Nil que par une petite 
élévation qui ne dépasse pas 20 mètres d'altitude ; et les 
premières sources dont les eaux se dirigent vers le Taceazé, 
c'est-à-dire vers un des affluents du Nil^ ne sont pas siUiëes 
à plus de 200 mètres des bords du lac lui-môme, de 
sorte que si le lac débordait un peu, les deux bassins se 
trouveraient réunis; mais ce phénomène ne se produit 
jamais. 

Après ce lad, le plateau continue pendant un- certain 
temps, et l'on trouve un second lac à une tcès petite dis- 
tance, c'est le MetchiaoBahri,qui ressemble à un tout petit 
étang. 

n est dans les mômes conditions que le lac Ascbanghi, mais 
on en comprend plus facilement la formation parce qu'il a 
fort peu de profondeur. Il n'y a d'ailleurs vién d'étonnant à 
trouver sur un plateau une flaque d'eau de si peu d'im- 
portance. 

A peu de distance de là se trouve une faille considérable 
par laquelle on descend du massif éthiopien. Des vallées 



t 

•9 
i 



ET Al PATS DES GAULAS RAÎAS. 329 

très étroites et des gorges abruptes conduisent du lac 
Aschanghi, qui est à 2516 mètres d'altitude, aux plaines des 
Gâllas Ralas, situées à une altitude de 1450 mètres. 

Les plaines des GalIas Ralas ressemblent à toutes les 
pliines basses de TAbyssinie : le sol est un peu sablonneux 
et coavert d*nne végétation assez rare, rabougrie et presque 
entièrement composée de mimosas; mais on y voit très peu 
de baobabs qui ordinairement, partout en Abyssinie, sont 
assez abondants à altitude égale. 

A Pépoque où j'arrivai dans le pays des Gallas Raïas, il 
était presque désert. Le roi, comme je l'ai dit, y était venu 
pour en faire la conquête, et naturellement les habitants 
effrayés s'étaient enfuis ou cachés : il ne restait dans les vil- 
lages que ceuX| en petit nombre, qui s'étaient soumis au 
▼ainqneur. 

Les villages diffèrent très peu de ceux de l'Abyssinie ; ce- 
pendant en Abyssinie, les huttes deviennent presque de vé- 
ritables maisons ; il y a tout au moins des murs en pierres, 
et qnelquefois ces constructions ont des terrasses, tandis 
que chez les Gallas, ce sont simplement des huttes rondes en 
paiUe; on retrouve d'ailleurs cette naïveté de construc^on 
chez les Habab, les Bogos, et la plupart des tribus limi- 
troidies qu'on pourrait appeler pseudo-abyssiniennes. 

Gomme type, les Gallas Raïas semblent très peu différer 
des Abyssins proprement dits, du moins ceux que j'ai vus; 
mais leurs mœurs sont bien plus farouches; ainsi, il est un 
fait assez curieux de leurs habitudes : on sait qu'en Abys- 
sinie, il est d'usage que les enfants portent la tète rasée, ne 
gardant qu'une couronne de cheveux jusqu'à l'Age de pu- 
berté. Les Gallas Raïas conservent ces insignes virginaux 
jusqu'au moment où ils ont tué un adversaire. On ne 
devient homme, dans ce sauvage pays, qu'après avoir 
trempé sa lance ou son sabre dans le sang d'un ennemi et 
l'on n'a acquis le droit de se marier, que quand on peut 
oHnr à une jeune fille, comme un trophée au milieu des 



330 VOYAGE EN ÀBTSSINIE 

colliers et des bracelets d'argent, la virilité d'an aube 
homme enlevée à l'ennemi. 

Les Gallas Ralas forment une plaine au bas du ouissif 
éthiopien, et à l'est de cette plaine se Presse une petite 
chaîne de montagnes appelé le Zeboul, parallèle au masât 
éthiopien ; elle n'en est pas absolument indépendante, car 
elle est reliée, au nord, par les montagnes des Azebo Gallas, 
et, au sud, pa^ des contreforts qui descendent des plateaux 
du Ouadela. C'était là que le roi était venu établiir son 
camp avec son armée; c'était là aussi que je devais l'aller 
U'ouver. 

En arrivant au Zeboul, j'éprouvai une véritable satis- 
faction. Je n'étais pas seul il est vrai : il y avait deux Iti- 
lieos, un Espagnol, un Allemand et mes deux compagnons 
de voyage, mais j'étais très fier de montrer à ces peuplades 
sauvages un drapeau qu'elles voyaient pour la première fois, 
ce drapeau français que ma qualité de vice-consul m'auto- 
risait à arborer sur ma tente. En tout cas, des Européens 
qui se trouvaient avec moi au Zeboul, je suis le premier 
rentré en Europe, heureuse circonstance qui me procure le 
plaisir d'en offrir la primçur à la Société de géographie de 
Paris. 

Les montagnes du Zeboul étaient entièrement couvertes 
de forêts de tsédi qui me rappelaient tout à fait celles de 
rOcéanie. Partout des arbres magnifiques couverts delianes, 
dont les branches laissaient pendre des mousses, des ofdiy- 
dées épiphytes tamisant les rayons du soleil et entretenant 
partout cette atmosphère tiède et humide dans laquelle se 
développe la luxuriante végétation des tropiques. 

On comprend que dans de telles conditions le campement 
du roi était chose fort difficile à installer ; aussi le camp 
était-il disséminé partout dans les massifs de cette petite 
montagne. 

Le roi avait choisi pour lui un des pitons les plus élevés : 
on avait abattu à grand renfort d'hommes des arbres im- 



' ET AU PATS DES GALLA8 RAIAS. 331 

meoses,bien des fois séculaires et de toute ))eauté; on avait 
dénudé complètement le sommet du piton pour y installer 
la résidence royale. On avait entouré ce piton d'une grande 
palissade^ et dans l'intérieur le souverain s'était fait con- 
struire des habitations qui consistaient en huttes cylindriques 
avec des toits en chaume, comme les habitations de ses su- 
jets, mais beaucoup plus vastes et certainement beaucoup 
plus confortables. 

C'est là que j'ai vu ce roi des rois de l'Ethiopie. C'est 
un homme jeune encore, de quarante- cinq ans environ, 
' aux tr9its peu réguliers, à l'aspect sévère et hautain. Il me 
reçut avec une politesse froide et calculée. 

Il était assis sur son trône. Ce trône se composait d'une 
sorte de cadre rectangulaire garni de lanières en peau, et 
recouvert de très riches étoffes. La décoration changeait 
assez souvent : tantôt c'était une pièce de soie cramoisie 
avec des chaînes et des clochettes d'argent, tantôt des pièces 
de soie brochée d'or et des coussins semblables. 

La salle était fort grande, plusieurs rangs de colonnes en 
bois soutenaient son vaste toit conique ; le sol jonché dlierbes 
était recouvert de riches tapis d'Orient et au milieu le feu 
pétillait dans un brasero en fer. 

' Il est rare de voir en entier la figure du roi. Il s'enveloppe 
dans ce qu'on appelle le marguefj pièce de cotonnade tissée 
dans le pays, d'une extrême finesse et ornée d'une grande 
bande rouge brochée de soie. Ce n'est que parfois quand il 
parle qu'il se dévoile, et c'est toujours de la part du souve- 
rain une marque dé courtoisie. Sa parole brève, saccadée, 
autoritaire, fait trembler ses sujets et n'a rien de fort agréa- 
ble pour ses interlocuteurs même européens. Près de lui 
est un serviteur qui tient à la main un grand chasse- 
mouches, dont le manche en argent est garni à l'extrémité 
d'une houppe de soie noire. 

Il y a une grande étiquette à la cour du roi d'Âbyssinie. 
On ne peut être admis auprès de lui que lorsqu'on a de- 



332 VOYAGE EN ABYSSITOB 

mandfS une audience, et l'on a toujours un întrodacteur 
choisi parmi ses principaux chefs. 

Les serviteurs n'osent entrer qu'en se prosternant trois 
fois, le front contre terre; seuls les Européens dans une po- 
sition officielle ont le privilège de s'asseoir en sa présence. 
Il a pour eux une chaise en bois doré d'importation euro- 
péenne. Il y a une dernière raison à la physionomie aastère 
de la cour du roi. 

lohannès est veuf et non seulement il a fait serment 
de ne pas se remarier, mais il a proscrit l'entrée de sa cour 
à toute femme. C'est à peine s'il reçoit de temps à autre la 
visite de sa propre sœur avec laquelle il est, dit-on, d'aiUears 
loin d'être aimable. Vivant comme un moine, d'une façon 
très ascétique^ il prétend que toutes les semaines les anges 
vieiment le visiter et lui apportent, de la part de Dieu, les 
ordres du ciel; chaque fois qu'il entreprend une expédi- 
tion militaire, il est assez habile pour faire croire à son 
peuple que cette expédition lui a été dictée par Dieu. 

Il y avait une armée nombreuse au camp du Zebool; les 
chefs étaient disséminés çà et là dans la forêt que le roi 
avait fait éclaircir, et>ils avaient groupé autant que possible 
autour d'eux leurs soldats et leurs lieutenants. 

Je passai cinq semaines près du roi et pendant ce temps 
mes devoirs professionnels me laissèrent peu de loisir. Mais 
en quittant son camp, j'ai désiré visiter la plaine des Gallas 
Ralas, afin de me rendre compte de la configuration du pays. 
Des sommets du Zeboul, on avait du reste un coup d'œil 
splendide : c'était de là seulement qu'on pouvsdt voir, sur 
une distance d'environ 25 lieues, les montagnes d'Abyssinie. 
Au pied du Zeboul se déroule la plaine des GallaB Rafas, 
puis, plus loin, §e dresse, dominant toutes les autres 
montagnes, un des massifs les plus élevés de1'Abyssinie,le 
massif de TAbboî Miéda. ^ 

Quand, au même point, je me tournais vers l'est, j'ape^ 
cevais les plaines habitées par les Adals ou tout au moins 



ET AU PATS DES GALLAS RAlAS. 333 

par les tribus que les Abyssins nomment ainsi. Ces tribus 
s'étendent jusqu'auprès de la Mer Ilouge. 

Dn sommet du Zeboul on apercevait assez distinctement, 
parles temps très clairs, les montagnes qui cachent ou qui 
environnent probablement le lac Aoussa. Les deux versants 
des monts Zeboul appartiennent au bassin du lac Aoussa. 
J'ai constaté) pour y être allé — et j'y suis allé précisément 
parce qu'il y avait dans mon esprit beaucoup de doute à cet 
égard> — que les eaux qui descendent d'Abyssinie s'écoulent 
chez les Adals en traversant le Zeboul. En effet, les monts 
Zeboul sont coupés au nord et au sud par deux failles très 
étroites qui livrent passage, celle du nord à la rivière Ouadjia 
et celle du sud à la rivière Goulima. Que deviennent en« 
suite vers l'est ces deux rivières? 11 est impossible de le;dire. 

J'ai demandé au roi de m autoriser à descendre dans la 
plaine des Adals, mais il n'a pas voulu me le permettre en 
raison des dangers que j'aurais pu y courir; je n'ai donc pu 
suivre le cours de ces deux rivières. Peut-être vont-elles re^ 
joindre le lac Aoussa, peut-être aussi se perdent-elles dans 
les sables; il n'y a rien de positif à cet égard. Toutefois, 
il est certain qu'il existe d'autres rivières qui se perdent 
complètement dans les sables. Précisément, dans la même 
région, entre la rivière Goulima et la rivière OiJ^djia, il en 
coule une autre beaucoup moins importante, appelée Gor-» 
donn. Cette rivière, je l'ai suivie depuis la plaine jusqu'à 
sa source, remontant son lit dans la montagne. J'étais en 
Abyssinie pendant la saison des pluies, et le lit de la Gor- 
doun était plein d'eau; c'était un torrent impétueux que j'a« 
vais parfois beaucoup de peine à franchir ; mais sitôt que 
cette rivière gagnait le pied de la montagne, elle entrait 
dans un lit sablonneux où les eaux s'infiltraient peu à peu 
et disparaissaient bientôt complètement. 

Cependant on aurait pu supposer qu'il existait dans la 
plaine des Gallas Raîas des traces du lit de cette rivière 
ou, tout au moins, ce que les Arabes appellent un khor (lit 



334 VOYAGE EN ABTSSINIE 

de torrent desséché); il n'en était rien. On pouvait bien, à 
partir de la montagne, suivre le lit de la rivière jusqu'au 
, village de Robbo, mais à partir de ce \)oint elle se divi- 
sait en un nombre si considérable de petites branches 
ramifiées dans toutes les directions en une foule de si- 
nuosités ,et finissant elles-mêmes par disj^araître, qu'il 
devenait complètement impossible de savoir de qael côté 
se dirigeaient non pas seulement les eaux, mais le cours lui- 
même de la rivière. Était-elle tributaire du Ouadjia au 
nord ou de la Goulima au sud ? Les indigènes eux-mêmes 
affirmaient que jamais ils ne l'avaient su et que cette rivière 
ne rejoignait ni Tune ni l'autre. 

La plaine des Adals avait un aspect extrêmement désolé 
«» et aride. On y voyait, du sommet du Zeboul, une grande 
^ quantité de petits mamelons isolés qui semblaient avoir 
leur extrémité supérieure tronquée. On aurait dit d'an- 
ciens volcans; mais en y regardant de plus près, avec 
une longue-vue, on s'apercevait que c'étiiit du sable. Il est 
probable que ce sont des monticules rocheux qui ont été 
recouverts de sable par les vents, puis qu'il s'est produit 
des ébouiements qui leur ont doimé cet aspect de mon- 
tagnes volcaniques. Le roi cependant m'a assuré que 
dans certains endroits il y avait des répons tris fertiles. 

J'ai beaucoup) regretté de ne pouvoir aller constater le fait, 
car aucun Européen n'a encore pénétré dans cette région; 
seule l'expédition italienne de Giulietti, dont on connaît la 
déplorable fin, avait tenté de l'explorer, mais les vingt ou 
vingt-cinq membres de l'expédition qui partit de la baie 
d'Assab, ont tous été massacrés 4 une certaine distance de 
la côte. 

Lors de mon premier voyage, j'avais appris qu'il existait 
en Abyssihie des églises monolithes ; j'en avais même vu 
une dans les environs de Sokota, et j'avais entendu dire qu'à 
Lalibela, ville assez importante de la province du Lasta, il 
en existait d'autres. Ayant quelques loisirs devant moi, je 



f 

ET A!U pats des GÀLUlS RAÏAS. 335 

demandai au roi .la permission d'aller visiter ces églises, 
ce qu'il m*ac<!orda. 

Au lieu donc de remonter vers le nord, pour reprendre 
ritinéraire que j'avais suivi en venant, je me dirigeai vers 
l'est et regagnai la rivière Gordoun dont j'ai parlé tout 
à rheure. 

Je montai pendant plusieurs jours, car il fallait arriver au 
sommet d*un des massifs montagneux les plus élevés de 
l'Abf ssinîe, le mont Abboï-Miéda. Ce mont est certainement 
l'un des points orographiques les plus importants de la 
contrée. Le pied du piton de cette montagne (il est impos- 
sible de faire l'ascension du piton même qui n'est qu'un 
rocher à parois absolument verticales) se trouve à 3474 
mètres d'altitude, et donne naissance à trois rivières qui 
sortent en quelque sorte d'un seul rocher : la fioulima à 
Test qui se dirige vers la plaine des Adals et le bassin du 
lac Aoussa, le Taccazé au sud et enfin le Tellaré au nord. 

L*Abbo!-Miéda est le point extrême vers l'est d'une sorte 
de crête sinueuse, coupée de cols et de massifs rocheux 
qui ?a de l'est à l'ouest, en inclinant légèrement au nord. 

Le point extrême à l'ouest est le mont Abouna-Yousef. 
Cette chaîne se continue ensuite pour gagner le massif des 
Agaos, passe par les monts Serael-Amba et Gourbache*, 
vient aboutir au mont Biala et sépare ainsi les deux bassins 
da Tellaré à l'est et du Taccazé à l'ouest. Il est vrai de 
dire que le Tellaré est un afiSuent du Taccazé qui lui-même 
va porter ses eaux au Nil. 

L'Abbot-Miéda est donc un des points orographiques les 
plus importants d'Abyssinie. 

A mesure que je gravissais les pentes de l'Abboî-Miéda, 
la température devenait de plus en plus froide; la végéta- 
tion était plus rare aussi et les arbres se couvraient de 
mousses et de lichens. Enfin, vers le sommet, c'est- 
^"^ire vers le pied du piton, la végétation avait presque 
complètement disparu; elle n'était plus représentée que 



336 VOYAGE Efl ABYSSIMIE . 

par de grandes bruyères arborescentes dont les troncs 
étaient fort noaeux et très moussus. C'est le dernier arbre 
que l'on rencontre. 

Pendant cinq jours je parcourus cette crête du pied da 
piton, du sommet pour ainsi dire de l'Âbboï-Miéda au som- 
met dé l'Abouna-Yousef, montant tantôt sur la crête, tantôt 
descendant un peu dans la vallée, franchissant à chaque 
instant des ruisseaux, car aucun pays n'est aussi humide, 
aussi largement pourvu de sources que cette région. 

Lorsqu'on arrive sur la crête, à peu près à 3500 oa 
3600 mètres d'altitude, toute végétation arborescente a 
disparu ; on ne voit plus qu'une plante extrêmement rema^ 
quable d'ailleurs. 

Cette plante, car ce n'est point un arbre tnalgré ses di- 
mensions puisqu'elle meurt après chaque floraison, est 
tout à fait particulière aux hauts sommets de l'Abyssinie. 
C'est le Rhynchopetalum montanum des. botanistes, on U 
djibera des Abyssins. 

Sa tige, élancée comme celle d'un palmier, est garnie 
au sommet d'un bouquet de feuilles assez semblables 
à celles de l'aloès, mais sans épines, molles, charnues, 
d'un vert clair, à bordure et nervure médiane jaunes. De ce 
faisceau de feuilles s'élance un panache presque aussi 
long que la tige et composé d'une quantité considérable de 
fleurs qui ressemblent un peu à des Labiées de couleur vert 
d'eau; tiges et panaches réunis atteignent jusqu'à 8 mètres 
de haut, mais tout cela est éphémère. Après la fleur vient le 
fruit, c'est une graine imperceptible; puis la plante meurt, 
se dessèche, le premier coup de vent l'abattra et les reje* 
tons qui poussaient à ses pieds prendront sa place. A cer- 
tains endroits les Rhynchbpetalum sont si nombreuzi qu'ils 
forment de véritables bosquets. Cette plante est la carac- 
téristique de cette région toute particulière de l'Abyssinie* 

A ce propos, j'abojderai un sujet qui n'est pas de la 
géographie à proprement parler quoiqu'il y soit intime- 



ET AU PATS DES GALLAS RAlAS. 337 

ment lié : je veux parler de la question d'histoire natu- 
relle en voyage. 

L*élade des animaux et surtout des animaux inférieurs, 
en raison des obstacles qui s'opposent à leur diffusion^foumit 
sortes différentes régions d*un pays, particulièrement d'un 
pays montagneux, des données tout à fait intéressantes. 
Pendant mon preipier voyage en ^byssinie, aussi bien 
que pendant un séjour de trois ans et le dernier voyage que 
je viens de faire en ce pays, j'ai recueilli des collections 
considérables, notamment d'insectes; j'avais noté avec soin 
les localités^ les altitudes, faisant en quelque sorte de l'his- 
toire naturelle le baromètre à la main. Depuis lors, les ayant 
examinés, comparés avec des insectes d'autre provenance, 
j'ai pu arriver aiusi à déterminer en Abyssinie quatre faunes 
toutàfait différentes les unes des autres, suivant les altitudes. 
Ces quatres faunes sont, premièrement, celle du littoral, 
c'est-à-dire des régions tout àî fait chaudes; elle ne dépasse > 
pas 800 mètres; c'est là son point extrême. 

Cette zone est exclusivement peuplée d'animaux qu'on 

appelle sahariens. Ce n'est pas ici le lieu d'aborder la 

nomenclature un peu trop technique de l'entomologie. Ce 

sujet demanderait des développements qui auront leur place 

ailleurs; mais enfin, après examen, j'ai constaté que les 

insectes de cette zone sont semblables à ceux qu'on retrouve 

dans toute la^ région saharienne du nord de l'Afrique. Mais, 

chose remarquable et que l'on a constatée en Abyssinie 

comme dans tous les pays montagneux, les pentes des 

montagnes sont pauvres, et il n'existe pour ainsi dire de 

faunes caractérisées qu'à certains points, qui sont en 

quelque sorte comme la condensation , l'agglomération de 

la vie animale dans les montagnes. Entre ces différentes 

2ûDes, règne comme une région neutre, mais non pas 

morte, car l'interruption n'est jamais absolue. 

J'ai dit que la première zone s'arrêtait en moyenne à 
5 ou 600 mètres , il faudra ensuite aller jusqu'à 1200 et 1400 

soc M GÉMft. — V TRIlUSTftl 1882. UI. — 22 



338 VOYAGE EN ABYSSINIE 

mètres pour trouver une deuxième zone, celle des vaUées 
chaudeSy des plaines basses de TAbyssinie. 
. La faune de cette région a tout à fait la variété des for- 
mes et la richesse des couleurs de la faune sénégalienne. 

J'y ai rencontré une quantité considérable d'insectes qui 
ne difiFërent pour ainsi dire pas de ceux du Sénégal, il y a 
même beaucoup d'espèces qui sont complètement idea- 
tiques. 

Cette deuxième zone, plus étendue et plus riche qne la 
première, mais moins importante que la troisième, va de 
1200 à 2000 mètres avec une moyenne de 1400 mètres; rieot 
ensuite la zone des hauts plateaux, celle qui est vraiment 
caractéristique de l'Abyssinie et qu'on pourrait appelât 
zone éthiopienne. 

Ces hauts plateaux vont jusqu'à 2800 mètres, mais ce 
sont les points extrêmes; la hauteur moyenne est de WOk 
2400 mètres. Les insectes qui habitent cette zone appar- 
tiennent à des types très variés, la plupart ont des formes 
spéciales, quelques-uns ont de la ressemblance avec ceux 
de l'Afrique australe, mais, ce qui m'a surtout surpris, c'est 
de rencontrer dans cette zone un grand nombre de types 
appartenant au bassin de 1^ Méditerranée , c'est-à-dire se 
trouvant en Asie Mineure, en Grèce et même dans le midi 
de la France. Si Ton s'élève depuis l'altitude 2800 mètres, 
limite extrême de cette zone, jusqu'à 3800, mètres, on 
trouve une zone tout à fait difiérente de la précédente; 
on arrive à une région que j'appelle sub-alpine et qui est 
caractérisée, au point de vue botanique, par la plante dont 
i'ai parlé tout à l'heure. 

Cette zone est très pauvre ; il semble que la vie animale 
disparaisse avec la chaleur. Au col de l'Abouna-Yousef, par 
4024 mètres d'altitude, il y avait seulement 2 degrés à 5 heures 
du matin, 6^1/2 à 6 heures du soir et à midi; le thermo- 
mètre, exposé en plein soleil,s'estarrêtéà 11 degrés. On ne 
doit donc pas s'attendre à trouver là une faune intertro- 



ET AU PATS DES GALLAS RAIAS. 339 

picale. En effet, les insectes qui vivent dans cette région 
appartiennent presque tous à des types de notre Europe 
tempérée et même montagneuse. La plupart d'entre eux ont 
leurs équivalents dans des espèces qui vivent dans nos 
Alpes, dans les Pyrénées et surtout en Styrie. Il n'y a qu'un 
oa deux genres qui soient propres à cette région, ce sont des 
genres qui n'étaient pas ^core connus, des formes nouvelles, 
mais voisines de formes européennes. Ainsi donc, par des 
études entomologiques qui semblent à première vue bien 
éloignées de la géographie, j'ai pu arriver à caractériser en 
Abyssinie quatre régions distinctes suivant les altitudes. 
Ce genre d'études, pour n'être pas de la géographie pure, 
me semble cependant «ne pas pouvoir en être séparé. Nos 
connaissances sur un pays ne sont complètes que quand on 
connaît les aninmux qu'il nourrit; de plus, elles doivent être 
comparatives, et c'est là surtout que les insectes avec un 
habitat très limité, dépourvus des moyens de diffusion que 
possèdent les animaux supérieurs et surtout les oiseaux, 
peuvent fournir d'utiles renseignements. Combien d'ana- 
logies qu'on ne soupçonne pas, de différences ignorées qui 
pourraient être révélées sûrement par ces petits êtres que 
le voyageur rencontre partout, dans l'eau comme sur la 
terre, dans les plaines comme dans la montagne, qui vivent 
aussi bien dans les sables brûlants que dans les forêts 
sombres et humides, mais que le plus souvent, j'ai le regret 
de le dire, il dédaigne. Aussi, je me permets d'appeler l'at- 
tention de la Société de Géographie sur l'intérêt considérable 
que présente l'étude de l'histoire naturelle dans ses rap- 
ports avec la géographie. 

J'ai rapporté et montré h la Société des vues des différ 
rentes vallées et des différents rochers, surtout de cette 
crête montagneuse qui est très curieuse, en ce sens que les 
rochers y prennent l'aspect de gradins, par endroits si ré- 
guliers, si parfaitement taillés, qu'on les croirait faits de 
main d'homme. > 



340 VOYAGE EN ABYSSINIE 

11 y a des filons qui sont assez importants; ces filons sont 
larges de 50 à 60 centimètres. Tous sont inclinés de Test à 
l'ouest légèrement nord, ils s'élèvent quelquefois à i, 2 et 
même 5 à 6 mètre$ au-dessus du sol et suivent parfaite- 
ment la même direction. 

Ces filons ont une propriété assez désagréable pour les 
géographes : ils affolent la boussole souvent dans des pro- 
portions considérables, au point de renverser complètement 
]'/iiguille. J'ai fait dans certains endroitSi notamment au 
pied du col de TAbboî-Miéda, de nombreuses observations 
avec une boussole d'un assez grand diamètre et j'ai tracé mes 
observations graphiquement. Ces variations offrent une 
ciertaine uniformité ; suivant qu'on promène l'instrument 
de l'arôte nord à l'arête sud du filon, on jroit l'aiguille 
s'éloigner de la normale d'une manière progressive et assez 
régulière. 

Les plateaux, car il y en a en certains endroits sur cette 
crête, sonU très souvent marécageux et affectent même 
l'aspect de marais tourbeux. C'est l'origine des ruisseaux 
qui forment le Taccazé et le Tellaré. 

Deux pitons forment le sommet de l'Abouna-Tousef; ils 
ne sont guère élevés que de 2 à 300 mètres au-dessus du col 
et ont très peu d'importance. Un de ces pitons a une forme 
ronde ; l'autre^ celui qui est plus au nord, une forme tout à 
fait fantastique de roches brisées et entassées les une^ sur 
les autres. 

La descente de l' Abonna- Yousef est loin d'être facile. Oo 
descend dans une sorte de cirque formé par des roches 
qui m'ont paru être des roches basaltiques, — elles en ont 
au moins la forme prismatique, — mais elles sont d'une 
couleur rouge. J'ai trouvé là une assez grande quantité de 
houille. 

Au pied, se trouve une vallée affluente du Taccazé, c'est 
la vallée du Semiéno. H y existe une petite église enfouie 
dans des arbres qui ne sont autres que des tsédi dont 



\ 



ET AU PATS DES GALLAS BAIAS. 341 

j'ai parlé tout à l'heure. On trouve bien ces arbres dans le 
bassin du Nil, mais pas à l'état de forêts. Ils ont été ap- 
portés par les hommes certainement, car ils n'existent que 
dans les endroits où il y a des constructions, autour des 
églises par exemple. 

Cette église et le village qui l'entoure s'appellent Biet- 
ambessa, la maison du lion, bien que je ne sache pas qu'il 
y en ait là plus qu'ailleurs. Quelques heures de marche me 
séparaient encore de Lalibela où se trouvent les églises 
monolithes. 

Ces églises monolithes extrêmement curieuses sont fort 
difficiles à décrire, car elles sont très variées, je ne dirai pas 
dans leur construction, elles n'ont pas été construites, elles 
ont été taillées dans le roc, mais dans leurs formes. En gé- 
néral, on a isolé de la montagne un bloc par des tranchées 
plus ou moins larges, on l'a travaillé extérieurement en 
forme d'église et intérieurement on l'a creusé, évidé, eu 
ménageant des colonnes, des pleins cintres pour soutenir le 
plafond; puis on y a percé des portes et des fenêtres, 
on a enrichi le tout de sculptures et de fresques et l'on est 
arrivé ainsi à faire un monument absolument complet. 

Ces monuments sont loin d'être de petite dimension. 
Une des plus belles églises et la plus grande, celle de Me- 
dani-Allemm, le Sauveur du monde, est construite dans une 
coar rectangulaire qui a 43 mètres de longueur, sur 38 de 
largeur et 10 de profondeur. L'église elle-même a 33*^,50 de 
longueur sur 23",50 de largeur. 
Les oiurs, dans leur plus grande épaisseur, ont 2*^,08. 
L'église est entourée à l'extérieur d'une colonnade qui, 
pour être moins parfaite, n'en a pas moins beaucoup 
d'analogie avec celle qui entoure la Madeleine à Paris. 

Les colonnes sont plates (les colonnes rondes sont in- 
connues dans tous ces mcmuments), et elles entourent tout 
l'édifice. C'est sur ces colonnes que vient reposer l'avance- 
iK^ent de la terrasse. Il y a même un fronton trian- 



34S VOTAGE EN ABYSSINIE 

gulaire dans le genre des frontons des temples grecs. 

La plupart de ces églises communiquent entre elles. H y 
en a dix dans la yiUe de Lalibela. Elles sont divisées en trois 
groupes : le premier de ces groupes en comprend cinq, le 
deuxième quatre et le troisième n'en a qu'une seule. 

Les églises de chacun de ces groupes sont reliées entre 
elles par des communications à ciel ouvert et aussi par des 
communications souterraines. Quant aux trois groupes, ils 
sont eux-mêmes reliés entre eux complètenient par des 
communications souterraines qui viennent aboutir à un 
torrent canalisé de main d^homme et que les Abyssins 
appellent le Jordanos (Jourdain). Quand les Abyssins ont 
taillé ces monuments, ils ont eu la pensée de représenter h 
ville de Jérusalem. 

De Medani-AUemm, on passe par une petite voûte daos 
une vaste cour trapézoïdale, dont les côtés ont 36 mètres, 
36»,50, 37»,50 et 21 mètres. Au milieu, se trouve l'église 
de BietrMariam et de chaque c6té, oreusées en grottes, les 
églises de Danaghel (des Vierges) et de Meskal (la Croix). 
Puis la cour se continue sur une plate-forme qui n'est au- 
tre que la terrasse de l'église de Golgotha qui se trouve 
ainsi à l'étage inférieur. 

L'église de BietrMariam, de petite dimension, est la plus 
ornée à l'intérieur de sculptures et de fresques ; on y re- 
marque surtout une galerie circulaire creusée dans l'épais- 
seur de la muraille et percée de fenêtres qui donnent dans 
l'intérieur de l'église; c'est une sorte de tribune fermée dans 
laquelle le Negouss Lalibela assistait, dit-on, aux saints offi- 
ces. On y parvient non pas par un escalier, mais par des sail- 
lies laissées le long du mur. Quant à l'église de l'étage 
inférieur, Golgotha, elle est ornée de bas-reliefs sculptés à 
même dans le roc des murailles. C'est aussi la sépulture de 
Lalibela, dans un caveau du SOUS7S0I. L'église la plus re- 
marquable du second groupe est Ammanouel ; la cour au 
centre de laquelle elle se trouve à 30 mètres sur 24. L'église 



ET AU PAYS DES GALLAS RAÎAS. 343 

elle-même a 17",50 sur H ~,50. Elle a été .travaillée avec 
soin extérieurement comme|iDtérieurement, et ornée de • 
colonnes et de moulures plates. 

Cette cour est complètement isolée; elle n'a de commu- 
nication avec les autres que par un petit tunnel où un 
homme a beaucoup de peine à passer. 

L'intérieur de l'église répond bien à l'extérieur, mais il 
est beaucoup mieux conservé, parce qu'il n'a pas eu à subir 
les injures du temps. 

Dans le même groupe, il y a celle d'Abba-Libanos qui 
n'est pas complètement isolée de la montagne; elle lui ap- 
partient encore parle sommet et par la base, mais un tunnel 
qui tourne tout autour permet d'y entrer. Cette église était 
l'église favorite du constructeur. Les fenêtres sont de for- 
mes très variées; il y en a en forme de croix, d'autres 
ressemblent un peu à l'ogive, et enfin il y a des ouvertures 
en plein cintre. - 

Qoant à l'église isolée qui forme un groupe à elle seule, 
c'est l'église de Ghorghis ; elle a quatre corps de bâtiment 
accolés les uns aux autres, comme une croix grecque. 
^Ily a un baptistère, comme dans presque toutes les églises. 

La forme des fenêtres est toute particulière, presque ogi- 
^e, avec des chapiteaux et des colonnettes. 

Enfin quelques excavations dans les murailles de la cour 
renferment des sépultures. 

Quelques-unes de ces églises sont très ornementées; 
c'est ainsi que l'église de Medani-AUemm, à l'intérieur, est 
divisée en cinq nefs et huit travées formées par des colonnes 
rectangulaires ornées de chapiteaux, reliées entre elles par 
des pleins cintres qui encadrent des plafonds carrés et plats. 
A l'extrémité de chaque travée, il y a un système de fenêtre 
très compliqué ; dans l'ornementation de ces églises, on s'est 
toujours inspiré de l'agencement de lignes brisées à angle 
droit, nommé a la grecque». Dans beaucoup de fenêtres, les 
luenaux afTectent cette forme. J'ai fait les dessins de presque 



344 VOTÀGG EN ABTSSmiE 

toutes les églises et de chaque type d'ornementation. Jen'ai 
' pas pu dessiner tout, parce que mes moments étaient comp- 
tés. Heureusement, l'un de mes compagnons de voyage, 
M. Herbin, a bien voulu me prêter son concours. Ayant été 
attaché à la carte de France, comme officier, il a bien vouia 
se charger de lever le plan de toutes les églises et en parti- 
culier celui de Téglise de Medani-Allemm, qui est cer- 
tainement l'église la plus parfaite comme constructioa. 

L'instrument dont on s'est servi pour tailler ces églises, 
est évidemment le pic; on trouve la trace de l'outil sur les 
murailles, et nulle part on ne voit l'aspect lisse qu'aurait 
donné le ciseau. 

Quant à Thistorique de ces constructions, j'ai eu asseide 
mal à me le procurer. Cependant il existe à Lalibela un 
manuscrit dont j'ai offert une somme très élevée; son pro- 
priétaire n'a jamais voulu s'en dessaisir, il m'a permis seo* 
lement de faire copier quelques passages. Un des mission- 
naires lazaristes qui habitent rAbyssinie,le père Duflos, 
qui connaît parfaitement la langue, a bien voulu me tra- 
duire les passages de ce manuscrit que j'ai rapprochés en- 
suite delà tradition. J'y ai trouvé ceci: c'est vers le v* siè- 
cle que ces églises ont été construites, et voici comment 
je suppose que c'est vers le v* siècle ^. 

Le roi qui a fait construire ces églises était le Négonss La- 
libela. Lalibelaétait le cinquième Négouss chrétien et le troi- 
sième qui eût régné à Lalibela. Les deux premiers, Arbaha 
Esabahaet Hashé Kabel, avaient régné à Axum. Or, c'est vers 
le commencement du iv* siècle q^e saint Frumence a évan- 
gélisé et christianisé l'Abyssinie, et Lalibela fut le v* Né- 
gouss chrétien. 

Les règnes étaient probablement longs à cette époque; la 
légende et le manuscrit disent qu'il s'était passé une cen- 



1. Des savants compétents pensent que cette date du v* siècle est 
renée. Le Négouss Lalibela aurait régné tu xii* siècle et Ton ajoute que 
le style des églises rend cette dernière date certaine! 



ET AU PATS DBS GALLAS RAlAS. 345 

taine d'années pour cinq souverains, par conséquent cela 
mettrait Tédificatioade ces monuments vers le commence- 
ment da V* siècle. 

Il est bon de dire enfin que ce ne sont pas les Abyssins qui 
les ont construits. Le roi Lalibela, qui était très pieux, fit ve- 
nir de Jérusalem et d'Alexandrie d'Egypte 4 ou SOOouvriers 
européens (c'est ainsi que les appellent la légende et le ma- 
nuscrit), qui furent appelés pour construire ces édifices. 

On trouve encore (les prêtres qui fréquentent ces églises 
et qui les connaissent parfaitement me l'ont montré), au- 
près d'une église, une succession de petites anfractuosités 
quadr^Dgulaires, dans lesquelles l'homme peut à peine se 
tenir debout et qui ont été les habitations des 4 ou 500 ou- 
vriers que Lalibela avait mandés d'outre-mer, 

n est vraiment curieux de constater qu'à une époque si 
reculée, un souverain d'Abyssinie ait fait venir de si loin 
des ouvriers, car Lalibela est fort éloignée de la côte; cette 
ville est située par 12> 5' latitude nord et 36* 451 longitude 
orientale,' et te voyage pour y venir du port de Massouah 
demande au moins, pour les meilleurs marcheurs, je ne 
dis pas pour les Européens, plus d'nm mois. 

Du reste, je citerai ici, à titre de curiosité, une partie de 
la traduction que j'ai fait faire du manuscrit; 

f Lalibela a passé trois jours et trois nuits en extase 
(mot à mot : dans la substance de son Ame). L'ange du 
Seigneur lui révéla le secret des cieux. De par la volonté 
de Dieu, lève-toi, lui dit-il, va, bâtis dix églises où les 
pécheurs trouveront le salut. Il âe leva, régna et bÀtit, 
comme l'ange du Seigneur le lui avait montré. Dans une 
pierre, il fit d'abord Biete-Mariam (maison de Marie), en- 
suite Debré-Sina (temple du Sinal, en Thonneur de la 
Sainte Vierge), et le Golgotha à sa droite, Biete-Meskal 
(maison de la Croix), à sa gauche, Biete-Medani-Allemm 
(maison du Sauveur du monde), Biete-Denaguel (maison 
des Vierges); les murs et les colonnes sont en pierre. Ilb&tit 



346 VOYAGE EN ABYSSINIE 

encore Biete-Gabriel, et ensuite Biete-Abba-Iibanos. Elles 
sont entourées du même mur (mot à mot : leur mur est un)* 

» Il construisit encore Biete-Mercurios (Mercure), et 
ensuite Biete-Ammanouel (Emmanuel)^ et les entoura d'un 
mur. Il bâtit à l'écart une église en forme de croix, celle 
de Biete-Guiorguis. Il ne fit rien sans se conformer au plan 
que le Seigneur lui avait montré. » 

Il est bon d'ajouter que cette description, qui date de 
l'époque, est absolument conforme, absolument identique à 
ce qui existe encore et que j'ai pu voir à Lalibela. 

t Guerma Sioum donna le jour à Imerehané Christos 
pour qui chaque jour le pain et le vin descendirent du ciel 
pendant trente ans et il régna quarante ans et vécut qua- 
tre-vingts ans. 

> Zan Sioum enfanta Guèbré Mariam et Lalibela ; Guèbfé 
Mfiriam régna trente-deux ans et Lalibela régna quarante 
ans. Sa nourriture était le zengada et trois bouchées de 
ouel (ce sont des aliments peu substantiels et très peu 
abondants) j il n'alla jamais jusqu'à quatre. 

> Dès l'âge de sept ans, il savait parfaitement liie. Bii 
ans après son avènement au trône, il bâtit onze églises. Il 
en faisait une coudée par jour et les anges du ciel lui en fai- 
saient quatre par nuit. Il parvint à l'âge de soixante-dix ans 
et termina ses constructions en vingt-trois ans. 

> Guèbré Hariam donna le jour à Macoueto Le Ab, qui 
adora son Créateur dès le sein de sa mère, le loua avec les 
séraphins, parvint à Tâge de soixante-dix ans et nous fut 
ravi comme Hénoch et Héli. Il se nourrissait de terre le di- 
manche. Il ne mangea pas de grain. Lalibela était le père 
dans le Saint-Esprit de Macoueto Le Ab. » 

II y a aussi dans ce manuscrit que j'ai convoité si ardem- 
ment, une page fort curieuse; elle est écrite en trois laugoes, 
en grec, en arabe et en ghèse, par l'historien qui était en 
même temps l'architecte, l'entrepreneur de ces monu- 
ments, Sidi-Meskal. Cette page est Facte par lequel le 



^ 
/ 



ET AU PAYS DES 6ALLAS RAlAS. 347 

NégOQss Lalibela fait donation aux moines, des églises, de la 
▼ille et d'un territoire assez vaste qui, du reste, leur appar- 
tient encore, car tous les rois qui se sont succédé dans ce 
pays ont respecté, je crois, cette donation; du moins, elle 
est encore très respectée aujourd'hui. 

Lalibela est une ville exclusivement religieuse, et à sa 
tête se trouve un homme auquel je suis très heureux de 
rendre hommage ici. C'est un prêtre nommé Memer Mem- 
ber. J'ai rarenlent rencontré de par le moùde un homme 
plus affable, plus bienveillant que lui. 

Après Lalibela, je continuai ma route vers le nord-pour 
regagner les plateaux du Ouag et de Sokola. Je rentrai là 
dans nne région extrêmement montagneuse, très tourmentée, 
dont les eaux se jettent dans le Taccazé par des vallées se- 
condaires, dont la prixicipale est la vallée du Héri. 

Cette partie du voyage m'était d'autant plus difficile que 
je ne pouvais juger du pays que je traversais. J'étais litléra« 
lemeot enfoui dans des vallées très profondes, très encais- 
sées et je ne passais qu'à travers des roches très étroites où 
je n'avais jamais d'horizon devant moi. 

Enfin, j'arrivai par la vallée de la Zira, où coule la rivière | 
du même nom qui descend du montGourbache; puis, tra- 
versant le col qui sépare le mont Gourbache du mont Biala, 
lequel col se trouve à l'altitude de 2785 mètres, je quittai 
le bassin du Taccazé pour entrer dans celui du Tellaré et 
me rendre à Sokota. 

Auprès de Sokota, je trouvai encore une église monoli- 
the, mais elle avait été construite à une époque relative- 
ment récente. II existe, paratt-il, beaucoup de ces églises 
monolithes en Abyssinie et quand les indigènes virent que 
je m'y intéressais, ils me dirent qu'il y en avait plus de 
deux cents. 

Mais toutes, excepté celles de Lalibela dont elles ne sont 
que d'imparfaites copies, sont de construction relativement 
récente. J'en ai vu un peu plus loin que Lalibela et aussi au- 



348 VOYAGE EN ABTSSINIE 

près d'Agula, à peu de distance du littoral; mais ces églises, 
comme je Tai dit^ construites avec la môme idée, dans les 
mêmes principes que celles de Lalibela, sont de beaucoup 
inférieures comme dimensions et comme ornementations. 

De Sokota je continuai ma route à travers les plateaux da 
Ouagh. 

Je dois dire, à propos de Sokota, que je fus assez faenreox 
pour m'apercevoir que les gens de ma caravane, qui étaleot 
tous des habitants des Bogos; c'est-à-dire qu'ils étaient fii- 
lènes, comprenaient parfaitement la langue que l'on parle 
à Sokota, qui est différente de toutes les autres. Au nord de 
l'Abjssinie, sur les plateaux environnant Keren, on parie 
la langue bilëne. J'avais entendu dire déjà qu'il y a^ait 
beaucoup d'analogie entre les langues bilène et agao, mas 
j'en ai eu la certitude, car les hommes venus avec moi et 
qui étaient originaires, comme je l'ai dit, des Bogos et qui 
n'étaient jamais venus dans le pays de Sokota, comprenaient 
parfaitement leurs autres compatriotes, les Abyssins de 
cette région. 

Les plateaux de Sokota et du Ouagh se terminent brus- 
quement par des pentes rapides, pour descendre dans la 
\allée du Téllaré. 

Sokota est à 2253 mètres d'altitude, et la vallée du Tel- 
laré à 1245. A mesure que je* descendais, la température 
s'élevait considérablement et tandis qu'à Sokota je n'avais 
que 15 degrés de chaleur, au Tellaré j'en avais 39. 

Du Tellaré je me rendis à Saka et traversai un peu plus 
loin la Zamrah. A partir de cette rivière, j'inclinai vers l'est 
pour revenir dans le plateau del'Enderta où j'avais rendexr 
vous une seconde fois avec le roi. 

Les montagnes qui avoisinent la vallée de la Zamrah etdu 
Tellaré affectent des formes tout à fait extraordinaires; après 
un cône de terre, il surgit une sorte de cylindre tronqué 
de roches qui est coupé^à l'extrémité, et qui forme au som- 
met un petit plateau; quelquefois, il y a superposition de 



ET AIT PATS DES 6ALLAS RAIAS. 349 

plusieurs plans inclinés, avec plusieurs 'troncs successifs. 
Des montagnes semblables se rencontrent dans beaucoup 
d'autres endroits en Abyssinie; on les appelle ambas. 

A Mékélé Je trouvai le roi lohannès, qui^pour des motifs 
à lai particuliers, avait changé son camp et s'était rappro- 
ché un peu du littoral. Il devait arriver d'Egypte des Abour 
nasj c'est-à-dire des évèques cophtes ; le roi me pria de res- 
ter à son camp jusqu'à leur arrivée. 

Les Abounas mirent fort longtemps à venir et lorsqu'on 
apprit qu'ils n'étaient qu'à quelques heures seulement du 
camp du roi, on les fit camper dans une vallée assez belle et 
i'onfixaàuû jour déterminé leur intronisation en Abyssinie. 
Le roi lui-même alla au-devant d'eux. Il m'avait invité à 
faire partie du cortège, mais je n'entrai pas dans la tente 
qui avait été préparée et où le Roi seul reçut les Abounas. 
Il descendit, dit-on, de son trône pour leur tendre la 
main — démarche qui coûta beaucoup à la fierté royale. 

Le cortège au retour fut magnifique. Il y avait d'abord les 
nagarits du roi, qui ne sont autres que des timbaliers, c'est- 
à-dire des cavaliers portant, en guise d'arçons, d'immenses 
timbales recouvertes de peau, dont le son est extrêmement 
sourd et lugubre, '^ 

Venait ensuite une troupe serrée de cavaliers qui avaient 
revêtu leurs plus beaux atours, et les joueurs de flûte du roi, 
privilège des princes du sang. 

Le roi, monté sur une simple mule, avait un costume 
très modeste ; il était vêtu d'une chemise blanche et d'un 
marguenf et, par-dessus, d'une pèlerine de soie noire; mais 
il avait, ce qui est un grand honneur dans ce pays, une om- 
brelle de soie rouge. 

Derrière le roi, on portait le drapeau abyssin. C'est fort 
rarement qu'on le sort. Je ne l'avais jamais vu, et je crois 
que bien peu de personnes ont eu cette bonne fortune. Ce 
drapeau est jaune avec deux bandes rouges ; la hampe est 
en argent et surmontée d'une double croix; dans la partie 



< « 



350 VOTAOB EN ABYSSINIE 

jaune qui est au milieu, il y a on lion. Y^ait ensuite, mais 
à une très grande distance, le cortège des Abounas à cos- 
tumes un peu fantaisistes ; enfin les quatre Abonnas, montés 
sur des mules, revêtus d'une chape en drap d'or, mitre en 
tète et portant à la main une croix grecque en or. Quatre 
fauteuils pour leur usage étaient portés derrière eux Aptes 
les AbounaSy venait une foule considérable etbigarrée.Toot 
ce cortège était escorté sur les côtés par un rang de soldats 
abyssins qui faisaient très régulièrement la police et empê- 
chaient les curieux d'envahir le cortège. 

Un homme attira tout spécialement mes regards : c'était 
un guerrier, très intime et très fidèle serviteur du roi. U 
n'avait rien de sympathique, mais il était curieux à voir dans 
la circonstance. Il avait revêtu le costume des jours de galii 
qui se compose d'une chemise de soie brochée d'or, d'oo 
margueuf dont j'ai déjà parlé, d'une peau de liongamiede 
filigrane de vermeil et de plaques d'argent ; enfin sa tète était 
entourée d'une étofi'e de mousseline et ornée d'une grande 
plume d'autruche. Il portait à la main une lance, au bras 
gauche un bouclier lamé d'argent, et maniait avec une 
grande dextérité un magnifique cheval. Vraiment cet Abys- 
sin, dans ce riche costume, avait un air martial ; tels devaient 
être les anciens chevaliers dans les tournois. 

Le cortège défila assez lentement. Enfin le roi entra dans 
sa maison qui ne diffère guère, comme nous l'avons dit, de 
celles de ses sujets, sinon qu'elle est plus vaste. Il monta 
sur son trône, autour duquel furent placés les quatre fau- 
teuils des Abounas et, quand il se fut assis, la foule des prê- 
tres et des curieux envahit tout le pourtour de cette cham- 
bre. On commença alors les prières pour célébrer Theurense 
arrivée des Abounas. J'aurais voulu rester, mais après avoir 
salué le roi et les Abounas, je dus me retirer comme 
l'exigeait Tétiquette de la cour. 

Quelques jours après, je repris ma route pour Massouah, 
et, suivant pas à pas celle qu'avaient tracée les Anglais lors 



ET AU PAYS DES GALLAS RAÎAS. 351 

de lenr expédition contre Théodoros, j'arrivai à Halaïe. 
Je n'étais plus qu'à 48 kilomètres de marche de Massouah 
où je rentrais après six mois de voyage. 

Je dois dire, en terminant, quel procédé j*ai employé pour 
dresser la carte qui accompagne cette relation. Je ne dispo- 
sais que d'une boussole azimuthale d'assez grand diamètre. 
Partant de points connus tels que l'Amba Damot-Galéla, 
les monts Sémaïata près d'Adoua, AIad}ié dans l'Enderta, 
Goaoa près de Débratabor, je faisais aussi souvent que 
j'en trouvais l'occasion, des visées, des tours d'horizon, 
et les recoupements de toutes ces visées ont constitué 
les déterminations approximatives des lieux que je dési- 
rais particulièrement fixer sur la carte, notamment le 
mont Zeboul ; j'ai pu ainsi déterminer ensuite graphi- 
quement sa latitude et sa longitude, ainsi que celle de la 
ville de Lalibela, soit pour le mont Zeboul 12» H' 50' 
de latitude nord, et ST^IQ'O' longitude orientale de Paris ; 
pour Lalibela 12«5'30'' latitude nord et 36* 45' 30" longitude 
orientale. 

Je joins aussi le tableau des points principaux dont j'ai 
relevé les altitudes. Ces observations ont été faites au 
moyen d'un baromètre anéroïde de Baux et d'un thermo- 
mètre à maxima. Le baromètre a été, à mon retour, contrôlé 
au bureau central météorologique de Paris, et les calculs 
d'altitude ont été faits par M. de Villedeuil, calculateur 
principal du service géodésique au Ministère de la Guerre. 



I 21S 



352 VOYAGE EN ABTSSINIE. 



TABLEAU DES ALHIODES. 

Abrechoho (vallée de TAnséba) V\\\ 

Extrémité nord du plateau de Hamacen • \ 

Au-dessus de la vallée de TAnséba S ^^ 

Toramini (Hamacen) 1917 

, Extrémité sud du plateau du Hamacen (Addi-Hohalla) 

Au-dessus de la vallée du Mareub 

Rivière du Mareub (en face de Gondat) 1233 

Adoua 1«S 

Col du mont Addi-Andaï (au nord de la vallée de la Guebbah). •. . 2413 

Mekélé (plateau de l'Enderta) %ld 

Bélessa (plateaa de l'Enderta, au-dessous d*Antalo) 2123 

Vallée du Mesghi (dans les montagnes de Damot-Konen) i^ 

Col du mont Aladjié..' M 

Col du mont Addédt. 29^ 

Col du mont Debbar : ... 3!iâ 

Lac Ashangbi • V&i 

Plaine des Gallas Raïas. Rivière Ouadjia. îiorA )ifô 

— — Rivière Goûlima. 5tt<^ 1^ 

~ ^ Village de Kobbo. CefKtv 1461 

Mont Zeboul = 1994 

Zoramba (sur les pentes orientales de TAbboî-Miéda) 2951 

Pied du piton de l'Abbot-Miéda 347: 

Col du mont Abouna-Yousef 4024 

Biet Ambessa (vtUée du Sémiéno versant sud de TAbouna-Yousef)* ^'^ 

Ulibela.'. i463 

Gondat (vallée du Sémiéno) 20"i 

Col du mont Biala (entre le mont Gourbache et le mont Biala). . . . î^ 

Sokota 2*45 

Vallée dtt Tellaré (au-dessous deSaka).. 20)9 



NOTE 



SUR 



LES VOYAGES ET LES TRAVAUX DE M. BLOYET 

DANS y AFRIQUE ORIENTALE 

PAR 



La reconnaissance des bassins du Congo et des grands 
lacs qui partagent l'Afrique entre Téquateur et le paral- 
lèle de 10 degrés sud, constitue Tune des plus belles con- 
quêtes géographiques de notre siècle. 

Après les voyages de Livingstone, Speke, Baker^Cameron, 
SkanJey, l'Afrique équatoriale méridionale était connue dans 
ses grandes lignes ; mais il fallait étudier complètement les 
territoires compris entre ces lignes et utiliser les connais- 
tances nouvelles en vue de la colonisation. 

S. H. Lëopold 11^ roi des Belges, eut alors la pensée qu'il 
serak opportun de constituer, sur divers points, des stations 
scientifiques et hospitalières, centres de ravitaillement, 
d'opération et de renseignement pour les commerçants 
aussi bien que pour les explorateurs, et qui exerceraient 
une heureuse influence sur les populations. De cette pensée 
est sortie l'Association internationale africaine. 

Noos avons vu* de quelle façon M. de Brazza a rempli, 
dans l'Afrique occidentale, les instructions du Comité fran- 
çais de cette association, présidé par M. Ferdinand de 
Lesseps; nous allons voir comment M. Bloyet a établi du 
côté de l'est la station de Condoa (M'Kondo-Koua), dans la 
région des grands lacs. 

1. Voy. BuUeiin, décembre 1881, p. 515. 

soc »B OtOGR* -« i* TRIMESTRE 1882. iri.^ 23 



354 NOTE SUR LES VOYAGES ET LES TRAVAUX DE M. BLOJET 

Cette région, comprise entre les côtes du Zanguebar re- 
connues au XVI' siècle par les Portugais et les grands l&cs 
Tanganika et Victoria Nyanza découverts de nos jours par 
Livingstone et Speke, a trois fois» à peu prës^ l'étendue de 
la France. 

Généralement bas aux environs de la côte, le terrain se 
relève ensuite, tantôt graduellement, tantôt brusquement 
jusqu'au plateau central incliné vers le nord et roaesl Ce 
plateau en effet, a ses plus hauts sommets — tels que les 
pics neigeux du Kénia et du Kilimandjaro S avec leurs 6000 
mètres, — sur sa limite orientale. C'est au pied de cet 
énorme soulèvement, qui se prolonge de la Mer Rouge ao 
cap de Bonne-Espérance, que naissent voisines Tunede l^vi- 
tre, et à moins de 500 kilomètres à l'est de Zanzibar, la 
source méridionale du Nil et la source orientale du Congo. 

Le sol bien arrosé, fertile^ est coupé de forêts vierges, 
de gras pâturages et de plaines où l'on cultive sortoalle 
maïs et le riz ; enfin la faune et la flore offrent au oalora- 
liste une étude intéressante par la nouveauté, rabondauce et 
l'éclat de leurs variétés. Mais que de temps ' ne fandra-U 
pas pour mettre en pleine valeur cette terre que le ai 
brûle et détrempe tour i tour pendant six mois^ et où le 
blanc est entouré d'ennemis I 

Ce serait peu s'il n'avait contre lui que les malheureuse 
populations de nègres ignorants, paresseux, divisés es 
tribus dont les chefs sont restés les pourvoyeurs d*esclaîes 
des marchands arabes, tribus décimées de plus en plo^ 
par l'esclavage, les luttes intestines, la famine, les sacrifice^ 
humains. Le blanc doit lutter encore contre des enne- 
mis plus terribles : l'air et l'eau, qui lui apportent •< 
fièvre des marais ou là fièvre des bois, la dysenterie, ie^ 
maladies de foie, etc... 

Déjà sont tombées pour la cause de la civilisation i^ 

i. Découverts de 1849 à 1869 par Krapf et Rebman. ' 



.hhSLS L'AFRIQUE ORIENTALE. 355 

nombreuses et, glorieuses victimes; et si chaque courrier 
annonce de nouvelles recrues, il signale malheureusement 
encore trop de. pertes. L'assainissement de ce vaste pays 
coâtera cher; il exigera bien Iqs efTorts réunis de l'Europe, 
et Ton compte déjà, dans la région des lacs, plus de trente 
postes belges, français, anlglais, allemands, de mission- 
naires religieux et civils. 

Jusqu'en 1880, la France, dont l'action ne saurait être ici 
gue désintéressée, était représentée par une dizaine de sta- 
tions ou plutôt de missions religieuses réparties entre Zan- 
zibar, les lacs Tanganika et Victoria Nyanza; mais elle 
n'avait pas un seul établissement civil lorsque le Comité 
français de l'Association internationale africaine chargea 
M. filoyet, ancien capitaine au long cours, d'aller fonder 
une station dans l'Oussagara. 

C'est le 2 noai 1880 que M. Bloyet quitta Marseille pour 
Zanzibar. Si M. de Brazza avait été d'abord entraîné dans le 
haut Ogôoué par l'attrait des découvertes, M. Bloyet n'avait 
à son départ d'autre perspective qu'une vie sédentaire, une 
sorte de faction à monter au milieu de naturels barbares, 
de marchands arabes hostiles, dans une atmosphère em- 
poisonnée où chaque jour, chaque heure d'existence serait 
comme un vol fait à la mort ou une faveur de la fortune ; 
mais la grandeur de l'œuvre civilisatrice dont il allait être 
rame sur ce point ignoré du globe soutenait son courage, 
n arriva le 29 mai à Zanzibar et, pourvu de lettres de re- 
commandation du sultan Sald Bargash, il se rendit sur la 
côte à Bagamayo,y organisa sa caravane et partit le 14 juin 
pour rintérieur. 

La route qu'il suivit n'est pas nouvellQ ; il y éprouva les 
mêmes difficidtés que ses devanciers. A peine avait-il fait 
le tiars de son voyage à travers des champs de sorgho et 
des loarécages que la mauvaise qualité de l'eau et la fatigue 
coounencèrent à produire leurs effets sur ses trois cents 
porteurs* En traversant TOukamii au sol accidenté et très 



356 NOTE SUR LES VOYAGES ET LES TRAVAUX DE M. BLOTCT. 

boiséy les maladies et les désertions devinrent plus nom- 
breuses; enfin, M. Bloyet fat lui-même atteint par la fiè^ 
en entrant dans rOussagara, et il dut se faire transporter 
jusqu'au village de Gondoa, où il arriva le 2 juillet. 

C'est ici, à 250 kilomètres environ de Bagamoyo, qae de- 
vait être fondée la station française, près du Mrogoro, petit 
afBuent de la rivière M'kondoa qui traverse le plateaa de 
rOussagara. 

La vue, bornée par des montagnes boisées, s'étend sor 
des plaines élevées de 400 mètres au-dessus de l'Océani qae 
l'hiver transforme en marécages, et qui se couvrent, enéti, 
de rizières et de grandes herbes dominées çà et là |«r 
quelques rares palmiers, et foulées par le bufQe, la girak, 
le léopard, le Hod, etc. 

M. Bloyet arrivait dans un mauvais moment. A rintérieor 
Mirambo et d'autres chefs indigènes faisaient une guerre de 
pillage et d'extermination; plusieurs Européens avaient été 
tués près du lac Tanganika, et dans l'Oughoua la seconde 
mission belge avait pu à grand peine se réfugier à Tabora. 
Tout près de Gondoa même, à M'pouapoua, les Anglais ve- 
naient d'avoir des difficultés avec un chef arabe à qui ils 
avaient enlevé deux esclaves — deux serviteurs — préten- 
dait Sef ben Seiliman, qui, disposant de 80 fusils, avait 
obligé les Anglais à lui rendre ses hommes. Depuis cette 
époque, Sef benSeiiman, enveloppant tous les blancs dans 
uneméme haine, s'était retiré près de Gondoa, et il aurait 
accueilli M. Bloyet à coups de fusil, si un autre chef, Hoih 
nié Mbongo, n'avait fait remarquer que le mgoungou — le 
blanc, — recommandé par le sultan de Zanzibar n'était pas 
anglais, et que d'ailleurs l'état de sa santé ne le rendait pas 
dangereux. 

Cependant le Comité français n'avait point cnvojré sos 
agent à l'aventure; mais le négociant de Zanzibar chargé de 
traiter avec un Arabe, avait été trompé. Au lieu d'une ma* 
ipii&que propriété et d'une belle maison, M. Bloyet ne trouvi 



358 NOTE SUR LES VOYAGES ET LES TRAVAUX DE M. BLOTET 

en arrivant à Gondoa, que rhospitalité d'un chef; mais grâce 
à Mounié Hbongo, notre compatriote put s'installer provi- 
soirement dans une case où il remisa son matériel, en at- 
tendant l'issue des négociations engagées avec les chefs en 
vue de l'acquisition d'un terrain. 

D'après les usages du pays, on ne vend pas la terre; 
mais comme on la loue pour un temps illimité, une conces- 
sion est en réalité une propriété. C'est ainsi qu'un mois et 
demi après son arrivée, M. Bloyet prit possession d'an ter- 
rain d'environ 4260 mètres carrés ^ 



Le plus gros de la hesogne était à faire : il s'agissait de bâ- 
tir. Seuls les voyageurs qui se sont trouvés dans une sem- 
blable situation, dans ces pays où la nature et les hommes 
ne sont que des obstacles, où les chefs indigènes ont une an- 
torité suffisante seulement pour déguiser leur mauvais ?ov- 
loir, où l'insouciance et la paresse des naturels équivalenl 
à leur hostilité, où les maladies affaiblissent le physique et 
le moral de l'Européen le mieux trempé; seuls, disons-nous, 
ces voyageurs pourraient comprendre, à la lecture du journal 
de M. Bloyet, de ce journal dont chaque page est presque une 
feuille d'hôpital, ce qu'il lui a fallu de courage et de patience 
pour aller jusqu'au bout. 

Nous verrions dans le journal de M. Bloyet que couper 
du bois, fabriquer des briques, les faire sécher, transpor- 
ter^ tailler, ajuster, etc... ne se fait pas aussi facilement que 
cela s'écrit lorsqu'on a peine à trouver quelques ouvriers — 
et quels ouvriers! — que la moindre circonstance, naissance, 
enterrement, etc., enlève au travail pendant plusieurs jours. 
Tantôt une femme tombe malade : c'est le diable (pépo) qoi 

i. Calculé d'après le plan de M. Bloyet. 

Le terrain ne doit pas ôtre cher, car les frais de transport da matën>i 
de Zanzibar à Condoa à Taide de 300 porteurs, Tachât du terrain et los 
frais de construction de la station sont estimés à 12000 francs (lettre àf 
M. Bloyet, 23 septembre 1881). 



DANS li'AFRIQUB ORIERTALE. 359 ^ 

V 

lui est entré dans le ventre, et, pour chasser le diable, on 
passe des trois ou quatre jours h chanter, danser, avec un 
iofenud accompagnement de tambours ; tantôt c'est une 
éclipse de lune, et il ne faut pas moins de cérémonies pour 
chasser les démons qui la dévorent, etc... Après les fêtes, 
après les festins, c'est la fatigue qui amène les désertions, 
heureux encore lorsque les fuyards n'emportent pas le peu 
d'outils du propriétaire. Celui-ci aura beau, grelottant de flè- 
rre, se faire transporter sur les chantiers, le travail ne mar<- 
chera pas plus vite; et la massika ou saison des pluies arri- 
Tera que les constructions seront à peine commencées. 

Travailler sous la pluie n'est pas plus du goût des noirs 
que des blancs ; les rivières ont déborder, les charrois sont 
devenus impossibles, la famine a fait son apparition... il 
faut travailler toujours, recommencer souvent Touvrage 
de la veille emporté par Forage, et n'avoir pour se reposer, 
malade, qu'une ralanvaise case où la pluie pénètre de toutes 
parts. Il fallut pourtant la passer ainsi presque tout entière 
cette saison des pluies. Cent fois M. Blôyet a bien cru ne ja- 
mais habiter la station qui lui donnait tant ne mal, car sa 
Qèvre résistait aussi bien au suUate de quinine qu'à l'ar- 
senic. 

Enfin, au bout de six mois, le 13 février 1881, la station de 
Condoa était terminée. Il était temps : tout le monde avait 
déserté, sauf trois domestiques. 

Bien qu'il eût toujours la fièvre de temps à autre et qu'il 
souffrit du foie et de la rate, M. Bloyel était acclimaté ; mais 
il avait besoin de repès et de soins, et attendait avec impa- 
tience la saison sèche pour se rendre à Zanzibar, voyage 
qu'il put entreprendre le 22 mai. 

Son œuvre lui avait trop coûté pour qu'il s'éloign&t beau- 
coup de la station et la laissât longtemps à la garde des 
indigènes. Tandis qu'il remerciait le Comité français de lui 
avoir offert un congé en Europe, sa courageuse femme venait 
le rejoindre , résolue à partager ses travaux et ses dangers. 



3eO NOTE SDR LB6 VOYAGES ET LES TRAVAinC DE M. BLOTET 

Le 19 octobre 1881 M. et madame Bloyet prenaient h 
route de Gondoa. C'était déjà quelque chose, ponr une 
femme, que d'avoir bravé le mal de mer; c'était peu en 
comparaison des fatigues d'une marche de quatorze jours, 
SOUS un soleil ardent, à travers les marais et les forêts 
de l'Afrique équatoriale. En arrivant dans l'Oukami, ma- 
dame Bloyet fut saisie par la fièvre ; un peu plus loin, ce fut 
le tour de son mari. Ils n'étaient pas au bout de leurs mi- 
sères : la station de Gondoa était en piteux état, les travaux 
ordonnés n'avaient pas été exécutés, et la toiture pounie 
était à refaire. 

En attendant, M. et madame Bloyet nageaient dans leir 
habitation et se soignaient comme ils pouvaient quand ih 
n'avaient pas la fièvre en même temps. La saison des pluies 
étant venue, les réparations ne furent terminées que ie 
12 décembre ; enfin, au 22 février 1882, date de la dernière 
lettre de M. Bloyet, sa santé et celle de sa feoune paraissaient 
satisfaisantes, et l'état de la station composée d'une maison 
et de cinq autres bâtiments, ne laissait plus rien à désirer. 

Si nous nous sommes un peu attardés dans le résumé de 
la partie pour ainsi dire matérielle de la tâche de M. Bloyet, 
c'est que nous en connaissons toute Timportance. Installa- 
tion convenable et acclimatement sont la pierre d'achoppe- 
ment de toute entreprise lointaine sérieuse; et ces deoi 
années eussent-elles été dépensées uniquement à obtenir ce 
résultat qu'il faudrait encore s'en féliciter. 

Mais ce résultat a été de beaucoup dépassé. M. Blojet 
n'a pas attendu que sa santé fût à l'abri des atteintes do 
climat, ni que la station définitive fût fondée pour remplir le 
programme scientifique et hospitalier de l'Association inter- 
nationale africaine. 

De plus autorisés que nous apprécieront la valeur de ses 
collections d'histoire naturelle ' ; à ces envois il a joint use 

i. Voyez les notes émanant de professeurs duMnsëum, par lesquelles 
se termine le présent exposé. 



DANS L'AFRIQUE ORIENTALE. 361 

cinquaDtaine de photographies de vues et de types, et la 
carte de son Toyaga Ses levés à l'estime sont appuyés sur 
des positions astronomiques et accompagnés de nombreuses 
observations météorologiques. 

D'autre part, dix-huit voyageurs* de dlDérente nationalité 
et six missionnaires français ont trouvé à Condoa unehospi* 
talitésans doute moins confortable que cordiale ; mais enfin 
il 7 a un commencement à tout, et tout est relatif. Quand 
après avoir traversé des torrents à la nage, escaladé des 
montagnes, a pataugé» au milieu des rizières ou des marais, 
le voyageur européen arrive fatigué ou malade dans 
llmmble case où il est reQu par un blanc, il se croit presque 
dans an palais, traité par un ami dont le concours et les 
soins peuvent au moins lui faciliter son voyage, parfois lui 
sanvcr la vie. 

Si, avec le temps, le nombre des voyageurs a augmenté, 
l'humble case aussi est devenue une maison; et là où il n'y 
avait qu'un homme, il y a une famille qui, peu à peu, a 
gagné les sympathies des gens du village et du pays, sym- 
pathies précieuses pour les hôtes étrangers de la station. 

L'inunense succès de curiosité qu'a remporté d'abord 
madame <61oyet n'a pas moins contribué que l'habileté de 
son mari à amener dans les idées, dans les mœurs des 
populations des modifications favorables au but de l'Asso* 
dation. 

La sultane de l'Oussagara, Bouana Sef, l'Arabe le plus 
riche, le plus influent de Bagamoyo à Tabora, et bien 
d'autres chefs viennent de tous côtés voir M. et madame 
Bloyet, les invitent à leur tour et les reçoivent en présence 
de leurs femmes, ce que ne font presque jamais les Arabes. 
Le chef arabe môme, qui tout d'abord avait montré le 
plus d'auimosité contre M. Bloyet, est devenu son ami. 
Tout récemment, il chfttiait lui-même des gens qui avaient 
molesté un de ses domestiques et lui disait: « Nous t'étions 
hostiles ne te connaissant pas; aujourd'hui, nous savons 



362 NOTE SUR LES T0TA6ES ET LES TRAVAUX DE H. BLOYET 

que tu n'es pas venu en ennemi; toi et les tiens comptez 
sur notre amitié. » M. Bloyet, connaissant la duplicité des 
Arabes^ a sans doute raison de ne pas se fier complète- 
ment à ces protestations ; mais n'est-ce pas là déjà un 
beau résultat que de les avoir provoquées ? 

Enfin si le programme tracé à M. Bloyet a été rempli, 
reconnaissons qu'on le doit surtout à sa persévérance. Ne 
craignons pas de dire *^ car la jeunesse française se 
laisse trop séduire peut*êftre par le côté romanesques des 
publications géographiques faites pour instruire en amu* 
sant, trop encouragée dans ces idées par la réputation 
et les distinctions plus facilement accordées à l'éclat qol 
reffort •— disons donc que des formes du courage tool» 
dignes d'éloges, la plus belle, la plus féconde en graoè 
résultats, est cette vertu qui retient Témigrant, le colon, 
comme le citoyen, au poste où il peut être le plus utile; 
et qui, là, lui fait surmonter dégoûts, ennuis, privations, 
impatiences, dangers. 

Les aventures sont plus émouvantes, il est vrsi, elles 
peuvent ouvrir la voie à la colonisation, mais celle-ci ne vit 
pas d'émotions et ne se développe qu'au prix de pénibles 
travaux accumulés avec suite, caltne et persévérance. 

V Association iniermUionaie africaine a dû envisager 
toutes les exigences de l'œuvre qu'elle a entreprise ; elle 
doit savoir ce que celle-ci réclame de soins, de ressources 
et de temps. Si le Comité français ne se décourage pa$ 
plus que ses dignes envoyés, quelles que soient les modifi- 
cations que le temps puisse imposer à son organisation, 
l'œuvre elle-même ne disparaîtra pasv 

Nous avons là, à l'ouest et à l'est de rAfrique équato- 
riale, deux entreprises différentes quanta la direction qu'elles 
peuvent prendre. 

Dans les bassins de l'Ogôoué, de TAlima et jusqu'au 
Congo (nous ne disons pas encore dans le bassin daGongo\ 
nous voyons le germe d'un de ces projets qui, bien exécutés, 



;0J DANS L'AFRIQUE ORIENTALE. ^ 363 

assurant à une nation des avantages commerciaux et poli- 
tiqueil considérables. 

AVest, au contraire, la station française de Condoa n'a 
puî^lre fondée avec un but intéressé dont la poursuite 
excéderait nos forces ; si jamais cette région des lacs de* 
Tient une colonie européenne, elle ne «era sans doute ni 
française, ni anglaise, ni italienne. Quoi qu'on en puisse 
dire, notre rôle est ici absolument désintéressé : c'est vé- 
ritablement la cause de l'humanité que nous servons à 
Gondaa; mais cette « raison de sentiment», s'il est permis 
de s'exprimer ainsi, ne doit pas nous être indifférente. 
Comme les hommes, les peuples s'élèvent par les senti- 
ments, les idées et le bien qu'ils répandent, et il appartient 
à ceux qui ambitionnent le titre de grand de contribuer, 
mMie gratuitement, à l'œuvre de progrès dont l'Afrique 
estde théâtre. La richesse et la puissance ont de ces de- 
voirs. 
• i' . 

1."' iC 

Note sur les collections recueillies et envoyées au 
Muséum parle capitaine Bloyet. 

a » 

La collection faite par M. Bloyet qui comprend cinq mam- 
nHfères et près de soixante oiseaux, est particulièrement 
importante non seulement par le nombre et l'excellent état 
deconservationdes spécimens qu'elle renferme, mais encore 
par la rareté de quelques-uns de ces objets et par les ren- 
seignements précis dont ils sont accompagnés. L'étiquette 
de chaque mammifère, de chaque oiseau porte, en effet, 
rindication de la localité et la date de la capture, de la colo- 
ration des parties nues, de l'œil, des pattes et du bec chez 
l'animal vivant, du contenu de l'estomac, des endroits, 
plaines, montagnes, champs, forêts fréquentés par l'espèce; 
elle fournit même quelques chiffres fort utiles aux taxider- 
mistes, et notamment, pour ce qui concerne les oiseaux, la 



364 NOTE SUR LES VOYAGES ET LES TRAVAUX OE M. BlATET. 

distance comprise entre l'extrémité de Taile et celle de la 
queue. On voit en effet que très souvent, faute de ces indi- 
cations qui sont généralement négligées par les voyageurs, 
la physionomie de Toiseau peut dans certains cas être com- 
plètement altérée, par suite d'une fausse position donnée 
aux ailes ou d'un changement dans la coloration des yeux, 
du bec et des pattes. 

L'un des mammif&res n'était pas représenté dans dos 
galeries, il appartient au genre Petrodromus décrit par 
M. Peters dans son voyage à Mozambique et il ne paraîtras 
différer du P. tetradactyltis.Un écureuil semble différerpar 
quelques caractères de ceux que nous possédions déjà. 
Quant aux autres quadrupèdes, ce sont des mangoutes sem- 
blables à celle de l'Abyssinie. 

Parmi les oiseaux, il faut signaler plusieurs espèces fort 
rares,' le bec ouvert à lames, espèce d'Échassiers qui difOre 
beaucoup du bec ouvert de Madagascar, et ressemble aa 
contraire à celui de l'Afrique centrale, des pintades, pln- 
sieurs espèces de passereaux du genre Irrisor^ plnsieiirs 
pigeons, des touracos et des rapaces. 

Le capitaine Bloyet n'a pu envoyer, comme reptiles, qœ 
très peu d'animaux. Ce sont en premier, lieu des tortues 
du genre Sternothèrey plusieurs vivent encore à la ména- 
gerie ; puis quelques exemplaires d'un Eumesès, voisin de 
VEumeces Merremiiy enfin un crapaud, le Bufo regularis. 

Malgré leur petit nombre ces objets ont un intérêt très 
réel pour les collections du Muséum oh la plupart man* 
quaient. On n'a d'ailleurs encore que bien peu de chose 
de ces régions. . 



NOTES SUR LA GÉOGRAPHIE 

os aniLoois 

RÉGIONS VOISINES DU ZAMBÈZE 

Par H. Kir0S 

lofAiieiir m Gorpt des Mines 



Pendant un voyage en Zambèzie, exécuté dans le courant 
de Tannée 1881, dans le but d'étudier les ressources diverses 
et spécialement les richesses minérales d*une partie de cette 
vaste région, j'ai eu l'occasion de faire quelques relevés géo- 
graphiques qui peuvent contribuera compléter et à rectifier 
les cartes existantes et que, pour ce motif, je crois utile de 
commtmiquer à la Société de Géographie. 

L'expédition à laquelle j'étais attaché comme chef des 
éiades et explorations techniques, était placée sous la di-* 
Kction de M. J. G. Paiva d'Andrada, capitaine d'artillerie 
de Tannée portugaise, ancienattaché militaire à la légation 
de Portugal à Paris. Elle comprenait^ outre Tauteur de ces 
notes, deux ingénieurs, MM. Lapierre et Durand ; un chimiste, 
M.Guyot; un médecin, M. Gaffard; un comptable, M. Courret; 
on photographe amateur, M. R. de Lastours, et cinq chefs 
ou ouvriers mineurs. Outillée spécialement en vue de recher- 
ches minières, elle disposait d'un théodolite (petit modèle 
de Secrétan) qui m'a servi à déterminer de nombreuses 
latitudes, de plusieurs boussoles, baromètres anéroïdes, 
thermomètres divers et podomètres : ces derniers n'ont 
rendu aucun service. J'ai pu ainsi déterminer régulièrement 
la latitude et l'altitude de tous les points importants. Des 
observations thermométriques ont été faites aussi d'une 
tnaoière assez suivie; mais elles n'ont qu'une faible impor- 

^« Voju U eart« jointe à oe numéro. 



366 NOTES SUR LA GÉOGRAPHIE 

tance lorsqu'elles sont faites chaque jour en des points dif- 
férents, comme il arrive lorsque l'observateur voyagean lieu 
de séjourner à un endroit déterminé. Nous n'avions pas de 

chronomètre et n'avons pu, par suite, déterminer les lon- 
gitudes; nous avons cherché à suppléer de notre mieux à 
cette lacune à l'aide d'observations de direction faites à la 
boussole, complétées par Testimation, au moyen de nos 
montres, des distances pascourues. 

C'est au moyen de ces éléments Ique j'ai tracé les iliné* 
raires figurés sur la carte jointe à la présente note. Cette 
carte se borne à reproduire les cartes antérieures, notam- 
ment celle de Th. Baines, en ce qui concerne le tracé delà 
côte, celui du Zambèze, du Ghiré, la position des villes de 
Quélimane^ Senna et Tête. Elle ne m'est personnelle quepoor 
lesdits itinéraires et pour les renseignements relatifs au 
régions voisines des régions traversées; j'indiquerai plQs 
loin l'origine et la valeur de ces renseignements. 

Notre expédition quitta Marseille le 6 mars et débarqua le 
11 avril à Quélimane.Elle en partit le 23, remonta la rivière 
de Quélimane ou Quaqua jusqu'à Moupéa, où elle arriva le 
i^ mai. Du 1*"^ au 7 mai, nous fîmes passer nos canots et do? 
marchandises, par terre, de Moupéa à Mutacataca, sur le 
Zambèze ; nous pûmes nous rembarquer le 7 mai, passer le 9 
devant le confluent du Chiré dans le Zambèze, arriver le il 
à Senna, le 15 au Guingue, atteindre et traverser le 18 le 
défilé de la Lupata, poumons arrêter enfin à Tôte^le 21 mai. 
Le régime du Zambèze, dans toute cette région, a été trop 
souvent décrit pour qu'il soit utile d'y revenir; il me suffira 
de rappeler que, dans toute sa partie inférieure, de la Lupata 
à la mer, il s'étale au milieu d'une vaste plaine, et quesoG 
lit parsemé d'îles, présente constamitient une grande lar- 
geur, plusieurs kilomètres habituellement, avec unîB faible 
profondeur. Au-dessus de la Lupata, il est plus reàserré; à 
Tête, il n'a que 700 mètres de largeur. Les indigènes ^ 
naviguent dans des pirogues, les blanos dans descaoots : ie^ 



DE QUELQUES RÉGIONS VOISINES DU ZÂIIBËZE. 367 

ans elles autres se manœuvrent à la pagaie et ne marcheni 
qae pendant le jour, au milieu duquel ils s'arrêtent le temps 
nécessaire pour déjeuner. La nuit, on campe, soit dans une 
tle,soil dans Tun des villages que Ton rencontre de temps 
i autre sur les rives du fleuve. Les noirs se nourrissent d'une 
bouillie épaisse faite aveo de la farine de millet, ou de sor- 
gho ; ils y ajoutent»' quand ils en ont l'occasion, du maïs, des 
haricots, delà viande ou du poisson. Les blancs mangent prin- 
cipalement du riz, des poulets, de la viande de mouton ou de 
chevreau ; la viande de bœuf est rare. La population blan- 
che estd'ailleurs encore ' très clairsemée. En dehors des 
villes de Quélimane, Moupéa, Senna et Tête, c'est à peine si 
Von rencontre.de temps en teipps un blanc. Dans les villes 
réâdent quelques fonctionnaires portugais, les représentants 
de quelques maisons de commerce françaises ou hollan- 
daises, etquelques blancs, ou plutôt quelques Eurasiens, ori- 
ginaires de l'Inde portugaise ; à Uuélimane et à Senna sont 
quelques Banians qui ont presque le monopole du commerce 
de détail. La Zambèzie a été, en somme, laissée jusqu'ici, 
par sa métropole, dans un triste état d'abandon et d'oubli ; il 
y a cependant, depuis quatre ou cinq ans, une tendance no- 
table à des améliorations. Malheureusement cette tendance 
se heurte à des difficultés financières considérables. 

Mais je ne veux pas insister davantage sur qes questions, 
et j'arrive immédiatement aux explorations que nous avons 
faites, soit au nord; soit au sud du Zambèze. 

1^ Exploration de la région comprise entre le Zambèze, 
leRovugo, le Moatise, affluent duRovugo et leMoarasCy 
affluent du Zambèze. — L'un des ingénieurs, H. Lapierre, 
& exploré ce quadrilatère pendant quatre mois, et a étudié 
avec le plus grand soin le beau bassin houiller qui eu con- 
stitue la majeure partie; cet examen, tout local, ne pouvait 
naturellement donner lieu à des reconnaissances géogra- 
phiquesimportantes. Le cours du Moatiseet celui du Moarase 
ont été exactement relevés . 



368 NOTES SUR LA GÉOGRAPHIE 

% Itinéraire de Tête à Muchenaet aux mines ior delb- 
chinga et retour à TéteÇI-^l juin 1881). — A deux ou trois 
kilomètres en aval de Tête, le Zambèze reçoit sur sa rm 
gauche, un affluent important, le Rovugo (ReTuboe de 
Livingstone ou R. Thornton de la carte de Baines) qui 
coule sensiblement du nord-est au sud-ouest, perpendico- 
lairement au Zambèze. La région comprise entre la riTe 
gauche du Zambèze et la rive droite du Rovugo porte, à 
partir de 20 eu 25 kilomètres au nord de Tète, le nom de 
région de la Macanga. Les terres que Ton désignait autrefois 
sous ce nom s'étendaient fort loin vers le nord, jusqu'aux 
environs du lac Nyassa» aussi loin que Toccupation portu- 
gaise effective. Aujourd'hui, les blancs se sont retirés diss 
la partie méridionale du district et le nom de Hacanga s'ap- 
plique plus spécialement au territoire qui reconnaît l'aalo- 
rité du sieur Cypriano Gaetano Pereira, métis plus conoii 
au Zambèze sous son nom cafre de Gancoung, fils de Saca- 
saca. 

Muchena, résidence de Gancoung, estsituésur le RoTUgo, 
à 70 kilomètres environ du Zambèze, et à une altitade de 
170 mètres au-dessus de Tète ou de 270 mètres au-dessas de 
la mer, par 15* 40^ 27" de latitude australe/On s'y rend, de 
Tête, en deux journées ^ à la condition d'avoir de bons 
porteurs; on traverse un pays ondulé et boisé, coupé par 
quelques rivières, le Morongozé, le Cadaonde, rignamamoé 
et enfin, tout près de Muchena,le Musumbousé; toutes ces 

1. Disons ici que le seul moyen de locomotion' usité par les bUoci str 
le Zambèze est la machila, espèce de palanquin porté par deux ou qutK 
noirs ; les porteurs se relayant fréquemment, il en faut au moios il 
pour upe course de quelques jours, et 20 i 24 pour une course on pes 
plus longue. 11 n*existe dans le pays absolument aucune bâte desomne; 
on n'emploie ni les bœufs, ni les ânes, même lA oii il existe des troopeua 
de ces animaux. En voyage, on est obligé de régler sa marebe vu 
celle des porteurs de charges ; dès que le voyage dépasse trois ou quatre 
jours, on ne peut guère faire plus de 20 kilomètres par jour. Pour les 
petites courses, on peut forcer et aller jusqu'à un maximum de 40 kilo- 
mètres. 



DE QUELQUES RÉGIONS VOISINES DU ZAMBfeZB» 369 

rivières sont des affluents du Rovugo. Un certain nombre de 
villages, Ghingoza, Gouyavaya, Ignamitipiso, Giba, Mitorre, 
jalonnent la route, qui ofire quelques ressources au voyageur. 
Le pays est généralement fertile et parfois, notamment à . 
IgnamitipisOy il devient extrêmement pittoresque, par suite 
de l'abondance des manguiers, les plus beaux arbres que 
Ton rencontre dans le bassin du Zambéze. 

De Tôte à Muchena, on marche presque constamment au 
Dord-est; de Muchena à Machinga, le chemin se dirige 
presque exactement au nord-ouest. Il traverse d'abord une 
belleplaine,extrèmement fertile, comprise entre le Rovugo, 
le Masumbousé et un petit affluent de ce dernier, le Ghoa* 
dungo. 11 serpente ensuite, en s'élevant lentement, à tra- 
vers nn pays légèrement accidenté, coupé de quelques 
ravins à sec pendant l'été, où l'on rencontre tous les quel- 
ques kilomètres un viUage et par conséquent des cultures et 
des vivres (villages de Dona Ghapansa, de Ghioumousin, de 
Ghoambara). Le dernier, celui de Gbuambara, est à 50 kilo- 
mètres à peu près de Muchena. On passe ensuite du bassin 
da Rovugo, dans lequel on se trouvait jusqu'ici, au bassui 
du Mavuzi, autre affluent du Zambèze qui se jette dans le 
fleuve en amont du Rovugo. La ligne de séparation est 
franchie par un petit col situé à une altitude de 600 mètres 
environ, tout près de la rivière Casuamuoghé. Puis on 
descend rapidement, ayant à sa droite les monts Sumbe, 
sur les flancs desquels se trouvent encore quelques villages, 
ainsi placés pour échapper aux attaques imprévues de la 
tribu ennemie des Landines, qui habitent plus au nord, et 
Ton atteint la rivière Ignacanzo, qui reçoit les eaux de celle 
de Machinga. U est à peine nécessaire de dire que toutes 
ces rivières, traversées d'ailleurs à peu de distance de 
leurs sources, n'ont pas un grand débit; elles renferment 
néanmoins de l'eau courante, et c'est déjà beaucoup. 

La distance de Muchena à Machinga ne dépasse pas 
"70 kilomètres; elle peut assez aisément être franchie en 
loc il «Éoea. — 9* TaniiSTaB 1881 |m. — U 



370 NOTES SUR Lk GEOGRAPHIE 

deux journées ; Machinga n^est ainsi qa*à quatre jours de 
Tète, même eu faisant le détour notabie deMuchena; àtol 
d'oiseau, il n*en serait qu'à 100 kilomàtres, soit à trois, cm 
ai; plus à quatre jours de marche. 

Le sol, formé surtout de grès houitters dans les enviroiis 
de Tète, est, depuis te Mofongosé jusqu'à Mltorre, essen- 
tiellement dioritique; presque partout la diorite renferme 
une grande quantité de magnétlte; le chemin est quelque- 
fbis couvert de fragments et de gros blocs de be^u minerai 
de fer. Les grès reparaissent ensuite un moment à Muoheiia, 
dans le lit môme du Rovugo, puis, plus au nord, on ne 
voit plus que des roches granitiques (granits, gneiss, mi- 
caschistes). Cette formation granitique paraît s'étendre fbii 
loin vers le nord et le nord-est et constituer l'ossature 
principale de toute la région. 

Nous nous rendions à Maehinga pour y visiter des gttes 
aurifères cités dans plusieurs ouvrages ccmime importants 
et riches. Ce n'est pas ici le lieu de les décrire ; nous crojons 
devoir dire seulement que la réalité est loin de répondre à 
la légende. Nous avons bien trouvé des lavages d^)r et 
admiré lliabileté extrême des négresses qui travaillent ira 
mines, d'une manière fort intermittente d'ailleurs ; mais les 
sables que nous avons vu laver, ceux que nous avons fait 
laver nous-mêmes étaient tous d'une grande pauvreté, 
donnant à peine, et au maximum, un décigramme de poudre 
d'or par mètre cube, souvent beaucoup moins. Nous avons 
vu aussi, tout près de la rivière Machinga, les restes d^me 
ancienne exploitation, par les noirs, d'un filon de qoartx; 
ils devaient, par un triage ettrêmement soigné, parvenir à 
extraire de ce quartz quelques flragments riches qui peuvent 
s'y trouver disséminés. Tout cela est à peu près abandonné 
depuis 1830, et ajuste titre. 

A ce propos, nous croyons devoir prémunir les voyageurs 
contre une tendance très naturelle à l'exagération et aux 
illusions en pareille matière ; il ne suffit nullement qa'H 



DE QUELQWS RÉGIONS VOISINES DU ZAMBÈZE. 37i 

existe des lavages d'or, même des lavages encore exploités 
aetaettement, pour que ces lavages indiquent nécessaire- 
ment Fezistence de mines riches. Les procédés employés 
IMtrles noirs sont primitifs, grossiers si Ton veut, mais ils 
le soot uniquement en ce qu'ils ne permettent de traiter 
que des quantités de matières très réduites ; ce serait une 
errear absolue de penser, comme on le fait trop souvent, 
que des procédés plus compliqués permettraient de retirer 
d'une môme quantité de terre des quantités d'or supérieures; 
le contraire serait peut-être plus près de la vérité. L'exis- 
tence d'une exploitation par les noirs, surtout si cette exploi- 
tation donne véritablement des produits un peu importants, 
permet d^spérer l'existence d'un gîte riche, mais il s'en 
faut de beaucoup qu'elle la démontre, parce que les noirs, 
lorsqu'ils travaillent pour eux-mêmes à leurs moments 
perdus, se contentent d'un gain extrêmement modique, 
presque dérisoire. Il en serait tout autrement s*ils travail- 
laient pour des blancs. 

Nous réunirons, dans un tableau d'ensemble placé à la 
Bn de cette note, les données topographiques que nous avons 
déterminées en différents points du chemin suivi ; nous nous 
bornons eu conséquence à renvoyer à ce tableau. 

8* Hinéraire de Tête an Mazoe et Retour (8-27 juit- 
let\%H), — A 40 kilomètres environ en aval de Tête, le 
Zambèze reçoit, par sa rive droite, une rivière importante 
appelée Aroenha (Luenya de quelques auteurs) qui coule 
dn sad-ouett au nord-est. Elle reçoit elle-même, par sa 
riTc gauche, divers cours d'eau de médiocre importance; 
pois, en remontant, d'abord la Luia, ensuite le Mazoe. La 
tuia est une large rivière (20O mètres environ) qui ne pré- 
Mnte à l'œil aucune eau courante dans la saison sèche, mafs 
lans le sable du lit de laquelle il suffit de creuser à 30 cen- 
^Mnètrcs pour en obtenir immédiatement. Le Mazoe contient 
A toute saison de l^au courante; son lit, sablonneux dans 
•• partie inférieure, devient au contraire extrêmement 



372 NOTES SUR Là GÉ06RAPUE 

rocailleux à40 kilomètres environ du confluent; dans toute 
cette partie, le Mazoe a les allures d'un beau torrent, très 
large, mais profondément encaissé entre de hautes collines 
boisées, roulant avec fracas, d'un rocher à l'autre, ses eaui 
limpides et cristallines. La route que nous avons suivie nous 
a fait atteindre le Mazoe en cinq journées de marche. Se 
dirigeant, à partir de Tête, droit vers le sud-sud-ouest, es 
remontant le ravin Pote-Pote, elle atteint rapidement le 
sommet de la chaîne dont l'extrémité porte le nom de Car- 
roeira^ franchit la crêle par un petit col dont l'altitude 
absolue ne dépasse pas 275 mètres et pénètre ainsi dans le 
bassin de l'Aroenha et de ses affluents. Elle traverse quelques 
petites rivières desséchées et sans importance, le Zoarcadm 
le Ghitondo, l'Ignamamouno, le Mouse, le Cachingeet 
atteint la Luia, puis le Mazoe à 60 kilon^ètres à peu près de 
Tète; sur le trajet, nous rencontrons quelques villages,ceiix 
de Gaturusa, de Ghabueseca, puis plusieurs autres récem- 
ment abandonnés. 

Nous avions pour bat d'explorer une partie de la rinère 
du Mazoe, dans laquelle des lavages d'or étaient signalés. 
Au point où le sentier que nous suivions atteint la lîTifere, 
celle-ci coule doucement, avec une faible pente, sur ud 
fond entièrement sablonneux. Les lavages sont en amont, 
dans la partie rocailleuse; une lagune importante, dansb- 
quelle abondent les hippopotames et les crocodiles, marque 
la limite des deux régions. Nous trouvons en effet, que* 
dans la région supérieure, les femmes de quelques villages 
perchés au haut des montagnes qui dominent la rivièret J 
descendent dans la saison où les travaux des champs sont 
arrêtés et recueillent entre les blocs de rochers un peu de 
terre qu'elles lavent à la bâtée pour en retirer quelques 
faibles grains de poudre d'or. 

Nous remontons le Mazoe sans chemin, en marchaot 
péuiblement sur les rochers, jusqu'au point où il reçoit ub 
petit affluent de sa rive gauchCi nommé Tlgnacombite. Ao 



DE QUELQUES RÉGIONS VOISINES DU ZàHBËZE. 373 

delà, on nous dit qoe le pays est désert; les vivres sont 
rares, en effet, et noas sommes obligés de nous décider à 
rentrer à Tète. La roate que nous suivons pour ce retour se 
dirige d'abord au nord-nord-est, jusqu'à la Luia, qu'elle 
atteint près du village deMeomaoacba, dans une vaste plaine 
de très beUe appar^ce, puis tourne au nord-est et traverse 
leSangouzi, large affluent de la Luia, non loin du confluent 
des deux rivières. A partir du Kangouzi, la route tourne 
à l'est-nord-est. Elle s'élève sur le versant sud d'une chaîne 
de montagnes qui sépare les eaux coulant au sud-est vers 
rÂroenha, de celles coulant au nord-est vers le Zambèze,tra- 
verseui petit torrent appelé l'Ignamuganga, affluent duKan- 
goozi ou de la Luia, passe ensuite sur le versant nord de la 
chalne,traverseune petite rivière nommée Ignampumpi, puis 
le Mofa, affluent du Zambèze, et rejoint le fleuve à Dégué 
après avoir rencontré encore quelques autres torrents sans 
importance, llgamouniou, le Mechinda, affluent du Mufa, 
puis le Gumbe, affluent du Zambèze. De Dégué à Tète, elle 
soit la rive droite du Zambèze sur 10 kilomètres environ. 

De même qu'au nord du Zambèze, le terrain est, au sud, 
formé d'abord de grès houiller; on traverse ensuite des 
gneiss très amphiboliqaes, avec quelques filons de granit et 
quelques masses intercalées de diorite, puis des pegmatites 
que recouvrent encore par places quelques petits lambeaux 
de terrain houiller ; on passe ensuite à des porphyres quart- 
zifères, et l'on arrive enfin, un peu avant la Luia, à des gneiss 
amphiboliques, remarquablement rubannés, dans lesquels 
est tracé le lit du Mazoe. 

Au point de vue purement géographique, notre voyage 
nous a permis de rectifier le tracé du Kangouzi, de la 
Luia, du Mazoe et notamment de reporter ces rivières sen- 
siblement au nord ; c'en auraété le résultat le plusimportant. 

4"^ Itinéraire de Chemba à Manica et retour à Senna 
(1** septembre — 22 octobre 1881). — Nous nous sommes 
rendus à Manica en partant de Ghemba, point situé sur le 



su HOTES SUA LÀ GÉ0GRAIW8 

Zambèze» à uae traitaine de kilomètres «a «aient de h 
Tille de Senaa. Le cbemiii suitd'abord k vaUée|»lii piofoirie 
du Saogadzi qui se jette daes le jSambèce, tout piès eteo 
aval de Cfaembak II traverse un grand aombrto de fois k lit 
très sinueuKde cette rivière, qui estàsecfietMklitk oMyeure 
partie de raBnée% Il se dirige ainsi vers r<mesi-a*é'4MiM, à 
tmvers un pays assez peuplé et assez biM eultivé, jusqa'aa 
village fortifié ou éri$^a de Mouroa Pequeuha, à desï 
journées de marche de Gbensba. U louib^ ensuite^ remoD* 
tant toujours le Saugadzi, presque exactemeiit vers le sud» 
passe à l'éringa de Mounoa-grande) Où se trouvé une grtadt 
et profonde lagune, au confluent du Sangadzi et du Rasabe, 
puis quiite le bassin du Sangadzi peur paiaet, en fraaehis» 
sant une chaîne de partage extrêmement peu élevée^ 4êéa 
le hassin du Mupa, autre affluent du Zacnbèce^ qui ^rte 
aussi le nom d'Ignamapase et plus bas celui de Zangae« b 
roule suit à peu près le cours du Mupa jusqu'à i^riap 
d'ignatei\je (district du Zumba), à quatre jours deGhemba» 
traverse ensuite le Suoisa, affluent de la rive droite duMaj» 
qui forme la limite du territoire ou proêê de Gomoff»^, 
puis un petit torrent appelé Rio Magudo à partir duquel la 
contrée^ jusque4à extrêmement plate, commence à être ufi 
peu accidentée. On franchit ensuite une série de coteaozet 
de petits cours d'eau, le Gapimbi> rignaminiaga> Jeltoron, 
rigoazoé) rignabombue, le Gumbesi que Ton traverse toat 
près du p(Hnt où il se jette dans l'Ignandoué. Gelui-ci, pre- 
nant plus bas ie nom d'Uréma ou celui de Rifièrede 
Macaia, se jette dans la mer un peii eu nord de Sofala^dtas 
la baie de Macazani. Sur la rive droite de l'Ignandotté, se 
trouve le chef-lieu du district de Gorongoza^ appelé ordi- 
nairement Massara ou simplement Gorongoza ^ 

1. hei renseignements géographiques mentionnés ici, rektifr«ueoun 
(les rivières en aval des points où nous les avons traversés, nous ont éle 
^(Miè^ par II. Manuel Atttonio 4a SouzA, qdi nous a se^ ée fàhe dm 
tbut iwtrè ^yage à Mantca. U éU te chef ilii tHstrietidie eoMn|o««;Rtu( 



DE QUELOraS RÉGIONS VOISINES DU ZAHBÈZE. ^^ 

IiSB viikiges d(Mit l'ensemble porte habituellement le nom 
teHuMra oa deGorongOEa «ont groupés autour de Thabîta- 
tioa de M. Manuel Ânt^iio da Souza. Ils se trouvent en 
partie dans la vaUée de rigoandoué, en p«rtie sur le flanc 
nord de la Serra deGorangoza. Gelle-oi s'étendsurune tren- 
taine de kîlemètres^ du nord «est au sud^ouest; «lie pré- 
sente presque partout des pentes extrêmement raides; la 
pointe ttordy qui porte le Bom d'Igoatète» a une altitude de 
1860inè4re8; te sommet le plus élevé (Mont Miranga) n'a pas 
moins ^e 2000 mètres^ety à l'extrémité sud-ouest» le mont 
fiogogo «'élèns à 1800 mètres i peu près. Les parties supé- 
rieMesde la ^aiAe sMt couvertes de magnifiques forêts, 
fUsilit oeiftr&âte avec la végétation forestière, généralement 
sBses maigre^ de la plaine et du bassin du Zambèze» 

Un grand fioulK^âe lonisnts desemdent de la montagne 
oonlatft du sud Vers le nord, pour aller se Jeter dans 
rignltadotté ^fc hb «hemin de Maseaf a à Manica traverse suc- 
liFBfflent rignazA^ le Singa^ le MoSra, se dirigeant presque 
exactement à l'ouest. H suit ensuite un vaste plateau, dont 
iâ monotonie n'est ûsterrom)^tte que par quelques dAmes 
granitiques îsoiés «''élevant presque à pic comme des pains 
desaere, du-mîiiett éela plaine; ainsi les monts Ignamacou* 
ffié, SM ets ^^^6 le tointain, le mont Phànda. €e plateau 
fiépsre le baisski de l'igtandoué de celui de l'Aruangûa od 
IH>Qguédanst0qu0l«ttva6iitr^etdoûtonatteiikt,àdeuxjoUri 
étOœMSgç»», le prettiiei^ cours d'^au appelé le Tindusi^ for- 
mant la limite entre le pays de Qobongoea el celui du Saruei. 

On rencontre ensuite^ (chacun à une journée dé maréhe 
du fn^céécnt, le Muarâ, le Ghitora, entré lesquels abondent 

de l'y établir, il avait longtemps habité le Quiiève et le district de Macaia, 
au nofd de Sotàte. ft y ^ totià dtk èhabces kérien^eè Ij^oar (}ti'e céà fen- 
«^sMieuts ioiifvit eaactsi 

t. Les noini lyouteot dans «n |;rand nombre de mots le préfixe lune 
(jne Toa écrit aussi Inha (eu portugais) ou Nha, Nous n'avons jamais 
rtûtei à 'Ac^us fclîré dèVintiV Te sétiâ fexâ'ct fc ce tAcéAW; ù'ou's 4'f?crfvon^ Ti 

nicaké Qpaa ^ nota. 



376 NOTES SUR Lk GÉOGRAPHTE 

les buffles et autres grandes bëtes sauvages, rinhasouha et 
enfin, à six jours de Gorongoza, rAruangua, qui reçoit les 
eaux des quatre nyières précédentes. Entre le Ghitora et 
llnhasouha, près de leur confluent avec l'Aruangoa, se 
dresse la serra Humbe ; sur la rive droite de llnhasouha, 
la serra Manga dont le chemin côtoie la base mériâionale. 

L'Aruangua est une large et belle rivière, tantôt parsemée 
de rapides, tantôt régulière et facilement guéable. Elle yient 
du nord-est, d'une chaîne de montagnes appelée Serra Ignan- 
gani d'où sort également, vers le nord, TAroenha, afllneot 
du Zambèze. Elle reçoit, sur sa rive gauche, les quatre 
rivières citées plus haut; sur sa rive droite le Gondé,le 
Mavuzi, puis plus bas leHusatua, le Mucumbesi, leMutuchu^ 
le Muda, et va se jeter dans la mer, dans la môme baie de 
Macazani qui reçoit aussi la rivière Uréma. Elle paraît être, 
dans la plupart des cartes, désignée sous le nom de R.Boii 
au voisinage de son embouchure, bien qu'un autre fleoie, 
portant ce nom de Buzi, se jette dans la mer un peu au soi 
de Sofala. 

Une fois rAruanguà firanchi, on est dans le district de 
Manica. Tout le triangle* compris entre TAruangna aa nord 
est et au sud-est une ligne assez compliquée qui, partant 
du confluent de TAruangua avec le Mavuzi, remonte d'a- 
bord le Havuzi, puis atteint en se dirigeant vers le sud-ouest 
le Menene, affluent du Revue, et le remonte, tout ce triangle 
porte en effet le nom de Manica ; les limites de cette région 
vers l'ouest paraissent mal définies. 

Du point où nous avions atteint TAruangua, nous aurions 
pu nous rendre directement aux mines d'or, notre objec- 
tif, si nous n'avions reconnu nécessaire d'aller d'abord 
rendre visite au roi de Manica, nommé Mutassa. Un haut 
plateau montagneux, de 2000 mètres environ d'altitude, 
sépare le bassin de l'Aruangua de ceux de deux autr^ 
fleuves, le Revue qui coule vers Test, le Savé qui coule 
ers le sud. La résidence de Mutassa se trouve sur la ri- 



m QUELQUES RÉGIONS VOISllTES DU ZAMBÂZE. 377 

▼ière Ghiasana, affluent de l'Odzi, qui se jetle Iui-m6me 
dans le Savé : les mines d'or les plus importantes sont 
situées le long du Revue et de ses affluents. 

Poor gagner la capitale de Mutassa, nous avons suivi 
d'abord la rive droite de TAruangua, marchant vers l'ouest 
et même un peu vers l'ouest-nord-ouest, et traversé deux 
fois le Condéy affluent de la rive droite, une fois près de 
rembonchurOy une seconde fois à deux journées de marche 
plus haut, au pied des monts Mahoué-Ma-Smique, étrange 
amoncellement d'énormes blocs granitiques, que l'on pour- 
rait confondre avec des ruines gigantesques. Nous avons 
remonté ensuite, en tournant vers le sud «ouest, la vallée du 
Guarrara, affluent du Condé, puis atteint, en continuant à 
monter par des chemins souvent très pénibles, le haut du 
plateau dont je viens de parler. Laissant à l'ouest le mont 
Doé, dont l'altitude n'est pas inférieure à 2400 mètres (le 
plateau est à 2000 mètres à peu près), nous sommes enfin 
arrivés au versant sud de la chaîne et sommes redescendus 
par la vallée d'un petit torrent appelé le Mouséa, jusque 
chez le roi Mutassa. 

Quelques mots d'abord sur le sens de ce titre de roi. Il 
n'existe pas dans le bassin du Zambèze (je parle seulement, 
cela va sans dire, de la partie que j'ai visitée et qui constitue 
une colonie portugaise). Là, on a institué, à côté des gou- 
verneurs, des charges spéciales de capitaô fiufr, sergent môr 
(capitaine-major, sergent-major). Le capitaô môr n'ap- 
partient pas à l'armée coloniale, mais il a le rang de lieu- 
tenant-colonel et peut porter l'uniforme de ce grade. Le 
titre est habituellement conféré aux grands propriétaires 
terriens, blancs ou métis, représentants des familles éta- 
blies depuis longtemps au Zambèze, quelquefois, à leur 
défaut, à des officiers délégués dans ces positions spé- 
ciales. Le capitaô môr connaît des contestations des noirs 
les uns avec les autres ; il a sur eux une autorité mal définie 
mais très étendue ; de là parfois une tendance à oublier un 



S7i NOTES «UR Là GiOGRÀPHIK 

peu ^'il est nommé par le (^uvernemeat colonial «i peat 
toie révoqué par lui i un moment quelconque. Plos au soé 
au contraire, du cMédlnhambane etSofaia^ il n'y a pl<H 4e 
G^pitafts m6rs, mais des roîtalets {reguloi) vassaux du Por- 
tagal, au moins nominalement^ on ne leur demande rien 
qa'ane r^KSonnaissanco aolenneUe, mais purement théorique 
des droits du Portugal sur leur pays î leur indépendance i 
riniérieur de leur territoire reste complète. 

Mauica est placé à la limite de la r^on des roitelets et 
de celle des capitaes mors, de sorte qu'il possède à U fois 
un roiy Mutessa, qui y a l'autorité effective» et ua capits6 
môv, M. Manuel Antonio da Souza, qui habite k Gorongon 
et porte le titre purement lionoriÊque de capîiaA mèr de 
Maaica et Quitève» 

La résidence de M utassa est formée» oomme tous les tîI- 
lages nè|^s^ 4Hm ensemble de huttes très rapprochées tes 
unes des autres^ mais elle se distingue des villages voisms 
en ee que^au lieu d'être entourée d'une seule enoeiate de 
pieuxi elle comprend quatre enceintes concentriques sac- 
cessives, avec un fossé extérieur. Chaque enceinte est pro- 
tégée encore par une épaisse haie d'un arbvste épineux^ de 
manière k être & peu près infranchissable i des portes ex- 
trêmement étroites permettent seules de les traverser. Dans 
la quatrième enceinte se trouve la maison du roi^ presque 
•aussi simple que eeHe de ses sujets $ à c6té« une cour très 
petite, où les jours d'audience, s'entassent tous les grands^ 
c*est-à*dire> k en juger d'i^irès leur nombre, à peu près 
tous les chefs de flamiUe da vilkge royak 

Quand Mutasse est venu nous rendre visite k netro cam]s 
établi enliee de son village^ il a jugé bon de lai^ en noire 
honneur un déploiement aussi impesant que Cessible de 
forées nailîlairesb Beancnup de ses s^ridats soAt Croies de 
fusife^ les autftm de tances^ d'ares et de fléchies, de haches. 
ils daancMivcMt aesea oorreotemeùti Le roi lui-même^ suivi 
de ea iesur qui dansait de^rièie lui en dianlikit, dois a 



M QUELOm BtaORS TOISDIBS DU ZÀMBiZE. ST§ 

d«Baé là Ni^réMiUilion 4*aiie danst militaire avec oo- 
fMeaiM libations é& la boisson fenne&tëe habitudla du 
pay B| le fiMiAe. D bous a raoïia ensuite, eo retour des ca* 
deaw aMes iaiporlants que aous lui ayious apportés, deux 
tMBHfftf «'était HMigre» maia, & vrai dire» le pauvre Mutassa 
o'aïaît feat-éUe pias graad Kdiose à aous offrir. 

LaQdusaaa^ sur laquelle se trouva k viUede Mutassa, vient 
dtt sud-esl^ d'une ranûfieution du ^raod plateau de Maaica. 
En la remontant jusqu'à sa source et frunohissant un petit 
col, on passe dans le bassin de ftavue qui «ouïe vers Test. Il 
reçoit suecessiveflMni> sur «a rive gauche» le Matii le Ghua; 
<ar la rive droite, le Muauaibuce^ le Munene^ qui sépare le 
^yg ^tfaaiea du Ouitève, puis il va se jeter dans le Buai. 
Noos l'avons exploré d^uis sa aaissanœ jusque pi*ès du 
psial oà il reçoit le Meneae. Sur la rive gauche, à 16 idlo- 
ffiMi<« à peu pi*ès en aval du oonfiuent du Ghua^ se trou- 
vent lea nâneu de l'unoienne ville portugsÉse de Manica, 
plas habituellement désignée sous le nom de Massikesse. 
Cette àUe et lefortia qui la proHégeail, d^Jà à moitié aban- 
dooaés à la âa du «lèote dernier^ d'après le récit de tialvao 
<bSilvaqoi la visita «a 4788 et fit une courte aarration de 
son v^9fgà^ Airmt déânitiveoient ruinés en 1833 par une 
ttvsMea des Landines » 

Un chemin relativement facile nous ramena en quatre 
JMTsde oiaarche >au point où nous avions uau fM^mière fois 
traweé l'Amaagua. HwU d'abord le versant est du grand 
plsteiude Muaica, puis ttavers^i près de sa «ouree, le Mh- 
TQÂ, affluent darUruanguai qui desoand de la Serra Paaga, 
«Ktréoâlé septentrionale du pMeaui Toute la régies oom- 
fHae tofttre €oroBgcrZa et le pays de Mutassa e6t aujourd'hui 
ymque déaerle. Les diffétea^ villages de lifentca sont dis-- 
«êattAs dans les vâUonft du versant sud. du grand plaleau 
«ûgroupéa «urlaChinsanav Obli'entrouvèaueun sur les bords 
B^me du AeVte^ teux qui en sont rapprothés sont tous 
^9fbêR danft quiaique petite VallAd afflûèniè, éé manière à être 



380 NOTES SUR LA GtOGRAPHIB 

mieux à Tabri en cas de soudaine invasion des Landines. 

Le retour de rAruangua à Gorongosa et au Zambèie 
s'est effectué par le môme chemin que nous avions suiyi à 
l'aller, jusqu'à l'éringa d'Ignatenje. Là nous avons tboné 
à l'est-nord-esty de manière à atteindre Senna en quatre jours 
de marche, en passant par les villages de Monga et de Thoé. 

Quelques mots encore sur la structure géologique du 
pays et sur les mines d'or de Manica. De Ghemba à Hànica 
on rencontre successivement : 

1** Au voisinage du Zambèze, des plaines d'alluvions; 

2^ Dans le lit du Sangadzi, des grès rouges ou roses, fai- 
blement cimentés, dont il est difficile de déterminer arec 
certitude l'âge géologique, mais qui semblent pouvoir étie 
rangés dans le trias ou le permien; 

3* Du Rio Magudo au rio Morosi, des porphyres amyg- 
daloldes analogues à ceux signalés sur le chemin du Mazoe; 

4* Des granits à grands éléments, traversés de quelques 
pointements porphyriques; 

5* A partir du Gumbesi, des gneiss rubannés plus ou moins 
amphiboliques, extrêmement semblables à ceux du Vazoe; 

6* A Gorongoza, des granits, passant quelquefois au gra- 
nit syénitique, qui constituent la chaîne de Gorongoia; 

l"" Des gneiss depuis l'Ignazo jusqu'aux monts Hahoné- 
Ma-Smique; 

8"* Des granits depuis ceux-ci jusque chez Mutassa. Ces 
granits paraissent former la majeure partie du plateau de 
Manica. Sur le versant méridional, dans le bassin duRofue, 
ils font place à des schistes talqueux ; le col séparant la Chio- 
sana du Revue marque presque exactement la séparation 
des deux roches. Plus bas enfin, au voisinage immédiat du 
Revue, on voit affleurer les diorites sur lesquelles reposent 
les alluvions du Revue, qui constituent le gtte aurifère de 
Manica. Ges alluvions ont été exploitées autrefois par les 
esclaves des habitants de la ville de Massikesse; de très 
nombreux puits de 10 à 15 mètres de profondeur, la plu- 



»E QUBLQnSS RÉGIONS TOISINES DU ZAMBÈZE. 381 

partbiaDConservéSy servaient à atteindre les couches auri- 
ftres. Aujourd'hui l'exploitation est à peu près arrêtée, bien 
que Ton produise encore un peu d'or en lavant les allovions 
qui affleurent aux bords môme de la rivière. Elles ne sont 
pas bien riches d'ailleurs; nous y avons trouvé une teneur 
moyenne de moins d'un demi-gramme par mètre cube ; il 
n'est pas étonnant dès lors que la production soit extrême- 
ment limitée. Quant aux filons d'où pourrait provenir cet 
or, nous ne les avons pas vus et nous sommes certains que, 
s'ils existent, ils sont absolument inconnus. 

Nous réunirons, dans le tableau ci-après, les différentes 
coordonnées géographiques que nous avons eu l'occasion 
de déterminer. 

Gomme nous l'avons dit, nous n'avons pu mesurer que 
les latitudes et les altitudes. Les latitudes ont été détermi- 
nées an moyen d'un théodolite de Secrétan (petit modèle). 
Les étoiles sur lesquelles nous avons opéré ont été « de la 
Croix, ]9 du Centaure, «* du Centaure, a du Scorpion (Anta- 
rès), 7 du Dragon,« de la Lyre (Vega), « de l'Aigle (Altair), a 
du Paon, a du Cygne, a de la Grue, a du Poisson austral (Fo- 
malhaut). Chaque hauteur a été mesurée deux fois, par re- 
toumeinentde la lunette, de manière à corriger les erreurs 
dues aux positions de l'axe optique et du zéro de la gradua- 
tion. Chaque angle a été lu à deux verniers. Toutes les cor- 
rections nécessaires ont été faites. L'expérience m'ayant dé- 
montré après quelques jours que, par suite d'un vice de 
construction, toutes les hauteurs lues étaient trop fortes de 
quatre minutes environ, j'ai dû remédier à ce défaut en vi« 
ssnt toujours, pour chaque station, deux étoiles, situées 
autant que possible à la même hauteur, l'une du côté du 
nord, l'autre du côté du sud. Les points importants ont été 
déterminés p^ six, et même huit observations. 

Les altitudes ont été déterminées au baromètre holosté- 
nque (appareils construits parNaudet, de Paris). On a tenu 
^mpte naturellement de la variation diurne, très sensible 



SofÊ NOTES NfR LA flv0Muk.PBHI 

et très régulière dans ces régions. Tous tes joors, le kar»« 
mètre présentait nn maxinram de 8 à 9 heures da mate, 
puis il descendait rapidement de 4 à 5 miffimèkesy juscpil 
deux heures d& l'après-midi, heure du nri&knum, remei^ 
tait ensuite de deux à trois milMmètres et atteignait ub 
deuxième maximum de 8 à ^heuites du soir, puis redescen- 
dait d'un miUiarttreà peu près, pour passer par undeoBLièine 
minimum Ters 9 heures du matin. 

Les observations ftdtes à des heures diverses de la jeiu> 
née en vue de déterminer les altitudes ont été toutes ra- 
menées à ce qu'elles auraient été si elles avaient été Adtes à 
la même heure. 

Disons enfin que nous avons déterminé la décHnaison ma- 
gnétique à Tète où nous avons trouvé une déclinaison de 48* 
vers Touest, à Machinga où nous avons trouvé tO^iSf, et an 
Mazoe, où nous avons obtenu IT^SO*. 



STATIONS. 



T4it. 



Giba.. 



itipiso. 



Machena 

VlUaf e de D. ChapuM. 

— de Ghioamoasin. . 

— de Cbuenbape . . . 
Rivière Catuamunghë . . . 

Machinal... 



Vitt^v de GhalroeMca. 
Rivière Chitondo 

— Gacbiofl^ 

— Lnia....«.^,,. 

— Masoë (Uffuae). 



DATES. 



mmmm^mfmmm 



hknnam» 



M TÉf» A MCR8WA. 

>, 8^ 0» ai mH. 

8 juin. 

Set 25 — 

i3 - 

14 - 

45 — 

16 - 

17 — 
17 et 19 — 



«9* arstf' 

> 
15 40 27 

15 27 51 

a 

» 

15 1151 



II 
AI U 



M TÉT» M HAV*. 



— confluent de l'Ignacumbite .... 

— Lima « « 

— Hufa 

ViUi^e de Degné, rar le SKambèie. . . 



9Will^. 

10 — 

W z 

H — 

IS — 

i» — 

20 — 



2^ 

26 — 



365 

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4S4 

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170 


• 


161 


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tM 


16 39 47 


« 


i6 4gM 


a 


16 42 20 


SiP 


161^40 


iSft 


16 12 35 


m 


^ 746. 


a 



DE QUELQUES RÉGIONS VOISINES DU ZÂMBÈZE. 383 



STATIONS. 



DATB8. 



f»-» 



m^^^ 



LATITUDES 
AUSTRiaSS . 



ALTITUDES . 



01 GHIMBA A MANICA BT RETOUR A SBNlfA. 



Chemba 

Erinfa de Hourot-Ptoquenhiu 

— de Mouroa-ffninde 

— de Ignatenje. 

RlTlèreMigodo... 

Goroogaza, maison de M. Manuel Anto- 
nio da Sonza 

Sommet d'I|f na tôte 

Mont Miranga 

— Goffogo ,,... 

RinèrailMra 

— Vinduai 



30 août. 
4 septembre. 
ft — 

6 — 

7 — 



- I^asottha 

— Âruangua. j 

Voat linnifa (rive gauche d» Qoaà6). 

Près des monts Maboné-Ma-Smique. . 

Village snr la rive droite dn Rio Guar- 

r«fa 

PlateaBdtoManiea.., 

Mont Do< (estimation) 

Ansnd-eoest dn mont Doé 

Ville de Motaasa (confluenl de laChiu- 

iaaaatdn Mouaétk 

Sw k Aevne, 3 kil. en amont du con- 

^ftiaoldiiClitta .. 

Railles dit llusikeese ^ 

«nttreMaviBi 



W""P 



11 

10 



13 

H 

16 
17 



estimation 



9 octobre. S 
Ift aaplemhra. 
19 - 



^0 



» 
» 



21 — 

33 — 

28 - 
l*et 2 octobre. 
7 — 



lîMl'll" 
17 21 56 

17 44 59 

18 40 

18 16 7 

a 



18 18 31 
16 20 48 
18 25 51 

18 31 » 

la 2» 42 

18^8 23 

ê 

18 35 57 

a 

18 42 
i8«»Mi 

18 53 32 
lft44n 



mètres. 

40 
240 
335 
310 
190 

350 
1850 
2000-2100 
1800 

500 

530 

470 

500 

050 

800 

070 
2400 



1350 

570 
700 
750 



^f^ff^P^WfWf^^ 



ITINÉRAIRE 

AU PAYS DES NEMENCHA 

PAR 

C. liAVKlIVFJB. 



La tribu des Nemencha occupe le sud du territoire de 
Tebessa et comprend trois grandes divisions formant cha* 
cune un Kaldat. Ce sont : 

Les Oulad Rechalch, dans le massif du Djebel Mahmel 
et les plaines de Sbikra; 

Les Brarcha, dans le Djebel bon Arig et la vallée de 
rOued HaUail; 

Les Allouana, de TOued Tlidjen & la frontière tunisieime. 

Ayant conservé une des dernières son indépendance, 
grâce à réloignement de Tebessa (220 kilomètres de Gons- 
tantine)ellene fut guère soumise définitivement qu'en 1851, 
lors de rentrée du général Saint-Arnaud dans la Theveste 
des Romains. 

Le pays des Nemencha est un des plus curieux que l'on 
puisse traverser. Les montagnes élevées, les forêts, les 
cours d'eaux y abondent. Plus loin, dans le sud, sont 1& 
plaines immensesi avec leur nudité et leur horizon bordé 
par de sombres roches. Les nombreuses ruines romaine? 
qui y subsistent) souvent très bien conservées, attestent II 
passage des peuples antiques, en même temps que la soltj 
dite de Toccupation. 

Dans la plaine, on rencontre les mœurs, de l'Arabe 
teur, en même temps que les gorges, avec leurs village 
bfttis sur les rochers, offrent le spectacle de la vie kabjle 
Le caractère du Nemencha est abrupt et fort indépendanl 



ITINÉRAIRE AU PAYS DES NEMENGHA. 385 

gaerrier et pillard. Ce qui le distingue principalement, c'est 
on grand fond de mysticisme religieux. Il tient ses mosquées 
en grande ^nération et ne redoute nullement l'apparition 
de quelque soi-disant Ghérif. Sans s'occuper d'éclaircir 
Torigiae plus ou moins religieuse du saint homme, il s'em- 
presse, en général, de le suivre, peu inquiet des consé- 
quences à venir .C'est cette idée qui le fit marcher, en 1871, 
sous les ordres de Mahi Ed din d'abord, de Mohamed ben 
Abdallah ensuite. 

Néanmoins, s'il a donné, à diverses reprises, quelques 
accrocs à sa fidélité vis-à-vis de la France, il faut lui tenir 
compte, dans une large mesure, des circonstances, de ses 
prompts retours à l'obéissance et, somme toute, la tribu des 
Nemencha est encore une de celles qui ont le mieux sup- 
porté la nouvelle domination. 

En quittant Tebessa, on suit la route de Gonstantine que 
l'on quitte au bout de 3 kilomètres pour prendre le «entier 
qni conduit directement au col d'Ain Lamba, situé dans le 
massif du Djebel Emigalieb. Le défilé a environ 8 kilo- 
mètres de longueur. On ne cesse de monter à travers un 
chemin tortueux, encaissé profondément entre les flancs 
boisés de la montagne, en longeant et traversant une fois 
rOoed Lamba, formé par des sources qui se trouvent en 
ihondance dans ce col. Celle qui porte plus spécialement 
^nom d'Ain Lamba est placée à gauche, dans une anfrac- 
lositéde rocher, à peu près aux deux tiers de la montée. 
Pendant 2 kilomètres, et à partir de la plaine, le sentier a 
{dvi la rive gauche du ruisseau. Il côtoie ensuite la rive 
^ite jusqu'à sa sortie du col. A ce point, on a devant soi 
immense plateau bordé, à droite, par les hauteurs* du 
il Stroubia, à gauche, par le Bou Doukhan, les prê- 
tres presque arides et ne présentant rien de remar- 
ible, si ce n'est quelques masures abandonnées à Tas- 
'd, qui se trouve an pied du massif et à 5 kilomètres du 
imet du défilé. 
soc. vg €to«i. — î* niMBSTRi 1882. m, ~ S6 



386 ITINiRAIBB AU PATS DBS NBMKNGHA. 

De Tasbend, on suit une plaine monotone et incolta, el 
cela pendant 16 kilomètres, pour arriver au village de 
Gbéria« Il se compose d'une vingtaine de maisons plus 
pauvres les unes que les autres. Le climat, très chaud en 
été, est souvent excessivement froid en hiver» et il a'e&t 
pas rare d'y voir la neige tomber. 

A partir de là, le terrain s'inclinCt et à quelque distance 
de Ghéria, on retrouve une végétation abondante. La route 
se continue au milieu de riants paysages, à travers ooe 
série de petits plateaux dont les dernières pentes viennent 
mourir sur les bords de l'Oued Zouî que Ton traverse eo 
laissant sur la gaucbe le bordj du môme nom. On entre, 
dès lors, dans une plaine d'uae grande étendue, couTerte 
de plantes de Ktaf et de Drin, limitée, à l'ouest, par onf 
série de lacs dont le plus grand a près de 3 kilomètres àt 
longueur sur 1500 mètres de largeur. C'est le lieu éi 
Sbikha, territoire des Oulad Rechaîcb. 

* A 2 kilomètres, en longeant les laos, le terrain fie àk- 
prime et on arrive au pied des derniers contre foHs do 
Djebel-Djaafa. C'est une suite de rochers nus, d'an asiK)ct 
triste. Ils bordent la plaine de Tazougart. Une fontaine d'un 
fort débit est adossée à ces rochers et, en avant d'elle, se 
trouvent les ruines, assez bien conservées, d'un poste ro- 
main. Il n'y a pas à douter que cette fortification n'ait seru 
à protéger la route qui, de l'Aourès, conduisait vers le sou 
par la vallée de l'Oued Menghar. 

Huit kilomètres, en sentier rocailleux, séparent À^ 
Tazougart de Khenchela dont la position a été étudiée diD> 
un précédent travail^* 

D'Aïn Tazougart on va directement à El Outaiba, en tri- 
versant la plaine dans sa largeur. 20 kilomètres sépai 
ces deux points, en passant par El Fouanis où Ton trou 
de l'eau dans un des affluents de gauche de l'Oued llengbv 

1. Voy. Bulletin de la Société, septembre 1880, page 871. 



ITINÉRàlRB AU PATS DBS NEMENGHA. 387. 

Le terrain est profondément raviné par les torrents qui 
descendent des uior tagnes. Pas de végétation. 

D'Ël Fouanis on longe les hauteurs pendant 6 kilomètres 
et on arrive à l'entrée d'un défilé formé par le Djebel Tika* 
datin et le Djebel Ghecbar. Le chemin ne cesse de s'élever 
pendant prés de 10 kilomètres sur un sol pierreux, en lon- 
geant un des tributaires de l'Oued Mengbar. La coupure 
entre les deux montagnes est étroite. Quelques rares mai- 
sons kabyles rompent la tristesse du paysage. Au point 
calmiuant on rencontre les sources d'Âïn Djemel qui for- 
ment le torrent dont il vient d'être question. Des ruines 
romaines se trouvent en divers endroits. 

Les pentes s'abaissent pour se relever ensuite à travers 
le massif du Djebel MahmeL Le parcours en est difficile et 
il est bien entendu qu'en nous servant des mots a route 
et chemin » nous voulons parler de la direction prise. Sans 
guide,il est absolument impossible de parcourir tout ce pays. 

A 16 kilomètres d'Aïn Djemel, on rencontre des piliers 
et des pierres romaines dans le vallon qui va amener à 
Foum El Quart. Ces ruines se nomment Oum El Hena (la 
nràre des idoles). Enfin on débouche à Foum El Quart, point 
où aboutit également une seconde route partant de Khen- 
chola, traversant la plaine de Sbikha et passant par Aïn 
Ghorab (la fontaine du Corbeau), après avoir franchi le col 
d'El Âouira. 

On entre dès lors dans la vallée de l'Oued bou Doukhan. 
La rivière prend sa source dans le Djebel el Abtine» coule 

Ï l'abord du nord au sud-ouest pendant uq parcours d'en* 
^n 30 kilomètres, décrit, toujours en se prononçant vers 
'onest, un arc de cercle dont la corde a 20 kilomètres, 
^nle ensuite presque en droite ligne vers le sud, allant se 
rdre dans le désert. 

A partir de Foum el Quart, la route suit le cours d'eau 

B on défilé formé à droite par le Djebel Mahmel, à 

ttche par le Djebel Chedida (1320 mètres). La longueur 



388 ITINfiRAIRE AU PATS DES HBMENCHA. 

da col est d'environ 3 kilomètres. A sa sortie, une plaine 
d'une grande étendue : c'est El Guentis. 

Le terrain offre un coup d'œil magnifique, vu depuis la 
rivière qui joue le rôle d'une corde dans un cercle immense. 
En arrière de soi, à droite, à gauche, partout les montagnes. 
Elles sont boisées à gauche et en face, arides ailleurs. En 
avant, et à 2 kilomètres à peine de l'Oued, une accumula- 
tion de masures arabes placées sur un escarpement. C'est 
le village de Sidi Abid. Pour y arriver, on suit un sentier 
pierreux qui amène d'abord devant la mosquée. C'est le 
monument le plus remarquable de l'endroit. Le tombeao 
du saint est à l'entrée, dans une koubba. Le tsabout étail 
très simple, une balustrade en bois autour, quelques étoffes 
de couleur jetées dessus. Le reste de la mosquée formait 
galerie. Le minaret était élégant avec un dôme d'assez 
grande dimension, entouré par quatre autres plus petits 
et placés à chaque coin de l'édifice. 

Un ravin sépare la mosquée du village. Ce ravin est pro- 
fond, large d'environ 10 mètres et entoure la Déchera du 
côté de la plaine, dans laquelle il vient se fondre. Les mai- 
sons étaient bftties en amphithéâtre, avec terrasses en pisé, 
le tout s'appuyant contre les pentes inférieures du moot 
Raich dont la cime élevée domine tout le pays. Sou point 
extrême est à 1400 mètres au-dessus du niveau de la 
mer. 

Les habitations présentaient un aspect misérable. Une 
chambre, rarement deux, renfermait les troupeaux en 
même temps que les propriétaires. Le village était occupé 
par les Oulad Sidi Abid, tirant leur existence des re?6QDs 
apportés par les pèlerins dans leurs visites à la mosquée, 
très en honneur chez les Nemencha, et principalement cbex 
les Oulad Rechalch. 

Cette famille des Abid vivait ainsi isolée i l'ombre an 
tombeau de ses ancêtres^ formant un peu un petit État dans 
l'État, faisant rarement parler d'elle, et cependant cette 



ITHIÉRAIRE AU PATS DES NEMERCHA. 389 

quiétade devait subitement prendre fin. En 1871, on impos- 
teur, dont l'origine a été longtemps douteuse et discutée, 
se présente comme chérif, sous le nom de Mohamed ben 
Abdallah. II entraîne à sa suite une fraction des Nemencha, 
les Oulad Khelifa. Après s'ôtre livré aux petits exercices 
habituels des insu^és, razzias, pillage, etc..., après avoir 
obtenu quelques succès dans la vallée du Djeurf, il arrive 
àSidi Abid dont il fait son quartier général. Très bien 
accueilli d'une partie des habitants, il réussit à les fanati- 
ser, bien que, par la suite, des goûts peu en rapport avec 
les qualités d'un homme de religion et, principalement, un 
goftt immodéré pour les femmes d'autrui, aient jeté un peu 
de doute dans l'esprit de ses adorateurs. Il ne se refuse rien; 
il a ane musique, un étendard aux couleurs du prophète, et, 
si la foi de ses servants tiédit un instant, il retrempe leurs 
croyances en leur donnant des séances de ventriloquie. 

Après être resté quelque temps à Sidi Abid, y avoir fait 
bonne chère, s'y être marié, remarié, aujourd'hui avec une 
Arabe, demain avec une négresse, Mohamed ben Abdallah 
apprend qu'une colonne française marche contre lui. Il 
quitte le village, entraînant avec lui une partie de ses 
habitants. 

C'est de l'appui que lui avaient prêté les Oulad Sidi Abid 
que, en novembre 1871, le général Flogny vint les punir. 
Le village fut incendié ; les habitants qui restaient furent 
expulsés ; quant à la mosquée, le canon et la mine en eurent 
raison. On espéra, en détruisant un lieu de pèlerinage si en 
honneur chez les Nemencha, leur laisser un souvenir durable 
de la répression. Cette leçon leur servira-t-elle ? 11 appar? 
tient à l'avenir de le dire, mais, à notre humble avis, il est 
peu probable que, eu égard à leur caractère religieux, les 
Arabes du pays oublient de sitôt l'emplacement où dort du 
dernier sommeil le vénérable Sidi Abid. 

Ainsi qu'il a été dit plus haut, le village est dominé par 
le pic du Djebel RaXch. Il est assez facile de gagner le som 



390 ITIRÉRAIRE AU PATS DBS NBMBHGEA. 

met e^ de II, on^a une vue magnifique sur le désert où, 
dans le lointain, on peut apercevoir les horizons de Ferkan 
et de Negrin. A 10 kilomètres dans cette direction, on dis- 
tingue la mosquée de Si Messaoud Djedidi. 

Jusqu'à ce moment, on a traversé surtout le territoire des 
Oulad Rechaich. On va pénétrer maiatenant sur celai des 
Brarcha. En quittant Sidi Abid on suit pendant 3 kilomètres 
la plaine, et on se trouve en face du défilé formé à gauche 
par le Djebel Chedida (1320 mètres) et à droite par le 
Djebel Bou Arig, d'une hauteur à peu près égale, mais 
moins boisé et plus abrupt. Ce défilé, d'une longueur de 
H kilomètres, a un aspect riant. On y trouve de la végé- 
tation, de hautes herbes, des bouquets d'arbres. Il est asseï 
large et vient déboucher dans la plaine de Mraîhan, qui se 
continue sans interruption par celle* de Guiber. La lon- 
gueur totale de cette plaine est de 12 kilomètres. Bile ren- 
ferme les sources de Aîn Oniber, très abondantes, situées 
au milieu de roseaux et qui vont, dès lors, donner naissaoee 
à l'Oued Hallail, en se grossissant de petits affluents des^ 
cendus des contreforts du Djebel bou Arig. La litière 
coule du nord-est au sud. Elle coupole massif montagneux 
par une étroite ouverture taillée à pic dans les rochers et 
son IH est ainsi resserré pendant plus de 20 kilomètres. 
Elle ne présente plus rien de remarquable dans le restant 
de son cours, jusqu*à l'Oued Tlemcin où elle se jette. 

D'Ain Guiber, on peut se rendre dans la plaine de Cheria 
par le Teniat el Hammaja. Pas de ruines romaines à si- 
gnaler dans les vallées de l'Oued bou Doukhan et de l'Oued 
'Hallail. Rien n'indique qu'elles aient servi de route d'in- 
vasion aux peuples anciens. 

D'Ain Guiber la route se relève vers le nord, suit pendant 
3 kilomètres le cours de la rivière, et passe dans le défilé 
formé par le Djebel Babouch et le Djebel Djerran. Elle est 
excessivement étroite; les hauteurs qui la bordent sont 
boisées. Le col a environ 12 kilomètres de longueur* Il vient 



inilÉRÀIRE AU PATS DES NEMENCHA. 391 

déboacher dans la plaine de Tlidjen, traversée par la rivière 
da môme nom qni, dans son cours inférieur, va devenir 
rOaedTlemcin. 

La plaine de Tlidjen peut avoir une longueur de 24 kilo* 
mètres. Sa largeur varie de 4 à 7 kilomètres. Elle est limitée 
adroite par le Djebel Oum Debben, et h gauche par des 
haateurs arides et sans intérêt. Des ruines romaines se ren- 
contrent en grand nombre, et, à partir de là, vont se renou- 
^er à chaque pas fait vers le sud. On voit que TOued 
Tlemcin a été suivi par les troupes de l'HOcienne Rome dans 
lenrs conquêtes sur le sol africain. 

Pendant 8 kilomètres, on marche dans la plaine en suivant 
la rivière. Les hauteurs qui s'élèvent à gauche ne sont guère 
qu'àrétat de collines. Au point dit Boo el Ged, on entre 
dans un vallon qui, devenant plus tard défilé, ne se termi- 
nera qu'à rentrée du désert. Les ruines se retrouvent à 
chaque pas. A 10 kilomètres de Bou el Ged, le vallon s'é- 
largit. On passe, à ce moment, devant un fort romain par- 
faitement conservé et qui, situé sur le Djebel Djerrar, com- 
mandait toute la plaine des Allaouna. Il porte le nom de 
Terebeza. Un puits existe au pied de la hauteur. A partir 
de là, la route longe de plus en plus la montagne sur la 
droite. A gauche, les collines disparaissent insensiblement, 
pour faire place à des marais résultant des sources nom- 
breuses qui existent dans ce terrain. On traverse une série 
d'affluents de l'Oued Tlemcin pour arriver à un amoncelle- 
ment de rochers dénudés conservant, au milieu de leur 
ehaos, de nombreuses traces de ruines romaines. C'est le 
lien dit Raz el Ench. La rivière est, dès lors, profondément 
encaissée. Son lit est bordé d'arbustes, de tamarix; les lau- 
riergproses commencent à se montrer. Les contreforts élevés 
du Djebel Krouma s'étendent sur la rive gauche. La dis- 
toce qui sépare les deux versants de la vallée est à peine 
de 40 mètres. La route n*a plus rien de ce nom. C'est un 
affreux sentier ayant, dans certains endroits, une largeur à 



392 ITMÉRAIRE AU PAYS DES NEMBNGHA. 

peine suffisante pour donner passage à un cavalier. A côté 
de soi, le ravin béant, profond de plus de 80 mètres. 

A hauteur de Raz Zei^, sur la rive gauche, on aperçoit 
pour ainsi dire suspendues aux flancs du rocher, les mines 
d'une masure arabe. Un sentier taillé dans la pierre y con- 
duisait du sommet de la montagne. La tradition veut qne 
ce soit là l'ancienne habitation d'un brigand indigène qui, 
de ce poste d'observation, faisait payer rançon par les 
voyageurs qui traversaient le défilé. Le passage est telle- 
ment étroit sur ce point que l'on comprend parfaitement 
la terreur que pouvait inspirer cet ancien Mandrin, et l'im- 
punité dont il était assuré dans sa retraite. 

Arrivé à El Mellegue, jonction de l'Oued Tlemcin et de 
rOued Ze^;a, le défilé fait place à un vallon que l'on sait 
pendant 8 kilomètres. La végétation y est riante : tamarii 
et lauriers-roses y abondent. La route coupe, i maintes 
reprises, le lit de la rivière qui, depuis El Mellegue, a pris 
la direction nord-est. 

Bientôt la verdure disparaît. La route est alors traofe sur 
un sol pierreux, bordé à droite et à gauche par des caicûres 
superposés dans lesquels le marbre domine. Elle contourne 
en zigzag ces rochers, s'élève peu à peu en suivant la nie 
gauche de l'Oued Tlemcin jusqu'à sa rencontre avec la 
second affluent de ce cours d'eau. Là se trouve une endette 
de 1500 mètres environ d'étendue, entourée de deux côtés 
par les rivières, partout ailleurs par les montagnes. En 
avant, un ravin qui n'est autre que le lit de l'affluent, pois 
une colline de 50 mètres environ d'élévation. On la tra- 
verse et on se trouve au point de jonction de YOt^f!^ 
Tlemcin et de l'Oued Hallail, marqué par des marécages, 
des sources assez abondantes et quelques maigres palmiers 
nains. Après, une plaine immense, commencement dn dé- 
sert. Sur la gauche, les hauteurs noirâtres du Djebel Hong 
s'étendent jusqu'à la limite de l'horizon; partout ailleim 
l'immensité dont la monotonie ne sera plus tranchée qo^ 



nmiRÀlRE AU PATS DBS NSMENGHA. 393 

par les danes de sable qui vont se rencontrer près de 
Négrin. 

La route longe, dès lors , l'Oned Tlemcin à travers la 
plaine. Rien à signaler. Les dunes, dont U a été question 
plos haut, s'étendent à gauche et paraUèlement à la rivière; 
elles sont tristes, sans végétation. De temps en temps, quel- 
ques arbustes dans le lit du cours d'eau. Pendant 18 kilo* 
mètres, le paysage ne change pas. Tout à coup on se trouve 
devant une petite ligne de dunes fort peu élevées, et on ar- 
rive à El Ouarin. Ce point n'est remarquable que par trois 
faibles sources d'un mince débit, mais qui n'en sont pas 
moins précieuses pour le voyageur, l'eau de l'Oued Tlem- 
cin étant devenue, phénomène qui se reproduit pour toutes 
les rivières à leur passage dans le désert, im mythe* 

La route, si route il y a dans ces immensités» s'écarte de 
la rivière et, 8 kilomètres plus loin qu'EI Ouarin, on arrive 
à Négrin. 

Longtemps Négrin resta entourée d'un certain mystère. 
Son éloignement de Tebessa et l'isolement dans lequel vi- 
vaient, vis-à-vis de nous, les habitants de l'oasis, en ren- 
daient l'approche diffllcile. En 1847 , le général Herbillon 
avait voulu y conduire une colonne, mais il n'était guère 
descendu plus loin que Raz el Euch, arrêté par les mauvais 
temps pendant lesquels les sentiers de la montagne sont 
absolument impraticables. Tout en reconnaissant l'autorité 
française, Négrin s'acquittait plus ou moins bien de ses 
devoirs, et ne pas payer ses imp6ts lui semblait la chose 
du monde la plus ordinaire. De plus, elle servait de repaire 
et de lieu de ravitaillement à tous les insurgés, La contre- 
bande de guerre s'y faisait sur une vaste échelle et, à toutes 
les sonmiations adressées à sa Djemâa, celle-ci répondait 
par des atermoiements et, plus souvent encore, par le si- 
lence. Elle avait ouvert ses postes au soi-disant chérif Moha- 
med ben Abdallah, et l'avait parfaitement accueilli* C'est 
pour la punir de tous ses méfaits que la colonne Flogny, en 



394 ITINÉRAIRB kV PAYS DES NEMBlfClU. 

novembre 4871, vint camper sons ses mura. La ville, aban- 
donnée par ses habitants, fut pillée, ses remparts démolu, 
ses palmiers en partie coupés. Depuis, les indigènes, ayant 
demandé Taman, y sont rentrés. 

Négrin est b&tie dans une tranchée formée, d'un côté, par 
le prolongement du plateau d'El Ouarin qui vient mourir 
en avant de la ville par pentes assez atiVuptes, de l'antre, 
par le rebord d'un ravin à pic qui sert de lit à TOued Sokna^ 
affluent de l'Oued Tlemcin. Les maisons ne sont pas bâties 
en amphithéâtre comme dans beaucoup d'autres oasis. Elles 
sont au nombre de 200 environ, très bien construites afec 
du bois de palmier, qui est fort résistant. L'intérienr de 
beaucoup d'entre elles est bien disposé. Une rue principale 
traverse le village, depuis l'entrée située du côté du plateaa 
jusqu'aux bords de l'Oued Sokna, vers lesquels on descend 
par un étroit sentier. L'oasis, qui peut renfermer 45000 pal- 
miers, entoure la ville au nord et au sud, venant se termi- 
ner dans la plaine, le long de la rivière. Les jardins sont 
parfaitement arrosés, l'eau étant très abondante. A Test de 
la ville, et parallèlement à la frontière tunisienne, courent 
les contreforts élevés et coupés de ravins du Dra el Haona. 

A l'intérieur du Négrin, rien de bien saillant. La mosqoée 
est presque à l'es^rémité est delà ville, sur une petite place. 
Elle est d'une grande simplicité, et certainement pea en 
rapport avec l'aisance qui devait régner dans l'oasis avant 
les aflaires de 1871. 

De l'autre côté du vallon, sur le plateau, existe une antre 
petite mosquée encore plus pauvre que la première. C'est 
plutôt tme koubba élevée àla mémoire d'un saint de l'en- 
droit dont le souvenir a dû passer, eu égard à la mesqui- 
nerie avec laquelle la construction est entretenue. 

Négrin n'est pas la seule oasis perdue dans cette partie 
du désert. A 8 kilomètres au nord^ouest, sur une dérivation 
de l'Oued Tlemcin, se trouve celle de Ferkan. Elle est, sur 
beaucoup de cartes, indiquée à tort an sud-est delà première. 



inRÉRàIRE AU PATS DBS NBMSNGBA. 395 

Elle dépend également des Nemencha. Pour s'y rendre en 
quittant Négrin, on contourne cette dernière oasis jusqu'à 
la plaine. De là, il n'y a plus qu'à longer le pied du plateau 
qui domine la ville. 

Ferkan compte environ 80 maisons. La ville est entourée 
d'an mur percé d'une porte. Les habitations sont moins 
bien que celles de Négrin, les rues étroites et très mal en- 
iretenues. L'oasis^ arrosée par une eau abondante, se trouve 
4 Toaest. Mais ce qui est surtout à remarquer, c'est la ma- 
gnifique mosquée, au minaret élevé, qui se trouve devant 
la porte de la ville. C'est là également qu'est la place, située 
par conséquent, en dehors de l'enceinte. 

Les habitants sont moins turbulents que ceux de Négrin 
et ne se sont jamais mêlés aux agitations qui ont remué le 
sud. Ils ne vivent même pas en très bonne intelligence avec 
leurs voisins, bien plus roués qu'eux dans l'art de l'intrigue. 

Au nord, entre Ferkan et Négrin, à 3 kilomètres de cette 
deruière, existe la petite oasis de Zéroual qui a été complè- 
tement dévastée jadis dans les guerres des Nemencha. De- 
puis elle n'a jamais été reconstruite et on n'y remarque 
absolument que les ruines d'une mosquée. 

Le plateau qui entoure Négrin est profondément crevassé 
et tourmenté. Il est situé à 200 mètres au-dessus du niveau 
de la mer. Les sables, en s'y agglomérant, ont formé des 
collines qui ne sont autre chose que des dunes. Il finit en 
ayant de l'oasis et se continue par l'immense plaine ou 
désert d'El Mohor qui aboutit à TOued Souf. Gett« plaine 
est i 176 mètres au-dessus du niveau de la mer. A 10 kilo- 
mètres à Test commence le lac El Granis qui se termine en 
Tunisie dans le pays des Oulad Mammer. 

Tout près de Négrin (6 kilomètres environ au sud) se 
trouve un autre plateau qui renferme les magnifiques ruines 
n)maines de Besseriani. Ce sont les dernières importantes 
qai se rencontrent de ce c6té. Elles prouvent d'abord que 
la vallée de l'Oued TIemcin a été une des principales routes 



396 ITINÉRAIRE AU PATS DES NEMERCHA. 

d*iavasion des peuples anciens. Les points où elles sont 
placées montrent ensuite de quelle façon remarquable les 
conquérants avaient établi leur base dans le sud. En effet, 
à 10 kilomètres au nord de Ferkan, ils ayaient installé le 
poste de Mdila qui leur permettait de tenir la vallée de 
rOued ben Doukhan et d'avoir le chemin libre pour com- 
muniquer avec leurs villes de la vallée de l'Oued Menghar, 
par suite avec l'Aourès. Us avaient, sur toute la ligne Bes- 
seriani-ad fiadias, une série de petits postes d'observation 
ou de grands centres de commandemenl. Il a dû y exister 
aussi, comme le dit M. Henri Duveyrier^ des comptoirs- 
entrepôts pour les relations commerciales avec les pea- 
plades indépendantes du sud. 

L'absence de ces ruines, en poussant plus avant dans le 
désert, prouve que les Romains se sont contentés d'occuper 
les territoires qui leur offraient des ressources et ont recoin 
devant les immensités qui s'ouvraient en face d'eox. Us 
peuples nouveaux devraient bien en faire autant etalian- 
donner des recherches illusoires qui n'ont, la plupart do 
temps, pour résultat qu'une catastrophe. 

Négrin est le point extrême des migrations des Nemeochi 
Ils occupent encore tout le territoire qui s'étend, à IH 
entre cette oasis et Tebessa. Pour rentrer dans ce dernier 
poste, deux routes se présentent. La première part d'B 
Ouarin, longe le Djebel Hong et l'Oued Sokna, suit la froQ* 
tière de la régence de Tunis en passant par Aïn Fooris et 
Bir el Hâter, traverse les dé&lés du Djebel Fououa, à tra- 
vers le pays des AUouana, et vient tomber dans la plaio^ 
Bahiret el Ameb (plaine des lièvres). • 

La seconde consiste à revenir sur ses pas en snivaDt 1: 
cours de l'Oued Tlemcin jusqu'à sa source. 

La première, pour aboutir à Bahiret el Arneb, fait fair^ 
un détour d'environ 110 kilomètres, en pays sauvage, déser'- 
et peu intéressant. Il est de beaucoup préférable de prendra 
l'autre. 



mHÉBAIKB AV PATS DBS KKMBK3BLk. 397 

Airiré à El MeUegoey on suit panllèlement le cours de 
rOaed Zergà qœ Ton quitte à sa naissance pour traverser 
le défilé de Tiâ-Nakined en passant devant les raines ro* 
maines de El Fronss. On longe la plaine de Tlidjen dans 
toute sa longneor pour aboutir au puits de Raoui situé dans 
on vallon de iOO mètres de largeur, entouré à droite et à 
gauche par des hauteurs incultes et rocailleuses. Au bout 
de quelques kilomètres le terrain change. Les montagnes 
s'élèvent en formant des défilés étroits, mais partout règne 
la végétation, sur les sommets comme dans les bas*fonds. 
On est à Ain Saboun. On y remarque des campements 
arabes dont les habitants cultivent quelques jardins. A 
partir de là, la route suit pendant 5 kilomètres les mon- 
tagnes qui bordent la plaine de Bahiret el Arneb et qui ne 
sont autres que les contreforts du Djebel iDoukhan. Elle 
pénètre alors dans le massif en passant devant la fontaine 
El Afous, d'un assez faible débit. Les hauteurs sont très 
boisées. A 8 kilomètres de Bir el Afous, on entre dans le 
défilé de Rfana, portant aussi le nom de Trik Gareta. C'est 
une ancienne voie romaine et, dans le roc, on voit encore 
les traces des voitures en même temps que de nombreux 
vestiges de l'exploitation, par ce peuple, des carrières de 
marbre rouge d'une grande beauté qui existent là. 

Le col se termine à 4 kilomètres de Tebessa. Après avoir 
traversé un ravin, on passe devant la concession Gambon et 
on suit la plaine qui conduit directement à la ville dans la- 
quelle on entre par Bab el Djedid, ou nouvelle porte, qui 
date du temps des Byzantins. 

Nous devrions arrêter ici l'itinéraire chez les Nemencha. 
Nous pensons, néanmoins, utile de dire quelques mots du 
rôle que joue Tebessa vis-à-vis de la Tunisie dont elle est 
à peine éloignée de 14 kilomètres. G*est, par suite, celui de 
nos postes le plus rapproché de la frontière. 

Deux routes conduisent dans la régence. La première 
part de la porte de Caracallai longe les jardins de Tebessa 



398 ITBfÊnAIRB AD PAYS DES NEMENGHA. 

et, arrivée à hauteur de la coacession dite El Herdja, tourne 
à droite en traversant le lit de TOued Ghabrou, affluent de 
rOued Mellegue qui se jette dans la Medjerda. Elle prend 
alors une direction est en suivant les mamelons boisés do 
Djebel Osmor, contrefort du Djebel Bou Doukban. A 10 ki- 
lomètres on renconte le village de Beocaria habité en partie 
par les Oulad Sidi Âbid restes fidèles. Il présente de nom- 
breuses traces de l'occupation romaine» était certainemeDt 
un poste détaché de l'ancienne Theveste et a dû être té- 
moin des victoires de Sidi Okha d*abord, de Âboud-Gead 
ensuite. Actuellement, il ne se compose que de quelques 
pauvres masures entourées de jardins et habitées par aoe 
fraction d'Arabes chargés de couvrir de ce côté» la rouie de 
Tûbessa. Le défilé de Beccaria franchi, on arrive dans h 
vallée de l'Oued el Ateub» tributaire du lac de Kairoain. 
C'est la route suivie pour aller, d'un côté, à Kairouan, & 
Test, de l'autre à Feriana et Gafsa, au sud. Cette partie de 
la Tunisie est habitée par les Hammama et les Fraichiché 

La seconde route passe, comme la première, par la plaine 
d'El Merdja en prenant une direotion nord-est, traverse les 
contreforts du Dyr, après les avoir longés et, à 20 kilomètres 
de Tebessa rencontre la limite de notre territoire en cou- 
pant rOued Haydra dont la vallée amène, 10 kilomètres pliu 
loin, à l'ancienne ville du même nom dans laquelle on troure 
des ruines fort bien conservées. Les Fraichioh s'étendeot 
encore jusque-là et ont pour voisins, au nord, les Oulad 
Boughanem. Toutes ces tribosj d'une indépendance absolue, 
vivent de pillage, au détriment, bien entendu, de nos Arabes. 
C'est à peine si elles se souviennent qu'il existe un be; i 
Tunis, et leur parler de sa souveraineté serait attaquer une 
question qui est au*<lessus de leur intelligence. 

A 50 kilomètres, au nord de Tebessa, se trouve la Seuk 
de spahis d'El Meridj. Elle se compose d'un bordj situé sur 
un mamelon adossé aux forêts du Dyr ; au pied de ce ma- 
melon, une série de petites maisons où habitent les fiunilles 



imÉSAIBB AD PAIS OB iMnatoiA, 399 

iûdigànes de œu qui composeni k Smala* Uq petit af* 
Snent de TOoed Meli^oe, TOaed Honibdi, marque la fron* 
titoe, ei, à 4 Jdlomèties, fresque eo fiM:e El Meridj, sur oa 
poeber imprenabiey le village tunisien de Kàlaa El esnam. 
Mais ce Tillage, tenu en respect par la Smala, et dans lequel 
il seitit fodle de trouTer des influences faYorables à notre 
caufle, pmt Atre tounié.Par la vallée de TOued HeU^pie, on 
se rendra directement à la grande ville du Ker, distante de 
60 kilomètres d'EI Meridj. 

La position d'El Meridj gardant les têtes de ligne sur le 
Kef et sur Kâlaa est d'autant plus importante que des troupes 
Yeaant soit de Batna, soit de CSonstantine, n*ont pas à se 
rendre à Tebessa pour s*y porter ensuite. Elles y vont direc- 
tement par Aln-fieida qui en est éloignée seulement de 
80 kilomètres. 

Dans la partie sud, en debors de Beccaria, nous n'avons 
pas de positions occupées en prévision d'incursions des 
Uammama ou des Fraichich. S'il y a lieu, on porte généra- 
lement les troupes sur Elma el (Abiod et sur Bir el Nater, 
points distants de 60 kilomètres et commandant, Tune la 
pleine de Tamar, l'autre les gorges de l'Oued Sokna. Du 
reste, en dehors de quelques bandes de maraudeurs, il y a 
peu à craindre de ce côté une attaque sérieuse de la part 
des Tunisiens qui auraient fortà faire pour pénétrer dans le 
inassif montagneux du Bou Doukhan et du Djebel Hong, 
alors surtout que ces territoires sont occupés par une tribu 
spécialement guerrière et qui nous a toujours été fort at- 
tachée, les AUaouna. 

D'ailleurs, en répétant ce que nous disions plus haut sur 
l'autorité illusoire que le bey possède parmi ces peuplades, 
nous ajouterons que très probablement, il serait facile de 
gagner à la cause française ces gens indépendants du sud 
de la régence. Si nous ne nous trompons pas, certaines de 
ces tribus demandèrent, il y a quelques années, à venir s'in- 
staller sur notre sol, s'otTrant même à y acquérir des terres 



400 mHÉIUIBB AU PATS DES NEMENCHA. 

comme gage de leur désir de stabilité. Acceptâmes-nons ces 
offires faites par les caïds eux-mêmes, alors tracassés par Si 
Saddoky oa quelles furent les causes qui eutrayèrent ces 
projets? Il ne nous appartient pas d'approfondir cette ques- 
tion , mais pourquoi refuser de pareilles demandes si elles 
se présentaient de nouveau, le bey conservant parfaitement 
au nombre de ses sujets celles de nos tribus qui, en temps 
d'insurrection, passent sur son territoire. Il n'a eu garde 
de nous renvoyer Keblouti et ses serviteurs. Il a oublié de 
nous restituer les Oulad Khelifa. Il est heureux de posséder 
encore ceux de nos caïds qui nous trahirent en 1871. Il est 
donc parfaitement inutile de se gêner avec lui* Hammama, 
Fraicbich ou Oulad Boughanem, tous ces soiHlisant sujets do 
bey ne sont que des coupeurs de grandes routes, et, si nous 
ne nous les attachons pas lorsqu'ils nous en donnent l'occa- 
sion, il faut les réduire par la force, leurs incursions étant 
aussi fréquentes que celles des Khroumirs dans le nord. Il 
serait cependant préférable de les attirer à nous en profi- 
tant de nouvelles circonstances qui ne peuvent manquer de 
se reproduire. 

» Camp de Sathonay, fO avril 1881 . 



NOTES SUR FIGUIG* 

PAR 

Mje eapllalae «e CASTSIES 



Figiiig, la plus grande et la plus riche oasis de la région 
comprise entre Laghou.it el le Taûlala, doit à cette supé- 
riorité — très relative pour qui connaît Ouargla, les Zi ban et 
rOued Righ, réelle au contraire pour qui la compare aux 
misérables k$our* du sud-ouest, — son prestigeet sa réputa- 
tion plus exagérée qu'une légende. A cette cause il faut 
ajouter que Figuig a toujours été la première étape, sinon le 
refuse définitif de nos conlumax et de nos dissidents. Peut- 
être aussi les pointes hardies poussées par plusieurs de nos 
colonnes jusque sous les murs de la grande oasis qu'elles 
respectaient, ont-elles, interprétées par les indigènes qui 
ne connaissent que le droit du plus fort, contribuée lui 
donner ce renom de virginité inviolable. 

Aspect général. — La forêt de Figuig •, pour employer de 
^expre^sion indigène {el Ghaba), et^l sensiblement orientée 
de i't st à l'ouest et mesure suivant cette direction 7 kilo- 
m cires environ de longueur. Elle se termine à Test en angle 
aigu et âFouest suivant une base de 3 kil. 500. Huit ksour 
^s'élèvent sur la lisière du massif. Sept d'entre eux situés 
'^urun même alignement forment le front nord. Ce sont, 
en allant de l'est à Touest : 

■ 

El Hammam Foukani, El Hammam Tahtani, désignés 
parfois sous l'appellation collective de El Hammamin, c'esl- 
i-dire, les deux Hammam : 

t. Voy. la carte jointe à ce numéro. 

1 IMuriel de ksar. 

X Latitude : 32*02' 50" (culminant du Djeb l Taglila). 

soc. DE GÉOGR. — t* TRIMESTRE lh8â. III. ^ 26 



t 



402 NOTES SUR FIGUIG.' 

El Maïz Foukanî, . , 

EIMaïzTahlani, 

Ouled SlimaD, 

El Oudaghir, 

El^bid*. 

Le huitième ksar, celui deZenaga, eslde beaucoup le plus 
important ; il se"" dresse au milieu des palmiers, à l'angle de 
la face sud avec la face ouest qui, Tune et l'autre, sont for- 
mées par les jardins de l'oasis. 

Entre El Hammam Foukani et El Maïz Foukani s'étend, 
au nord, la colline allongée dite Zriga Sidi Abd el Kader, 
du nom d*un marabout voisin. Les pentes occidentiles de 
cette colline s'abaissent depuis El Maïz jusqu'à El Oudagbir 
et vont se raccorder avec les dernières déclivités du Djebei 
el Haïmer, formant ainsi un col très bas qui ouvre la routé 
de Figuig vers le nord ■. 

La face occidentale, comprise entre El AbidetZenaga,aTne 
surl'étroite vallée du ChegguetelAbid,issueduDjebelGrouz. 

Au sud de Figuig, l'horizon est borné par une série de 
petites montagnes qui sont, en allant de l'ouest à Test, le 
Djebel Melias, ie Djebel Teniet el Youdia, le Djebel Ta- 
ghla, le Djebel Sidi Youssef ^, et enfin de petites éminence" 
rouges appelées Djebel el Haïmer, comme celles qui sodI 
situées au nord de Figuig. Cette chaîne, d'un relief moyen 
de 200 mètres au-dessus de la plaine, est traversée par dea^ 
rivières : 1* Ghegguet el Abid *, qui réunie à l'Oued Takrao- 

1. El Âbid, le plus misérable ksar de Figuig, n*est pas subdivisé (d El 
Abid Foukani et El Abid Tahtani, comme le représente le levé de 18C'- 

2. Le col est si peu accentué que les indigènes ne lui ont pas donné <}' 
nom. Le Teniet el Oadaghir de la carte de 1867 est donc une dénooiiiu- 
tion à rejeter. 

3. Ces appellations n*ont rien d'absolu. Beaucoup d*indigèncs, désigoas» 
sous le nom de Djebel el Kbenig la montagne qui s*élève à l'est de B 
Khenig et appliquant celui de Djebel Taghla à la suivante, reculent lio^ 
vers Test le Djebel Sidi Youssef et le Djebel el Haïmer. 

A, Le mot chegguet, transcription euphonique de chegga, se rencoa^- 



s SUR FIGriG. 



403 



met. Ta passer enlre le Djebel Teniet el Toodia et le Djebel 
Taghla; i* l'Oaeti el Ardja, la grande rÎTÎère de Figtiig^ 
qoi prend soccessÎTement, en aval d'El Ârdja, les noms des 
diverses oasis situées sur son cours. 



toiikaMh 




yj ii hyf --ùsytç:^ ' 






\ 1 i 






'i^e^' 







lOO.OOO 



L'Oued el Ardja, après avoir décrit une grande boucle 
dans Test, s'échappe au sud-ouest, entre le Djebel Ta^^hla 
ei le Djebel Sidi Youssef, 

Un long espace dénué de toute végétation et plan comme 
une aire, s'étend depuis TOued el Khenig jusqu'à El 
Hammam Foukani ; les indigènes l'appellent Baghdad ^ 

souvent ainsi que ses dérivés (cheguiguet, chegog, chegagj dans la ter- 
minologie topo$rraphique du sud de l'Algérie. Il désigne une vallée étroite 
allongée entredeux chaînes parallèles. Il est rare, dans la région des ksour, 
fjue les chaines principales orientées suivant la loi immuable de l'Afrique 
septentrionale, du nord-est an sud -ouest, n'aient pas aux pieds de leur 
versant sud-ouest une petite montagne courant parallèlement ù leur 
direction et formant une cliegga. Ces petites chaînes rappellent soufent 
<ians les moindres détails, les ravins et les crôtcs de la montagne princi* 
pale dont elles semblent s'être détachées et être un éclat (c/i6/A;/^a). — On 
les appellent dhalaâ (pi. dhelouâ), côte, à cause de leur forme qui est 
quelquefois légèrement cintrée. 

1. Baghdad (pi. beghadid) a, dans le sud-oranais, la signiflcation par- 
ticulière de : surface plane et dénuée de végétation. 



404 NOTES SUR FIGUIG. 

Communications intérieures de Voasis ; jardins^ etc. — 
Le srtl de l'oasis, à rexception de la parlie située entre £1 
Oudaghir et Zenaga, est plan, avec une très faible incli- 
naison vers le sud. 

Les jard ns d'El Oudaghir sont séparés de ceux de Zenai^a 
par un ressaut rocheux de 50 mètres de hauteur et fran- 
chissable sur un seul point, par où passe la rue reliant 
El Oudaghir à Zenaga. A droite de cette rue et sur la crête 
même du rocher, se trouve un petit groupe de maisons 
appelé El Oubbâd, où habitent le marabout Sidi GhikhBou 
el Anouar et î^es clients. Vis-à-vis, se voit la koubba dr 
Sidi Ben Aîssa. 

Au pied du rocher, la rue incline à Test Jusqu'à sa rec- 
contre avec celle des Ouled Sliman, puis se dirige sur 1^^ 
ksar des Zennga dont elle traverse les jardins. 

Unenutre voie longeant la segguia (canal d'irrigation )(1^ 
Zaddert, met en communication El Abid et. Zenaga. Kl o 
n*esl bordée de murs qu'à partir de son entrée dans Foasis 
des Zeiia^a; du côté d'El Abid, elle traverse une clairière 
de palmiers non clôturée. A l'ouest de cette rue, il eiibleun 
espace assez étendu sans palmiers, où les Zenaga fontleui> 
labours. 

Une troisième rue partant des Zenng.i se dirige à Yi^^ 
surBaghdad, en traversant les jardins des Zenaga qui s'allon- 
gent au sud et finissent sur l'Oued el Khenig par un an|!le 
aigu connu sous le nom de Kraà ez Zenaga (la jambe df^ 
Zenaga). 

Eu dehors de ces rues, les habitants de Figuig peuvent, tr. 
temps de paix, communiquer d'une oasis à l'auti^e, en par 
sant par les nombn^uses hrèches de leurs clôtures. 

L<'s murs des Zenaga, des d^ux Kl Maïz, de El Hammat 
Foukani et El Hammam Tahtani, ne^ sont séparés les ur/ 
des autres que par des sentiers étroits. 

Sources. — Tous les ksour, sauf celui des Zenaga, se sor- 
élevés chacun sur l'emplacement d'une des sources li- 



NOTES SUR FIGUIG. . iOÔ 

Toasis, afin de la mieux préserver des entreprises d'aulrui. 
Seul, le ksar des Zenaga n'en renferme point, et ses habi- 
tants irriguent leurs palmiers avec les eaux de TAîn 
Zadderty qui jaillissent à gros bouillons entre El Abidet El 
Oodagbir. Zaddert, disputée tour à tour par El Oudaghir, 
El Abid et Zenaga, a été la cause des plus gros conflits qui 
ont divisé Figuig. 

El Abid, trop faible pour se mesurer avec ses puissants 
Toisins, s'est depuis longtemps retiré de la lutte qui sub- 
siste toujours entre El Oudaghir et Zenaga. En 1877, lesdeux 
oasis rivales, à la suite d'un accommodement, procédèrent 
à une répartition des eanx qui ramena un peu de paix à 
Figuig, mais quelque temps après, les Zenaga tentèrent 
de capter Ain Zaddert à leur profit, en creusant un canal 
souterrain. Leurs entreprises furent déjouées par lesOuda- 
ghir qui, pour en prévenir le retour, isolèrent la source au 
rooyen d'un fossé transversal creusé en aval. f*es Zenaga, 
dont les palmiers se desséchaient, ne se découragèrent pas; 
ils reprirent leur ancienne mine, la firent descendre sous 
le fossé des Oudaghir et ramenèrent jusqu'à proximité de 
la source. Le lendemain, une explosion formidable ébranla 
l'oasis, tuant tout ce qui était à proximité ; les eaux deZaddert 
s'élancèrent dans la tranchée fumante des Zenaga. Les Ou- 
daghir remis de leur stupeur coururent aux armes; mais 
l^s Zenaga vainqueurs restèrent les maîtres de Zaddert. 
Ilsy firent construire un tord; (fort) où depuis ils entre- 
tiennent en permanence quarante fantassins armés de 
fusils et de trombions. Chaque année, les Oudaghir vont à 
Fâs porter leurs récriminations contre les Zenaga, sans 
pouvoir obtenir du Sultan autre chose que de stériles pro- 
messes. 

Ces détails seraient vains, s'ils n'aidaient à saisir la cause 
principale. Tunique cause des guerres intestines qui divisent 
les oasis sahariennes. L'eau acquiert, dans ces régions, une 
^leur que nous ne soupçonnons pas. C'est ainsi que la 



1 



406 NOTES SUR FIGUIG. 

kharrouba d'eau, c'est-à-dire le droit perpétuel de disposer 
du tiers de la source, deuxfois par mois pendant une heure, 
se vend chez les Zenaga un prix moyen de 600 francs^ 

C'est sans doute la guerre souterraine des Zenaga et 
d'El Oudaghir, qui a donné naissance à cette fameuse 
légende qui tendait à faire des habitants de Figuig de véri- 
tables sapeurs du génie. 

Ksour^ population^ statistique^ culture^ commerce, 
mosquée. — Les ksour sont bâtis en pisé et percés de rues 
plus larges que ne le sont généralement celles de nos oasis 
du sud-oranais. 

La grande querelle des Zenaga^ et des El Oudaghirlesa 
divisés en deux camps. El Hammam Tahtani,' El Maîz Tah- 
tani, les Ouled Sliman, El Abid, prennent les^ armes avec 
les Zenaga. Dans le camp des Oudaghir, sont au contraire 
El Hammam Foukani et El Maïz Foukani. 

Les habitants de Figuig sont presque tous serviteurs reli- 
gieux des marabouts de Kerzaz et de Kenatsa, et les ap- 
pellent souvent au milieu d'eux pour régler leurs différends. 

Chaque ksar renferme une mosquée, bâtie le plus géné- 
ralement au-dessus de la source. De nombreux tkakb, 
tant de Figuig que des tribus marocaines, y font leurs 
études. La mosquée d'El Maïz est la plus renommée pour 
son enseignement. 

Les indigènes, outre leurs palmiers' et quelques figuiers, 

1. Le règ^leniQnt des eaux de Figuig est des plus compliqué. Les pro* 
priétaires de kharrouba complète ont, en général, des bassins dans les- 
quels ils emmagasinent leurs eaux. La mesure de la kharrouba s'obtient 
en faisant flotter dans un bassin un récipient de un litre et demi dont le 
fond est percé d*un trou excessivement petit. Quand le récipient e$i rem- 
pli, le seraifi (contrôleur de Teau) compte une karrouba et coupe l'eia- 

2. Les variétés de dattes récoltées à Figuig sont, par ordre de qualité r 
4* Aghrass; 2-» Feroukhen; 3* Feggouss; 4" Ofisïan; 5** Zizan Bouaid tle 
tèton de Bouiid,qui ressemble, par la couleur et la grosseur, à une petite 

mirabelle). 

Il n'y a pas à Figuig dMndustrte proprement dite; on y fabrique de« 
humouê et des haiks d'un tissu grossier, ainsi que les beaux hafts verts 



NOTES SUR FIGCJIG. - 407 

cultivent les légumes des oasis sahariennes : navets, oignons, 
pifflents, etc. 

Les labours sont faits sur une très petite échelle, et tou- 
jours à la pioche. 

Le grain est apporté à Figuig, chaque année, par de nom- 
breuses caravanes et principalement par les Haouara, les 
Sedjaâ et les Doui Meniâ. Les Mehaîa, les Oulcd Djerir et 
les Béni Guil commercent aussi avec Figuig, mais dans une 
moindre proportion. 

Deux ou trois caravanes du Gourara (Khenatsa) et du 
TaBlala arrivent chaque année à Figuig, avec des charges 
de dattes, des hatks et des cuirs. 

Voici quelques détails concernani plus spécialement 
chaqne oasis. 

Kl Hammam Foukani — 250 fusils. — Les Hcairera, dits 
aus<i Ouled el Heurma, marabouts de la fraction des 
Ouled SidiTadj (Ouled Sidi Chikh) y sont fixés depuis long- 
temps; c'est à celte famille qu'appartient Tagilateur Bou 
Amama, qui lui-même a longtemps résidé à El Hammam 
Foukani. 

' Kl Hammam Tahtani — 12,0 fusils. — Les Ouled Abdallah 
(Amour) possèdent quelques jardins dans cette oasis. 

Au nord d'El Hammam Foukani, se trouve la grande 
koubba (marabout) de Sidi Abd el Kader ben Mohammed, 
cil à côté, les jardins et les quelques maisons de Es Saheli, 
babilées par des marabouts. 

El Maïz Foukani et El Maïz Tahtani — MO fusils. — 
Ces deux ksour n'en forment, en réalité, qu'un seul. Une 
porte que Ton ferme en temps de guerre est la seule bépa- 
ralion qui existe entre eux. Une famille de marabouts, les 
Ouled Ben Abd el Djebbar, qui reste neutre dans les luttes 
intestines, a ses maisons à cheval sur les deux quartiers. 

appelés Bou Khedira qui servent principalement à recouvrir les palan- 
quins Oo peut citer aussi les broderies de soie sur cuir, très appréciées 
<i« indigènes. 



408 NOTES SUR FIGUIG. 

L'ancêtre des Ben Âbd el Djehbar passe pour avoir décou- 
vert ou plutôt aménagé le premier, en vue de Texploita- 
lion, la fameuse carrière de sel gemme de Ghroat*. Les 
Béni Guil possèdent quelques jardins à El Maîz. 

Ouled Siiman — 150 fusils. — Les Ouled Sliman ont fait 
longtemps cause commune avec El Oudaghir et ont même 
partagé avec cette dernière oasis les jardins de El Meharza, 
dontjls se sont emparés de concert, en 1847. Ihsoot 
aujourd'hui, ainsi qu'il a été dit plus haut, dans le iof 
(parti) des Zenaga. 

£1 Oudaghir — 400 fusils. — Les Oudaghir sont Cbeorfa 
(descendants du prophète: cheurfa es t le pluriel de c/kifri/): 
ils ont autrefois régné en maîtres à Figuig, mais ont dû cé- 
der la place aux Zenaga, depuis que la possession de Zad- 
dert leur a été enlevée. 

Au nord d'El Oudaghir, se trouve le caravansérail de Dar 
elBeida, appartenant au marabout de Kérzaz, qui y séjourne 
chaque année, quand il vient à Figuig recueillir ses zinro 
(offrandes religieuses). • 

A Touest, se sont établis les marabouts des Ouled Sidi- 
Abd el Ouafi. Une porte les sépare du ksar. 

A l'est, on voit, dans les palmiers, les ruines de l'ancien 
ksar d'Ël Meharza '. 

Les Béni Guil possèdent quelques jardins- à El Ou- 
daghir. 

El Abid — 100 fusils. ^ El Abid est le plus petit et le plos 
misérable ksar de Figuig; ses habitants sont complèlement 
à la merci des Zenaga, qui lesoppriment chaque jour davaD- 

1. Cette carrière, d'un accès très difRcile^ el qu'on ne peut exploiter 
qu*à Taide de torches, se trouve dans le Djebel Melah, à Touest de Hootb 
es Sifer. Son nom, déflgoré sur nos cartes, a donné naissance au DjetK' 
el houmnmt et à TOued el Roummat (carte au 1/800000, 1876). U pro- 
verbe arabe dit : Elit ma chaf el ahhra, ichouf Ghmal (Qui n'a ra Teo* 
Ter, peut aller voir Ghmat). 

2. Ces ruines sont fl^^urées à tort entre El Abid et El Oudaghir, dans 1^ 
levé de 1867. 



50TE$ SUR FIGCIG. 409 

Uige. Nul doate que ce ksar ne soit bîenlôl absorbé par 
les Zeoaga, comme celai des HehariaTa été par les Ouda- 
ghir el les Oaled Sliman. 

Zenaga — i600 fasils. — Les Zenaga sont les maîtres 
réels de Figaig; leurs jardîos occupent plus d*un quart de 
la superficie de Toa^is, et, comme on le Terra par la suite, 
ils possèdent eu outre tous les palmiers des oasis exté- 
rieures. 

Le ksar de Zeoaga est trarersé, dans son extrémité ouest, 
par un torrent formé de la réunion de Chpguuet el Abid avec 
le ravin de Takroumet. Le quartier situé sur la rive droite 
est habité par la fraction des Béni Darit et par les anciens 
habitants des k«our. ruinés de Taghia et de El Khenig. 
L'SToix les plus écoutées à Zenaga sont celtes des nommés 
El Hadj Bou Medin Ben Merzoug, El Habib Ben Bezza, etBed 
ûiar Oii!d Bed Diar. 

Guithoka. — Dans une de ces improvisations naïves où 
les Arabes entremêlant les récits amoureux de descriptions 
plus ou moins éirai.gères au sujet, le poète, venant à parler 
de Fignig, dit : Ergueb ala Fignig souamd taàlat Rak telga 
et tholba temma ihazbou^ Rak telga el Guithana daïrin 
halzat ( Visile Figuig aux minarets élevés, tu y verras 
les thalebs récitant le Koran; tu y verras les Guithana l'en- 
touraiit comme un faubourg). 

L<>s Guithana sont les tentes campées en permanence 
sousls mui-sde Figuig et, par extension, ce nom est aussi 
doDoéaux habitants nés tentes. Les Guithana ne s'établissent 
qu'a Tonest de Figuig, près des trois ksour d'El Oudaghir, 
d'Ël Abid et de Zenaga. 

Les Guithana d'El Oudaghir appartiennent principale- 
mentaux Ouled Abda'lah (AtMo^r) et aux Béni Guil. Autour 
de Zenaga et d'El Abid, campent de préférence los indigents 
des Ouled Gnttib (Amour), les Zouà, quelques tentes des 
Ouled Djerir et généralement celles des dissidents algériens 
qui, privés par l'émigration de leurs dernières ressources, 



410 NOTES SUR FIGUIG. 

renoncent à suivre leurs frères dans leur pérégrinations 
vers Touest. Tel est le cas des gens de Stitten et des La- 
ghouat du Ksel, partis, lors de la dernière insurreclion, et 
dont les tentes sont actuellement sous les murs de Zenaga. 

La population des Guithiana vit dans une condilion 
très précaire et pourvoit h sa subsistance en vendint aux 
ksouriens des charges d'alfa^ de bois, de charbon et de 
goudron. 

Défenses extérieures. — On a fait beaucoup de bruit des 
murailles et des tours de Figuig qui, à en croire certains 
échos, seraient le nec plus ultra de la fortification indigène. 
Il faut rabattre beaucoup de toutes ces descriptions. 

La véritable défense de Figuig est dans ses jardins, se^ 
palmiers, ses clôtures enchevêtrées. C'est celle de toute? 
les oasis sahariennes, et elle est de L)eaucoup supérieure à 
toutes les murailles que pourraient construire des ins^éoieurs 
indigènes. Le siège d'Aïn Madhi par Abd el Kader, eil 1839. 
ceux de Zaatcha, de Laghouat, et d'Aïn Ghaïr sont ià pour 
en témoiuner. 

Quant aux tours de Figuig, elles ne sont ni plus ni moin> 
terribles que celles de nos ksour algériens. Ce sont de 
simples abris^lans lesquels s'embusquent les indigènes poor 
surveiller leurs jardins, lors de la maturité des fruits. Le 
maraudeur est le principal ennemi contre lequel elles ont 
été édifiées. 

Lesquelques ouvrages défensifs à citer pour mémoire sont: 

l«Un mur crénelé s'amorçant à Touest du ksard'ElOuda- 
gbir, et s'étendant jusqu'à hauteur de celui de Ouled SU- 
man. Une tour, élevée en face de Dar el Beida, flanque celle 
muraille ou plutôt permet d'y placer une sentinelle ayauî 
vue sur l'extérieur. Peu rassurés par la présence de nos co- 
lonnes sur l'Oued el Hallouf, lors de nos dernières opéra- 
tions, les Oudaghir ont élargi le pied de cette muraille d'une 
banquette d'un mètre d'épaisseur qui peut recevoir des dé- 
fenseurs. 



NOTES SUR FIGUIG. 4i 1 

2^ Tn fossé de 3 mètres de largeur, sur un mètre de pro- 
fondeur, creusé lors de notre expédition sur l'Oued Gcdr, 
et s'étendant depuis la tour d'El Oudaghir jusqu'à hauteur 
d'ËlMaïzFoukani. 

S^Vne muraille raccordant l'extrémité du fossé précédent 
au ksar d*El Maïz. 

Ces trois ouvrages sont destinés à couvrir, El Oudaghir, 
Ouled Sliman et El Maj[z Foukani. Ces ksour, placés vis- 
à-vis du large col par lequel on accède à Figuig du côté 
nord, sont les plus découverts. 

4'» Un mur crénelé au sud de Zenaga, couvrant la seule 
face du ksar qui ne soit pas encadrée de palmiers. Ce mur 
s'appuie d'une part sur les jardins des Béni Darit, et de 
l'aulre sur la rivière. 

o** Un fossé couvrant Kraâ ez Zenaga (la jambe des Za- 
naga) et s'appuyant, au sud, sur la rivière, et au nord, sur 
la rue qui débouche sur Baghdad. 

Oasis environnantes. — Une des sources de richesse de 
%uigtst la grande quantité de palmiers que l'on rencontre 
dans ses environs et qui forment des oasis distinctes. Les 
dattes qu'on y récolte sont d'une qualité supérieure à celles 
de Figuig; elle$ sont très précoces et mûrissent un mois 
avant celles de la grande oasis. 

Les Zenaga, à qui appartiennent presque exclusivement 
ces groupes de palmiers, ne pouvant suffire à une culture 
aussi étendue, sont obligés de les laisser improductifs une 
année sur deux. Ils fécondent une année heurs arbres de 
^^o^ig) tandis qu'ils coupent les régimes naissants des oasis 
extérieures, puis procèdent inversement l'année suivante. 
Voici rénumération des diverses oasis situées autour de 
Piguig, avec quelques renseignements qui les concernent. 
Ce sont, d'abord, sur l'Oued el Ardja et en descendant 
son cours : 

El Ardja, propriété des Oudaghir et des Oueld Abdallah 
[Amour) ; 



412 NOTES SUR FIGUIG. 

Bel Habbezat appartient aux Oudaghîr, sauf quelques 
palmiers possédés par les Ouled Abdallah et les Medabih 
(Amour). 

El Mehagguen, Bou Redim, Mezzougha appartiennent 
aux Zénaga. i 

Taghla. — Cette oasis, propriété des Zenaga, renfermait 
autrefois un ksar qui était habité par des mulâtres au ser- 
vice des Zenaga. L'insécurité les a obligés à se replier sur 
Béni Darit, où ils sont établis actuellement. 

Meghrour, — un peu à l'est de la rivière, appartient aux 
Zenaga. 

Meslou — ^ appartient aux Zenaga, sauf quelques palmien 
possédés par les Ouled Gottib (Amour). 

Tafilala — appartient aux Zenaga ; cette oasis, se troute 

un peu à l'ouest de la rivière. 

I 

Aïn Sefra. — Cette oasis, située à l'est de la rivière près 
de son confluent avec Faidh* Athia, tire son nom (la source 
jaune] des dunes qui l'CRtourent. Les Zenaga en sont les 
possesseurs. 

Tasra — un peu à l'ouest de la rivière, appartient aux 
Zenaga. 

Nakhelat Bel Brahmi. — Celte oasis, possédée par te 
Zenaga, est la dernière que l'on rencontre en s'avançiot 
dans le sud par l'Oued Zouzfana, jusqu'à celle des Beoi 
Goummi. Elle est située sur la rive droite de la rivière. 

Les sources de toutes ces oasis naissent, pour la plupart 
dans le lit de la grande rivière de Figuig et, comme eWe* 
sont saumâtres. Potables en hiver, après les pluies, elles of 
le sont plus en été. 

Les autres oasis des environs de Figuig sont : Au nord 
Menou Azzouz^ propriété d'El Oudaghir ; 

Au nord-est, El Djeninat, réunion de deux oasis sitaée» 
sur rOued el Djeninat, à l'endroit où le coupe la roote ^ 
Mograr Foukani.Elle appartient aux Ouled Gottib, (Amour^ 
qui l'ont achetée récemment aux Ouled Sliman ; 



NOTES SUR ncuiG. 413 

A l'ouest, Takroumet. — Cette oasis estsiluée à proximité 
du. ksar des Abid, qui irriguent leurs palmiers avec lis eaux 
d'Aïn Takroumet. — Takroumet appartient aux Zenaga; 

Au sud-ouest, Mélias qui appartient aux Zenagi ; 

Au sud, El Khenig. — Cette oasis, propriété desZenaga, 
renfermait autrefois un ksar qui a eu les même:» destinées 
que celui de Taghla. 

Béni Ounnif. — Cette oasis est la seule qui renferme un 
ksar encore habitée Elle est située près du confluent de 
rOued el Khenig et de TOued Melias. Quelques le tes indi- 
gentes des Ouel Djerircampent sous les murs de Béni Ounnif. 

La koubba de Sidi Sliman Bou Smaha s'élève au nord de 
]'0)sis.BeniOunnifappartientauxZenag;ietauxOuledGnttib. 

Djenan ed Dar, Djenan Ben Uariz, Djenanel Th'orf appar- 
tiennent aux Zenaga. 

Routes de Figuig. — Les routes accédant à Figuig sont 
au nombre de 11 : 

/<* roule de Figfuig (El Oudaghir) au ChoU Tigri. 

i<^ — _ à Aïii Bon Khelil. 

3* — — à Sfissifa (par l'Oued cl Hallouf). 

-t* — (El Hammanim à Sltssifa (par Ich). 

ù* — — à Aïn Sefra (par Founassa). 

6* — — à Mograr Foiikani. 

'' — — à M'igrar Talitani. 

^^ — (Zenaga ou El HanimamiD) au Gourara. 

'•^ — (Zenaga) à Fcndi (par Teniel cl Youdia). 

10- — _ à Bcchar 

H* — (El OudagUiij • à Aïn Cli ur (par Teniel Oued AïKier). 

Tribus environnantes. — Les Amour sont la vôrilable et 
l'ui:ique tribu de Toasis de Figuig, aux environs de laquelle 
ils campent exclusivement! 

Les Ouled Pjerir, dans leurs migrations, ne dépassent 
pas à Test l'Oued Fendi. Quant aux Béni Guil, leurs campe- 
ments sont .sensiblement limités, à l'est et au nord, par la 
ligne qui joindrait Mader el Âbniar à Hassi Abou el Akahl. 

1. On y trouve, outre des mulâtres au service des Zenaga, des famiUes 
des Ouled Sidi Ben Âissa (Ouled Sidi (Uiikh). 



414 NOTES SUR FIGUIG. 

Seuls les douars des Amour rayonnent autour de Figuig 
dans i*ordre suivant : 

Au sud, au sud-ouest et à Test, les Ouled Gottib; 

Au nord-ouest et au nord, les Médabih; 

Au nord-est, les Ouled Abdallah. 



\^^3^ AÙ^Jifo. 







TeJshmtal&lAiMhntL 



Si maintenant on se souvient que Ouled Abdallah, Métia- 
bib et Ouled Goltib, sont aujourd'hui sujets algériens, il 
est facile d'apprécier un des grands résultats de la dernièrt 
campagne. 

En châtiant, en réduisant, en soumettant les Amoar 
coupables de nombreuses agressions sur notre terriloin! 
nous avons, du même coup, triomphé du plus sérieai 
obstacle qui pouvait, au point de vue militaire, entraver 
l'investissement de la grande oasis de l'ouest. 



LA SEBKHA D'AMADGHOR 

ET LE MASSACRE DK LA 3iISSI0N FLATTERS * 



Alger, le 18 novembre 1881. 

Le service central des affaires indigènes doit publier le 
contenu des documents relatifs à la mission Flatters, et je 
ne les ai en ce moment qu*aGn 9e pouvoir faire une carte 
aussi complète que possible de toute la région parcourue 
ou reconnue par la mission ; cette carte sera jointe à ia pu- 
blication du gouvernement général. Je travaille à cette carte 
depuis un certain temps déjà, et j'espère arriver à faire 
que.que chose de satisfaisant; les éléments ne manquent 
pas dans les archives du gouvernement général, mais en 
dehors du journal de route et de la carte du colonel, ce ne 
s ntque des itinéraires indigènes qu'il est assez laborieux 
de débrouiller et de faire cadrer avec les renseignements 
précis que Ton a sur la région. Quant à la carte dont je 
m'occupe spécialement, je compte l'avoir terminée avant 
le 15 décembre, et soye2 bien convaincu que \i Société en 
aura communication. 

Puisque je vous ai déjà parlé de la Sebkha d'Amadghôr, 
je tern)inerai en vous disant que cette Sebkha se trouve 
d'après mon estime par 4M 6' de longitude est^ et 25"" 16' de 
latitude nord, et que le point où a eu lieu le massacre, Bîr 
d Gharàma, est par iS'i latitude nord, et 5''4' longitude 
|st. Avec ces données, vous pourrez du moins figurer ces 
peux points sur votre carte. 

t. Kxtrails d*une lettre de M. Frédéric Bernard au Secrétaire général. 

Depuis cette communication, Touvrage annoncé par M. Bernard a 
kru sous le titre de : Deuxième mission Flatters. Historique et rapport 
Wiqis au service central des affaires indigents avec documents à 
Wf^i et une carte. 



416 LA SEBKBA d'aHÀDGHÔR 

L'élude approfondie que je fais des documents de Ten- 
quèle relative à la mission, documents venus de Tripoli ou 
de Laghouât, montre bien que la destruction de la mission 
était résolue dès avant son départ de France. Après une 
première lettre ou Âhitàghen déclarait qu'il n'ouvrirait pas 
le pays aux Français, lettre écrite évidemment avec Tidée 
bien arrêtée de refuser tout passage, le chef des Hoggar 
vou Abaggar) en écrivait une seconde où il disait exacte- 
ment le contraire; il y faisait des avances au colonel, en 
expliquant ce qu'avait de peu engageant s«i première miv 
sive, par Tun de ces prétextes sémitiques si habituels aui 
maîtres fourbes qu*on appelle les Touareg. 11 est certain que 
le chef des Abaggar avait réfléchi, et que sachant la fai- 
blesse de la première mission, il s'était dit que la denxièmt 
serait de bonne prise, ou au moins de bonne exploitation. 
Aussi, après s'être entendu avec le cheikh d'In-Çâlah, Ould 
Badjoûda, poussé par les négociants du Touât et de Gha- 
dames, qui craignaient pour leur commerce*, s'est-il em- 
pressé de mettre en pratique leurs recommandations a 
savoir — et je cite le$ propres paroles de ces gens — : « i^J 
la caravane française est forte, la décidera retourner par 
des procédés ad hoc, si elle est faible, la détruire» : Kt 
d'abord, avant Amguîd-, le vide se produit autour de la ca- 
ravane que les Hoggar savaient parfaitement incapable de 
marcher sans leur aide; puis, ce procédé ne réussissant fms. 
ils envoient des guides qui font traverser à nos malheureux 
amis un espace de pays, déjà fort aride par lui-même. ïs 
évitant la plupart des points d'eau, dans le but de les fjire 
.renoncer à leur entreprise; puis, trouvant le colonel bie: 
décidé à marcher quand même, Ahitâ^hen lève tous ?«> 
contingents, recrute des hommes à In-Çàlah, chez les Ouli^ 
Badjoûda, au Touât môme, et fait organiser le guet-ape&^ 

1. Que Kouverlure d*une roule par Aniadghdr pouTail détourner « 
profil de TAlgérie cl à leur détrinieiU. 

2. Ou Ameiijid. 



ET LE MASSACRE DE LA MISSION FLATTERS. -417 

OÙ périssent tant de noblps existences. Voilà, en gros, la 
marche des événements qui ont amené ce lugubre drame. 
C'est là une triste démonstration de ce fait qui se trouve à 
chaque page des livres sérieux écrits sur la manière de 
voyager dans le Sahara, qu'une caravane ne peut marcher 
en sûreté que si elle est de force à se défendre. Jamais un 
Européen n'a pénétré chez les^Ahaggar ou Hoggar, et je 
crois que jamais personne n'y pourra voyager, pas plus que 
chez les Azdjer, sans être accompagné d'une force suffisante 
pour le mettre à l'abri d'une attaque. Les quelques voya- 
geurs qui sont revenus du pays des Touareg y ont voyagé 
dans des conditions exceptionnelles, qui ne se reproduiront 
certainement plus et sur lesquelles il ne faut pas compter. 
Les Toaâreg n'ont de respect que pour la force; ils n'ont 
ni religion, ni conscience, et Ton ne peut se fier en rien à 
leurs promesses. Actuellement, les tribus des Hoggar crai- 
gnent beaucoup les suites de leur infâme conduite; il y a 
même, dit-on, une partie de ces tribus qui, n'ayant pas pris 
part aux massacres, serait décidée à se séparer de leurs con- 
citoyens, et à les abandonner au cas où la France enverrait 
des forces dans leurs pays. 

Les Azdjer, par la voix d'El-Hâdj Ikhenoûkhen, seraient 
décidés à se joindre à toute expédition destinée à venger la 
mort des voyageurs français. Enfin, un des hommes échap- 
pés au massacre et qui a été prisonnier quelque temps chez 
Ahitâghen, aurait entendu les paroles suivantes prononcées 
par un vieillard targui, qui voyait peut-être plus loin et plus 
clair que ses cruels neveux : « Je vois le jour où vous serez 
tous pourchassés dans votre pays comme un vil troupeau, 
et où ces montagnes répéteront l'écho de vos plaintes. » 



soc. DE GÉOGR. — 2» TRIMESTRE 1882. HI. — 97 



NOTES RÉTROSPECTIVES 



SUR LE VOYAGE DE RENÉ CAILLIÉ 



Blaye,18 avril 1881. 

i'ai lu dans la Gazette de France du 13 avril, qui do»w 
un extrait du compte rendu de la séance de la Société à 
Géographie, le tribut d'éloges que vous avez prononcée 
mémoire de René Caillié, que j'eus occasion de voir i son 
passage à Gorée^ en 1825. J'étais alors chirurgien aide- 
major du bataillon expéditionnaire détaché aux colonies 
(16« d'infanterie légère). Mes souvenirs et quelques notes 
viennent confirmer l'exactitude de votre narration à son 
sujet. Permettez, Monsieur, que j'ajoute quelques détails 
sur cette entrevue rétrospective, que le temps n*a pas effa- 
cée de ma mémoire. 

La mensa des officiers de la garnison, était établie chez 
une dame S. Boucher, indigène (Signare), dont la maison 
d'habitation était précédée d'une vaste cour, circonserik 
par des cases, occupées parles nègres à son service, qu'eJk 
employait principalement à la navigation de la troqœ 
dans ces parages (de Saint-Louis au Gabon). 

La cour, ouverte sur la rue» servait de passage poof 
arriver au perron de la salle à manger. — Dans le trajet 
j'aperçus un maure {nas en langage iolof), l'épithète bédois 
n'était pas usitée. Il était accroupi dans un angle de ceU« 
cour, dans la posture des mendiants fanatiques» mara- 

1. Lettre adressée à M. Duveyrier, par M. Bax, chirurgien de U œahs^.' 
en retraite. 



NOTES RÉTROSPECTIVES SUR LK VOYAGE DE RENÉ GAtLLIÉ. 419 

bouts pèlerins qui exploitent la crédulité des populations, 
en vendant des grisgris et des talismans; recevant partout 
rhospitalité du séjour, venant en pirogues visiter Tîle où 
ils sont plus redoutés pour leurs maléfices que vénérés, 
lis débutent en prononçant à voix haute la phrase sacra- 
mentelle : Bismillah Diaman^ etc., puis marmottent des 
sourates probablement bien dénaturées dans leurs trans- 
missions orales. Ce manteau religieux musulman, est un 
passeport plus sûr que l'étalage des richesses, pour tra- 
verser l'Afrique. 

M"' S. Boucher, la propriétaire, qui avait reçu une éduca- 
tion toute française et que je questionnai sur la présence de 
cet éti*anger, me confia qu'il était un Français, dissimulant 
sa nationalité suus le costume africain, et un apparent 
mutisme ; qu'il lui avait été adressé par un commettant 
de Saint-Louis, pour lui donner passage sur sa goélette, 
jusqu'il Bathurst-Town^ rivière de Gambie, et même au 
delà. 

Je priai M"" Boucher, d'engager ce voyageur à venir 
dans mon logement, ce qu'il lit furtivement; ma demeure 
était isolée, bordant le rivage où se faisaient les ablutions. 

Gaillié, car c'était lui, offrait physiquement par son 
allure, son costume, son faciès rembruni par une longue 
exposition au soleil tropical, ses cheveux très noirs, les 
conditions voulues pour tenter sa téméraire entreprise lon- 
guement préméditée, d'arriver à Tombouctou ! Cette auda- 
cieuse pensée accomplie, avec la seule ressource d'une 
ferme volonté me frappa ; je partageais à cette époque l'en- 
thousiasme des collectionneurs, des naturalistes ; j'éprou- 
vais une vive admiration pour sa détermination irrévocable. ' 

Caillié était venu au Sénégal, au service du colonel 
Scbmalz, qui commandait. G*était peu après le désastre 
de la Méduse; vers ce même temps on s'occupait beaucoup 

1. Poar : Bism Illah Er-Rahmâm Er-Rahim. 



420 NOTES RÉTROSPECTIVES SUR LE VOYAGE DE RENÉ CilLUÉ. 

du major Laing, dont le sort fatal était prédit; on procla- 
mait les récompenses promises par le g>uvernement anglais 
qui otTrait 40,000 livres sterling à l'Européen qui, le premier, 
pénétrerait à Tombouctou. Gaillié, en passant à la coloak 
anglaise, comptait sur des encouragements qui lui furesl 
refusés; on ne lui reconnut pas l'instruction indi^pensabis 
pour les renseignements qu'on désirait obtenir; à part m 
aptitude à supporter Faction climalérique, Oaillié manquait 
des connaissances spéciales ju^'ées indispensables parie 
mauvais vouloir. II n'y avait d'autre programme que l'ac- 
complissement du voyage par un Européen, aussi pt* rsisb- 
t*il, comme je l'appris ensuite, à marcher résolument veis 
1b but. Quoique déçu dans son attente de secours, fort de 
son initiation à la vie noma(}e dt-s maures TerÂrza saha- 
riens, la meilleure égide dans ces contrées barbares, soap- 
çonneuses, il passa outre. 

Dans notre entretien, Caillié me dit qu'il ferait son point 
d'arrivée journellement, en s'orientant dans sa manche sn: 
le cours du soleil et sur la longueur de l'ombre deson bàtoa 
à midi. Il ne voulait se servir d'aucun instrument de pb}- 
sique compromettant chez les peuplades superstitieuses. 

Il fut notamment question des maladies endémiques;j< 
signalai les fièvres intermitentes paludéennes, comme le$ pl<& 
redoutables, préludant aux diverses affections perniciettse& 

Je remis au voyageur, avec l'indication pour son emploi, 
douze doseB de sulfate de quinine, d'un gramme chaq^^ 
Ce fébrifuge était d'origine nouvelle, et difficile à se pnl 
curer hors de France. En quittant Nantes, en 18:^, 4 
pharmacien de connaissance m'en fit venir un flacon d v 
onCBy que je payai 64 francs. Je cite cette parliculah^; 
l'invention de Caventou n'étant pas encore employée dai* 
la colonie, ni en Gambie (Sainte-Marie de Bathurst), 4 
je fis un voyage en i827. Cet agent thérapeutique fut M 
utile à M. Caillié, comme il l'a mentionné dans sa broch^ 
ultérieure, en se méprenant sur la provenance. ] 



NOTES RÉTROSPECTIVES SUR LE VOYAGE DE RENÉ CAILLIÉ. 421 

La salubrité de Gorée, son isolement de la grande terre, 
était connue des Européens établis dans la Guinée; c'était 
un lieu de refuge pour les malades. J'avais, en ce temps là, 
traité un trafiquant fixé au Rio-Nunez^ atteint d'une hé- 
patite consécutive de fièvre endémique pernicieuse, nommé 
Gastagnet, natif de Nantes, venu à Gorée pour, au besoin, 
regagner la France; son retour à la santé lui permit de 
rentrer à sa résidence commerciale. J'entretins avec lui 
quelques relations amicales; il m'avait envoyé des objets 
de curiosité provenant de l'intérieur, objels d'histoire natu- 
relle et objets fabriqués, en particulier à Ségo. Gaillié re- 
marqua une pièce d'étoffe en coton teinte à l'indigo, es- 
pèce de pagne, servant de vêtement, de ceinture ou de 
coiffure, très prisé des nègres, et connue sous le nom de 
dampé de Ségo; c'est un objet d'échange commercial, de 
Ségo au bas de la côte où doit se trouver le Rio-Nunez ; 
cette pièce, qui me sert encore de tapis de table, dut in- 
fluencer le voyageur sur le choix de sa voie pour pénétrer 
dans l'intérieur du continent. Il choisit donc la voie du 
commerce. 

Caillié partit pour la Gambie. Les Anglais ne lui firent 
qu'un froid accueil, et aucune avance. Il s'y embarqua sur 
un bateau servante la troque. . 

J'appris plus tard, par une lettre de M. Castagnet, qu'il 
avait reçu Gaillié dans son établissement, puis l'avait 
recommandé aux principaux conducteurs des convois vers 
l'intérieur, en leur présentant Caillié comme un fils de 
musulman, enlevé dans son bas âge par les Français con- 
quérants de l'Egypte, dont il fuyait la captivité, par amour 
de son pays, pour pratiquer la religion de l'islam, etc.. 

En 1829, venu à Paris pour ma réception au doctorat, 
j'eus connaissance d'une brochure ou journal d'un voyage 
àTombouctou. Je fis une visite à M. Caillié, à ce moment 
employé duministère, pour assurer son existence à Paris, et 
s'initier aux connaissances nécessaires pour un second voyage 



4^ NOTES BÉTROSPECTIYES SUR LE VOYAGE DE RENÉ GAILLIÊ. 

à Tombouctou. Il demeurait rue Sainle-ÂnDe ; je lui rap- 
pelai son passage à Gorée. Il se rappela aussitôt le sulfate 
de quinine, et s'excusa de Terreur insérée dans sa brc^ 
chure, qui donnait à ce médicament une provenance an- 
glaise. Il me fit part de son intention de la réparer dans m^ 
prochaine édition de sa relation de voyage, dont il me 
promit un exemplaire, que je n'ai pas reçu, les exigences 
du service m^ayant forcé à m*éloigner de Paris. 

Quant à la récompense promise par les Anglais, non seu- 
lement elle ne lui fut point accordée, mais on alla, dans b 
colonie de la Gambie; jusqu'à insinuer que Caillié s*étai( 
procuré les papiers du major Laing. 

Agréez, Monsieur, mes excuses de vous avoir entR- 
tenu si longuement de détails qui, en somme, n'ajoutai 
qu'un épisode au voyage de Caillié, et auquel j'accorde peut 
être trop d'importance en les signalant. 



OBSERVATIONS Sl'li LE CLIMAT 

ET LE EÊ61HE DES PLUIES 

Iir PLATEAU DE LA PROYPiCE DE MRAS-GER AES 

(BEÊSIL» 



et rScolc 4m Mars d'Ovo PrM». 



Ce n'est pas à proprement parler d'une question de géo- 
graphie que je vous demande la permission de tous entre- 
tenir quelques instants. 

Il s'agit simplement d'un certain nombre d*observalions 
sur le climat et le régime des pluies du plateau de Minas- 
Geraes, province centrale de Tcmpire du Brésil. 

Ces observationjs ne sont ni assez nombreuses, ni asseï 
précises pour qu'on puisse en tirer des conclusions relatives 
aux lois qui régissent les phénomènes météorologiques de 
cette région, phénomènes qui, dans l'Amérique du Sud, 
ont une régularité qu'ils sont loin d'atteindre dans les autres 
parties du monde. 

En effet, au Brésil, les pluies arrivent à des époques dé- 
terminées et les oscillations journalières du baromètre sont 
si régulières qu'en observant la marche de cet instrument 
on peut, pour ainsi dire, déterminer l'heure de la journée. 

Ces éludes, d'ailleurs, seraient plutôt du ressort d'une 
autre Société que la Société de Géographie. Jusqu'à présent» 
elles n'avaient donné lieu k aucun travail complet à Taide 
d'instruments perfectionnés. 

Cette lacune, permettez-moi de vous l'annoncer, vient 

1' Communication adressée à la Société dans sa séance du 6 janvier 188S. 



424 OBSERVATIONS SUR LE CLIMAT ET LE RÉGIME DES PLUIES 

d'être comblée pat la créatioQ d'uD observatoire de météo- 
rologie annexé à l'Ecole des Mines d'Ouro Preto et placé 
sous la même direction que cet établissement. C'est une 
nouvelle preuve de l'intérêt que le gouvernement du Brésil 
porte au développement et à l'étude des sciences dans le pays. 

Je n'ai guère besoin de vous dire de queile haute sollici- 
tude est entouré au brésil tout ce qui peut servir au pro- 
grès. Toutes les recherches, tous les travaux scientifique; 
sont assurés d'y rencontrer le plus bienveillant accueil. PIq^ 
que tout autre, j'ai le devoir de le proclamer bien haut, 
car si je peux avoir l'honneur aujourd'hui de vous dire quel- 
ques mots de ce pays, s'il m'a été permis d'y poursuivre de< 
recherches de géologie et de minéralogie, je le dois surloil 
à l'intervention de Titlustre chef de l'État qui a tenu à fairt 
partie de notre Société comme membre perpétuel. 

C'est à Ouro Preto, capitale de la province de Minas- 
Geraes qu'ont été faites mes observations. Cette ville est 
située à environ 300 kilomètres à vol d'oiseau, de la côte, 
parâS' de longitude ouest du méridien de Rio-de-JaDciro et 
20^ 21' de latitude australe, au milieu d'un massif de mon- 
tagnes où les directions nord, nord-ouest et est-ouest vien- 
nent se couper. 

C'est là le nœud du système orographîque de toute li 
province, et le point de séparation des eaux du Rio da^ 
Velhas et du Rio Gloce qui, au-dessus de la ville tnéme^ 
ne sont séparés que p^r une crête de quelques mètres de 
largeur. Son altitude a été déterminée par une série d ob- 
servations barométriques. J'ai pris, dans l€ nombre, celles 
de 16 j(jurs calmes du mois de mai, époque de l'année où le: 
perturbAions atmosphériques sont les plus rares, tantsurU 
côte qu'à Ouro Preto. 

A Ouro Preto, la moyenne de ces observations réduites à 
0«, a été de 666 millimètres et la température moyenne ex- 
térieure de 17*^5. 

Pendant les mêmes jours, les données fournies par ^obse^ 



Tatoire de Rio-de Jineno oot été de T<«0-n>l el 23^.02 pour 
moyennes de lahaatenr baromêliîqQe r^uîle à 0* de U tem- 
pérature ; ce qui donne, ca employant U formule de LtpUcc 
et les taUes publiées par Tannoaire du BuKao des Loogi- 
tndesy une altitude de 1, f ^ lIlèi^e^. 

La ville est dominée par le pic dltaeolumî aa<piel doi- 
vent lear nom une série de roclies^ maiheaieosement diffé- 
rentes de celles qui entrent dans la plus grande partie de 
la composition de ce pic. 

La hauteur du pic a été déterminée en observant simul- 
tanément deux baromètres de Fortin parfaitement d'accord. 

Deux séries d'observations faites en 1878 et 1880 ont 
donné, la première G^i*" et la deuxième 6I9** pour Talti- 
tude de Tltacolumi au-dessus de la salle de physique de 
l'École des Mines d'Ouro Preto, station à laquelle se rap- 
portait la première détermination. 

En prenant la moyenne de ces deux chiffres dont les 
écarts sont même moindres que ceux auxquels on doit s'at- 
tendre quand on se sert de cet instrument pour déterminer 
les altitudes, on trouve 1,7^ mètres pour hauteur du sommet 
da pic del'Itacolumi au-dessus du point auquel se rappor- 
tent les observations faites à Rio, chiffre déjà indiqué par 
d'autres auteurs. 

Pendant 1880, il est tombé à Ouro Preto 1»,801»»» 1/2 de 
pluie, distribués de la manière suivante : 

Janvier 312"»,9 

Février i46'»«" 

Mars 128»» 

Avril 233»"» 

Mai 33»»,4 

Juin 16 

Juillet. 

Août 

Septembre 60»»,5 

Octobre 243»",5 

Novembre 302»»,9 

•Décembre 325»»,6 

T»,8()l^"l72 ^ 



426 OBSERVATIONS SUR LE CLIXÂT ET LE RÉGIME DES PLCSS 

En i881y pour les six premiers mois de Tannée^ la quan- 
tité de pluie a été plus considérable que pendant la périodt 
correspondante de 1880 : i'^fiSSl contre 869—,3. 

La distribution est la suivante : 

Janvier 187"",6 avec 21 jours de pluie 

Kévricp 172— ,5 — 16 — 

Mars 806— ,6 — 14 - 

Avril 74—8 — 3 — 

Mai 57— — 2 — 

Juin 1 35— ,2 — 1 — 

La saison des pluies commencerait donc en octobre, quel- 
quefois en novembre et se terminerait en avril, avec une 
interruption de quelques semaines entre janvier et fé- 
vrier. 

A Rio'de-Janeiro, une moyenne de 12 années a donné, 
pour la quantité de pluie qui tombe annuellement 835"",50; 
à Morro Velho, mine d'or située à 70 kilomètres au nord 
d'Ouro Preto, la moyenne de 25 ans d'observations est 
1"*, 637; au Ceara, province du nord du Brésil, qui, pendant 
plusieurs années, a été désolée par une sécheresse parais- 
sant se reproduire à de longues périodes bien déterminées, 
la moyenne de 28 années d'observations est de l^^-WO. 

A Paris, elle est de 500 à 600»". 

La station d'Ouro Preto présente donc un maximum 
comme quantité annuelle de pluie, ce qu'explique parfaite- 
ment sa situation dans une gorge de montagnes fermée dd 
tous côtés, sauf vers l'est d'où viennent les courants d'air 
saturé d'humidité. 

La température, pendant les 6 premiers mois de l'année 
de 1881, a présenté les oscillations suivantes : 

_^^ T Maxima diurne 25,5 
Janvier, moyenne »! , „.„;„, ji„^„, ,, 



'*"•'«■• - «'^ t Minima 18 



T Maxima .. S6 

t Minima 18 

m. «...- T Maxima 25 

Mars — 2l»5 . „. . «^ 

t Mioima 16 



I 



DU PLATEAU DE LA PROVINCE DE MINAS-GERAES. 427 

Anil. moyenne 20^ ] *"!'»» f^ 

' ' t Minima 17 



Mai — IT'^S 

Juin. — 16'6 



T Maxima 20 

t Minima 14 

T Muxiina 19 

t Minima 14 



En juillet et août, la température est moindre; les gelées 
blanches sont fréquentes. 

Les chaleurs recommencent en octobre, pour atteindre en 
janvier et février leur maximum qui, comme on lé voit, est 
loin d'être considérable. 

La température moyenne de Tannée est d'environ i9^ 

Ce chiffre moyen a peu d'importance, car il suffirait qu'il 
existât des températures extrêmes très éloignées pour avoir 
une moyenne faible et un climat pourtant des plus mau- 
vais; très chaud en été, très froid en hiver. 

Ce n*est pas le cas de la station d'Ouro Preto, puisqu'on 
note entre les maxima et les minima, observés pendant 
un mois à la même heure, des différences ne dépassant 
pas 10». 

Si la ville d'Ouro Preto est une exception comme quan- 
tité de pluie, elle n'en est plus une comme température. 

De cette ville à celle de Diamantina, sur un parcours de 
plus de 300 kilomètres, j'ai observé des températures com- 
parables à celles qui caractérisent cette station. Il est vrai 
que l'altitude de la région parcourue est à peu près la même 
et varie entre 1,000 et 1,200 mètres. Cette surface isothermi- 
que s'étendrait encore plus au sud jusqu'à Barbacena, au 
haut de la Mantiqueira. 

A Test, il faut se rapprocher de 300 à AOO kilomètres de 

lia côte, pour que la température moyenne s'élève à 5 ou 6 de- 

krés et ce n'est qu'après avoir pénétré dans les provinces 

ke Bahia et d'Ëspiritu-Santo que Ton retrouve les chaleurs 

Caractéristiques de la côte nord du Brésil. 

A l'ouesty il faut s'étendre jusqu'aux confins de la province 



428 OBSERVATIONS SUR LE CLIMAT ET LE RÉGIME DES PLUIES 

de Goyaz.pour trouver des changements sensibles dans le 
climat. 

Les observations d'un de mes élèves, faites successivement 
en mars, avril, mai, juin, juillet et août, dans la région qui 
s'étend entre Ouro Prrto et le bassin de TAbaét^, sur un 
parcours de plus de 600 kilomètres, donnent pour les tem- 
pératures des chiffres complètement en rapport avec ceux 
obser\'és à Ouro Preto. Plus au sud, quand après avoir 
quitté le plateau de Minas on pénètre dans ceux de Sao 
Paulo, Parana, Santa Catarina et Rio Grande do Sul, le 
climat devient de plus en plus tempéré. 

Nous occupant simplement de Minas, nous voyons qu'il 
y existe une zone dont l'extension est certainement de plus 
de 400 kilomètres, sur une largeur moyenne de 300 kilo- 
mètres, où le climat se rapproche de celui du midi de 
l'Europe. Dès que l'on descend dans les vallées du Rio das 
Velhas, du Sao Francisco et de ses principaux affluents, les 
températures s'élèvent notablement et en hiver les gelées 
blanches ne se font plus sentir. 

Deux conséquences sont à tirer de la distribution delà 
température dans cette zone, dont la superficie dépasse 
celle de la cinquième partit' de la France. En premier lieu^ 
sur les plateaux, dans les ré)<ion<( montagneuses, là où le 
thermomètre, dans la saison froide, descend souvent, les 
céréales, la vigne américaine et quelques cultures d'Europe 
réussissent parfaitement; dans les vallées, ces végétaux 
sont remplacés par le cotçn, la canne à sucre et le café; 
partout, l'élevage du bétail peut se faire et se fait déjà sur 
une grande échelle. 

£n second lieu, le travail manuel n'y étant pas plus pénible 
qu'en Europe, l'ouvrier n'a pas à craindre d'y voir ses 
forces s'user plus vite que dans les zones chaudes de cette 
partie du monde. * 

Il y a donc là un vaste champ ouvert à l'émigration, of- 
frant à ceux qui ne veulent pas se livrer à l'agriculture, 



DU PLATEAU DE LA PROVINCE DE MINAS-GERAES. 429 

des ressources dans les travaux d'exploitation de l'or, des 
diamants et surtout du fer dont les gisements au centre de 
Minas-Geraes sont les plus riches et les plus considérables 
du monde entier. 

Ces observations, aussi imparfaites qu'elles soient, peuvent 
être pourtant de quelque utilité pour expliquer les modifi- 
cations considérables qu'éprouve la surface du sol dans ces 
régions, pour. faire connaître les conditions dans lesquelles 
s'y trouvent lesanimaux et les végétaux, par suite, pour inté- 
resser l'histoire de la Terre, c'est-à-dire la géographie. 

Mais ce n'est pas là encore l'unique raison qui m'a décidé 
à vous les exposer; je tenais à combattre, en outre, des idées 
fausses qui, malheureusement, ont trop facilement cours et 
qui font considérer le Brésil comme le domaine de la fièvre 
jaune, comme soumis à des températures des zones torrides. 

Ces erreurs ne sont pas certes partagées par les membres 
delà Société de Géographie, mais tout le monde ne fait pas 
partie de notre Société, nous sommes encore une faible mi- 
norité. Peut-être mes paroles, recueillies par quelques pu- 
blications, arriveront-elles à la connaissance de personnes 
dont elles pourront rectifier les idées et mon but sera atteint. 

Pour la fièvre jaune, c'est un sujet encore moins de notre 
compétence que la météorologie ; il m'appartiendrait d'au- 
tant moins d'en parler, que bien qu'ayant passé sept années 
au Brésil, je ne la connais que par ou!-dire. 

Si je traçais sur une carte à grande échelle la zone oi!i 
la fièvre jaune fait sentir ses terribles efiets, ce serait sim- 
plement une ligne presque sans épaisseur, ou plutôt une 
série de quelques points qui la représenterait. 

Rio-de-Janeiro, ses environs, Santos, quelquefois Bahia et 
Pernambuco, sont les seules localités qui, depuis 1850, en 
ressentent les atteintes et encore, dans les deux dernières 
localités, n'apparaît-elle que pendant quelques mois de 
l'année et à longs intervalles. 

Dès que l'altitude dépasse quelques centaines de mètres, 



490 OBSERVATIONS SUR LE CLIMAT ET LE RÉGIUE DES PLOIES 

on est à l'abri de son atteinte et, chose remarquable, 
quelle que soit aujourcThui la rapidité des communications 
par les chemins dé fer, son domaine ne s'accroît pas; s'il 
y a transport de germes, ceux-ci ne se trouvent plus dans les 
conditions nécessaires à leur développement, les malades 
eux-mêmes arrivant des points où ils ont contracté la ma- 
ladie, ne forment pas foyers. 

Je' regrette de ne pas avoir à vous présenter des travaui 
géographiques plus saillants du Brésil. Des raisons capitales 
ont jusqu'à présent arrêté l'essor que pouvaient y prendre 
ces études. Il est facile de les comprendre. 

Il y a soixante ans à peine, quand le Brésil se sépara de 
la métropole, il se trouva livré à lui-même, pour ainsi dire 
sans ressources. 

Pas une route n'existait, pas un fleuven'avait été étudiéau 
point de vue de la navigation, quelques-uns mêmes étaient 
entièrement fermés au reste du monde, pas un port n'avait 
été amélioré, pas une industrie encouragée, presqu'aucaoe 
école organisée. 

Aujourd'hui, près de 4,000 kilomètres de chemins de fer 
sont terminés et livrés à la circulation; autant sont eo 
construclion, plus du double ont été étudiés, et lacoofi- 
guration du sol vous montre quelles difficultés on a dû 
vaincre pour atteindre le centre du pays en franchissant la 
Serra do Mar qui forme auprès de la côte une bordure d'une 
altitude moyenne de 800 mètres ; tous les ports ont été l'ob- 
jet de travaux importants, T Amazone est sillonné de bateaux 
à vapeur, le Rio San Francisco a été exploré complètement 
sur une étendue de plus de 3,000 kilomètres par l'ingénieur 
Milnor Roberts qui vient de mourir au moment même oiî 
il allait commencer l'étude de la dernière partie comprenant 
le Rio das Velhas. 

Le San Francisco et le Rio das Velhas ont donné lieu 
en outre à des études hydrographiques des plus mfOT- 
tantes de MM. Liais et Halfeld. 



DU PLATEAU DE LA PROYINGE ME MllCâS-OERAES. 431 

Deux écoles de dimt, dma écofes de médecine, une école 
centrale^ une éeole de mines, un observatoire et bien 
d'autres institutions ont été créés et sont en pleine pros- 
périté. Certes, le gouvernement brésilien comprend tout 
rintérêt d'une étude complète et géodésiquedu pays; mais, 
au début, pour l'entreprendre, il lui fallait un personnel 
technique qu'il ne possédait pas et des ressources pécu- 
niaires que des travaux plus urgents réclamaient. Il a dû 
appliquer le vieil adage < primutn vivere^ de inde philoso- 
phare ». On pourrait même lui reprocher de l'avoir trop tôt 
et trop vite abandonné, mais il sait très bien, maintenant 
que son existence est assurée, que le temps des travaux plus 
spéculatifs est arrivé. Je crois pouvoir affirmer qu'il fait 
tous ses efforts pour entrer dans cette voie nouvelle. 



432 ERRATA. 



ERRATA 

DU PRÉCÉDENT NUMÉRO 



Page 195, i'* ligne, lisez : Tebalbalet au Hamada d'El Biodh.. . 
au lieu de : Tebalbalet ou Hamada d El Biodh. 

Page 195, 6* ligne, lisez : en vérifiant de visu leur exactitude,» 
lieu de : en en vérifiant de visu Texactitude. 

Page 196, 16° ligue, lisez : les ingénieurs qui. .., au lieu de .1» 
ingénieurs de la mission Ghoisy qui... 

Page 202, 15' ligne, lisez : sorte d'humour..., au lieu de : sorte 

« 

de d'humour. 

Page 218, 27* Vigne Jisez : Uarj Hassen, au lieu de :. Aadj Bas- 
sen. 

Page 229, 18« ligne, lisez: Amguid. au lieu de : Amhaid. 

Page 233, 10* ligne, lisez : Tanezrouft, au lieu de : Taoieroufl 

Page 253| 5* ligne, lisez : ont été résumés ci-contre, au Uen àt: 
peuvent se résumer comme il suit. 

Page 257, l^ligne, lisez : et les mobiles..., au lieu de : et sur 
les mobiles... 



Le Gérant responsable j 

C. MAUNOIRy 

Secrétaire gênerai de la Gonmission centrale. 



MoTTBROZ, Adm. -Direct, des Imprîmeriee réunies. B. Puteaax. 



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AUTRES CLANSÇ^O MA LIS MEOJOURTrftES . 



lesHa ma nle^ Mt Sriimnn 

Borner Selimttn 
A Mer StumiA 



tCrukèmde 
OueAÀLMmqor 



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Jfmr ÂrAùut 
Àmnrti ûuaÀ 

Sloharti Onnà 

TnhnlUth 

GnnHuutr 



Destine par J.Hai 



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'eU -irtvi^dr CÊÊtmrofJkt^ 



-^ 



At&ÙJt tU la SoeUtê d» ^;wyr-«y»>*«<j 



omim 



tnin*jmHr*j8Sm 




Z\ 



K ITINERAIRES 

lia Mission de M. Paiva d'Andrada 

AU ZAMBÈZE 

M.H.Kuss Ingénieur des Mines 
1881 



— ^s pariiekrdmla.carim^mKtUihat'^ des iêi-^ 
^€Ùrmr dm la tniitiràtni', ont ôtm en^^frunimttr 
raH^d»i:^fi^u^Apuaarùû»crù,M, 

^mphica.i SocimUf-" 




18 



16 










MISSION 



DANB 



LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU* 

« 

PAR 

Es» eomoiMidaMt CAI«IilElil 

De Tinfanterie de marine. 



Le 26 janvier 1880, un ordre du général Brière de Tlsle, 
gouverneur du Sénégal et dépendances, me prescrivait 
de prendre le commandement d'une mission chargée : 
i*" d'explorer la partie du Soudan occidental baignée parle 
Bakhoy, le Baoulé et le Haut-Niger, d'étudier la ligne qui 
paraîtrait convenir le mieux pour mettre en communica- 
tion nos établissements du Sénégal avec le Niger et d'exa- 
miner les points qui rempliraient les conditions nécessaires 
pour servir d'emplacements aux postes qui devraient proté- 
ger cette voie commerciale; 2^ de me mettre en relations et 
de passer des traités avec les populations indigènes situées 
sur le parcours de cette ligne, de me rendre compte de la 
situation politique réelle du sultan Ahmadou, de Ségou, 
enfin, d'essayer de parvenir auprès de ce dernier et de 
l'amener à placer sous le protectorat français la partie du 
Niger qui arroae ses possessions. 

La mission, partie de Saint-Louis le 30 janvier, se consti- 
tuait à Bakel et à Médine. Outre son chef, elle comprenait 
quatre officiers : MM. Bayol, médecin de l'* classe de la 
marine, destiné à être laissé comme résident sur le Niger, 



1. Voir la carte jointe à ce numéro. 

soc. DE GtO«B. — 3* TBIHBSTRB 1882. 



III. — 28 



434 MISSION DANS LE EAUT-NIGER ET À SÉGOU. 

si les circoustancesie permettaient; Piétri, lieutenant d*a^ 
tillerie de la marine; Valiière, lieutenant d'infanterie de 
marine, et Tautain, médecin auxiliaire de la marine. Elle 
emmenait 21 tirailleurs, 7 spahis, 12 muletiers, 10 laptots 
ou mariniers indigènes, une soixantaine d'âeiefs, des 
interprètes, des guides, parmi lesquels les fils des chefs de 
Kita et de Bammako, 20 chevaux, 12 mulets et 300 ânes. 
Elle était pourvue de présents considérables pour les che£s 
du pays, et surtout pour Ahmadou. 

Le 30 mars, elle était à Bafoulabé. Au delà commençait 
l'exploration. On longea la rive gauche du Bakhoy jusqu'à 
quelque distance au-dessus de Fangalla; on le passa au gué 
de Toukoto, et on longea la rive droite jusqu'à Kita. Du gué 
de Toukoto, je détachai M. Piétri pour explorer Taffluent 
signalé par Mage sous le nom de Bakhoy n" 2 ; selon toute 
apparence, il avait été relevé d'une manière inexacte par 
ce voyageur, qui d'ailleurs n'avait pu examiner à loisir la 
vallée de la rivière. 

. Les chefs des villages du Bakhoy et du Fouladougoa rati- 
fièrent avec empressement les propositions que je leur 
apportais de (a part du gouverneur du Sénégal. Us se pla- 
cèrent, sans conditions, sous le protectorat exclusif de la 
France et appelèrent de tous leurs vœux la construction des 
postes militaires destinés à les protéger contre leurs ^ine- 
mis, les Toucouleurs. 

Tokonta, le principal chef du pays de Kita, gêné par son 
voisinage de la place toucouleur de Mourgoula, fit un peu 
plus de difiicultés. Il finit cependant par . s'exécuter et ou 
peut dire que la mission, dans sa première partie, fut cou- 
ronnée d'un plein succès. 

Les dessins, plans, documents politiques, météorolo- 
giques et autres, partis pour Saint-Louis vers la fin d'avril, 
permirent au département de la marine d'organiser une 
expédition importante qui, sous les ^ ordres du lieu- 
tenant-colonel Borgnis-Desbordes, devait commencer la 



MlSSIOlf DAHS LE HAUT-mcm BT À SftGOT. <IS 

comiructioli du fort de Kita, reKé à M édim par deux oU 
trois postes iotermédiaires d'une ifnportanee moindre. 

Le 27 avril, la mîssioii reprenait sa marche vers le Niger. 
L'inoonniieompletquî plamait sur la région dans laquéHe 
falhis m'engager, ainsi que la nécessité d^éyiier la locaditf 
toQCOuleor de Mourgoula, ofa rAlmamy Abdallah avait reçm 
Tordra de m'empêcher de continuer ma rouie vers Bai»- 
mako, ne condoisirent à choisir la voie de Bangassi et dm 
BéiédougoUy poor gagner le grand fleuve du Soudan. C'était 
presque la voie suivie par Mungo Park à son second voyage. 
Je n'ignorais pas qu'elle présentait de grands dangers, 
par suite de la révolte des Béléris (habitants du Bélédougou) 
contre le sultan Ahmadou. J'eus même toutes les peines du 
monde à empêcher mes âûiers de déserter en apprenant ma 
détermination. Mais je n'avais pas le choix et je ne voviais 
pas, oumme les voyageurs qui m^avaient précédé dans cette 
région, me laisser arrêter à Kita, pour reprendre la marche 
Ters le nord, ce qui m'interdisait raecès des vallées s«pé- 
rieures du Bakboy et du Niger. Goûte que coûte, je désirais 
Voir Bammako, pour savoir à quoi m'en tenir sur ce mar- 
ché auqu^ les Diuias Sarracolets accordaient une grande 
ûnportance. 

Vautre part,polir ne pas laisser inexplorés le Birgo,leMan* 
ding et snrtoot l^ourgoula, je prescrivis à M. le lieutenant 
yaOïëre, accompagné seulement de quelques hommes, de 
faire route sur Bammako par cet itinéraire. Je savais qa'H 
y avait péril à lancer ainsi isolément dans un [lays inconiiii 
Tun des officiers de la nyssion, mais je savais aussi que je 
pouvais compter sur la prudence et l'intelligence de M.Val- 
lière pour éviter les complications qui 'pourraient survenir 
pendant son voyage. D'ailleurs le dévouement et l'énergie 
de mes compagnons de route ne m'ont jamais fait défaut 
pendant cette rude campagne et c'est à leur concours absolu 
età Tunion qai n'a cessé de régner entre nous, que j'attri- 
bue en grande partie le succès de la mission. 



436 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 

Le 4 mai, la mission principale a?ec le convoi franchis- 
sait le Baoulé à peu de distance du village de Kondou. Elle 
entrait dès lors dans le Bélédougou. Les Bambaras, qui habi- 
tent celte contrée, font une guerre acharnée à Ahmadoa ; ils 
lui avaient enlevé, en dernier lieu, Timportante position de 
Guigué, isolant presque Ségou du Kaarta. Malgré leurs 
protestations d'amitié vis-à-vis des ambassadeurs français et 
les paroles pacifiques que je ne cessais de leur adresser, leur 
montrant que notre but était de les soutenir contre leurs 
ennemii< musulmans, ils ne purent résister au désir d'enle- 
ver mon convoi, dont ils s'exagéraient considérablement les 
richesses. 

Le 11 mai, au moment où la mission quittait le campe- 
ment de Dio, à 50 kilomètres environ au nord-ouest de 
Bammako, elle fut subitement assaillie par plus deioOO 
Bambaras, qui entourèrent en un clin d'œil ma petite 
troupe, répartie, en deux tronçons, à la tôte et à la queue 
du convoi, à une distance de 800 mètres Tun de l'autre. Le 
combat ncdurapas moins d'une heure, pendantlaquelleles 
spahis et les tirailleurs sénégalais firent des prodiges de valeur. 
Au lieu de se débander et de se disperser dans^ les bois, 
en cherchant à fuir le territoire bambara, ils se serrèrent 
autour de nous, obéissant avec le plus grand sang-froid â 
mes ordres et infligeant aux Béléris des pertes énormes. 
Ces trente braves, décimés et presque tous blessés, n'en 
réussirent pas moins, par les décharges répétées de leurs 
armes àtir rapide, à refouler nos adversaires, qui, en peu de 
temps^ voyaient 150 des leurs couchés sur le terrain. Plus 
heureux que le colonel Flalters, je parvins ainsi, après des 
efforts inouïs, à rejoindre la (|ueue de la colonne, où le 
docteur Tautain, cerné par plus de 500 Bambaras, avait vu 
tomber presque tous les tirailleurs qu'il avait ralliés autour 
de lui'. 

La grande majorité des ânes et mulets ayant été 
tués, j'ordonnai d'abandonner le convoi et de battre en 



MISSION DANS LE HAUT-NIGEH ET A SÉGOU. 437 

retraite sur le Niger. Laissant sur le terrain 14 tués et 
autant de blessés, je veillai avec le plus grand soin à ce 
qu'aucun de ces derniers ne fût abandonné entre les mains 
des fiéléris. 

Les sentiers n'existaient pas, les guides manquaient; le 
terrain était coupé de ruisseaux vaseux, de déchirements 
argileux ou rocheux, favorables aux embuscades. En outre, 
nous traversions par le milieu la chaîne de hauteurs qui 
formait la ligne de partage des eaux entre les bassins du 
Sénégal et du Niger. 

La retraite s'exécuta donc dans des conditions déplo- 
rables, et il est extraordinaire que les Béléris, qui, cachés 
derrière les arbres et les hautes herbes, tiraillaient sans 
cesse sur ma petite colonne, m'aient permis de parvenir 
à Bammakoy où je retrouvais MM. Yallière et Piétri. 

Les habitants de Bammako, intimidés par cet événement, 
meurent un accueil des plus ijroids, et loii) de songer à y 
laisser M. le docteur Bayol comme résident, je quittai 
immédiatement le village, eu longeant la rive gauche du 
Niger jusqu'à Nafadié, centre de population de Malinkés, 
où le lieutenant Yallière avait été parfaitement bien reçu 
pendant son voyage à travers le Manding. 

Notre situation était alors des plus difficiles. Tous nos 
bagages, toutes nos ressources avaient disparu; nous ne 
possédions plus ni munitions, ni médicaments. Nous 
ignorions donc l'accueil qui nous serait fait par le sul- 
tan Ahmadou, mécontent de nous avoir vus parvenir 
jusqu'au Niger par une voie qu'il interdisait aux voya- 
geurs. Après avoir pris l'avis de mes compagnons de route, 
je me décidai cependant à franchir le fleuve, pensant que 
mon retour vers le Sénégal, par les régions que je venais de 
traverser en protecteur, pourrait exercer une influence 
désastreuse sur les projets de la métropole dans le Soudan 
occidentaL Je désirais d'autant plus accomplir ma mission 
jusqu'au bout que j'étais informé que des émissaires, venus 



<â8 MiSSJON DAIIS LE EAOT-HIGER ET A. SCgOU. 

de la Gambie, étaient arrivés à Ségou dans l'mtention de 
détourner Ahoiadou de notre alliance. 

Le i&mai^ renvoyant le docteur Bayoll Saint-Louis, pour 
faire connaître tous ces événements au gouvemenry je fruh 
ehissais le Niger au gué de Tourella,eij 'effectuais ma route 
vers Ségou-Sikoro par la rive droite de ce fleuve, en terri- 
toire bambara, mais soumis au Sultan toucouleur. Je 
marchais rapidement, afin de surprendre Ahmadou et de 
L'empêcher de nous arrêter avant que nous fussions arrivés 
auprès de lui. Malgré la rapidité de ma marche que ralen- 
tissait nécessairement la fatigue de mes hoaunes et de 
mes animaux, ainsi que les soins à donner aux blessés, le 
Sultan^ toujours méfiant à Texcès, suivant son habitude, me 

m 

fit arrêter' tout d'abord aa village de Niansoinnah, puis, sur 
mes vives protestations, il me laissa arriver jusqu'au viifaige 
de Nango, à quelques lieues de Ségou. H m'assigna ce poiot 
comme résidence, jusqu'à ce qu'il fût sans doute mieux 
renseigné sur mes intentions. Il cbai*gea les populations 
voisines de fournir à la mission ce dont die aurait besoin. 
Nous restâmes pendant dix mois à Nan^, manqiiant de 
médicaments et de toute espèce de ressources, yisités jour- 
nellement par la fièvre qui faillit notamment enlever le 
docteur Tautain, exposés aux pluies de l'hivernage et re- 
doutant à tout moment les complications résultant de la 
situation politique de cette partie du Soudan. Nous dûmes 
ainsi patienter jusqu'à ce que le Sultaa Ahmadou voulût 
bien revenir de ses préventions à mon égard, eim'envoyer 
son premier ministre et ses fondés de pouvoir pour con- 
clure avec moi le traité de paix et de commerce dont j/t 
lui avais proposé les bases dès mon arrivée dans ses États. 
Le& aspirations des nations étrangères au protectorat do 
Niger me faisaient d'ailleurs un devoir de ne pas rompre 
avec le soo^verain nègre, tant que celui-ci n'aurait pas re- 
connu le droit de priorité qu'avait la France sur ces régions 
qui relient la Sénégambie au ooeur dui contiomit africain. 



MISSION DANS LB HAUT-NIGER ET A SÉGOU 439 

Les méftances d'Ahmadou et rexpérieDce des tentatives 
ponrsames autrefois dans le même but par Mage, pouvaient 
aa surplus me faire prévoir que je n'arriverais que difBcile- 
ment à un résultat sérieux et pratique, si je n'écartais les 
revendications du chef toucouleur, toujours prftt à réclamer 
rhéritage de son père El Hadj Oumar. Pour ces différentes 
raisons, je résolus de m'en tenir à une déclaration de prin- 
cipes, et de n'employer dans le traité que des termes vagues 
pour désigner les possessions du Sultan, de manière à ne 
pas froisser ses susceptibilités, sauf, pour ce qui nous con- 
cerne, à ne considérer comme territoires dépendant effecti- 
vement d'Abmadou, que ceux où il avait réellement des 
représentants. Mourgoula était le seul point qui fût dans ce 
cas sur la route conduisant de Médine au Niger; et encore, 
le véritable itinéraire de la future voie commerciale permet- 
il de tourner cette ville, de plus en plus isolée au milieu 
des peuplades malintcés qui l'entourent. 

C'est sur ces bases que fut cdnclu le traité du 3 novembre 
1880. 

Le ministre du Sultan, Séïdou-Diéylia, arriva en grande 
pompe à Nangopour les négociations dans les derniers jours 
d'octobre. 

Les palabres durèrent buit jours, etsilesBambaras du 
Bélédougou n'avaient réuni leurs guerriers pour marcher 
contre le grand village ouvert de Tamina, situé sur la 
rive gauche du Niger, nous aurions pu dès cette époque 
faire route vers le Sénégal. Mais Ahmadou qui ne possédait 
plus que ce village de l'autre côté du fleuve, dut aussitôt 
réunir son armée, ce qui ne demanda pas moins d'un 
mois, et aller camper à Fogni, en face de Tamina, jusqu'à 
ce que ce village eût été ceint d'une triple muraille en 
pisé. 

Nous ne perdîmes cependant pas notre temgs à Nango. Vi- 
vant au milieu des Bambaras, nous avons étudié les mœurs 
de cette race aussi robuste que travailleuse, en même 



440 MISSION DANS LE HlUT-NIGER ET À SÉGOU. 

temps que nous nous efforcions, à l'aide des voyageursSar- 
racolets qui passaient par Nango, de compléter les rensei- 
gnements géographiques que nous possédions déjà au sujet 
des territoires situés sur les bords du Niger, en amont et en 
aval de Ségou. 

Le 21 mars 1881, nous voyions enfin les portes de Nango 
s'ouvrir devant nous. Peu de jours auparavant, Ahmadou 
avait signé le traité, qui consacrait le protectorat de la 
France sur le Niger, dans la partie qui baigne les possessions 
des Toucouleurs. Je dois avouer encore, que si j'ai réussi 
àobtenirdu Sultan un document établissant nos droits de 
priorité sur le Haut-Niger, c'est que, grâce à Khabileté de 
mon interprète Alpha Séga, j'ai pU eùtourer cet article 
fondamental d'une série de dispositions qui ne peuvent 
en rien nous gôner dans l'accomplissement de nos pro- 
jets vers le grand fleuve du Soudan, mais qui ont eu 
pour objet de dissiper les méfiances du souverain nègre. 
Encore celui-ci n'a-t-il consenti à signer le traité qu'en 
mars 1881, alors que cet acte avait été déjà discuté et 
approuvé par les deux parties, au mois de novembre 1880. 
Il est vrai que, dans l'intervalle, l'occupation de Kita et 
Ta prise du village de Goubanko avaient de nouTeao 
réveillé les susceptibilités de ce chef ombrageux, détruit 
la confiance qu'il commençait à avoir dans mes paroles 
et même mis la mission dans le plus grand danger 
pendant deux ou trois jours. Il avait fallu toute la finesse et 
tout le dévouement des interprètes Alassane et Alpha Séga 
pour sortir de cette situation difficile et déterminer Âb- 
madou à revenir sur ses préventions et à signer même le 
traité conclu en novembre 1880. 

Pour notre retour, le Sultan nous donna des cheTaoi, 
des guides et des vivres. Nous revînmes par le Manding et 
le Birgo, en suivant l'itinéraire que le lieutenant Vallière 
avait pris en venant. De Niagassola, où les chefs du Man- 
ding s'engagèrent à placer leur pays sous notre protectorat, 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 441 

je détachai cet officier pour gagner Kita par la rive gauche 
du Bakhoy, de manière à faiçe connaître complètement la 
vallée de celte rivière, route naturelle du Sénégal au 
Niger. • , 

Le 5 ayrily nous pouvions saluer les couleurs françaises 
qui flottaient au-dessus du fort de Kita, construit par la 
colonne du lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes, à la suite 
d'une rude et brillante campagne. Nos efforts n'avaient 
donc pas été inutiles et avaient contribué à porter Tinfluence 
de notre patrie à 200 kilomètres à peine du Nifz^er. 

Le a mai 1881, après une navigation très pénible sur le 
Sénégal, nous parvenions à Saint-Louis, oti le Gouverneur, 
le conseil général, la chambre de commerce, la municipalité 
et les ofQciers de la garnison nous faisaient un accueil qui 
nous dédommageait amplement de nos fatigues et de nos 
privations. 

HAUT-SÉNÉGAL ET HAUT-NIGER 

Limites géographiques. — La région que la mission du 
Haut-Niger était chargée d'explorer, est située aux portes 
du Soudan qu'elle sépare de la Sénégambie. Mage, dans sa 
relation, lui donne le nom de Soudan Occidental. 

On peut lui attribuer comme limites les neuvième et 
seizième degrés de latitude nord et les sixième et quin- 
zième degrés de longitude à l'ouest de Paris. 

Ces limites sont évidemment très approximatives et Ton 
ne saurait en conclure qu'elles désignent un territoire 
présentant quelque unité au double point dç vue géogra- 
phique et politique. Elles servent seulement à indiquer 
l'ensemble des contrées que devra traverser la voie com- 
merciale projetée entre nos établissements du Haut-Sé- 
négal et le Niger, et qui' devront par conséquent entrer 
dans la sphère de notre action politique, au fur et à me- 
sure de nos progrès vers l'intérieur du Soudan. 



442 MISSION DANS L£ HADT-BIGISR ET À SteOU. 

EoTisagée à ce point de Tue, la région dont il s*agit est 
formée par les parties supérieures des bassins da Sénégal 
et du Niger. Elle comprend les anciens états malinkéset 
bambaras sur les ruines desquels se sont élevés les em- 
pires mosulmans fondés par la race peole, et notamment 
l'empire d'-Bl Hadj Oumar. Les principaux accidents géo- 
graphiques qui la délimitent sont : la Falémé à rooest, les 
montagnes du Fouta-Djallon et du Kong an sod. An nord 
et à Vestf elle a des limites fort indéterminées, d*an côté 
vers le Sahara, de l'autre vers l'intérieur dn Soudan, limites 
qui reculeront nécessairement, en même temps que s'éten- 
dront nos explorations qui ont désormais nne excellente 
base dans notre nouvel établissement de Kita. 

Par sa proximité de nos colonies du Sénégal et du GalN», 
par sa position géographique à cheval sur l'un des plus 
grands fleuves du continent africain, par la richesse et 
la variété de ses productions, la région que nous eoTisa- 
geons est l'un des pays qu'il importe le plus d'étudier. La 
mystérieuse Afrique est entamée aujourd'hui par plusieurs 
côtés à la fois. Toutes les nations européennes font les plas 
grands efforts pour ouvrir aux lumières de la civilisation 
ces contrées, restées si longtemps inexplorées et dans les- 
quelles de récents voyages ont montré un sol fécond, pa^ 
couru par de nombreux cours d'eau et qui n'attend qo'one 
intelligente mise en œuvre pour déployer les immenses 
richesses qu'il renferme. Or, le Sénégal et le Niger noos 
ouvrent précisément une porte vers le cœur du conti- 
nent africain, et grande serait notre incnrie si nous ne 
profitions pas des avantages que nous offre cette situatioa 
exceptionnelle ponr étendre notre influence dans • m» 
région qni semble, par sa position entre l'Algérie, le S^ 
négal et le Gabon, devoir devenir tôt ou tard une imoiense 
colonie française, présentant de vastes débouchés ans pi^ 
duits de notre industrie nationale. 

Aspect général — Au point de vue physique, la régios 



mSSIOII DAKS LB HAUT-NIGER BT ▲ SÉ60D. .443 

étudiée se présente sous ua aspect assex monotone. Elle 
noas offre on terrain fortement accidenté, couvert de hau- 
teurs importantes, ayant un commandement moyen de 50 
iiOO mètres au-dessus du ni?eau de la plaine. I^ plupart 
de ces élévations se présentent sous l'aspect d'un système 
confus de buttes et de collines déchiré par de profondes 
découpures et offrant une pente très raide ; plusieurs mdme 
sont taillées à pic. Les lignes principales de ces hauteurs 
sont séparées par des plaines légèrement accidentées quo 
la présence de nombreux marigots ou ruisseaux rend très 
propres à la culture. 

Le pays est couvert, en beaucoup d'endroits, d'une végé- 
tation touffue et dense consistant en baobabs, tamariniers, 
rbats, cail-cédrats, arbres à beurre et acacias aux épines 
fortes et recourbées, qui gênent considérablement la 
marche. Avant les guerres contre le prophète El Hadj 
Oumar, le terrain était, paratt-il, entièrement défriché, au 
moins dans ses parties planes ; mais, depuis cette époque, 
la population ayant été transportée en grande partie sur 
d'autres points, les bois ont couvert de nouveau la région. 
Cette dernière est donc généralement d'un accès très dif- 
ficile; coupée d'obstacles nombreux tels que hauteurs 
escarpées, ruisseaux au fond boueux et aux rives accorres, 
hautes herbes, arbres épineux,. elle est difficilement prati- 
cable et l'absence d'une grande voie de communication s'y 
fait vivement sentir. Il est à remarquer toutefois que le 
caractère boisé de la contrée cesse généralement aux en- 
virons des villages, où l'on rencontre presque toujours de 
^tes landes bien cultivées, preuve évidente de l'aptitude 
^ l'agriculture des habitants de cette partie du Soudan, 
dont le chiffre a été si malheureusement réduit par les an- 
ciennes guerres du prophète conquérant 

Vers les bords du Niger, l'aspect du pays se transforme, 
et Ton rencontre de belles plaines, immenses et fertiles, 
que bordent à l'ouest les montagnes du Manding, s'élevant 



444 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉCTOU. 

brusquement au-dessus de leur niveau, comme une mu- 
raille abrupte et difficilement praticable. 

Considéré d'une façon générale^ le terrain s'élève depuis 
Bafoulabé jusqu'au Niger. Entre le confluent du Bafinget 
du Bakhoy et le thalweg de la vallée du Niger à Bammako, 
la différence de niveau est d'environ 200 mètres. La plos 
grande altitude se rencontre dans le Manding à Kouma- 
khana, élevé d'environ 420 mètres au-dessus du niveau de 
la mer, Bafoulabé se trouvant à 100 mètres et Bammako 
à 330 mètres. 

Le paysage est monotone. Des marches entières s'effec- 
tuent au milieu des bois, en vue de lignes de hauteurs 
abruptes et couvertes d'une maigre végétation. 

Des villages aux huttes coniques de grosse paille, ou 
aux toits de boue supportée par des branchages; .des 
terres rougies par le soleil ardent; des sentiers à peine 
tracés ;çà et là, des groupes d'homme^ armés de leurs fusils 
à pierre, des femmes portant des calebasses pleines des 
produits de leurs champs, des troupeaux de bœufs, de 
moutons ou de chèvres, rompent la monotonie générale 
de la contrée. 

Pendant la saison des pluies, tout devient vert et riaol; 
mais durant la saison sèche, de décembre à juin, Tasped 
du pays redevient triste et brûlé. 

La saison des pluies commence dans les premiers jours 
de juin. Les pâturages verdissent, les arbres se couvreDl 
d'un épais feuillage, les récoltes poussent leurs longues 
liges de mil ou de mats, la végétation devient presque 
vierge, et n'étaient les dangereuses fièvres de cette sbjsou, 
un voyage à travers la région serait alors agréable et 
attrayant. 

Le reste de Tannée, le pays reprend, sous un soleil de 
feu, l'ap [carence brûlée des paysages africains, sauf toutefois 
sur les bords des cours d'eau et dans les bas fonds, où sere 
trouve la luxuriante végétation des pays intertropicaui. 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 445 

Orographie. — La région ainsi limitée et envisagée à un 
point de vue général, examinons maintenant son système 
orographique. 

Considéré dans son ensemble, le système orographique 
des pays situés entre Bafoulabé et le Haut-Niger, se rat- 
tache au nœud central du Fouta-Djallon, point d'origine 
commune de toutes les hauteurs qui, s'irradiant vers le nord. 
Test et l'ouest, forment les lignés de partage des bas- 
sins du Niger, de la Gambie, du Sénégal et des divers 
affluents de ces cours d'eau. Ce système s'étend sur un 
immense plateau qui présente depuis Bafoulabé jusqu'au 
thalweg du Niger une pente ascendante faible, mais à peu 
près constante, et qui s'incline d'autre part vers le nord- 
ouest. C'est à la surface de ce plateau que se dessinent, 
avec des contours généralement bien accusés, les divers 
groupes qui constituent l'ossature de la région sénégalo- 
nigèrienne. Ces groupes sont loin d'offrir les mômes carac- 
tères : tantôt ce sont de larges éperons d'un accès difficile, 
comme on les rencontre dans le Manding et le Bélédougou, 
entre les différents ruisseaux ou marigots affluents du Bak- 
boy ou du Baoulé; tantôt, ainsi qu'on peut le constater, 
surtout à Goniokori, à Kita, à Ouoloni, ce sont des massifs 
de roches ferrugineuses aui sommets isolés, jetés çà et là 
dans la plaine ou encore bordant de larges vallées aux 
terres fertiles, composées d'un mélange d'argile et de 
matières végétales et minérales variées, entraînées des 
sommets voisins par les torrents de la saison pluvieuse. 

Ces vallées à thalwegs sinueux se manifestent surtout par 
la présence de marigots et de torrents, compris entre des 
lignes de faite irrégulières, présentant des fouillis de hau- 
teurs isolées ou réunies en groupes, d'une élévation variable 
et suivant sensiblement la même direction. Les formes 
qu'elles affectent sont caractéristiques; le plus souvent 
leurs sommets sont aplatis et offrent une surface plane ro- 
cheuse, dénudée et de grande étendue, comme on peut le 



446 MISSION DANS LE HÂUT-NIGKR Vt A SftCM. 

constater en examinant les monts de Maka Gnian, Maka- 
denez, Gbniokori, Kita, etc. D'autres fois, ce sont des pics 
en forme de cônes ou de pyramides à lignes accentuées ; soa- 
vent même, leurs flancs sont à pic, limitant alors A'énoniies 
blocs cylindriques ou prismatiques de plusieurs kilomètres 
de tour, aux pieds parfois entourés de débris tombés des 
parties supérieures et rangés en talus à base argileuse, de 
telle sorte que chacun de ces blocs parait être enchâssé 
dans un socle très massif d'argile ratine par l'action des 
eaux pluviales. 

Lorsque le groupe se présente sous la forme d'éperon 
arrirant jusqu'aux cours d'eau qui baignent la région, il 
offre des sortes de cols qui sont les points de passage obligés 
des routes, mais le Sénégal ou ses afDuents ne limite que 
l'escarpement de ces masses rocheuses ; celles-«i, enefliet, se 
continuent à travers le lit du fleuve, qui présente alors des 
rapides et des chutes, et se relèvent sur la rive opposée pour 
offrir les mômes caractères. C'est ainsi qu'à chacun des 
groupes correspondent des obstacles dans le cours du Sé- 
négal ou du Bakhoy et que, sur l'une des rives, on ten- 
oonlre des accidents de terrain presque identiques à ceux 
de la rive opposée. 

J'insiste à dessein sur les caractères généraux dn relief 
de la région que nous avons explorée, afin de bien montrer 
qu'il n'y existe pas, comme l'a indiqué Mage sur sa carte, 
remarquable d'ailleurs à de nombreux points de vue, des 
lignes de faite régulières, continues et parfaitement dis* 
tinctes sur le terrain. En Afrique, comme dans loutpajs 
neuf, l'explorateur est forcé souvent .de procéder par induc- 
tion et d'appeler à son secours, pour déterminer la confi- 
guration complète des contrées qu'il parcourt, les obser- 
vations qu'il peut faire, notamment sur 4a pente des eaux et 
la nature géologique du terrain. Mais les contrées dn Haut 
Sénégal présentent un système orographique compliqué, et 
il serait peu conforme à la réalité de penser que les prin- 



MISSION DANS LE IUirr*NI6ER ET A SfiGOU. 447 

ci|Mtox afDueDts de ce fleuve, tels que le Bafing, le Bakhoy 
et le Baoulé forment des vallées nettement séparées Tune 
de l'autre. 

Le point culminant de fa région se trouve au pic de Koa- 
makhana, situé auprès du village de ce nom. Élevé de 
300 mètres environ au-dessus du niveau de la plaine, à la- 
quelle les observations barométriques^ ont fait attribuer 
une cote de 450 mètres, il sert de point d'origine aux 
Maaditétékrou ou monts du Manding, qui, dirigés vers le 
nord-esl, séparent le bassin du Sénégal de celui du Niger. 
Ces hauteurs, d'une élévation moyenne de 200 mètres au- 
dessus de la plaine, forment une véritable muraille qui 
laisse à peine entre elle et le Niger une largeur de quelques 
kilomètres. A BaïQmako, la distance entre le pied de la 
chaîne el le lit du fleuve est de 2 kilomètres à peine. Cette 
ceiature rocheuse, courant parallèlement au Niger, va 
mourir près de Yamina, à peu de distance de Ségou- 
Sikoro. 

A partir du village de Nafadié, la ligne de partage pre- 
nant la direction du sud-ouest, produit ainsi un élargisse- 
ment de la vallée du Niger. Entre le pic de Koumakhaoa et 
ce fleuve, on compte, en ligne droite, suivant un parallèle, 
une cinquantaine de kilomètres. Au delà de Roumakhana, 
la ceinture du bassin nigérien est constituée vers le snd, 
par des collines rocheuses peu élevées et désordonnées qui, 
par le Bouré, vont rejoindre le nœud central du Fouta- 
DjalloQ. 

Les bassins du Sénégal et du Niger communiquent entre 
eux à Koumakhana, par le col de Sana Morella qui permet- 
trait à une voie de communication de s'élever insensiblement 
jusqu'au plateau de Naréna, point culminant de la ligne de 
partage des eaux. Des mares étendues couvrent le plateau 
qui s'incline vers la vallée du Niger, où l'on parvient en des- 
cendant des terrasses successives terminées par de brus- 
ques ressauts; la dernière est une muraille verticale de 



448 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 

30 mètres. La penle générale est assez faible, puisque entre 
Naréna et Tabou, le premier village de la plaine, oq 
compte à peine une différence de niveau de 100 mètres 
pour une distance de 35 kilomètres. 

Du pic de Koumakhana, la chaîne de Manditétékrou se 
continue vers l'ouest, et sépare les eaux du Bakhoy de celles 
du Bandingho. Jusqu'à Niagassola, sur une longueur d'en- 
viron 55 kilomètres, elle se présente encore d'une manière 
distincte, formant une muraille rocheuse à peu près infru- 
chissable entre le Mauding et le Bélédougou. On y remarque 
le pic de Fienkrou, d'une altitude de 680 mètres. Mais ao- 
delà de Niagassola, vers Mourgoula et Kita, la chaîne s'é- 
largit, jette des ramifications de tous cotés et constitue aoe 
sorte de massif qui vient se terminer à quelques kilomètres! 
peine des bords du Bakhoy d'une part,du Bandingho d'aotre 
part. Le terrain devient ainsi d'un accès difficile, et je ne 
pense pas qu'une route à tracer entre Kita et le Niger trouve 
sa voie à travers cette région. .C'est pour cette raison qu'à 
mon retour de Ségou, j'avais prescrit à M. le lieotenant 
Vallière de rejoindre Makandiambougou par la rive gauche 
du Bakhoy, afin d'examiner si le Gadougou se prêtait mieux 
aux exigences de construction tl'une voie ferrée entre Kitaet 
Niagassola. M. Vallière avait pu se convaincre que la valléeda 
Bakhoy conservait une largeur variable de 6 à 10 kilomètres 
et dont le cours d*eau occupait sensiblement le milieu, lais- 
sant de chaque côté une plaine d'un parcours difficile alors 
en raison des broussailles, des hautes herbes et des forêts, 
mais que de simples déboisements rendraient aisément pra- 
ticable. Le sol de ces deux plaines est ferme et la surface 
régulière. Les berges de la rivière sont élevées de plusiem^ 
mètres et présentent de profondes ravines qui crevassent la 
plaine. Aussi, dans le tracé d'une voie de communication pour 
desservir cette vallée, faudra-t-il se maintenir, sur la rive 
gauche comme sur la rive droitOi à 1000 ou 1500 mètres da 
cours d'eau, là où les ravines commencent. La vallée vaut 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÊGOU. 449 

évidemment mieux que les hauts plateaux du Birgo, vers 
Mourgoula^où la construction d'une voie de communication 
offrirait de grandes diffîcultés. 

Au-delà de Kita, on ne trouve plus, entre leBakhoy et le 
Baoulé, aucune ligne de hauteurs distinctes. Le massif pré- 
sente les caractères généraux que nous avons déjà signalés 
et nous offre un mélange de plateaux arides et pierreux, à 
pente roide, séparés les uns des autres par des vallées étroites 
et verdoyantes. 

Le tableau ci-dessous donne un relevé des hauteurs des 
sommets les plus importants et des principaux points situés 
sar l'itinéraire suivi par les divers officiers delà mission. Ces 
hauteurs ont été prises à l'aide d'un excellent petit baromè- 
tre anéroïde, sortant des ateliers de H. Ducray-Ghevalliery 
el qui n'a cessé, pendant toute la durée de l'expédition, de 
donner des indications aussi exactes que possible, lesquelles 
ont été, bien entendu, corrigées des erreurs de température: 



Mètres. 

Bafoolabc 106 

Kal^ 113 

Siakalé-Gréa 115 

Sottnta 140 

Soukoutaly 145 

fiadoumbé 155 

FaigaUa 158 

Ooé de Toukoto 1C5 

Kobaboulinda 205 

Nanif de Badoûgou AtO 

Gooiokori 215 

Manambougou 260 

Sérinafera 298 

Boudovo 326 

Makandiambougou S.'tO 

SiUkoto 360 

Mourgoula 365 

Roukouroni 375 

KcdeKroudian 6«0 

^iagassola 400 

Balaodougou 300 

Pic de Fienkrou 600 

Rivière de Balanko 400 

PicdeKoumakhana..^ 750 

Koumakhana *. .. 440 



Mètres. 

Narena 420 

Crôto de la ligne de partage 
des bassins du Sénégal et du 

Niger 460 

Tabou 365 

Roches du Manaouic* 550 

Sibi 360 

Nafadié 360 

Thalweg du Nijrcr 330 

Tadiana 335 

Darani 340 

Kobil.:* 335 

Niagué 350 

Mont Til.i 470 

Dioumansonnnh 320 

Fongani 350 

Koni 338 

Gonindo 331 

Sanankoru 342 

Niansonnnli 311 

Soia t 295 

Nango «. 288 

Marena 345 

Montagnes de Bangassi 560 

Kondou 310 



soc. DE aÉO«R. — 3* TRIMESTRB 1889. 



m. — 29 



450 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET À SÉGOU. 

Mètres. Vètm. 



Thalweg duBaouIé 290 

Guisoomalé % 321 

Ouoloni 385 

Guinina 364 



Nolobougou ttS 

Soknafi 555 

Bammako 33! 



Examen des différents itinéraires suivis par la mi$sm 
et étude de la voie commerciale à établir entre le Haut-Kig^ 
et le Sénégal. — L'examen détaillé des différents itinéraires 
que nous avons suivis pour parvenir au Niger, nous éclai- 
rera sur la nature de cette région que nous venons d'éto- 
dier dans son ensemble, en môme temps qa*il nous permettra 
d'apprécier les conditions dans lesquelles pourra s'exécoter 
la voie de communication projetée. 

Bafouiabé au gué de Toukoto. — Le Bakhoy. à partir de 
son confluent avec le Bafing et jusqu'au point où il reçoit 
les eaux du Baoulé, suit une vallée, de 3 à 5 kilomètre«,di' 
rigée sensiblement de Test à l'ouest; elle est bordée decba- 
quecolépardes massifs montagneux dont les flancs, dépoaii- 
lés et très abrupts, sont à peu près parallèles au cours d'eau 
jusqu'à Badoumbé, où les monts de la rive droite rernootent 
vers le nord, tandis que ceux de la rive gauche s'inflé- 
chissent vers le sud-est. La ligne montagneuse de la rive 
gauche s'ouvre fréquemment pour donner passage à de pe- 
tits affluents du Bakhoy, et jette sur Kalé, près de Niakalé- 
Ciréa et en avant de Solinta, des rameaux plus ou moins 
élevés, qui dans les deux premiers points, à Kalé et à Nia- 
kalé-Ciréa, barrent complètement la vallée, et dans le troi- 
sième, forment un simple étranglement. Les prolongement^ 
des croupes terminales de ces rameaux montagneux §£ 
poursuivent jusque dans le lit de la rivière où ils consti- 
tuent des barrages et des chutes qui maintiennent les eaux 
dans les biefs supérieurs. Sans ces chaînons qui viennent ^ 
placer ainsi* en travers de la vallée et de la voie projetée, H 
n'y aurait eu sur tout le trajet de la route, que des terrasse- 
ments insignifiants. 



MISSION DA.NS LE HAUT-mCER ET A SÉGOU. .451 

Sar la rive droite, les monts Naré et le Nouroukrou limi- 
tent la vallée da Bakhoy, à peu de distance du cours de cette 
rivière. Le Nouroukrou présente cette particularité qu*il 
s'est formé, sur les plateaux qui le surmontent, un groupe 
de sept beaux villages, bâtis sur un terrain fertile et bien 
arrosé. 

De Bafoulabé à Fangalla, la construction de la route 
projetée ne présentera pas de difficultés insurmontables. 

Ëotre le confluent du Bafing et du Bakhoy et le village de 
Kalé, sur une longueur d'environ 20 kilomètres, le terrain 
est uoe argile fortement mélangée de silice et recouverte 
d'une végétation arborescente et broussailleuse au milieu 
de laquelle se dressent quelques beaux arbres, tamariniers, 
baobabs, cail-cédrats, etc. La route, en se maintenant à la. 
limite des plus hautes eaux du Bakhoy, limite à peu près 
suivie par le sentier actuel, donnera lieu à peu de travaux 
de terrassements et tout se bornera au déboisement et à un 
simple régalage. Dans ce trajet, on traverse dix petits cours 
d'eau à sec pendant la saison sèche, et vaseux au moment 
des pluies. Ces cours d'eau se sont creusé des lits assez 
profonds qui nécessiteront des ponts avec rampes d'accès. 
La petite rivière de Kalé, qui contient de l'eau toute l'année, 
mais dont les abords sont très faciles, demandera également 
la construction d'un pont de 10 mètres de long au plus. 

C'est à Kalé que l'on rencontre le premier obstacle 
important : le Besso, mont terminal d'un chaînon détaché 
des massifs du Gangaran, vient se baigner jusque dans le 
Bakhoy. Le sentier actuel chemine difficilement sur le flanc 
presque à pic de la montagne, au milieu de blocs de toutes 
dimensions qui roulent à chaque instant du haut des 
talus. Le convoi de la mission a éprouvé de grandes 
difficultés dans ce mauvais passage dont la longueur totale 
est de moins d'un kilomètre. On pourra le franchir, soit 
an moyen d'une tranchée creusée à flanc de coteau dans 
un roc assez dur, soit en établissant la chaussée sur 



7^BaJâu>yR . ^ 



---^^yfH 




CoTi^e du mur de soyienemcnl 



452 MISSION DANS LE HAUT*NIGER ET A SÉGOU. 

un mur de soutènement remblayé en arrière. On devra 
aussi, pour garantir la complète sécurité delà nouvelle voie, 
faire rouler du haut des talus certaines roches qui sur- 
plombent et menacent de s'ébouler prochainement. Ce 

sérieux obstacle fran- 
MoidBesso chi, on arrive à Nia- 

kalé-Ciréa, à 7 kilo- 
mètres plus loin, sans 
rencontrer autre cho- 
se qu'un ravin aisé à 
traverser et deux o a 
trois ruisseaux insi- 
gnifiants. Le reste da 
terrain est d'un accès 
très facile et le déboi- 
sement lui-même se 
fera à peu de frais. 

À un kilomètre aa 
delàdeNiakalé-Giiia, 
un nouveau chaînon 
peu élevé (50 mètres environ) mais à base large, vient 
couper la vallée du Bakhoy, en se prolongeant au delà du 
village de Tuba, jusqu'à la rivière qui a dû faire un coude 
très prononcé vers le nord pour se frayer un passage. Les 
indigènes prétendaient tout d'abord que le convoi nepoar- 
rait franchir Ce rempart rocheux, et que nous serions obligés 
de continuer notre marche par la rive droite; mais, en in- 
terrogeant nos guides, il nous fut aisé d'apprendre que ces 
indications étaient fausses et qu'un passage praticable que 
Ton avait voulu nous cacher, existait dans la montagne. En 
effet, une véritable brèche naturelle, de 80 à 100 mètres de 
largeur, traverse la chaîne de part en part entre deux mu- 
railles verticales. Pour arriver à celte brèche, il suffira de 
faire sauter quelques bancs de roches placés en travers du 
chemin, au pied de la rampe d'accès. Sur les 4 kilomètres 




LeBAkhojK 



MISSION DANS LB BàUT-RIGER ET A sCgOD. iSS 

de parcours daos la oiontagne, il n'est pas plus de500 mètres 
qui nécessiteDt des travaux de déblais dans les roches. L« 
col franchi, on déboache dans une petite vallée d'accès fa- 
cile, mais traversée par deux cours d'eau : le Balou et le Do- 
kou, qui ont creusé deux ravins profonds de 3 à 4 mètres et 

Cotipe di; la brèche en avant de Balou 



larges de 8 à lOmëlres, sur lesquelsil faudra jeter deux ponts. 

Après le Dokou, il faut gravir une rampe très rocbeuse 
et assez brusque, donnant accès sur un vaste plateau qui 
Dï demandera presque pfis de travaux ; cette rampe présen- 
tera quelques diTAcultés. On arrive ensuite au delta du 
Bagna-Oulé où il faudra jeter deux ponts de 20 & 30 mètres 
snr les doux bras de la rivière. De ce dernier point au 
village de Solinta,il n'y a qu'à noter lepassage de cinq petits 
ruisseaux, à sec presque toute l'année. La dislance de Nia- 
kalé-Ciréa h Solînta est de 10 kilomètres j il représente! 
DOS yeux le trajet le plus difficile et le plus dispendieux 
jusqu'à Kita. 

De Solinta à Soukoutaly, la roule circulera sur un bon 
lerrain argileux, peu boisé et peu ondulé; 17 kilomètres de 
parcours, avec douze petits ruisseaux et deux petites ri- 
vières de 8 à 10 mètres de largeur. 

Entre Soukoutaly et Badoumbé, on compte ISkîlomètres 
de bon cbemin ; il faut passer cinq ruisseaux à sec et deux 
rivières de 10 à 15 mètres de largeur. 



454 MISSION DANS LE BAUT^IGER ET A sSGOU. 

Au delàdeBadoombé, la vallée s'étargit coDsidérablement 
et devient plus ondulée. Le Bakhoy décrit, vers le nord, un 
arc de cercle et le chemin actuel, pour rejoindre Fangalla, 
suit à peu près la corde de cet arc, à travers des ondulations 
assez accentuées. La route projetée pourra s'écarter de cet 
itinéraire et se rapprocher de la rivière où elle trouvera des 
accidents de terrain moins prononcés. La longueur du tra- 
jet, par le sentier que nous avons suivi, est de 13 ^>y 500 mè- 
tres ; en suivant le Bakhoy, il sera un peu plus long, mais 
on trouvera probablement moins de terrassements à exéca- 
ter. Les obstacles rencontrés sont huit ruisseaux, insigni- 
fiants pour la plupart, et trois rivières à lits encaissés dans 
des berges argileuses et d'une largeur de 10 à 15 mètres. 

Fangalla est naturellement désigner pour servir d'emplace- 
ment au fortin ou à l'un des deux fortins^ qui relieront 6a- 
foulabé à Kita. Au point de vue topographique, il remplit 
toutes les conditions désirables. Un plateau «argileux, situé 
à peu de distance de la rive droite du Bakhoy et dominant 
de 15 mètres environ le cours de la rivière^ fournit une posi- 
tion favorable à la construction du poste et de ses dépen- 
dances, tels que magasins, écuries, jardins, etc. Au milieu 
du Bakhoy, les deux grandes îles de Bauta-Gougou et de 
Gougou Ba, oh étaient autrefois construits les villages de 
Fangalla, sont fertiles et verdoyantes. Aux eaux basses, an 
gué établit la communication entre ces îles et la rive droite. 
Les abords de Fangalla renferment les ressources néces- 
saires aux constructions, des carrières de grès, des arbres 
de 15 à 20 centimètres d'équarrissage, . tels que les cai!- 
cédrats. Mais, xe qui constitue surtout la supériorité de 
Fangalla sur Badoumbé ou les autres villages environnants, 
c'est que Fangalla a une histoire: les Sfalinkés de h 
contrée connaissent tous ce lieu, qu'ils regrettent de ne 
plus pouvoir habiter par crainte des razzias des cavaliers 
toucouleurs de Diala ou de Kouniakary. A la suite de la 
défense, mémorable dans le pays, de Fangalla contre le pro- 



MISSION DANS LB HAUT-NIGER ET A SÉ60U. 455 

phëte El Hadj Oumar, les habitants' s'étaient dispersés aux 
environs, à Badoumbé, àFatafin, dans le Bambouk, etc'est à 
Fangaila seulement qu'ils consentiraient à se rallier de nou- 
veau sous la protection d'un poste français. 

De plus, Fangaila se trouve aux portes du désert du Fou- 
ladougou, et il est indispensable de le repeupler pour pouvoir 
y construire un gîte d'étapes et une base secondaire de nos 
opérations dans le haut pays. Enfln^ il présente Tavantage 
d'être à peu près à mi-chemin entre Bafouiabé et Kita. 

De Fangaila au gué de Toukoto, le sentier actuel mesure 
près de 30 kilomètres; il traverse les solitudes giboyeuses 
du Farinboula, sous une forêt dont les arbres sont clair- 
semés et qui offre des clairières étendues. Le terrain est 
constitué par un plateau peu élevé où Ton rencontre peu de 
roches; il est coupé par six ruisseaux peu importants et 
quatre rivières, dont les lits sont à sec en saison sèche et 
ne dépassent pas 10 mètres.. La traversée d^ cette contrée < 
occasionnera peu de travaux dispendieux. 

En résumé, de Bafouiabé au gué de Toukolo, la roule 
projetée, sur un trajet de 120 kilomètres, croisera qua- 
rante-sept petits ruisseaux dont la moitié au moins sont 
absolument insignifiants, et quinze petites rivières parmi 
lesquelles le Bagna Oulé est la seule qui présente une 
certaine importance. Quant aux travaux de terrassements, 
nous avons indiqué les points difficiles; on trouvera sans 
doute qu'ils sont peu considérables en regard de la grande 
longueur de cet itinéraire. 

Gué de Toukoto à Goniokori. — Passons maintenant à 
la section de Toukoto à Goniokori. 

Le gué de Toukoto est situé sur le Bakhoy, à 10 kilo- 
mètres environ au sud du confluent de cette rivière avec le 
Baoulé. A partir de ce confluent, la vallée du Bakhoy s'in- 
fléchit brusquement vers le sud-sud-est en se rétrécissant de 
plus en plus jusqu'à Goniokori, où les massifs du Gangaran 
se rapprochent de ceux de la rive droite, au point de ne 



456 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 

laisser à la rivière qu'un lit étroit et rocheux.' En amont eten 
aval de Toukoto, le Bakhoy coule entre des berges d'argile 
très élevées sur une largeurde 150 à 200 mètres; mais vis-à- 
vis du guéy l'aspect change. ïLe passage est constitué par un 
banc de roches qui pavent irrégulièrement le fond du lit en 
le surélevant considérablement; aussi, les eaux étalées oot- 
ell^ft formé deux bras séparés par une île étroite. De plus, 
elles ont érodé profondément les rives, principalement à 
droite, où elles ont créé un grand cirque entouré d'uoe 
umraille argileuse, haute de 5 à 8 mètres. Au moment des 



Prof3. Au &ué de Toukoio 
17e êdJxhéLsscs eaxa. 




fàrui dà Ut à^à/^00 / 



grandes pluies, Tile et le cirque sont recouverts ar l'inonda- 
tion, et la largeur de la rivière est portée à 4 ou 50O mètres. 

Ainsi qu'on le voit, le passage du Bàkhoy constitue ud 
obstacle de premier ordre. Sans doute^ le peu de haulear 
d'eau en saison sèche et la présence à fleur d'eau de roches 
très résistantes faciliteront la construction de piles en ma- 
çonnerie, mais le pont à établir sur ce point n'en sera pas 
moins un travail considérable. Peut-être aura-t-on intérêt à 
continuer !a route sur la rive gauche et à passer le Bakhoy 
en amont, vis-à-vis Koré-koro, où la rivière est beaucoup 
plus profonde, mais où sa largeur n'est pas, dit-on, de pins 
de 200 mètres ? 

Le Bakhoy franchi, la route circulera jusqu'à Goniokori, 
situé à 27 kilomètres du gué, sur un terrain des plus faciles, 
au milieu d'une belle forêt, coupéede grandes surfaces cul- 
tivées. Notons cependant les passages de 6 ruisseaux in- 



MISSION DANS LE HAUT-NIGGIl ET A SÊGOU. 457 

signifiants et celui du Kobaboulinda, rivière de 20 à 30 mè- 
tres de largeur, coulant au fond d'une assez forte dépres- 
sion. Il y aura également à faire déblayer quelques roches 
en avant des villages de Badougou et dé Ouaro. 

A Goniokori, la vallée du Bakhoy est entièrement barrée 
par un vaste plateau rocheux de 25 mètres environ d'éléva- 
tion au dessus de la plaine. Les flancs de ce singulier pou- 
Tement de terrain sont complètement verticaux, et lorsqu'on 
est parvenu à les gravir, en s'aidant de toutes les aspérités 
des rochers, on se trouve sur une surface à peu près hori- 
zontale, dallée de blocs énormes, séparés par de larges et 
profondes fissures. La rivière débouche de cet étrange massif, 
à travers une gorge de 80 à 100 mètres de Margeur, bor- 
dée de murailles rocheuses surplombant les eaux. Le peu 
d'espace laissé, aux eaux basses, entre les rives et les pieds 
des murailles, est absolument obstrué par des blocs de 
toutes dimensions, provenant des éboulements, et par une 
végétation des plus inextricables ; aussi les indigènes eux- 
mêmes renoncent-ils à s'aventurer dans cette gorge, et on ne 
pourra reconnaître celte partie du cours du Bakhoy qu'au 
moyen d'une- solide embarcation. 

Cet obstacle, qui a déjà arrêté Mungo Park en 1805, oblige 
toutes les voies de communication existantes à se replier à 
l'est; la route projetée devra en faire autant pour atteindre 
Kita. La région que l'on est ainsi tenu de traverser est plus 
accidentée que ce que nous avons vu de la vallée du Bakhoy. 
On coupe plusieurs petits affluents de cette rivière, qui sont 
séparés les uns des autres par des chaînons rocheux ou de 
fortes ondulations. Néanmoins, il sera relativement facile 
d'y faire passer une bonne route sans grandes dépenses. 

Goniokori à Kita. — De Goniokori à Manambougou, sur 
Î500mètres,i! n'y aurait d'autres travaux quepourle passage 
de deux petits ruisseaux et Tenlèvement de quelques roches 
roulant au pied du Gotékrou. 

Manambougou est situé auprès d'une petite rivière qu'il 



i58 MISSION DANS tE HAUT-NIGBR ET A SÉGOD. ' 

faudra franchir sur un pont de 8 à iO mètres. Au delà de 
ce passage se dresse une rampe rocheuse d'un accès diffi- 
cile : sur 450 mètres, on s'élève de plus de 25 mètres. Cette 
rampe conduit dans un col très praticabie^mais où il faudra 
néanmoins déblayer quelques roches. Un peu avant la ri* 
vière du Disoumalé, une nouvelle rampe rocheuse, moins 
importante que la première, nécessitera quelques travaci 
de déblai assez considérables. De ce dernier point jusqu'à 
Makandiambougou (Kita), il n'y aura d'autres terrassements 
notables que quelques déblais dans le petit col du Ouolokroa« 

Gomme ouvrages. d'art, on aura la construction de ponts 
de 15 à 25 mètres sur les rivières de Disoumalé, Kégnéko, 
Bankollé, Sérinafara etiDélikobafata, etla traversée de trois 
ou quatre ruisseaux peu importants. 

Dans le trajet de Goniokori à Kita, la route aura de plDs 
fortes pentes que dans les sections précédentes, mais les dé- 
penses seront peu élevées eu égard à la distance parcouitie, 
qui est de 44 kilomètres. 

Exploration de la vallée du Baoulé. — La carte do Sou- 
dan occidental par Mage indiquait d'une manière inexacte 
l'hydrographie des vallées du Bakhoyet duBaôulé. Ce voya- 
geur qui, de Bafoulabé, avait remonté le Bafing j usqu'à Koan- 
dian, pour de là gagner Kita en droite ligne par le Gangarso, 
avait franchi le Bakhoy à quelques lieues plus bas que Go- 
niokori. De Kita, son guide toucouleur l'avait coatraint à 
se diriger vers le nord, et il avait franchi un nouveau cours 
d'eau, qu'il dénomme Bakhoy n"^ 2 et qui, près du point de 
passage, recevait de l'est un affluent, dont il fait une bran- 
che du Bakhoy formant une île, ainsi qu'il Ta dessinée sur 
sa carte. Il affirme ensuite, sur la foi des reaseignemenls 
qu'il a pu se procurer, que ce cours d'eau ne peut venir 
plus de Test que le Bakhoy et parallèlement à lui, puisqu'en 
allant de Bangassi au Niger, on ne le traverse plus. Il y ali 
une erreur manifeste que l'exploration de la région, dans 
trois directions différentes, nous a permis de rectifier. 



MISSION DAMS LE HAUT-NIGER ET A SÉ60U. 459 

La reconnaissance de M. le lieutenant Piétri que j.e dé- 
tachai au gaé de Toukoto, avec mission de déterminer le 
confluent du Bakhoy et de Tafiluent de droite qu'il recevait 
à quelque distance en amont deFangalla (le Bakhoy n* 2 de 
Mage), et de suivre ensuite la vallée de ce dernier cours 
d'eau, de manièteà en déterminer entièrement la direction 
et l'importance, a surtout permis de faire la lumière sur le 
système hydrographique de cette contrée. 

Le nom de Bakhoy n"" 2 que Mage a donné à cette rivière 
ne peut lui être conservé. Tous les voyageurs africains sa- 
vent combien les noms des accidents géographiques sont 
changeants dans ce vaste continent. La langue des indi- 
gènes est généralement pauvre et les dénominations sont peu 
variées. Ainsi, dans lapartie du Soudan occidental que nous 
considérons, chaque village pour ainsi dire dénomme les 
cours d'eau à sa façon, le plus souvent d'après la couleur des 
rives ou celle des eaux. Le Bakhoy n""! porte les noms de 
Bakhoy, Ouandan ou Badié; te Bakhoy n"" 2 s'appelle aussi 
Baoulé, Babilé, Badié, suivant le village qu'il traverse et 
suivant les saisons. 

Au milieu de tous ces noms, les plus connus et ceux qu'il 
est évideniment nécessaire de faire adopter par les géo- 
graphes sont ceux de Bakhoy pour le Bakhoy n* 1 de Mage, 
et de Baoulé pour le Bakhoy n** 2. 

A première vue, au point de rencontre des deux cours, il 
semble que le Baoulé soit le plus important. En effet, son 
lit, large de 180 mètres, qui contient une eau calme et pro- 
fonde, lui donne Tapparence d'un véritable fleuve, tandis 
que le Bakhoy arrive au confluent en roulant sur de larges 
roches plates, semblable à un grand ruisseau. Un gué où 
l'eau présente une hauteur d'à peine 50 centimètres, met 
en communication les deux rives du Bakhoy. En outre, le 
Bakhoy, arrivé au confluent presque à angle droit sur le 
Baoulé, y change brusquement de direction, pour suivre 
celle de son affluent. Cependant, un examen attentif du 



460 MISSION DA5S LE HAUT^RIGER ET A SÉGOU. 

confluent et de la contrée environnante permet de conclnre 
que c'est au Bakboy que revient le rang de cours d'eau 
principal. Car, au confluent même, le débit du Bakhoy est 
à peu près triple de celui du Baoulé.De plus, à 2 kilomètres 
à peine du confluent, le Baoulé change complètement d'as- 
pect. Ce n'est plus la belle rivière, qui parait si importaoté 
au point où elle mélange ses eaux à celles du Bakhoy; c'est 
un vrai ruisseau, coulant dans un lit parsemé de rochers, 
avec quelques biefs à eau profonde, peu étendus et peu- 
plés d'hippopotames. L'exploration de la vallée du Baklioj 
dans leManding et (]e celle du Baoulé dans le Fouladoogou, 
confirme encore cette appréciation. 

L'examen de la carte jointe au présent travail montre 
maintenant quelles sont les causes de l'erreur commise par 
Mage, lorsqu'à son départ de Kita, il franchit son Bakhoy 
n"" 2. Ce qu'il prenait pour une branche du Bakhoy n'éuii 
autre chose que le Baoulé, qui décrit dans le Kaarta on im- 
mense arc de cercle, et que notre itinéraire a coupé à deux 
reprises différentes : une première fois, à 2 kilomètres de 
Kondou, oîi il forme encore une jolie petite rivière d'uoe 
vingtaine de mètres de large et qui, aux hautes eaux, ddt 
être très profonde ; une deuxième fois, auprès de Dio, où il 
fut choisi parles BambarasduBélédougou, pour nous dresser 
Tembuscade qui faillit compromettre le succès de la mission. 

Quant au cours d'eau que Mage a vu se joindre auBaoolé, 
il n'y a pas de douteque ce soit un affluent de cette de^ 
nière rivière. Il est bien moins important que celle-ci. Soa 
lit est étroit, ses rives sont hautes et escarpées. Le Baoolé 
au contraire est large de plus de 80 mètres, et contient même 
un ilôt que les eaux d'hivernage n*ont pu emporter. En 
outre, les indigènes des villages les plus proches, deKou- 
roundingkoto, par exemple, conservent au Baoulé son nom, 
en amont de son confluent avec le ruisseau qu'ils appellent 
Banlindingho, ce qui veut dire petite rivière, et qu'ils dé- 
nomment ainsi par opposition au Baoulé. 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 461 

Après ces préliminaires qui expliquent pourquoi j'avais 
prescrit à M. le lieutenant Piétri d'explorer la vallée du 
Baonlé pour me rejoindre ensuite à Kita, Je vais dire quel- 
ques mots de . l'itinéraire suivi par cet t)fficier. J'ajouterai 
du reste qu'il devra être écarté, en tant que voie vers le 
Niger; car^ outre que le terrain y présente sensiblement 
plus de difficultés que dans l'itinéraire précédent, il a de 
plus l'inconvénient de s'éloigner de la route naturelle du 
grand fleuve, que des considérations aussi bien topogra- 
phiques que politiques commandent de faire passer par la 
vallée du Bakhoy^ de manière à atteindre le Niger le plus 
haut possible. 

Si la voie projetée, franchissant le Bakhoy aux -approches 
du confluent, voulait ensuite emprunter la vallée du Baoulé, 
poursuivre jusqu'au Niger la dépression indiquée sur notre 
carte et qui constitue le thalv^eg naturel du Sénégal, elle 
trouTerait tout d'abord un terrain plat, couvert de bois peu 
épais. En certains endroits, des ravines profondes, aux bords 
escarpésetrocheux,d'unegrande largeur, forcent de quitter 
les bords de la rivière et de cheminer à une certaine dis- 
tance de celle-ci. A 40 kilomètres environ du confluent, un 
massif important, avec une direction générale nord 20° ouest, 
barre complètement la vallée. Il a une hauteur moyenne 
de!2Û0 mètres et la rivière baigne son pied pendant 5 kilo- 
mètres environ. Le confluent du Baoulé et du Banlindingho 
se trouve à 60 kilomètres du point où le premier se jette 
dans le Bakhoy. D'après M. Piétri, il y aurait entre Fangalla 
et ce confluent une différence en longitude de 35'7'. 

Au delà de ce confluent, le terrain se présente toujours 
Avec les mêmes caractères. Il est couvert de bois, consistant 
surtout en baobabs, cail-cédrats et roniers et parsemé de 
profondes ravines. C'est au village de Sambabougou, à 20 
kilomètres du confluent, que M. Piétri arrêta son explo- 
ration; mais avant de reprendre la route de Kita en suivant 
la rive droite du Banlindingho, il put examiner les hauteurs 



462 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 

avoisinaoXes et se faire une idée de la vallée du Baoulé. A 
partir de Sambabougou, ce coars d'eau suit une direction 
ouest 20^ sud; puis, à 50 kilomètres environ, il change 
brusquement de directiou, remonte vers le sud, passe prèsde 
Kondou et vient prendre sa source derrière Bammako. 

Ainsi que je Tai déjà dit plus haut Je ne pense pas queron 
puisse songer à établir une voie de communication par le 
Baoulé pour arriver au Niger vers Ségou, car le pays esta 
peu près inhabité et le désertse prolonge dans le Bélédougoo 
même, bien loin au delà de la région explorée. La roate 
devra plutôt se rabattre vers le sud et incontestablement 
il vaut mieux, dès Fangalla, se diriger sur Kita, car delà, 
on pourra, en traversant le Bélédougou dans sa partie la 
plus habitée, arriver rapidement au Niger en amcot des 
roches de Sotuba, dernier obstacle sérieux à la navigitioo 
probablement jusqu'aux chutes de Boussa. 

Kita est aujourd'hui considéré, par lagrande majorité des 
géographes et des spécialistes, comme le point de passage 
obligé de la grande voie commerciale à ouvrir vers le Niger. 
Un premier établissement y a été élevé dans le courant de 
l'année 1881, et sera complété cette année par la nouielle 
expédition qui a quitté Bafoulabé en décembre dernier. 

Quel est maintenant l'itinéraire qu'ilconviendraitd'adop- 
ter àpartir deKita pour atteindre le grand fleuve du Soudan? 

Kita au Niger. — Le Niger, comme on le sait, est barré 
à 10 kilomètres en aval de Bammako par les roches de 
Sotuba que nous n'avons pu visiter mais qui, le fait est 
malheureusement certain , sont assez considérables pour 
couper le cours du fleuve en deux biefs, reliés entre eux 
seulement par un rapide étroit que les pirogues indigènes 
ne francbissent qu'avec de grandes difficultés. 

Le premier de ces biefs, le bief supérieur, se prète-t-il 
une navigation fluviale active ? Ce que nous en avons vu en 
amont de Tourella ne s'y oppose noUemeat, et nous aîons 
appris par les indigènes que Ton ne rencontrait aucun ba^ 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER RT A SËGOU. 463 

rage entre le Bouré et les roches de Sotubsu Un mar- 
chand soDinké, venu de Kankan, que nous avons inter- 
rogé à BammakOy nous certifiait qu'il avait suivi le fleuve 
depuis son pays et n'avait constaté sur sa route aucun 
obstacle à la circulation de fortes pirogues; la rivière 
même qui passe à Kankan, le Milo, présente encore, de- 
vant cette ville, une largeur.de plus de 100 mètres et 
une très grande profondeur. Ou voit de suite que les 
roches de Sotuba ne sauraient être un obstacle à la prise de 
possession, par la France, du cours du fleuve en amont 
de Bammako ; cette mesure semble même s'imposer, si 
Tan veut prendre réellement pied dans la vallée du Niger 
et exploiter les régions peuplées qui s'étendent depuis le 
Sankaran jusqu'au pays de Ségou. Cette vaste région, bien 
que barbare encore, a certainement beaucoup d'avenir, car, 
malgré le désordre politique et lé défaut de sécurité sur les 
routes, il y existe un mouvement commercial important 
d'or, d'esclaves, de colas, d'armes, de guinée et de sel, 
sans compter les transactions relatives aux produits de 
l'agriculture. Les grands marchés y sont nombreux : Ten- 
grela, Kankan, Dialikrou, Tenetou et Kéniéra, pour ne citer 
que les plus considérables, sont visités périodiquement par 
un grand nombre de Dioulas. Deux grandes voies commer- 
ciales relient ces hautes régions avec les fleuves de l'Atlan- 
tique d'une part, et avec Jes pays maures et nos escales du 
Haut-Sénégal d'autre part. La première a son origine sur.la 
Gambie, (et même à Bakel) visite les rivières du sud et 
débouche sur le Niger par Timbo ; l'autre part de Médine et 
de Nioro, passe par Kita et arrive sur le Niger par plusieurs 
points dont le plus important est Dialakoro, entre le Bouré 
et Kangaba. Celte dernière route est assurément la plus 
active de tout le Soudan occidental. D'autre part, on dit 
tons ces hauts pays, riches en bétail et en produits agricoles 
de toutes sortes^ et il ùe leur manquéque le calme politique 
pour devenir les plus prospères des rives du grand fleuve. 



464 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ETA SÉGOU. 

EnflDy leur fortune aurifère est impossible encore à déter- 
miner, mais on sait que les gisements ont une immense 
étendue ; du Bambouk et du Bouré, ils se continuent à tra- 
vers le Ouassoulou, le Miniakala, vers le pays de Kong et 
probablement au delà. Les indigènes du Ouassoulou, avec 
les moyens rudimentaires qu'ils emploient, extraient le pré- 
cieux métal en abondance, et nul ne peut prévoir, avant 
une reironnaissance géologique de la contrée, quel sérail le 
rendement des mines exploitées sous la direction des Earo* 
péens, mais on peut affirmer qu'il serait largement rémuné- 
rateur. 

Une dernière et sérieuse considération qui doit pousser la 
France dans cette direction , consiste en ce que les terri- 
toires dont nous parlons sont situés derrières les possessions 
anglaises de la côte occidentale ; ce sont les produits bri- 
tanniques qui y sont les plus connus, et nul doute qa'atani 
peu, le gouvernement de Sierra Leone, sollicité par ce beau 
domaine colonial, ne fasse tous ses efforts pour s'installer 
sur l'une des rives du Niger. Les Français occuperaient-ils 
Ségou^ il resterait encore, entre la capitale des Toucoaleors 
et les sources de la Rokelle, un vaste champ d'opérations 
fructueuses dont le commerce de l'Angleterre profiterait 
exclusivement. 

Quant au bief en aval de Sotuba, nous n'avons pas i en 
faire ressortir les avantages, ils sont évidents. Cette partie 
du cours du grand fleuve est accessible à la grande naviga- 
tion fluviale jusqu'aux chutes de Boussa; elle dessert toutes 
les populations du bassin moyen du Niger auxquelles Fis- 
lamisme a déjà donné une teinte de civilisation; elle côtoie 
le paysdeSégou, traverse le riche Macina, passe à quelques 
kilomètres seulement de Tombouctou, et permet de perler 
l'influence commerciale et civilisatrice de la France jus- 
qu'au cœur de TAfrique septentrionale. Cette vaste région, 
plus encore que celle du bassin supérieur, a un commerce 
local déjà ancien qui, mis en relation avec celui de notre 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SË60U. 465 

nation, prendra, il est permis de l'espérer, beaucoup plus 
d'eilension et deviendra un grand débouché pour nos pro- 
duits manufacturés. 

Et maintenant, quels sont les projets de la métropole ? 

Veat-on se porter immédiatement vers le bassin moyen 
do Niger et aller à la rencontre des voies commerciales 
projetée entre l'Algérie et ce fleuve, sans se préoccuper des 
hautes contrées peuplées, commerçantes et riches en mines 
d'or, situées derrière les Anglais? Dans ce cas, en partant de 
Kita, le meilleur itinéraire est celui qu'a suivi la mission 
jusqu'à Haréna ; de là, il faudrait continuer à marcher un peu 
au-dessus de l'est, vers le nord du Fadougou, pour se ra- 
battre ensuite sur Tamina ou tout autre point en aval. Au 
Niger, on pourra se servir de la navigation du flieuve ou 
poursuivre la voie de terre sur la rive gauche; un tracé sui- 
vant cette direction laissera à droite la région montagneuse 
du Bélédougou, et à gauche le plateau du Kaarta ; il donnera 
donc Heu à peu de travaux, car le pays est^ dit-on, faible- 
ment ondulé et ne présente aucim cours d'eau un peu im- 
portant à franchir. Les inconvénients de cet itinéraire sont 
graves, car la voie coupera perpendiculairement, sans s'y 
mêler, les deux courants commerciaux importants de Nioro 
auOuassoulou et de Nioro à Ségou; en outre, il traversera 
sans profit apparent les vastes solitudes du Fouladougou. 

Veut-on, au contraire, s'occuper exclusivement des inté- 
rêts immédiats de la colonie du Sénégal, en se mettant en 
rapports conamerciaux avec les pays aurifères en amont de 
Ségou, pays visés par nos rivaux de Sierra-Leone, et réserver 
pour l'avenir la question du Niger moyen? Il faut alors 
descendre directement de Kita sur Dialakoro et entrer de 
suite en communications avec le Bouré et le Ouassoulon. 
Peut-être même que, pour la réalisation de ce programme^ 
Bafoulabé et la vallée du Baûng suffiraient. 

Il nous semble que la meilleure solution est de se 
porter en même temps vers les deux bassins à la fois; 

soc. DB GÉ06B. — 3* TRIMESTRE 1882. ||| — 30 



466 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A s£60T7. 

la vallée da Bakhoy et celle daMigna, situées entre lesdeax 
points extrêmes dont nous avons parlé, deviennent alors la 
voie naturelle pour atteindre ce double résultat. L'itinéraire 
est ainsi tout indiqué : suivre de Kita à Niagassola la grande 
voie commerciale existante, de là, gagner par la rive droite 
du Migna, les mines d'or de Koumakhana, et de ce denier 
point déboucher sur le Niger, soitàKangaba, soit plus bas, 
vis-à-vis de Tourclla. La vallée du grand fleuve est la^, 
belle et sans ondulations sensibles, ce qui permettra d'établir 
à peu de frais une route latérale mettant en communication 
le point d'arrivée sur le Niger, en aval, avec les roches de 
Sotuba, en amont, avec le Bouré. On pourra ainsi éteodie 
l'influence française vers le bassin supérieur, comme vers 
le bassin moyen. Si Ton veut ensuite rejoindre les roies 
venant d'Algérie par terre, la rive gauche, au-dessous de 
Sotuba, se prête parfaitement à l'exécution de ce prograïame. 
L'augmentation kilométrique de ce tracé sur le premier que 
nous avons indiqué sera considérable (probablement 200 Jd- 
lomètres), mais on aura, du même coup, l'exploitalioa de 
tout le pays entre Kankan et Tombouctou, on restera aa 
centre du mouvement commercial déjà installé dans le pars, 
on ne quittera pas les contrées les plus peuplées, et enfin 
on arrêtera les projets d'établissement sur le Niger, que 
caressent, en ce moment, les gouverneurs de la Gambie et 
de Sierra-Leone. 

A côté de la voie que nous venons de tracer, il cooTieot 
de citer celle qui traverse le Bélédougou et que la mission a 
suivie en allant à Bammako. Cette dernière a l'avantage d'être 
plus courte, mais elle présente, à nos yeux, l'incoûvéaient 
capital de s'éloigner de près de 100 kilomètres de plus^àlH 
que la précédente, d'être par suite trop loin du Ouassouloaet 
du Bouré, et de traverser un pays sans relations extérieureîi 
sans vie commerciale propre appréciable, et déjà en effer- 
vescence par dix ans de lutte avec le gouvernement de 
Ségou. 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 467 

D'ailleurs, il sera aisé de choisir entre ces deux derniers 
itinéraires, qui, tous deux, conduisent au Niger presque au 
même point. Examinons d'abord l'itinéraire de la vallée du 
Bakhoy. 

Kitaà Mourgoula. — Entre ces deux points, on compte 
58 kilomètres sur un bon terrain. Comme travaux de terras* 
sements à signaler, on aura la montée des collines qui 
séparent Kita de Goubanko, à déblayer quelques roches 
peu après ce village et à niveler l'entrée da la brèche de 
Goakouboukrou , en avant de Sitakoto. Les ouvrages d'art 
à effectuer seraient : un pont de 10 à 15 mètres sur le Bam- 
mako, un second de même dimension sur la petite rivière qui 
sert de déversoir au lac Delaba, et enfin la traversée de 
quatre petits ruisseaux à sec presque toute l'année. 

Mourgoula à Niagassola. — Ce parcours de 44 kilomètres 
environ» comportera des travaux importants. Ainsi que 
l'indique la carte jointe au présent travail, Mourgoula est sur 
un plateau accidenté dont les talus vont s'arrêter à quelques 
kilomètres du cours du Bakhoy et former le versant oriental 
de la vallée de cette rivière. Pour rejoindre Niagassola situé 
dans la vallée même, vers le sud, il faut couper obliquement 
les croupes et les dépressions profondes où coulent les 
affluents du Bakhoy. A la vérité, ces obstacles n*ont rien 
d'insurmontable, et môme les passages réellement difficiles 
sont de courte durée; néanmoins ta dépense kilométrique 
sera, dans cette région, bien supérieure à celle de la section 
précédente. Aussi nous pensons que les études de la future 
route devront s'écarter de l'itinéraire que nous avons suivi, 
et se jeter, dès Mourgoula, et même dès Kita, dans la vallée 
du Bakhoy, pays fertile, d*une traversée facile, et où il est 
bon d'attirer les populations que de longues guerres ont 
repoussées vers les montagnes. Par cette vallée, on atteindra 
Niagassola avec moins de frais. Nous allons indiquer les 
endroits difficiles de l'itinéraire actuel. 

Au point de vue des terrassements, on rencontre d'abord, 



468 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÊGOII. 

à 2 kilomètres 500 au sud de Mourgoula, le très mauvais col 
de Nianfakrou tout encombré de roches, qui descend brus- 
quement dans une vallée en contre-bas d'une trentaine de 
mètres; après Koukouroni, on arrive à la profonde vallée 
du Souloun dont les versants rocheux sont très abrupts et 
présentent de brusques ressauts; au delà de Niagakourase 
dresse une rampe rocheuse très inclinée qui donne accè' 
sur un vaste plateau pierreux; enfin,' en arrivant à Niagas- 
sola, on doit descendre le brusque talus de la vallée do 
Bakhoy, haut de 25 à 30 mètres. 

Au point de vue des ouvrages d'art, il faut citer les pontsà 
construire sur les petites rivières de Péilé, Tambaoura, Bassa, 
Souloun, Ferra et Kanékouo, qui ont de 10 à 20 mètres; il j 
aura également ^ franchir quelques petits ruisseaux ou lits 
de torrents. 

Comme on le voit, le chemin actuel n'est pas bon ; nous 
pensons que Têtu de attentive du terrain permettra de trourer 
des passages par lesquels on tournera les points difficiles; 
^ais, nous le répétons, le meilleur tracé à suivre est h 
vallée même du Bakboy. 

Niagassola à Koumakhana. — A Nîagassola, on se itom 
à la bifurcation de la route qui dessert les marchés da haut 
Niger et le Bouré, et de la route qui va sur Kangabaet 
Ségou. 

Cette dernière passe à Koumakhana, à 50 kilomètres au 
sud-est de Niagassola, en suivant le pied des monts do 
Manding. chaîne de 150 mètres de hauteur moyenne, aoi 
flancs verticaux et ne jetant pas de contreforts sensibles 
vers la plaine; là, peu ou point de travaux de terrassement^ 
à effectuer. Nous trouvons seulement quelques petites ri- 
vières de 10 à 15 mètres de largeur : le Faleman, le Basa- 
coura, le ruisseau de Balandougou, le Balanko, le Jraudi. 

• 

le Ko Iramba, et la mare de Koumakhana. Il faat si- 
gnaler également deux ou trois dépressions marécageuses 
en hivernage. En dehors des points que nous venons ce 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU; 469 

ciler, la route sera des plus faciles et des moins dispen- 
dieuses. 

Le village de Koumakhana est situé sur des terrains auri^ 
fières actuellement exploités par les indigènes^ et au pied 
des hauteurs qui séparent le bassin du Sénégal de celui du 
Niger. Ces hauteurs sont : 1** au nord de Koumakhana, le 
monts du Manding qui viennent se terminer brusquement 
près du village, par un pic élevé de plus de 300 mètres au- 
dessus de la plaine ; 2* à la suite des monts précédents, 
des collines rocheuses peu élevées, mais jetées en désordre 
et peu aisées à franchir. Entre les monts et les collines, 
règne un passage auquel nous avons donné le nom de col 
de Saaa Morella, nom porté par les ruines d'un village qui 
eo occupait le centre. Ce col permettra à la route projetée 
de s'élever insensiblement et sans donner lieu à des travaux 
de terrassements importants, jusqu'au plateau de Naréna, 
point culminant de la ligne de partage des eaux des deux 
fleuves. Cette partie du trajet est d'environ 18 kilomètres. 
l^ obstacles principaux que l'on rencontre sont des mares 
étendues que l'on traverse aisément en saison sèche, mais 
9ui, en hivernage, doivent s'emplir d'eau et délayer le ter- 
rain aux abords; Tune d'elles, celle de Kafata, est fort 
étendue et contient de l'eau toute l'année; la route actuelle 
la traverse sur l'un de ses côtés, desséché à la bonne sai- 
son ; il sera sans doute possible de la tourner complètement. 
Outre ces mares, il faut signaler quatre petits ruisseaux 
qui exigeront des ponts. 

On passe par Naréna lorsqu'on se dirige sur les roches de 
Sotuba, Bammako ou Ségou; mais si la future route devait 
déboucher sur le Niger à Kangaba, elle prendrait un autre 
itinéraire : de Koumakhana elle rejoindrait la vallée du Migna, 
atteindrait Kéniéba et de là descendrait le versant du Niger. 
On nous a dit que cette route était médiocre et présentait 
de fréquents passages rocheux; mais les indigènes exagèrent 
toujours les difficultés des pays un peu accidentISs. 



470 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A sfCOU. 

Naréna au Niger. — Peu après Naréna, le plateau s'in- 
cline vers le grand fleuve, et Ton arrive dans la vallée en 
descendant des terrasses successives terminées par de 
brusques ressauts; la dernière notamment se termine par 
une muraille presque verticale de près de 30 mètres d'élé- 
vation. La pente générale de ce versant n'est d'ailleurs pas 
bien grande, car nous ne comptons pas, entre Naréna et 
Tabou, le premier village de la plaine, plus de 100 mètres 
de relief pour 35 kilomètres de distance borizontale. Pen- 
dant ce trajet la route chemine sous de belles futaies à tra- 
vers un terrain qui ne nécessitera pas de grands travaux de 
terrassements. Comme ouvrages d'art, on aura deux ponts 
d'une quinzaine de mètres à construire sur rAmarakobaetle 
Nianinko et trois ponceaux sur autant de petits ruisseaux. 

Parvenue àTabou, la route ne rencontrera plus d'accidents 
de terrain jusqu'au Niger; elle suivra le pied des monts du 
Manding jusqu'à Sibi, et de là gagnera obliquement les 
bords du fleuve à travers une belle plaine sans ondulations 
appréciables, soil que Ton rejoigne le gué deTourella,soit 
que l'on veuille poursuivre le tracé jusqu'aux roches deSo- 
tuba par Bammako. De môme en amont, on pourra se relier 
aisément avec Kangaba et les villages soninkés de Signiri, 
au moyen d'une route latérale au fleuve traversant les nom- 
breux villages de la rive gauche. 

Je vais examiner maintenant l'itinéraire par Bangassi et 
le Bélédougou, mais je m'y étendrai moins longuement, car, 
ainsi que je l'ai déjà montré, je pense que cette voie do 
être à rejeter pour le tracé de la future roule commerciale. 

Entre Kita et le Baoulé, qui se trouve à peu près à moitié 
route de Bammako, le chemin n'a été réellement difficile 
que de GuénikoroàKondou, sur quelques points des trente 
derniers kilomètres. Pourtant il faut mentionner, au départ 
de Hakandiambougou, une montée dont la pente moyenne 
esi de près de 10/100 ; elle est entièrement couverte de 
pierres arrondies, qui roulaient sous les pieds des chevaox. 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉ60U. 471 

Un autre obstacle qui, sans arrêter le convoi, a pourtant 
demandé une demi-journée de travail préparatoire pour son 
passage, a été le Banlindingho lui-même. La marche de Ma« 
kandiambougon au Banlindingho est longue de 22 kilo- 
mètres. 

La végétation n'étant jamais bien touffue, i! suffirait pres- 
que partout d'abattre quelques arbres, pour élargir le 
sentier et le rendre praticable aux voitures. Du reste, à la 
saison sèche, le sol est partout résistant. 

Maréna, le premier village que l'on rencontre, est situé 
à environ 10 kilomètres au delà du passage du Banlin« 
dingho. C'est un petit village, très pauvre, surtout en bétail. 

Guénikoro, à 46 kilomètres de Maréna, est tout aussi mi- 
sérable que ce dernier. Il est situé auprès d'un ruisseau, le 
Kégna, qui fournit une eau excellente. Le terrain est tour- 
menté avant d'arriver à Guénikoro^ mais c'est entre ce 
village et Kondou que la route offre les plus mauvais 
passages. Le convoi les a tournés, parce que le temps nous 
manquait pour les lui rendre praticables; mais ce que nous 
en avons vu et les renseignements donnéis par les guides 
permettent d'affirmer qu'en un jour ou deux au plus, une 
brigade d'une cinquantaine d'ouvriers rendrait le sentier 
praticable aux bêtes de somme et aux chevaux, car il n'est 
réellement mauvais que sur une longueur de 5à 6 kilomètres 
au plus. 

Un croquis donné sur la carte ci-jointe, montre la forme 
extérieure et les environs du village de Kondou. Il est 
dominé à 800 mètres au sud par une hauteur d'une trentaine 
de mètres. Les bords de cette hauteur sont presque à pic du 
côté du village, à Touest et au sud. Vers l'est, au contraire, 
elle descend en pente douce et en s'élargissant. Le plateau 
^t assez large pour une construction quelconque, et les 
maçons trouveraient même la pierre sur place, car la hau- 
teur tout entière est formée d'énormes blocs de grès, et le sol 
est parsemé de grosses pierres. 



472 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 

Le pays dans lequel on entre, après avoir passé le Baoulé, 
diOère beaucoup de la région précédente. Il est peaplé, plus 
riche, plus accidenté et coupé de nombreux ruisseaux, qai 
alimentent le Baoulé. Toute la partie méridionale du Bélé- 
dougou, que nous avons traversée, est un pays très acci- 
denté, on pourrait même dire montagneux, si le relief do 
terrain n'était insignifiant au point de vue géographique. 
En effet, le point le plus élevé que nous ayons trouTé 
n'était pas, d'après nos observations barométriques, à plus 
de 550 mètres au-dessus du niveau de la mer et à 200 mètres 
de la plaine. Nous n'avons guère vu de sommet qni dépas- 
sât 600 mètres, excepté toutefois le pic de Sirinkrou, iq 
sud de Guisoumalé, dont la hauteur a pu être évaluée 
à 750 mètres. 

Le relief du terrain, dans leBélédougou, présente le carac- 
tère commun à toutes les hauteurs que nous avons Toes 
dans les autres contrées de cette partie du Soudan. Elles 
s'élèvent à pic au milieu de la plaine, avec des murailles 
verticales et des étages superposés d'une hauteur de 10 
à 30 mètres. Le sentier tourne le plus souvent ces obstacles, 
mais lorsque plusieurs sont rapprochés, il se forme quel- 
quefois un massif difftcile à traverser; tel est celui qui 
s'élève entre Ouoloni et Guinina. 

Notre première marche s'est effectuée entre le Baonlé et 
le village de Guisoumalé. Le terrain est tourmenté, le sol 
raviné pendant les deux tiers du chemin. De Guisoumalé à 
Ouoloni, sur une douzaine de kilomètres, la marche est 
plus facile. 

La plus mauvaise route est celle qui sépare Ouoloni de 
Guinina. Le massif situé entre ces deux villages peut être 
tourné facilement, mais déjà nous avions de la peine à 
nous procurer des guides, et ceux qui s'offraient cherdiaient 
à nous tromper. C'est ainsi qu'ils nous firent traverser le 
massif en son milieu, par une route horriblement difficile ci 
qui acheva de ruiner nos chevaux et nos bêtes de somme. 



USSION DANS LE HAUT4flGER ET A SÉGOU. 473 

A partir de Guinina, le terrain est plat, à pente à peine 
sensible jusqu'à Diokou, sur une trentaine de kilomètres. 
Od rencontre d'abord le village de Dio, situé à quelques 
centaines de mètres de l'une des branches du Baoulé. C'est 
ce point que choisirent les Bambaras pour me tendre l'em- 
buscade qui faillit amener la destruction complète de la 
mission. Puis on trouve successivement les villages de 
Makandiambougou, Noiobougou et Diokou. 

n est très curieux de constater, à ce dernier village, que, 
bien que l'on ne soit plus qu'à une douzaine de kilomètres 
en ligne droite du Niger, on se trouve encore dans le bassin 
du Sénégal; jusqu'aux hauteurs mêmes au pied desquelles 
on voit couler le grand fleuve, tous les ruisseaux sont encore 
des affluents du Baoulé. 

Le plateau de Guinina ne domine pas de plus de 50 mè- 
tres le thalweg de la vallée du Niger ; mais, sitôt que 
Ton quitte le Bélédougou, le terrain s'élève sensiblement, 
les accidents topographiques deviennent nombreux et s'ac- 
centuent de plus en plus; leur altitude dépasse 600 mètres. 

Le massif qui sépare le plateau de Guinina du grand 
fleuve soudanien présente plusieurs passages. Le lieutenant 
Piétri a suivi celui de Khati, qui mène directement sur 
Bammako. La route est assez commode jusqu'aux ruines 
de Khati, à ii kilomètres de Bammako; mais, à partir de ces 
ruines, le sol devient plus tourmenté, le sentier arrive par 
nne pente rapide, sur un plateau incliné vers le nord et 
complètement recouvert de cailloux ronds et ferrugineux. 
Du haut de ce plateau, on voit le Niger venir du sud-ouest et 
couler dans une grande plaine verdoyante. Son lit est coupé 
de nombreuses îles. 

La pente qui conduit du haut du plateau dans la plaine, 
est excessivement rapide et semée de pierres. 

Entre le pied des hauteurs et le fleuve, la vallée ne pré- 
sente pas, à Bammako, une largeur supérieure à 4 kilo- 
mètres. 



474 MISSION DANS LE HAUT-NIGBR ET A SËGOU. 

En résumé, on voit que la mission du Haut-Niger, à la 
tète de laquelle m'avait placé la confiance du gouvernear 
du Sénégal, s'est efforcée, dans la limite des moyens mis à 
sa disposition, d'explorer les différentes lignes géographi- 
ques conduisant directement sur le grand fleuve du Soudan. 
Notre marche le long duBakhoy jusqu'au gué de Toukoto, 
la reconnaissance du Baoulé et du Bélédougou par le liea- 
tenant Piétri, celle de la vallée du Bakhoy, entre Rita et 
Bammako, par le lieutenant Yallière, permettent déjà de 
se faire une idée de la direction générale à adopter pour la 
voie commerciale que la France veut ouvrir vers les régions 
sottdaniennes. 

C'est au passage des Kayes, à quelques kilomètres en a?al 
de Médine, que la voie ferrée dont la construction a été 
entreprise par le département de la marine, prend son orir 
ginci n est certain, que dans un avenir plus ou moins loin- 
tain, le chemin de fer devra partir directement de Saint-Lonis 
et de Dakar. Le fleuve le Sénégal n'est navigable jusqu'aux 
Kayes que pendant trois ou quatre mois de l'année, et il j 
aura un intérêt évident à mettre ce point le plus t6t pos- 
sible en communication avec l'Océan, ou du moins avec le 
banc du Mafou, en aval duquel le Sénégal est navigable toote 
l'année pour nos avisos à vapeur. 

Des reconnaissances préliminaires, ordonnées par BL le 
gouverneur Brière de l'Isle, dès 1879, et entreprises par 
MM. Jacquemart et Monteil, officiers d'infanterie de ma- 
rine, ont montré que le meilleur itinéraire à suivre parcelle 
grande ligne serait la ligne de collines peu élevées, qui 
court à travers le Fouta et longe le fleuve à une vingtaine 
de kilomètres environ. 

Quoi qu'il en soit, il faut pour le moment courir au pins 
pressé, c'est-à-dire s'efforcer de mettre aussitôt que possible 
les Kayes en communication avec Kita, puis avec l'éta- 
blissement qui sera créé sous peu sur les bords même do 
Niger. Les approvisionnements, accumulés aux Kayes et à 



MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÉGOU. 475 

Médine pendant les quatre mois d'hivernage, pourront en- 
suite être facilement acheminés sur nos établissements de 
rintérieur situés en dehors de toute voie navigable. Il sera 
d'ailleurs possible, en attendant, d'améliorer les passages 
du Sénégal qui s'opposent le plus à la navigation sur ce 
cours d'eau, au moyen des dragues, qui ont été déjà en- 
voyées de la métropole. 

On veut donc construire la ligne ferrée par sections à 
partir des Kayes. De ce point à Bafoulabé, la voie suit à 
très peu près Titinéraire que j'ai suivi moi-même avec le 
lieutenant Yallière, dans les derniers mois de 1879, lors de 
la première reconnaissance que le gouyemeur Brière del'Is&e 
m'avait prescrit défaire dans cette région. On a objecté que 
ce tracé présentait le danger de se voir couvert par les 
inondations^ au moment des hautes eaux de la saison des 
pluies. Cette objection est illusoire, car notre voyage s'est 
fait justement dans une année où les inondations avaient 
été exceptionnelles, et où nous avons dû suivre un itiné- 
raire en dehors des terrains submergés. Le levé très 
soigné de M. Yallière indiquait la limite das inondations, 
et montrait à quelle distance du fleuve il fallait alors se tenir 
pour n'avoir rien à redouter d'elles. 

À Bafoulabé, se présentent plusieurs itinéraires pour 
atteindre Kita. Celui que nous avons suivi et que j'ai examiné 
plus haut en détail, rencontre divers obstacles sérieux : 
le mont Besso, le massif de Niakalé-Giréa, celui de Manam- 
bougou. Il a l'avantage de suivre d'assez près le cours du 
Bakhoy et de se rapprocher des régions du Kaarta, plus 
riches et plus peuplées que ne le sont les pays malinkés situés 
sur la rive droite du Baflng. 

La mission Derrien, qui a effectué son retour par le Gan- 
garan, propose un itinéraire plus sud que le précédent et 
qui aboutit à Kita par le gué dit de Mage. La question est 
à examiner, et ceux-là seuls qui ont entre les mains les deux 
tracés peuvent être appelés à la xésoudre. 



476 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A 6ÊG0U. 

A parlir de Kita, je n'hésiterai pas à conseiller le tracé 
qui suit directement la vallée du Bakhoy. On a vu plus haut 
quelle était la constitution générale du pays, et les deux 
itinéraires suivis par les officiers de la mission sur l'une et 
l'autre rive de ce cours d'eau, prouvent la nécessité d'éviter, 
entre Mourgoula et Niagassola, la région tourmentée qai 
sépare ces deux points. Il y a avantage, au double point 
de vue topographique et politique, à se jeter, dès Kita, vers 
le fond même de la vallée du Bakhoy, qui conserve une lar- 
geur variant entre 6 et 8 kilomètres ; elle est traversée en son 
milieu par la rivière, qui laisse de chaque côté une plaine 
d'un parcours difficile au moment où nous l'avons vue, mais 
que de simples déboisements rendraientaisément praticable, 
Le sol en est ferme et la surface régulière. Les berges de 
la rivière sont élevées de plusieurs mètres et présentent, il 
est vrai, de profondes ravines qui crevassent la plaine; 
mais celles-ci pourront être facilement évitées eo se 
maintenant à 1000 ou 1500 mètres du cours d'eau , là où 
commencent généralement ces dépressions. 

J'ajouterai que les populations du Birgo, du Mandiog et 
du Gadougou nous sont très sympathiques. Elles ont déjà 
accueilli notre protectorat en principe, et la voie nous est 
ouverte de ce côté jusqu'au grand fleuve du Soudan. 

Niagassola marque le point où devra être construit réta- 
blissement qui reliera Kita au Niger. On ne saurait sans io- 
com^énient se dispenser de l'occuper. 11 a une importance 
politique considérable, et c'est en outre l'origine de la rente 
du Bouré et du Ouassoulou. Notre installation à Kitanons 
a donné toute la région du bas Bakhoy et du Fouladougon. 
Niagassola nous donnera le Manding et nous mettra eo 
communication avec Kangaba, le Bouré et les pays malinkés 
de l'extrême Haut-Niger. 

A partir de Niagassola, la voie future, longeant les mon- 
tagnes du Manding s'élève, par une pente faible, jusqu'à 
la crête de la ligne de partage des eaux du Sénégal 



MISSION DANS LE HAUT- NIGER ET A SÉGOU. 477 

et du Niger; mais là s'ouvre une magnifique entrée dans 
la vallée du grand fleuve du Soudan. Le col de Sana- 
Morella, large de 4 à 5 kilomètres, le plateau de Naréna, si 
uni qu'à la saison des pluies, les mares qui le couvrent dé- 
Tsrsent leurs eaux aussi bien vers le Sénégal que vers le 
Niger, offrent une porte naturelle et commode pour débou- 
cher dans la plaine vers Tabou. La pente est d'ailleurs faible, 
puisque Naréna, point culminant de la ligne de partage, el 
Tabou, premier village de la plaine, séparés par une dis- 
tance de 35 kilomètres environ, ne présentent pas, ainsi que 
Dous l'avons vu, une diffférence de niveau supérieure à 100 
mètres. La topographie du pays ne semble-t-elle pas se 
prêter merveilleusement à |rétablissement de cette grande 
voie commerciale, œuvre grandiose appelée à transfor- 
mer profondément tout le bassin du Niger et à nous ou- 
vrir le cœur même du continent africain ? 

On n'est pas encore bien fixé sur le point où la voie pro- 
jetée devra aborder le fleuve. Ce que j'en ai déjà dit plus 
haut montre qu'il y a intérêt à s'enfoncer dans la vallée, à 
dépasser tout au moins les roches de Sotuba Je crains bien, 
pour ma part, que l'on ne soit forcé d'aller jusqu'au village 
de Koulikoro, en amont duquel se trouve un gué qui pour- 
rait former obstacle à la navigation. Les renseignements 
que je donne plus loin sur le cours du Niger, montrent que 
ce fleuve peut encore être utilisé, en amont du gué de Tou- 
relia, pour la navigation de nos chalands ou de nos embar- 
cations de commerce. Mais il est d'un intérêt majeur de 
pouvoir pousser, le plus vite et le plus directement possible, 
notre ligne ferrée jusqu'en un point, choisi de telle sorte 
qu'il sera facile d'y lancer une embarcation à vapeur, 
destinée à faire une reconnaissance hydrographique minu- 
tieuse du cours du fleuve, et ànous éclairer sur les conditions 
de navigabilité de cette grande artère commerciale, qui n'a 
encore vu flotter que la pirogue de M ungo Park, au commen. 
cernent de ce siècle. 



478 MISSION DANS LE HAUT-NIGER ET A SÊQOU. 

Ici, j'émettrai le vœu qu'il soit procédé le plus 161 pos- 
sible à l'étude du transport, de Médine au Niger, d'ooe 
canonnière A vapeur, démontable et transportable à dos de 
bêtes de somme. Les personnes autorisées, que j'ai con- 
sultées à ce sujet, m'ont toutes affirmé que l'entreprise 
n'avait rien d'impossible et n'étai( nullement au-dessous des 
moyens et des ressources de l'industrie moderne. Les ten- 
tatives des Anglais pour remonter le Niger par Femboa- 
chure n'ont pas été jusqu'ici couronnées d'un bien gracd 
succès. Iol Pléiade, qui, en 1854, avait réussi à remonter le 
Bénué jusqu'à 50 milles environ de son confluent avec le 
Faro, n'avait pu atteindre les cataractes de Boussa, 
et renseigner sur ces chutes qui semblent barrer com- 
plètement le cours du Niger. Il y a donc nécessité â 
aborder celui-ci par sa partie supérieure, et il est ioQtile 
d'insister sur les progrès qu'une exploration hydrogra- 
phique méthodique de la partie supérieure du fleuve, 
ferait faire à l'œuvre de la France dans cette partie 
du continent africain. Une canonnière à vapeur, bien 
armée, bien approvisionnée, dirigée *par un chef intelli- 
gent et énergique, n'aurait rien à craindre des populatioBS 
indigènes riveraines qui voudraient s'opposer à son passage. 
Il suffit de citer le magnifique voyage de Stanley sor le 
Congo pour se convaincre de l'impuissance des pirogues 
nègres, en quelque nombre qu'elles soient, vis-à-vis de 
l'une de nos embarcations de guerre européennes. Les 
renseignements que nous avons pu prendre, pendant notre 
séjour à Nango, sur la situation politique de Sansandiget 
du Macina, me permettent de penser d'ailleurs qae boD 
accueil serait fait en général à nos officiers. Ainsi qu'on le 
verra plus loin, Ahmadou, le Sultan de Ségou, est en ce 
moment le plus sérieux obstacle à notre installation sur le 
Niger, du moins telle que nous la comprenons, avec U 
liberté absolue, pour nos commerçants et traitants, de 
circuler à leur aise sur le fleuve. Tant que ce souverain 



MISSION DAMS LE HAUT NIGER ET A SÊGOU. 479 

nègre dominera à Ségou-Sikoro, la route de Tombouctou 
sera fermée aux yoyageurs. L'exemple de Mage, Quintin, 
Solëillet et le nôtre propre sont concluants. Il ne veut pas 
que nous entrions en relations avec ceux qu'il appelle ses 
ennemiSy c'est-à-dire avec les populations qui bordent le 
Niger en aval de sa capitale. Mais, si une bonne et solide 
canonnière se présente devant celte ville, il y a gros à 
parier qu'il fera bon accueil à celui qui viendra lui de- 
mander l'exécution du traité que je suis parvenu à lui 
arracber. Au pis aller, nos officiers, négligeant Ségou, 
s'aboucheraient avec Sansandig et les autres villes de Tin- 
térieur, qui ne cherchent qu'une occasion de voir disparaître 
leur vindicatif et cruel ennemi. 

Naréna me semble tout indiqué pour servir de point de 
bifurcation aux voies de communication qui devront, l'une, 
se diriger vers le nord pour s'arrêter à Manambougou, à 
Koolikoro ou en tout autre point favorable au lancement 
de la canonnière à vapeur, chargée d'opérer la reconnais- 
sance hydrographique et politique du Niger en aval de 
Ségou ; l'autre, se rabattre vers Kangaba et le Bouré, pour 
rejoindre, de là, le Fouta-Djallon et desservir les pays 
aurifères avoisinant les sources du Niger. Ici encore, 
j'estime qu'il serait éminemment utile et profitable d'or- 
ganiser une mission d'exploration, chargée de reconnaître 
le Bouré, le Ouassoulou, le pays de Kong, et de relier ces 
itinéraires avec ceux des voyageurs qui ont pu, tout ré- 
cemment, pénétrer jusqu'à Timbo, mais qui ont échoué 
dans leurs efforts pour atteindre le grand fleuve du 
Soudan. 

Je termine ici ces considérations générales sur la grande 
voie de communication que nous étions chargés d'étudier 
vers les régions nigériennes. A l'aide de nos cartes et 
de nos itinéraires, dressés à une grande échelle, on pourra 
d'ailleurs se rendre compte de l'état de la question sur 
laquelle il est permis de penser que notre dernière explo- 



480 MISSION DAKS LE HAUT-NIGER ET ▲ SÉGOU. 

ration aura jeté un jour nouveau , en montrant notam- 
ment que la vallée du Bakhoy, jusqu'ici inconnue des 
géographes, ouvre une route naturelle vers le grand fleuTe 
du Soudan. 

(A «atrre.) 



SUR 



L'ORTHOGRAPHE DES MOTS ÉTRANGERS 



PAR 



AMT^IME B'ABBADI 



Membre de rinsdlut '. 



Je vous demande pardon, Messieurs, et à vous, Mesdames 
SQrtout,si j'entreprends d'appeler votre attention sur un sujet 
bien ingrat. Malgré son aridité, les géographes sont bien 
obligés quelquefois d'examiner comment on écrit les termes 
de relation et les noms de lieux. Ceux qui font les tables 
de matières, et, bien plus à plaindre encore, les personnes 
patientes qui composent les dictionnaires géographiques 
savent combien on est souvent embarrassé pour mettre à sa 
meilleure place un nom écrit quelquefois de plusieurs ma- 
nières diiférenles. L'embarras s*accroil beaucoup, lorsqu'il 
s'agit d'écrire des mots qui appartiennent à un idiome 
étranger et surtout à ces langues orientales qui ont une 
liuérature écrite. Des gens instruits ont écrit de douze 
iQanièresdifférentes If uAamm^d le nom du fondateur de l'is- 
lamisme, sans compter Mahomet, forme vulgaire et éminem- 
ment fautive. Ces questions d'orthographe sont fort ardues 
et il faudrait en abandonner la solution aux géographes de 
cabinet, s'il ne s'agissait aussi des cartographes et surtout 
des explorateurs qui^emploieut tant de courage et de persé- 
vérance pour découvrir et décrire les régions nouvelles ou 

• 

imparfaitement connues. C'est à ces derniers surtout que 

i< Communication adressée à la Société dans sa séance du 2 jain 188t« 

800. DE GiOGR. — 3* TRIMESTES 1882. IIU — 31 



482 SUR l'orthographe des mots ëtràhgers. 

j'adresse quelques réflexions sur un sujet hérissé de dif- 
ficultés. 

En effet le public exige impérieusement qu'on loi pré- 
sente tous les mots étrangers en caractères latins. Or nous 
avons vingt-quatre lettres seulement, et tel idiome possède 
quarante-cinq sons, exprimés logiquement chez rindigëne 
])ar autant de lettres différentes. Les voyageurs sérieux, qui 
ont appris une langue éloignée, et qui savent combien on 
mot peut être altéré par le changement d'un seul son, s'ingé- 
nient à en signaler les modifications par des signes diacri- 
tiques, sur lesquels d'ailleurs on n'est pas parvenu à se 
mettre d'accord. On entend par signe diacritique celui qui 
change le son de la lettre, comme notre cédille ajoutée à an 
c devant les voyelles a, o, tt, ou comme les signes ', \*, 
qui servent en français à distinguer trois de nos quatre^. 
Enfin si, pour ne rien négliger, on veut par excès de scro- 
pule indiquer les voyelles longues et brèves et l'accent 
tonique du mot, le bon public renonce à le prononcer, et 
traite ces épines littéraires comme ce hoonyhnhnm que le 
fabuleux voyageur Gulliver dit être le nom d'une nation de 
chevaux intelligents. 

Quelques-uns de ces sons étrangers sont tellement faciles 
à entendre, que, n'osant les dissimuler, on a recours à on 
procédé vicieux inventé parnos aïeux : on met ensemble deox 
ou même trois caractères afin d'exprimer un son unique, 
g.^néralement assez simple pour bien mériter un signe à 
part. On peut citer comme exemples nos voyelles o etit; 
seulement quand on les réunit, leurs deux sons disparaissent 
comme par un coup de théâtre, pour former un ou^ son si 
universel et si digne d'une lettre unique. De même le 
groupe gn sert chez nous à rendre un son simple, qui n'a 
ni celui du g ni celui d'un n, et ce dernier caractère joue 
un rêle muet, pour indiquer une voyelle nasale dans «ft, 
qu'on devrait prononcer fin, puisqu'il s'agit d'un u français; 
mais cette voyelle est forcée d'abdiquer, par la seule raison 



SUR l'orthographe des mots êtranûers. 483 

qn^elle est à la fin du mot sans être suivie d'une yoyelle 
comme dans une, où Vu français reprend son rôle ordinaire. 
Vh est le grand souffre-douleurs dans ces groupes oii cette 
lettre perd sa fonction primitive d'indiquer une aspiration. 
Qui devinerait à première vue que Rh et Gh doivent avoir 
le même son dans Rhadamès, bourg du Sahara qu'on écrit 
sonvent Ghadamès, ou même R'damès? Dans ces trois 
variantes d'un même mot nos habitudes d'orthographe per- 
mettent à peine de faire sonner Vs final qui doit cependant 
se prononcer. Dès qu'un h est «ittelé à une consonne, il 
devient muet et se borne à former un son nouveau. Dans le 
groupe ch^ si usité en France, le c perd tous ses droits, Vh 
est déshonoré, il en résulte, sans logique aucune, un son 
simple et très répandu à l'étranger où il s'écrit sh en 
anglais, sch en allemand^ et set en italien. Un son étranger 
à notre langue parlée et que chacun de nous prononce pour- 
tant sans peine, est \ej anglais, que les Allemands écrivent 
dsôk, car il leur faut ici quatre lettres pour rendre une. 
seule consonne simple. On peut citer d'autres bizarreries du 
même genre. 

Le plus grand inconvénient de ces groupes de lettres 
pour représenter un son unique, c'est l'embarras où Ton se 
trouve pour en prolonger le son, car la prononciation et, ce 
qui est plus grave, le sens du mot peuvent être changés si 
Ton omet d'indiquer cette prolongation. Avec beaucoup de 
raison et de simplicité les Hébreux et les Arabes la signa- 
lent par un signe bien connu qui surmonte le caractère. En 
France une habitude qui vient des anciens Romains nous 
fait doubler la lettre : c'est même la seule convention 
orthographique qui soit acceptée dans toute l'Europe occi- 
dentale. Il ne faut donc pas troubler cet accord en déro- 
geant à un usage qui nous est si familier. Il est possible 
qu'on prononce. bien le nom de lieu écrit AdjdJGy en ren- 
dant par dj le/ anglais et en doublant la consonne; mais je 
doute qu'un Allemand se résigne à écrire Adschdschay car 



484 SUR l'orthographe des vots étrangers. 

le lecteur hésitera toujours devant cet assemblage de carac- 
tères, qui lui semblera monstrueux. L'Anglais écrit Ajja, et 
ici son système semble devoir l'emporter. 

Nos voisins d'outre-Manche passent pour avoir Tesprit 
essentiellement pratique ; c'est cependant chez eux qu'oo 
trouve l'orthographe la plus absurde. Leur u désigne 
tantôt un a bref comme dans but (mais), tantôt un ou 
bref comme dans full (plein) tantôt, iou comme dans unit 
(unité). Ils rendent Y ou long par oo dans poor (pauvre) 
et par ou dans pour (verser), qu'ils prononcent souvent 
comme si cet ou était français. Leur aou s'écrit ou dans 
pout (bouder) et ow dans fowl (oiseau). Ils n'ont pas 
trouvé mieux pour l't long, qu'ils écrivent tantôt ea dans 
easy (facile), tantôt ee dans keen (vif), et ie dans mûn 
(mine, air). U serait facile de citer d'autres exemples de 
pareilles absurdités chez les Anglais. 

Sans aller aussi loin qu'eux, nous avons aussi nos 
manques de logique en fait d'orthographe. Ainsi notre 
groupe ch a le même son bien connu dans les mots chai, 
chez ; mais, si je prononce archoîisme au lieu d'artat^tn^t 
et ar(^héologie au lieu é'arkéologief on aura besoin d'un 
moment de réflexion pour me comprendre. Nous indiquons 
une voyelle nasale en y ajoutant un n, et néanmoins nous 
mettons un m dans les mots emmancher^ emmener j simple. 
Quoique fort méticuleux à distinguer quatre e différents, 
nous n'avons qu'un signe pour l't long et l't bref. Ainsi 
nous prononçons deux t très différents dans le mot latin 
vivit (il vit), et, dans la phrase Domtnu^ vobiscum le premier 
mot a un tt français, tandis que cet u devient à peu près 
un u bref dans le second. Notre a se prononce e dans crayon: 
l'Académie française a été forcée de nous rappeler que \*e 
muet se prononce a dans hennir.; avait et avaient ont 
exactement le même son devant une voyelle, car dans ce 
dernier mot Vn n'indique pas une nasale et ne doit pas être 
prononcé. De même nous rendons souvent le son o par au 



SUR l'orthographe des mots étrangers. 485 

et même eau, où nous écrivons trois lettres pour exprimer 
une voyelle simple. Selon nos règles habituelles, on peut 
écrire le nom de la province flamande Hainaut de plus de 
neuf cents manières différentes, sans changer la pronon- 
ciation du mot : une des formes les plus compliquées est 
kaysneaulÈx où l'on dépense onze lettres là où il suffirait 
d'en écrire quatre : héno. Ces exemples' suffisent pour 
TOUS montrer qu'un explorateur soigneux doit corriger nos 
allures vulgaires dans l'orthographe, s'il veut faire dire 
ses termes d'une manière approximative, car il est rare 
qu'il puisse en indiquer la prononciation exacte. 

Nos règles de position sont une autre source d'incer- 
titude. Ainsi nous tenons qu'un s entre deux voyelles doit 
s'adoucir en z, et, si nous voulons faire dire Asa (nom de 
lieu) en conservant le son primitif de l's, et non Azaj 
nous sommes réduits h écrire A ssa; mais on n'ose écrire 
Assssa pour indiquer que la sifflante doit être prolongée. 
Les sons variables du c et du g montrent aussi les chan- 
gements effectués par la position d'une lettre. Dans le 
siècle actuel, nous assistons à la mort lente de l'I mouillé; 
à Paris les batailles de nos aïeux ne sont plus que des 
balayes. Pour ne pas perdre de vue uçe vieille connaissance 
Qous écrivons néanmoins VI mouillé comme souvenir d'un 
son trépassé. Il en est de même de nos h ; ceux qu'on 
prétend aspirer sont remplacés par des hiatus. 

Permettez-moi de vous citer une aventure minime pour 
montrer qu'il peut être utile de bien articuler un nom de 
lieu. Youlant revoir un ami qui vivait dans le centre de 
l'Angleterre, et préoccupé de mes projets d'exploration en 
Afrique, je me mis en route tout seul à pied. Je trouvais 
ainsi le double avantage de mettre à l'épreuve mes forces 
physiques et intellectuelles. Le lieu s'appelle B^aucAamp/on, 
nom français dû aux conquérants de la Normandie et 
agrémenté d'une terminaison anglaise. Après une longue 
marche, je dus prendre langue dans un village où je 



486 SUR l'orthographe des mots étrangers. 

• 

demandai à un laboureur de quel côté était Beauchampton. 
Les Anglais ont le mot beau qu'ils prononcent comme 
nous : j'en fis autant, et comme Taccent tonique joue un 
grand rôle chez eux, J6 répétai le nom du village en faisant 
ressortir successivement ses trois syllabes. A chacune de 
mes questions, le paysan répondait que ce lieu-là ne lui 
était pas connu. Un explorateur doit avoir plus d'une 
corde à son arc : je changeai la question en nommant 
mon ami, et j'apjirls qu'il demeurait dans une habitatioa 
voisine; sans le savoir, j'étais arrivé au terme de ma 
course. Pour me faire comprendre du rustre, j'aurais dû 
prononcer Bitchntn, mot dont je renonce à peindre les 
voyelles sourdes. De môme les voisins de Cholmonbeletj 
écrivent ainsi ce mon de lieu, tout en le prononçant 
Tcheumbli. 

Peut-être avons-nous assez dit, pour montrer l'illusion 
de ceux qui voudraient écrire selon l'orthographe française 
tous les noms propres d'un idiome étranger* 

.Ce n'est pas tout : nos caractères sont insuffisants pour 
rendre des sons étrangers à notre langue, comme les deux 
sortes de ^ et de Xr des Arabes et des Africains, le tek et 
le tt de Ces derniers, etc. 

Deux sons employés par les Sémites méritent de noos 
arrêter un instant parce que leur rôle est important : nous 
en percevons un aisément; l'autre, trop rarement noté) 
est pris souvent pour une aspiration et rendu alors par t. 

Le premier de ces sons est le *a|fn, consonne qui s'arti- 
cule par quatre voyelles en Arabe et par sept chez les 
Sémites d'Ethiopie. Si Ton écrit b^e avec *ayA, on aura une 
bonne idée du bêlement. Seulement -le Sémite, plus libre 
que le mouton, bête sur toutes les voyelles. 

La consonne douce du *yiyn, comme nos z eib sont celles 
de s et p, se nomme hamzah en Arabie. C'est un hiatus 
qui s'entend dans le mot arabe mu-manyn (croyants), et 
selon les Sémites il précède la plupart des mots commen- 



SUR l'orthographe des mots étrangers. 487 

^nt par une voyelle. Depuis que notre h aspiré ne se 
prononce plus en français, on le remplace par cet hiatus, que 
quelques voyageurs ont représenté par un A; mais alors il 
ne reste pas de caractère pour rendre l'aspiration qui joue 
dans plusieurs idiomes un rôle important. Quelques Français 
ne savent même pas distinguer un hamzak d'un h. Je passe 
sous silence plusieurs autres embarras qui se présentent 
quand on veut bien transcrire des sons étrangers à notre 
langue usuelle. En creusant la question qui nous occupe 
on en découvre les difficultés, et tout voyageur scrupuleux 
finit par se fabriquer un système d'orthographe. 

J'ai entendu proposer une solution bien illusoire. Assem 
blons un congrès, me dit-on; mettons-y des orientalistes et 
des savants, des explorateurs indigènes et étrangers; que 
ce congrès décide. Ce projet généreux, très digne de notre 
siècle de suffrage universel, n'est malheureusement pas 
pratique. Les décrets de cette assemblée n'auraient pas de 
sanction ; la minorité regimberait contre les décisions du 
plus grand nombre. Qui ne voit d'ailleurs que, plus une 
réunion est grande, moins on s'y entend? Les majorités 
ne s'y forment que par des compromis, et les décisions 
moyennes, ou pour mieux dire médiocres, y sont la règle. 
Les géographes ne commettront donc pas la folie de 
s'adresser à un congrès : ils aimeraient bien mieux obéir à 
une autorité à la fois savante et sage, s'il en existait une. 

N'ayant aucune prétention à être cette autorité, et ne 
m'érigeant pas en docteur d'orthographe, je ne vous expo- 
serai pas mon propre système. Il n'est fait que pour les 
langues de l'Arabie et de l'Afrique orientale et ne saurait 
donc prétendre à un usage universel. D'ailleurs, quelques- 
^s des détails ne sont adoptés que par voie de transac- 
tion; chacun devons pourrait proposer d'autres solutions, 
et je n'aurais aucun motif de les repousser comme insuffi- 
santes. Je me bornerai donc à vous soumettre quelques 
idées; vous les modifierez d'après votre sagesse. 



488 SUR l'orthographe des mots étrangers. 

Tout en admeltant l'idée coinmune d'indiquer nne pro- 
longation de son dans une consonne par la réduplication 
de cette lettre, il vaut mieux éviter les groupes de deax 
ou trois caractères pour, rendre un son unique, et, comme 
les lettres Cy ;, g, x font double emploi chez nous, il 
semble préférable, en leur assignant des sons nouveaux 
et invariables, d'augmenter ainsi notre matériel alphabé- 
tique, qui est trop restreint. On inventera un signe spécial 
pour la consonne forte ^ayn des Arabes, ou bien on l'iodi- 
quera par une virgule renversée, selon un usage assez 
général. 

Le hamzah ou hiatus aura aussi son signe. Il est bon 

d'ajouter à cet égard que les Orientaux, doués d'une oreille 

plus fioe que la nôtre, n'admettent pas qu'un mot puisse 

être terminé par une voyelle; car cette dernière est selon 

eux suivie soit d'un AamzaA, soit d'un A doux. Ainsi la (non) 

se prononce en arabe avec un hamzah final. Aucun de nos 

voyageurs ne paraît avoir perçu le hamzah dans cetle 

position, mais Vh final est souvent usité sans qu'on sache 

trop pourquoi, car nous avons au moins grande peineàiV 

percevoir. Ainsi on écrit bien Medineh comme nom de ville 

en Arabie, mais on a pris l'habitude d'en appeler une aolre 

J)jidda au lieu de Jiddah ou Juddahy ce qui serait plus 

exact De môme, on cite un autre port de la mer Rouge 

sous le nom de Zeyla ou Zeylahj tandis que les Arabes 

disent Zel'^a. Quant à leur 'Aden, les Anglais qui, pas plus 

que nous, ne savent prononcer la lettre *ayn, nous oui 

imposé l'usage de la supprimer dans ce mot. MuçnWa, 

autre ville maritime dans les mêmes parages, a donné lieu 

à d'élranges variations. 

M. J. Jackson, le savant bibliothécaire de notre Société, 
a bien voulu relever pour moi, dans une partie des travaux 
publiés, jusqu'à vingt orthographes différentes; par une 
habitude trop commune, plusieurs cartes qui donneot ce 
jiom sont éditées sans date : 



SUR l'orthographe des mots étrangers. 489 

Annés. pabliéo à Auteurs 

16Si Paris. Sanson. Maezua, Mazuam', et Maczua. 

19U. Paris. Lapie. Metsua et Malsua. 

\9ib, Philadelphia. Tanner. Masua; 188t. Webster, id. 

Ifê5. Gotha. Berghaus Massaua; 1860, Darmstadt, Ewald, id. 

1B40. Paris. Balbi. Matzouah et Massouah. 

1847. Paris. Bouillet. Matzou et Massouah. 

1851. London. Knight Masso'wa et Hassowah. 

1860 1881 Gotha. Mitlheilungen. Massua et Massaua. 

1876. London. Admtrnlty Mujawwa* (s pointé), 

1877. Edinborgh K. Johnston Massuahei Massonah. 

Sans date Paris. Andriveau G. Massaouah, 1850; Massowah. 

1878. Paris. Isambert. Massàuuah. 

1879. Gotha. Stieler. Massua 1882; Massaoua. 
1881 Paris. Raffray Massouah. 

En 1839y j'avais donné ce nom, en caractères arabes, à la 
Société Géographique de Londres, qai Ta publié alors selon 
son système de transcription, avec un s pointé par-dessous; 
il a fallu attendre trente-sept ans, pour que cette ortho- 
graphe, qui rétablit la première voyelle du mot, devint 
officielle en Angleterre. Tant l'erreur dure, en géographie 
comme ailleurs I 

Muçaww'^a, nom exotique, est un participe arabe, qui 
signifie desséché^ terrifié. Les indigènes appellent cette ville 
Batz% mot qui signifie parvenu, et que leurs voisins ^Afar 
prononcent Bath*e {th dur des Anglais). 

Quand j'étais chez le vice-consul français, dans ce port, 
je le critiquais sur sa persistance à écrire Massowah, tout en 
prononçant Muçaww^ mais il m'objecta la crainte de 
perdre ses appointements et môme sa place car il pourrait 
recevoir de France l'ordre impérieux de quitter ce Mu- 
çatDfo'a d'où il aurait daté ses dépêches, et de se rendre au 
plus tôt à Massowahf où on l'avait envoyé. Cette manière 
d'excuser, en la perpétuant, une orthographe éminemment 
ncieuseest plaisante; elle suppose trop d'ignorance engéo- 
gi^phie dans notre ministère des aCEaires étrangères, et, si 
je vous cite l'objection dans toute sa naïveté, c'est pour 



490 SUR l'orthographe des kots étrangers. 

faire mieux ressortir une des difficultés du sujet qui nous 
occupe- 
Vous remarquerez mon usage du w. Sans faire attention 
que ce son joue souvent le rôle d'une consonne, et non d'une 
voyelle, on a chez nous une tendance marquée à le rendre 
toujours par ou. Logiquement on devrait donc écrire Jfoi^ 
çaofioW^a^ ce qu'aucun de vous ne voudra faire. La raison 
principale de l'ostracisme infligé en France au w parait 
être qu*on le regarde comme une lettre anglaise, enoubllafit 
qu'il est usité cfaes nous dans le Nord, car nous avons aa 
moins deux cents lieux français dont les noms cornooenceot 
partr. Un ami me fait remarquer que les habitants de LDIe 
prononcent exactement de la même manière Wazemm$ et 
(Hzèmes^ deux noms de lieux différents, et l'on a encore 
Oizème, près Chartres, sans changement de son ; car nous 
rendons le wa des Anglais par oi^ et, dans ce groupement de 
voyelles, les sons o et < ont la mission spéciale de ne pas être 
prononcés. Cependant l'o reprend ses droits dans oignes 
où Vi sert à ne rien faire, ou plutôt à montrer comtàen 
notre orthographe est quelquefois absurde. 

Notre persistance à remplacer le io par ou entraine quel* 
quefois des inconvénients. Ainsi un nom de rivière devenu 
célèbre, parce qu'elle est dans notre colonie du GaboOi ^^ 
surtout par les travaux de notre magnifique explorateor 
M. Savorgnan de Brazza, s'est écrit Ogooué, et, comme les 
deux y paraissent bizarrement assemblés, on a affublé le 
premier d'un accent circonflexe; il est plus simple d'écrire 
Ogowé, en conservant au w le son d'un ou consonne. 

Nous laissons bien ce w dans les noms de lieux anglais et 
sans admettre qu'au lieu de Washington il serait plus exact 
d'écrire Ouachingtonne* Vous repoussez tous cette dernière 
orthographe, vu que le terme y perd sa physionomie, voos 
force à vous arrêter pour épeler et prononcer, et smioot, 

• 

parce qu'il ressemble à un étranger, tout comme un sm 
qu'on prend au bal pour un inconnu, dès qu'il y porte oa 



SUR l'orthographe des mots étrangers. 491 

masqaeL Si j'écris Couba^ vous croirez à an terme nouveau, 
vous songerez peut-être au Kouban en Gircassie, mais vous 
aurez peine à reconnaître la reine des Antilles. Quel mal y 
a-(-iJ à prononcer Cuba avec un u français? Le poète an- 
glais Byron, qui n'aimait pas un grand général irlandais, 
Taspostrophe ainsi : a Wellington ou Velain ton^ car la 
reoommée sonne de deux façons ces syllabes héroïques, » 
et par celte plaisanterie il montre la puérilité de vouloir 
adapter la prononciation d'un nom propre à Tusage ortho- 
graphique de chaque pays différent. Vous n'écrivez pas 
Yintchesterre pour Winchester ni Vindsore pour Windsor 
de peur de créer des lieux imaginaires. Vous ne vous inquié- 
terez pas des cas où le w est quiescent, c'est-à-dire ne se 
prononce pas, comme dans Woolwitckj où le second ta est 
le représentant d'un son évanoui, qu'on garde néanmoins, 
pour ne pas défigurer un nom de lieu connu. Ce w quiescent 
existe ailleurs, en Ethiopie par exemple, où les indigènes 
Tigray nomment Sarawe la province que leurs voisins 
Amara prononcent Sarae, Finalement je vous demande 
grâce pour les w ainsi que pour les y. Il est utile de les 
employer chaque fois que ces demi-voyelles jouent un rôle 
de consonne. 

L'excès du mal amène la recherche du remède. Gomme 
les Anglais attribuent à leur u trois sons, celui de l'a bref, 
celui d'tou comme dans use (user) et celui de Vou bref, ils 
ont senti la difficulté de distinguer ces sons par un signe, 
et dans les termes nouveaux ils ont bravement adopté le 
son de l'u italien en écrivant Uganda (Afrique centrale), sans 
s'inquiéter si le vulgaire dira iouganda^ on ikganda. Cet 
exemple serait bon à suivre chez nous, car le son de Vu 
français est beaucoup moins répandu que celui de notre 
<^; d'ailleurs l'usage allemand d'indiquer notre « par un u 
surmonté de deux points permet d'identifier Vu français par 
^ signe connu, dont on n'a pas encore abusé, et qui -ne 
laisse pia^ à aucun doute. 



492 SUR l'orthographe des mots étrangers. 

Notre ; est, comme notre u, nn son bien moins employé 
qne le j dar des Anglais, où les orthoépistes sont unanimes 
à affirmer que le son d'un d n'entre pas : pourquoi donc le 
représenter pard/? hej français, relativement rare, serait 
mieux écrit par un j accompagné d'un signe de convention. 
Si vous adoptez ces principes, je laisse aux voyageurs k 
soin d'ajouter des signes à nos lettres usuelles pour indi- 
quer les sons de Vh fort, des deux th anglais, du ghayn^ du 
d, r ou / cérébral de l'Inde et de l'Ethiopie, des trois aspi- 
rations de ce dernier pays, et de plusieurs autres sod< 
étranges et rares, que diverses nations persistent à em- 
ployer et môme à prononcer. 

La manière la plus claire de désigner la modification 
d'une lettre consiste à la mettre en italique, mais cette in- 
novation répugne au lecteur et encore plus à l'imprimear. 
On n*a d'ailleurs de cette façon qu'une seule modification : 
comment faire lorsqu'il en faudrait deux? Car si l'on se con- 
forme au bon sens en réservant l'A à l'aspiration on n'aurait 
que deux signes : h et A, pour indiquer les trois aspirations 
de l'éthiopien. 

Ces raisons font préférer Tusage des signes diacritiques. 
On les a mis quelquefois au-dessous de la lettre, ce qui est 
un tort selon nous; car l'œil du lecteur s'arrête sarloot 
à sa partie supérieure, et l'on devine bien plus facilemeotl^ 
sens d'une ligne imprimée dont on cache, au moyen d'une 
règle, la partie inférieure, que si l'on en couvre de la mène 
façon la moitié supérieure. 

L'usage des signes diacritiques a aussi ses incon?éoienls 
quand on veut citer des noms de lieux ou de relatioD en 
usant uniquement des ressources d'une typographie ordi- 
naire. Dans ce cas il vaut mieux reproduire les mêmes lettres 
privées de ces signes diacritiques, que le lecteur ne cono- 
prendrait pas sans une explication spéciale. On conserve 
ainsi l'essentiel, c'est-à-dire la physionomie générale da mot. 
Quel mal y a-t-il à ne pas prononcer, par exemple* ce 



SUR L*OBTHOGRAPHE DES MOTS ÉTRANGERS. 493 

hoonyhnknm que }e citais tout à l'heure? Peu importe sa 
Traie prononciation, cardans la grande majorité des cas on 
se sert d'un nom étranger uniquement pour identifier le 
terme employé; on le traite presque comme ces lettres 
isolées qui chez les mathématiciens désignent une chose, 
une direction, ou même une quantité. S'ils ont attaché, par 
exemple, aux lettres ÂBON l'idée d'une surface ou d'un 
coDtour, personne ne songera à prononcer le mot; mais si 
l'on vient à changer un de ces signes en écrivant ABEN, le 
lecteur se trouve dérouté. Pour bien comprendre cette 
vérité, il suffit de prendre un texte, même imprimé, où 
récrivain, que nous appelons ignorant, n'a fait en réalité 
que mettre de côté les conventions pour rester sim- 
plement logique. Néanmoins on le lit difficilement, avec 
un esprit béant, qui tâtonne et recherche le sens. La 
phrase / vené de fer ali nous égare d'abord dans une 
idée ferrugineuse, et il faut une réflexion, c'est-à-dire un 
effort et une perte de temps, avant de rectifier Tortho- 
graphe défectueuse, et de comprendre qu'ils venaient de 
faire halte. 

La physionomie habituelle d*un mot est plus importante 
qu'une orthographe sans défaut. C'est par l'altitude exprimée 
eu mètres et non par l'appellation, que, dans un ouvrage 
récent de compilation, j'ai reconnu une de mes montagnes, 
la plus haute peut-être que j'ai mesurée en Afrique. Je 
1 avais appelée Woso, avec un s bohémien, et le géographe 
qui m'a copié a cru devoir écrire Ouocho, c^ qui change 
1 air du mot. Woso aurait bien mieux valu, d'autant plus 
que les indigènes de cette région confondent s avec ch et 
prononcent indifféremment l'un ou l'autre de ces sons dans 
le même mot. D'ailleurs la combinaison ouo n'existe pas en 
français, elle est bizarre, etenfln les voyelles, o, u n'indiquent 
pas assez qu'il s'agit ici d'une véritable consonne w. Le 
même compilateur, s'adressant à différentes sources, 
» publié une montagne deux fois dans une même page, 



491 SUR l'orteographe 9Esr vers tnuaciBBS. 

sans s'apercevoir qu'il s'agissait seulement d'irae d3R- 
rence d'orthographe. 

Esclaves de l'antiquité latine, nous n'écrivons que cinq 
voyelles, mais nous en possédons davantage; l'anglais en a 
même dix-huitdans le langage parlé. Le plus hardi voyageur 
n'indiquera jamais toutes* ces nuances, mais il serait boa 
d'en distinguer quelques-unes, et dû moins les longues et 
les brèves. Je n'en citerai qu'un exemple. Avec beaucoup 
de raison, on a mis des a dans Gondar et Zanzibar, noms 
de villes; mais le public ignore la qualité de ces a et De 
manque pas de dire Gondar et Zanzibar, en prononçant 
leurs sons ordinaires qui sont allongés. Du reste on aurait 
bien à faire, si l'on prétendait distinguer toutes les nuances 
des voyelles, car elles passent l'une à l'autre par des degrés 
peu sensibles à une oreille non exercée. 

Tout en adoptant la règle si juste et si commode de con- 
server à un nom l'orthographe donnée par le voyageur qm 
l'a fait connaître en premier lieu,'ne le grondons pas trop> si 
parfois il écrit mal quelques noms. En effet il est obligé de 
les recueillir oralement, et il peut s'adresser sans s'en douter 
à un indigène qui les prononce mal ou selon un dialecte 
éloigné. L'explorateur scrupuleux ne se contentera donc 
pas d'un seul renseignement et tâchera de comparer plu- 
sieurs manières d'énoncer le même mot, afin d'écrire celle 
qui semble la plus générale. Cette précaution est utile 
quand on est forcé de recueillir les termes oralement. Avec 
un peu d'exercice, l'oreille se forme à bien saisir et distin- 
guer les sons sans les confondre, et sans tomber, par 
exemple, dans cette faute de plusieurs Allemands qni 
écrivent Achmei pour Ahimdy nom d'homme chez les 
Arabes. 

Avant de terminer, permettei;-moi de scandaliser quel- 
ques-*uns d'entre vous, en signalant ce qui me pnraît une 
réforme à faire, car il semble inique de mêler les règles 
de la grammaire française à celles d'une langue étrangère. 



SUR l'orthographe des mots étrangers. 495 

Si l'on peut se permettre d'employer l'apostrophe devant 
un mot exotique commençant sans hamzahf de quel droit 
en QS6-t-on de même devant cette consonne, parce qu'elle 
est légère? A plus forte raison pourquoi mettrait-on l'apos- 
trophe devant un ""ayriy par la seule raison que nous ne pro- 
nonçons pas cette consonne si caractéristique? Sans avoir 
k prétention dé vous convertir à mes idées, j'écris la ville 
de Akium (et non d'Aksum), le port de '^Aqyq (et non 
^Âqyq), Par précaution je suis la même règle partout, de 
peur de heurter par mégarde un hamzah que mon oreille 
européenne n'aurait pas perçu. 

L'autre réforme est encore plus importante et regarde 
l'abus du pluriel français. Pour rendre nos idées plus 
claires, prenons des exemples dans les langues de nos voi- 
sins. Si^en décrivant les institutions de l'Angleterre vous 
avez à parler de certains petits propriétaires, les appellerez- 
Tous des yeomanSf quand vous savez que le pluriel de 
yeomane^i y^om^n? Pourquoi ajouteriez-vous un s français 
eu disant des yeomens ? Vous ne le ferez point, parce que 
TOUS avez le sentiment de la grammaire anglaise. Si les 
besoins d'un écrit vous amènent à employer au pluriel le 
tenne allemand batiery direz-vous les bauers ou les bauerns ? 
Vs final du pluriel vous choque de ces deux façons : car 
dans la première forme vous ajoutez un pluriel à un singu- 
lier et dans la seconde vous l'ajoutez à ce qui est déjà au 
pluriel. Passons maintenant à un idiome qui nous est moins 
familier, et citons le nom d'une nation qui a acquis der- 
nièrement une triste célébrité. Nous avons pris l'habitude 
de lui donner un nom exotique dû aux Arabes, qui disent 
au ^gulier Targi et au pluriel TutoareÇy qu'on écrit plus 
souvent Touareg. N'est-ce pas une redondance inutile 
d'écrire Touaregs ? Cette adjonction d'un a français sembla 
même absurde, quand on l'introduit dans un idiome qui, 
comme le basque et plusieurs langues éthiopiennes, ne 
possède pas de [Pluriel dans ses noms. En tout cas l'adjonc* 



496 SUR l'orthographe des mots étrangers. 

lion de l'article français à un terme étranger suffit pour en 
indiquer le nombre, et l'on voit clairement par les ou iei 
que le mot suivant est pris au pluriel. L'usage d'un s pluriel 
partout a même quelquefois un inconvénient grave : si on 
voyageur parle pour la première fois des Karcas, on sera 
tenté de dire au singulier un Karca, tandis que Vs final fait 
partie intégrante du terme indigène et qu'il faut dire m 
Karcas. Au contraire il n'y a aucune ambiguïté à écrire «i 
AmarOf des Amara^ car le pluriel est clairement désigné 
dans ce dernier cas par la particule des. 

Je vous demanderais pardon, Messieurs, de vous avoir 
entretenu de ce qui peut sembler des vétilles, mais la vraie 
science ne doit rien négliger, et toute science se compose 
de détails, qui pris isolément semblent desriens^ mais dont 
la réunion forme une importance réelle. En attendant que 
la république des lettres devienne assez sage pour se donner 
une autorité suprême qui puisse augmenter notre alpbabel, 
en abolissant nos règles actuelles de position, et de manière 
à conserver à chaque caractère un son invariable, il faot 
bien se contenter de compromis plus ou moins habiles, et 
lutter, sans espoir peut-être, pour un retour aux notions da 
simple bon sens. Ces compromis ne seront pas toujours 
faciles à exécuter ; ce que l'on gagnera d'un côté sera sou- 
vent perdu de l'autre. La grande variété des articulations 
possibles viendra encore mettre à l'épreuve le talent de 
ceux qui cherchent à peindre la parole. Sans parler des 
clicks du Hottentot, nous pouvons citer les sons non moins 
étranges des Ehkili, nation de l'Arabie méridionale et qni 
parle une langue non sémitique. En arrivant à Jiddah en 
1839, j'y trouvai un indigène qui enseignait son idiome à 
Fresnel, l'orientaliste français si savant en arabe, k 
voulus prendre part à ces leçons et ne tardai pas à ap- 
prendre que les Ehkili ont trois consonnes qui ne peuvent 
se prononcer qu'à droite, en dérangeant la symétrie de U 
bouche. Gomme j'avais presque réussi à bien dire tlefor 



SUR l'orthographe des mots étrangers. 497 

{paysan, je crois), j'eus l'idée de mettre à l'épreuve Toreille 
de riûdigène, et, debout derrière lui, je prononçai cette 
expression en articulant le ^I à gauche. Ce musulman mani* 
festa une vive surprise et me dit : « Allah! Allah! mets-toi 
devant moi, pour que je voie comment tu fabriques ce son 
risible. » Quand j'eus satisfait sa curiosité, il parut scanda- 
lisé et ajouta en faisant un geste de répulsion : « homme, 
tu ne sais donc pas que, depuis que le monde est monde, 
tous les fils d'Adam parlent à droite et jamais à gauche! » 
Je désire bien. Messieurs, que dans cette conférence 
vous ne trouviez pas aussi que j'ai parlé à gauche. 



soc. DE GÉOGR. — 3« TRIMESTRE 1882. UI. - 32 



EXCURSION 



AU PAYS DES COSAQUES DU DON 



PAR 

JITIiES «ABMIER 



fl La force de la Rmeie, sa lîdl>leMe et 
■oo afenir, e'eet Mm étendœ. a 

Dicton rune. 

La partie du territoire des Cosaques du Don que j'ai par- 
ticulièrement visitée à la fin de Tannée 1881, est la 
partie connue sous le nom de Donetz, qui renferme les 
couches de houille exploitées depuis quelques années ayec 
une activité de plus en plus grande. — Ce riche bassin 
houiller fait partie de l'immense plaine qui s'étend de- 
puis le fleuve Oural jusqu'à l'embouchure du Danube etque 
bornent au sud les rivages de la mer Noire et le pied des 
montagnes du Caucase et de la Crimée. Sur cette vaste 
surface qui n'a pas moins de 22 degrés en longitude et 4 de- 
grés en latitude, le terrain houiller seul présente des col- 
lines et des vallées. —Ces collines de l'époque houillère, sans 
avoir les altitudes qu'on leur voit souvent ailleurs, offrent 
encore les croupes arrondies ou les chaînes capricieusement 
contournées habituelles à tous les terrains houillers. 

Les différences de niveau les plus grandes que j'ai pu me- 
surer au baromètre anéroïde entre le bas des vallées et les 
sommets atteignaient environ 150 mètres, hauteur déjàim- 

1. Communicatioa adressée à la Société dans sa séance da 17 mars 
1882. 



JDOSUHIOlf MB PATS 0ES COSAOTES M DOVv 489 

portante pnîsqafil faat remonter au nord jusque dans le 
Tcnsîna^ de Hoscou, en pente douce, pour trouYer la petite 
chaîne de Ytidal, de 340 mètres de hauteuit seulement au>- 
dessuB dunmau delà mer et qui sépare les eaux de la mer 
du Nord de celles, de la mer Noire et de la Caspienne;. Le 
relief occupé par les roches de l'époque houillère forme 
donc la plus belle partie des gouyememenis d'Ékaterînoslaw 
et du pays des' Cosaques du Don sur lesquels il se mpatca. 
L*absenee de- toute barrière montagneuse en Russie entre 
Textréme nord et le sud-est, comme on sait, l'unique cause 
du climat extrême auquel la contrée est soumise; ici les 
latitudes ne s'accordent plus, comme ailleurs, avec le ther- 
momètre et, sur ceUe immense surface sans arbre, le» froids 
da p61esuccèdent sans transitionaux chaleurs torrides. Ainsi 
le 15 septembre dernier le thermomètre était à 20 degrés aur 
dessous de zéro dans le Donetz ; on m'assura, il est vrai^ 
qae l'hiver était précoce : d'habitude, les froids n'arrivent 
qu'avec le mois d'octobre, le thermomètre descend alors à 
15 degrés au-dessous de zéro et une neige abondante couvre 
la terre. Cet état se maintient jusqu'au commencement de 
mai, les fleuves sont pris, ainsi]quBla mer d'Azoff et lenordl de 
la mer Noire pendant quatre mois en moyenne. A ces froids 
rigoureux succèdent, sans transition, de Ibrtes chaleurs^ 
une végétation brillante se substitue à la neige comme par 
enchantement: c'est le beau moment de Tannée, mais il est 
soavent fugitif; car si les pluies ne viennent pas tempérer 
l'ardeur du soleil, les plantes se dessèchent et le pays devient 
désagréable pour l'homme aussi bien que pour les animaux 
domestiques qui souffrent beaucoup dans les champs ; 
quant aux insectes parasites, qui sont nombreux, ils joignent 
trop souvent leur action nuisible à celle de la sécheresse et 
activent la destruction des récoltes. Dans les rares bas-fonds 
qui restent humides et au voisinage des cours d'eau, les 
prairies sont réellement belles; ailleurs l'étendue remplace 
la qualité et pour nourrir un troupeau on va jusqu'àaffirmer 



500 EXCURSION AU PATS DES COSAQUES DU DON. 

qu'il faut un hectare par tôte de moutoD. Des observations 
faites pendant cinq années parM. Chailler, consul de France 
à Odessa, ont montré qu'il tombe annuellement 324 milli- 
mètres d'eau dans la Russie méridionale, pendant qu'il en 
tombe 870 millimètres dans le département de la Manche, 
en France, l'^SOO au Japon, etc. 

Les irrigations, qui transformeraient le pays, sont mal- 
heureusement impossibles, car, dans ces plaines, les fleuves 
coulent au fond de crevasses, à 40 ou 50 mètres au dessous 
du niveau général du sol. Les cultures, telles que le fro- 
ment, le seigle, le maïs, le millet, le lin, dont les graines 
forment la nourriture des habitants, quand elles ne sont 
pas exportées, subissent donc les tristes éventualités dont 
nous venons de parler au sujet des prairies naturelles et l'on 
est bien, heureux d'avoir, en céréales, une année de récolte 
sur trois; ainsi, en 1874, la récolte fut bonne, mais ce n'est 
qu'en 1881 que le fait se renouvela ; tantôt le vent du sud 
séchait le blé sur plante, tantôt les sautereles le dévoraient 
en herbe, tantôt un petit hantieton, s'attachant par grappes 
aux jeunes épis, en dévorait la fleur. 

D'après un de nos collègues, un érudit dans la matière, 
M. Kûnckel d'Herculais, ce hanneton est connu sous le nom 
d^Anisoplia austriaca et lorsque ces parasites se suspen- 
dent aux épis en grappes compactes, ceux qui sont en des- 
sous rejettent leurs excréments liquides que les affamés 
accrochés sur leur dos dévorent avec avidité faute de 
mieux ; c'est ce qui explique la croyance du peuple en 
Russie, que les hannetons qui sont en dessous passent à 
manger à ceux qui sont accrochés sur leur dos. 

Les dégâts que cause cet insecte se chifl'rent par centaines 
de millions et amènent parfois des disettes. 

Est-ce à cause de la réunion de ces faits, et malgré Tin- 
contestable bonne qualité de la terre elle-même, que ces 
vastes plaines sont à peine habitées et qu'on y estime la 
va'eur d'un domaine, moins d'après sa surface que d'après 



EXCURSION AU PAtS DES COSAQUES DU DON. 501 

le nombre des paysans, qui y sont installés? Il résulte 
de cette pénurie de bras que, dans les années de bonne 
récolte on a beaucoup de peine à enlever les produits; 
chaque paysan étant aujourd'hui propriétaire, est occupé 
chez lui et les disponibles demandent des salaires qui ne 
tardent pas à égaler en valeur celle des blés, lesquels, par 
contre, baissent alors de prix dans des proportions énormes. 

A ces difficultés viennent encore s'ajouter celles des trans- 
ports : les chemins n'existent pas, on se contente de routes 
à travers champs dans la direction de la ferme ou de la 
ville et comme le sol est argileux, s'il pleut au temps de la 
moisson, les frais de voiturages deviennent énormes. 

Bientôt après, en septembre, les gelées arrivent, les che- 
minsqui ne sont qu'une série d'ornières tracées dans la boue 
se durcissent, mais ils sont encore très mauvais taiil que la 
neige n'a pas nivelé le sol et permis au traîneau de se subs- 
tituer à la charetie : le traîneau en hiver, les cours d'eau 
en été sont encore aujourd'hui les meilleurs moyens de 
transport en Russsie et j'ai vu des paysans nous plaindre 
sincèrement quand je leur disais que nous avions en France 
des hivers sans neige. 

On comprend qu'avec cette abondance extrême de terres 
dans la Russie méridionale, le cultivateur ait intérêt à sim- 
plifier son œuvre et ne soit pas encore, comme chez nous, 
à la poursuite des moyens qui peuvent faire rendre le plus 
possible à une surface donnée de terrain. C'est ainsi qu'on 
ne cultive chaque année que le tiers de sa propriété, laissant 
reposer les deux autres tiers pendant deux ans; toutefois 
on coupe le foin sur cette surface en jachère et on y fait 
paître les bestiaux aussi tard que possiblCi ce qui engraisse 
encore le sol tout en économisant les fourrages d'hiver. 
On enrichit les terres par le repos et non par les fumures 
et Ton ne s'occupe pas même de faire alterner les cultures. 
Souvent encore on cultive la terre pendant trois années 
consécutives avant de la laisser reposer et en ne' labourant 



son ErCURSION AIT PATS DBS COSAQVES 117 WM. 

que deux fois, la première fois, à TaiitoniBe. Busaite on 
sème au printemps sorla terre ramotlîe à la suite de laloiite 
des neiges, on après le leTé de la réeolte driver; on herse 
simplement sur les graines qn'on a semées. — les bUs 
d'hiver ont souvent 90 à 30 cenihnètres de hauteur quand 
viennent les froids, et si les neiges ne sont pas suffisantes 
pour les protéger la récolte est compromise ; sur la terre 
simplement hersée les récoltes sont souvent aussi belles 
que sur les terres voisines labourées. Mais, la troisième 
année venue, il faut retourner la terre par la charroe, on t 
sème du blé mou : après oette récolte on laisse en jachère. 
Comme le bétail manque la plupart du tempe pour fouler 
et fumer le sol, il reste ainsi livré h lui même pendant 
plusieurs années et, chose curieuse, la végétation naturelle 
qui s'établit est toujours composée des mêmes éléments 
se succédant dans le même ordre. La première année li 
terre se couvre de chardons, d'avoine sauvageet d'une sorte 
de centaurée; la seconde année ces plantes sont en grande 
partie remplacées par \^ renouée {TirnaUa) qui donne on 
foin recherché du bétail; la troisième année la renouéeresle 
maîtresse de la terre, elle accepte seulement la compagnie 
d'un peu d'absinthe et de chou^rave, et pendant trois ou 
quatre années la renouée continoe à donner vue belle 
récolte de foin; mais à ce moment elle disparaît ponr 
faire place à ces prairies qui contiennent tonte la flore rosse 
habituelle à la steppe sauvage : la terre a reconquis toute sa 
virginité. 

Cette inséressaiite succession des plantes m'a été signalée 
par un Français, M. Toi, qui habite la steppe depuis de 
longues années. 

"Nous n'avons pas encore dit queaur ces vastes plaines en 
n'aperçoit pas un -seul arbre; c'est xm peu ao sud de 
Gharkow que cessent hivsqaement les gnmdes Ibvêts, pii» 
botdeaux, hêtres et ehènes ; mais c'est là avssi que le sel 
calcaire fait place à la nappe de terre noîve^ à ht steppe, mr 



xzcimsioir au patb des cosaqdbs du don. SOS 

laquelle poussent si bien herbes et céréales» qaand un 
peu d'eau les faTorise. Tous les voyageurs ont recherché la 
solution de ce problème étrange : pourquoi la steppe, 
STCC son manteau d'humus, d'autant plus riche qu'il a 
moins produit jusqu'ici ne contient-elle aucune forêt ?••• 
On a pensé que les forêts avaient dû être détruites par les 
anciens habitants qui. ont laissé, comme trace de leur 
passage, des milliers de tombeaux, sous la forme de pierres 
amoncelées qui, dispersées un peu partout, rompent par 
leurs saillies légères la monotonie de la plaine. Les vents 
brûlants ou glacés qui balayent tour à tour le pays s'oppo- 
sent-ils à la végétation arborescente ? c'est, en tout cas, à 
des conditions purement climatériques que Le Play a 
attribué l'absence de végétation forestière ^ Mais là ne se- 
raient pas les raisons de ce phénomène, d'après Hommaire 
de Hell qui les voit dans ce simple fait que la couche de 
terre végétale de 30 centimètres d'épaisseur en moyenne, 
surmonte une forte assise d'argile compacte et impénétrable 
aui racines des arbres; ceux que l'on plante sans préparer 
un grand trou pour le développement des racines, dessè- 
chent et périssent dès leurs premières années *. 

Le bois est donc fort rare et fort cher dans la steppe et 
les habitants emploient, comme chauiEage domestique; le 
fomier du bétail. Dans les ravins, pourtant^ où s'est 
accumulé l'humus, quelques bouquets de bois de chêne se 
rencontrent» principalement sur la surface houillère qui est 
plus accidentée, mais les besoins des mines ne tarderont 
pas à faire disparaître ces lambeaux de forêts, et il faudra 
avoir recours aux bois des gouvernements du Nord ou de 
la rive drmte du Dnieper. Empressons-nous d'ajouter que 
l'opinion de plusieurs habitants du pays n'est point con* 
forme à celle des savants ingénieurs Le Play et de Hell et 

1. Le Play. Ouvriers européens, t. I. 

î. Bommaire de Hell. Les steppes de la mer Ca^netme, le Caucase, la 
Crimée et la Russie mérUiOMU, t. III» p. 60. 



504 EXCURSION AU PATS DES COSAQUES DU DOH. 

qu'ils attribuent simplement Tabsence d'arbres à ce ftit que 
les forêts ont été coupées et non replantées : je pense, 
en effet, qu'avec quelques soins, on boiserait la conlrée. 

Tel est donCy direz-vous, ce grenier d'abondance qui a 
si souvent suppléé à la pénarie de nos récoltes ! Croyez bien 
que j'ai été moi-même fort surpris de cet état de choses, 
mais il est tel quel, et avec ces conditions il peut encore 
fournir, dans les bonnes années, d'immenses quantités de 
grains à l'exportation, car la consommation locale est rela- 
tivement faible et la surface que la charrue travaille ici plus 
ou moins bien est au moins double de celle de la France, 
et nous ne comptons que la steppe. 

Rien de monotone et de sauvage comme la steppe, sur- 
tout quand la neige la couvre ; pourtant le gibier y abonde, 
bien que l'homme, le loup et l'aigle lui fassent une gaerre 
assidue ; c'est une des distractions du voyageur que la foe 
de ces véritables troupes de lièvres qui paissent en com- 
pagnie. Si le temps est clair, on ne se lasse pas d'admirer 
les magnifiques levers ou couchers du soleil, comparables 
seulement à ceux dont on jouit sur une mer calme ; l'astre 
vu horizontalement au travers d'une épaisse couche d'iir 
atmosphérique prend des proportions et des teintes étoD- 
nantes, pendant que les rayons qu'il jette éclairent de 
lueurs bizarres la steppe aux tons indécis. 

Les villes de quelque importance sont rares dans la 
steppe proprement dite; la ligne qui la traverse du nord aa 
sud, de Gharkow à Taganrog, rencontre à peine, sur une 
longueur de près de 600 kilomètres, quelques villages 
de paysans aux huttes couvertes de chaume. D'ailleurs les 
villes de ces parages, même les plus populeuses, ne soot 
que de grands villages où le séjour est peu agréable; en 
été, la grande poussière qui envahit les rues non arrosées 
remplit aussi l'atmosphère; en automne et au printemps les 
alternatives de neige et de pluie, de gelée et de dégeli 
changent les rues en marais; la seule saison supportable 



EXCURSION AU PATS DES COSAQUES DU DON. 505 

est rhiver, malgré ses tourmentes de neige qui atteignent 
dans ces plaines des proportions inouïes. 

Mais si l'aspect, le climat, l'agriculture du pays du Don 
soDt médiocres, il n'en est pas de même des richesses mi- 
nérales du sous-sol. Le bassin houiiler reconnu occupe plus 
de deux millions d'hectares; il est arrosé par le Don, le 
Donetz, le Calmiouss, leMiouss et le Dnieper; toutes les 
qualités de combustible minéral y sont représentées, depuis 
Tanthracite jusqu'au charbon gras bitumineux, passant 
même au lignite. Ce riche bassin qui se montre surtout à 
découvert dans la partie ouest de la terre des Cosaques du 
Don, pénètre aussi dans les gouvernements d'Ékaterioos- 
law à l'ouest, et au nord dans celui de Charkow ; les 
couches houillères se prolongeant d'ailleurs en plusieurs 
points, sous des terres de création plus récente, on peut dire 
que les limites réelles du terrain houiiler doivent certaine- 
ment être reculées de beaucoup. 

C'est sous le règne de Pierre le Grand que la houille fut 
découverte et la tradition rapporte que ce prince attacha 
beaucoup d'importance à ces mines dont il prévoyait l'a- 
venir. C'est seulement bien plus tard que Ton étudia les 
gîtes avec attention : Illyne en 1795; Kovalevsky en 1827 ; 
Lioubinov en 1832; Ivanitzky,Le Play,Malinvaud,Hommaire 
de Hell; Lalanne de 1834 à 1839; Murcbison, Yemeuil, 
J. Guillemin, etc., senties noms des savants qui mirent en 
évidence les richesses de ce territoire et fournirent les bases 
principales de la carte géologique que les ingénieurs des 
mines russes exécutèrent dans ces derniers iemps, sous les 
ordres de M. de Helmersen. Le bassin comporte les terrains 
cristallin, carbonifère, permien, jurassique, crétacé, ter- 
tiaire et alluvionnaire. Plusieurs métaux, tels que le fer, le 
cuivre, le plomb argentifère, etc., se rencontrent dans ces 
divers terrains. Malgré l'abondance et la bonne qualité des 
houilles, qui ne le cèdent en rien aux meilleures connues, 
ainsi que j'ai pu le constater par l'expérience et l'analyse. 



506 EXCURSION AU PATS DBS COSAQUBS VU Wm. 

ces richesses commencent à peine à être mises en exploita- 
tion sérieuse. Jusqu'à ces derniers temps les voies de trans- 
port manquaient entièrement, la petite quantité de houille 
exploitée était entièrement expédiée sur des chars à bœnfs; 
de plus, le charbon extrait par les paysans dans de man- 
vaises conditions, était souillé déterre et de schistes qni 
le rendaient inférieur. Mais, après la guerre de Crimée, 
on sentit le besoin de donner un élan à l'exploitation des 
houilles qui pourraient alimenter soit la navigation àiapear 
dans la mer Noire, soit les chemins de fer qu'on se propo- 
sait de construire. Toutefois ce n'est qu'en 4869 et en iS'l 
que l'on inaugura les deux lignes ferrées de Gharkow- 
Taganrog et de Yoroneje-Rostow. Ces lignes donnèrent oii 
élan sérieux à l'industrie houillère dont les produits peu- 
vent enfin s'écouler vers la mer d'Azofif ou sur le ceotie 
de la Russie. 

Peu après, en 1876, on commença l'exécution d'un véri- 
table réseau de voies ferrées qui, desservant les parties les 
plus riches du bassin houiller, doit emporter ses proM 
vers les grandes voies fluviales de l'est et de l'ouest^ te 
Volga et le Dnieper, qui les conduisent ensuite aux porU 
de la mer Caspienne et de la mer Noire. Une bonne partie 
des chemins de fer projetés est exécutée; on trouve pour- 
tant quelques difficultés à établir le pont sur le Dnieper et 
l'on ne pense pas avoir terminé, avant 1884, ce travail d'art 
qui doit franchir les alluvions profondes dont est formé le lil 
du grand fleuve. On attend avec impatience que cette Ugoe 
soit terminée, car elle reliera les houillères à une mine de 
feroxydulé magnétique, situé à Krivoï-Rog,surla rive droite 
du Dnieper et dont la richesse et l'abondance sont extrêmes ; 
les couches de minerai sont nombreuses, d'une grande 
épaissear et se continuent sur une longueur de plusieurs 
kilomètres. C'est là un beau pendant an terrain houiller da 
Sonetx. Une société française^ puissante soos tous ks rap- 
ports» a fait l'acquisition de ces mines; son projet est d'is- 



SECOBBIOW kV PATS «ES COSAOUBS M DOM. 507 

stailar ime fonderie A Ékalerinoslaw, sur le Dnieper; 
cette ville éloignée de 1^50 idlomètres amion des mines 
de houille et de la même distance des mines de fer, par les 
lignes en construction, a, en outre, l'avantage de jouir de la 
voie fluviale pour le grand marché de la mer Noire. 

Mais pendant que les voies ferrées s'établissent avecrapi* 
dite, les houillères se mettent chaque jour à un bon niveau 
indasiriely ainsi que j'ai pn le constater partout et principa* 
iemeut aux mines de Makeevka, à M. Jean Dowaîski ; à 
celles de la Société minière et industrielle (de Paris) dont le 
directeur M. Baer, ingénieur français, m'a réservé un 
excellent accueil. 

Quant aux usines à fer qu'on a fondées, elles sont dans 
an état un peu languissant; la Société de la Nouvelle-Russie 
est toutefois installée pour faire actuellement 40000 tonnes 
de rails en fer ou acier ; elle exploite elle-même autour de 
son usine les 120000 tonnes de houille qui lui sont né- 
cessaires; elle emprunte au pays ses minerais, qui sont 
des hématites en amas, assez riches, mais phosphoreuses. 
Le manganèse qui leur est indispensable vient du Caucase. 
La production totale du charbon dans le Donetz esti- 
mée à i 600000 tonnes pour l'année 1881, était seule- 
ment de 500 000 tonnes en 1814<. La bouille se consomme 
peu sur place ; au nord elle alimente quelques-unes des 
nombreuses rafineries de sucre établies dans les rayons 
des villes de CharkofF et de Eiew^ etc., ainsi que les usines 
à gaz ; au eud, la navigation à vapeur de la mer d'Azoff 
l'utilise, enfin les chemins de fer en font une forte con- 
sommation. Il faut avouer pourtant que ces houilles, obli- 
gées de parconrir des distances énormes avant de trcKi- 
ver un emploi, sont généralement d'un prix élevé quand 
elles arrivent jlu Jieu de consommation; elles ont à lutter 
contre deux eoncurrenoes qui, pendant longtemps encore, 
^arrêtercmt leur esaur, je venx parler, du bois et des houilles 
anglaises. Malgré l'abus qu'on en fait, le bois est «noore 



508 EXCURSION AU PAYS DES COSAQUES DU DOK. 

très bon marché au nord. de la steppe à laquelle saccèdent 
d'immenses forêts; le chauffage domestique, aussi bien que 
l'industrie, consomme le bois.et jusqu'à Charkoff mômenos 
locomotives étaient chauffées par du combustible végétal. 

Quant aux charbons anglais, ils arrivent comme lest ou 
complément de chargement dans tous les ports : par la 
Baltique, ils pénètrent jusqu'à Moscou et, ce qui par^t plus 
extraordinaire, ils arrivent en abondance dans les ports de 
la mer Noire, c'est à dire dans le voisinage même des 
houillères du Donetz. On s'expliquera les causes de cette in- 
vasion étrangère si l'on observe que le bassin houiller du 
Don, étant placé au sud de la Russie, est grevé d'énormes 
frais de transport pour arriver jusqu'aux districts riches et 
populeux de la grande Russie; de plus, au sud, il longe i 
une distance de 100 kilomètres la mer d*Azoff qui estime 
barrière plutôt qu'un élément utile : ce lac marécageux, ce 
Palus meotis des anciens que nous décorons du nom de 
mer, n'a pas une profondeur suffisante pour les besoins 
d'une navigation sérieuse; son maximum de fond est de 1^ 
mètres, mais la profondeur est à peine 4 mètres au détroit 
de Kertch par lequel il communique avec la mer Noire, de 
sorte que les navires ne dépassent pas 250 tonneaux de 
jauge; bien plus, le port de Taganrog, le plus importantde 
la côte, le seul qui soit relié jusqu'ici aux mines du Donetz, 
n'est pas directement accessible aux navires ; ceux-ci mouil- 
lent par 3", 50 ou 4 mètres de fond, suivant la direction du 
vent, à 25 kilomètres du rivage et les marchandises par- 
courent ce long espace, d'abord en chars, puis en allèges, 
et le prix à la tonne pour l'embarquement est de 6 roubles 
soit 16 francs, valeur du moment. Cette dépense possible, 
pour les blés ou autres produits chers que le fleuve Dob 
amène à Taganrog, serait ruineuse pour de la houille. 

A l'ouest de Taganrog sont des ports meilleurs, mais trop 
éloignés de l'embouchure du Don qui alimente à peu près 
seul la navigation de la mer d'Azoff ; ce sont las havres d.' 



EXCURSION AU PAYS DES COSAQUES DU DON. 509 

Marioupol et de Berdiansk : le premier présente le fonds de 
4 mètres à 3 kilomètres seulement de la côte, et les frais de 
chargement dépassent à peine un rouble, soit 3 ou 4 francs 
par tonne. Cette position va être reliée au bassin duDonetz 
par une voie ferrée et l'on a projeté d'y créer les aménage- 
ments d'un véritable port ; ce sera peu dispendieux en pro- 
fitant de l'embouchure de la rivière Kalmiouss qui arrive 
en ce point à la mer avec une profondeur de 3 mètres envi- 
ron et un fond de sable facile à draguer; la rivière d'ailleurs 
se canaliserait aisément et pourrait alors servir à diminuer 
encore les frais de transport des houilles. C'est à Marioupol, 
me semble-t-il, que sera quelque jour le centre d'exporta- 
tions vers la mer Noire des houilles du Donetz et de bien 
d'antres produits de la Russie; mais, comme nous l'avons 
dit, on ne pourra jamais utilisera ce transit que des navires 
de faible tonnage; aussi avons-nous pensé qu'il serait cer- 
tainement possible et avantageux de creuser les ports de 
Taganrog et de Marioupol à une profondeur de 5 ou 6 mètres, 
en prolongeant un chenal à même profondeur vers l'intérieur 
de la mer d'AzofT; les passes de Kertch ont déjà cette pro- 
fondeur, de sorte que de gros navires pourraient dorénavant 
passer de la mer Noire dans la mer d'Âzoff. En dehors de 
la question commerciale, la Russie, en cas de guerre, pour- 
rait tirer un immense avantage d'un semblable travail. A 
première vue le fond sablonneux de la mer d'AzolT, la tran- 
quillité de ses eaux, favoriseraient une semblable entre- 
prise dont la réalisation rendrait d'incalculables services 
à toute la Russie ; cet empire n'a vraiment aucun moyen 
facile d'exportation sur ses frontières sud, si ce n'est à 
partir de ses ports de la mer Noire, encore ceux-ci sont 
ils très éloignés des grandes et économiques voies de trans- 
port de l'empire: le Volga et le Don. 

Quant au troisième port de l'Azoff, celui de Berdiansk, il 
n'a qu'un intérêt d'avenir n'étant pas relié, pour le mo- 
ment, avec l'intérieur des terres. 



540 SZGnBSION AU PATS DES COSAQCKS IKT DOH. 

Cette situatioQ ftcbeiBe des magaîflqaeft ridkms 
houillères du Donetz s'amiliorersit poortant d'ane bçon 
notable, si des iodustries loeales s'établissaient paurifaiis- 
i6nner la houille en ces miUe produits de l'art indostriel 
auxquels seule elle peut donner naissance; 
• C'est de ce côté qu'est certainement la sofatian, mais 3 
faudra du temps pour effectuer cette iransformationet faire 
du Cosaque un ou?rier de manufacture assidu et habile : il 
veut bien encore traTaiUer au mines pendant l'hifer, 
mais avec le beau temps il retourne & ses cultures et Tob 
est obligé de Caire venir à grands frais des ouvriers des 
gouvernements voisins, Yoroneje, Gharkoff, OnL Cosaqie 
veut dire homme libre. Lors de l'invasion de la Russie [lar 
les Polonais, au xiv* siècle, beaucoup de Russes émigrèfeot 
sur les bords du Dnieper et y vécurent sur la défensife, 
c'est-à-dire en soldats, ayant à se maintenir sans relâdie 
contre les attaques des Turcs et des Tartares et plus tard 
contre les Polonais qui voulaient les convertir au catholi- 
cisme. Leur hetman Mazeppa est légendaire et eut le 
courage de lutter contre Pierre le Grand, comme allié àt 
Charles XII. 

Les Cosaques parlent le russe, mais avec un graui 
nombre de locutions polonaises, turques et tartares, tpi 
accusent les nombreuses migrations dont les steppes fareflt 
le théâtre; ils n'ont rien perdu de leur humeur guenièie 
et depuis qu'il y a eu traité d'alliance, puis fusion, les 
czars ont utilisé leurs aptitudes guerrières pour s'en faift 
un rempart vivant et redoutable, sur ces plaines sans dé- 
fenses naturelles, contre les incursions de voisins turbulents. 

Aujourd'hui même les Cosaques du Doo, au nomlKe 
de 350000 eoviron^ disséminés sur un vaste espace, soDt 
plutôt des tributaires que des sujets, bien qu'en qualité 
d'orthodoxe le Cosaque soit tout dévoué au czar, auquel il 
fournit les meilleurs cavaliers, car TArabe seul est com- 
parable, sous ce rapport, à l'habitant de la steppe. 



SXCURSIOir AU PATS IXES COSAQUES DU W»X» 511 

Le luxe principal d'un grand seigneur cosaque est son 
écurie; j'ai en Toccasion de passer quelques jours sous le 
toit de l'un d'eux, il fallait voir le plaisir avec lequel il fai- 
sait défiler devant moi, par ordre de mérite, la série de ses 
étalons; l'État lui avait offert 50000 roubles de l'un d'eux; 
c'était énorme pour un seigneur du Don, il refusa. 

L'installation des voies ferrées, de l'industrie, amène for- 
cément des étrangers dans la steppe : ils sont reçus partout 
d'une façon très hospitalière et la seule politesse à laquelle 
on soit tenu envers son hôte, après le repas, est une poignée 
de main que chaque convive vient lui donner à tour de 
rôle, n 7 a toutefois des divisions profondes, là comme 
dans le reste de la Russie, entre les sujets russes, suivant 
qu'ils sont orthodoxes, catholiques ou juifs. Il se passera 
sans doute longtemps avant que le gouvernement ne pro- 
mulgue que « Tous les Russes sont égaux devant la loi » : 
le voudrait-il que la nation n'y consentirait peut-être pas. 
II 7 a là des rancunes séculaires entre castes que l'état 
actuel des choses semble satisfaire. 

Mais ce n'est pas à l'intérieur que paraissent être, pour 
la Russie, les plus grands dangers. 

II 7 a dans ce pa7s une race étrangère qui s'avance len- 
tement, mais sûrement, comme une tache d'huile, c'est la 
race allemande ; elle s'7 distingue, il faut le reconnaître, 
par une supériorité réelle dans la pratique des choses : en 
agriculture, en banque, en industrie. Dans toutes les admi- 
nistrations publiques, on trouve en grand nombre les Alle- 
mands^ aux principaux emploii^; aussi la jalousie contre eux 
n'est-elle point déguisée et les meilleurs les souffrent comme 
un mal nécessaire. Dans la Pologne russe ils possèdent 

1. On entend par ■ Allemands » en Russie, non seulement les colons 
de Tempire d'Allemagne qui sont assez nombreux, mais encore tous les 
habitants des provinces baltiques faisant partie de Tempire russe. 
— Dans la conversation, en Russie méridionale, la qualification de « Russes 
ne t'applique qu'aux orthodoxes. 



512 EXCURSION AU PATS DES COSAQUES DU DON. 

déjà de grandes propriétés qu'ils cultivent très ratiooelle- 
ment, et le Polonais, en face de cet envahisseur d'une autre 
race, oublie sa haine si antique et si profonde jusqu'alors, 
pour se rapprocher du Russe. 

Cette germanisation de l'empire slave continuera-t-elle 
sanssecousses plusgrandes?G'estpossibleavec l'indifiTérence 
et la passivité du peuple russe qui sait tout souffrir sans se 
plaindre, tout, excepté pourtant ce qui s'attaque à sa foi. 
à ses croyances. 

Les travaux pénibles auxquels il se livre, les intempéries 
de son rude climat, les longs jeûnes en temps de disette* 
ont fait du Russe un être puissantau physique, mais résigné 
au moral et cela d'autant plus qu'il est d'une ignorance 
profonde; mais qu'on ne s'y trompe pas, il y a un ressort 
énorme dans ce peuple vierge de toute civilisation; sous 
l'influence d'une idée son fanatisme le rendrait redoutable 
même aux puissances qui s'appuient le plus sur la méthode, 
la science et tous les progrès du jour. 

Il est indiscutable, toutefois, que ce peuple si nombrem 
n'a pas assez d'hommes instruits par l'étude et l'expë- 
rience pour le guider, et qu'il sera obligé, pendant long- 
temps encore, d'en emprunter aux peuples occidentaui; 
aussi en terminant, conseillerai-je à mes jeunes compa- 
triotes de ne pas se laisser rebuter par le climat ou par 
la langue de cette vaste contrée où il y a tant à faire; 
notre seule qualité de Français nous réserve un bon ac- 
cueil, et nous pouvons apporter notre concours sans éveil- 
ler aucune susceptibilité chez les patriotes russes. 



KEELSINGFORS 

LES SKARGS, ABO ET VIBORG, l'IMATRA 



PAR 



MAIJBICE BIOLI.AV 



La Finlande, dont le nom dérive de fen^ marais, et qui 
s'appelle en finnois Suomenmaa ou pays des marécages, 
a été surnommée à juste titre la contrée des mille lacs. 
Certains voyageurs, assez sceptiques, — c'étaient des Fran- 
ç\is, je crois — après s'être beaucoup moqués de cette 
appellation, ont fini par reconnaître qu'elle n'avait rien 
d'exagéré. Sur 375000 kilomètres cs^rrés en effet, 45 000 
sont occupés par des lacs, 75 000 par des marais et des 
tourbières ^ Que serait-ce si l'on prenait garde à tous ces 
torrents qui sillonnent le pays, à ces skârgs^ entre lesquels 
la mer perd son nom, è ces innombrables et profondes 
criques aux sinuosités capricieuses, qui font des côtes 
comme une dentelle? 

Le système orographique de la Finlande peut être rapi- 
dement esquissé. A vrai dire, il ne comporte que deux chaînes 
principales : le Maanselka et la Salpauselkae. Mais si la 
première, quilimite les versants de la Baltique et de la mer 
Glaciale, détermine et isole la Finlande septentrionale, la 

1. Ko tout 32 p. 100 de la superficie totale ^ 12 p. 100 en lacs et 
20 p. 100 en maraisi et tourbières. (Ignatius, Le grand duché de 
Finlande.) 

2. On appelle skârgt (prononcez cher) les lies qui bordent le littoral 
de la Finlande et Skàrgard (prononcez chergor) Tarchipel qu'elles for- 
ment. 

soc. DB GtOGR. — 8* TRIMESTRE 1882. Hl.— >33 



514 SKARGARB ET KOSRIA. 

seconde contrarie l'écoulement des eaux de la Finlande 
méridionale — ce qu'indique d'ailleurs son nom, qui signifie 
barrière*. 

La Finlande est formée par un soulèvement granitique. 
C'est une superposition de plateaux coupés d'excaTations, 
qui dans le sud se rapportent aux trois bassins distincts 
du Wuoksen, du Kymmene et du Kumo. 

Il n'est plus permis de douter qu'elle n'ait été primitiy^ 
ment un immense glacier, car partout les glaces ont laissé 
des traces de leur passage. Après cette première période, 
le terrain s'affaissa graduellement, et la mer pénétra dans 
l'intérieur des terres*. Quelques géologues ont même pensé 
que la mer Baltique avait communiqué avec la mer Glaciale; 
mais cette opinion est aujourd'hui abandonnée. A cette 
seconde période en succéda une troisième qui est la 
période moderne. La Finlande commença de s'élever et la 
mer se retira lentement, laissant derrière elle ces millier» 
de lacs qui la rappellent encore. 

Au xxviii* siècle, Celsius en avait jugé ainsi — mais 
ses propositions avaient été aussitôt condamnées comme 
hérétiques. Ne prétend ait -il pas que la Baltique s'a- 
baissait d'un mètre au moins par siècle ? Les théologiens 
de Stockjiolmet d'Upsal auraient pu lui prouver que ce n'est 
pas la mer qui s'abaisse, mais les continents qui se dressent. 
Ils firent mieux en lui opposant la Bible : Celsius avait 
tenté de les persuader, — il fallait bien le convaincre'. 

L'histoire de la Finlande n'est pas moins intéressante 
que sa géologie. C'est sur le territoire finnois que se 
jouèrent les destinées de deux grands empires. Le jour os 

1. IgaatiuSy ouvrage cité, 

S. Schmidt, Bulletin de rAcadémie des iciencei âe 
bourg, t. n. 

3. ■ Oa a calcalé aa moyen de points de repère fixés sur les rst^^ 
baignés par la mer, que cette élévation est de 1 mètre par silde sBr ^ 
côtes du golfe de Bothnie et au Qvarken, et d*envtrei» 6 détfnitK* '^ 
celles du golfe de Finlande. • (Ignatius, ouvrage cité.) 



SKARGARD ET KOSKU. 515 

la Russie s'en empara, SaintrPétersbourgy désormais à l'abri 
d'un coup de main, fut maîtresse absolue de toute la mer 
Baltique. 

Depuis longtemps les Suédois occupaient le pays, quand 
en 1323, ils se rencontrèrent avec les Moscovites. D'abord il 
n'y eut à proprement parler que des escarmouches entre 
ces deux États, dont l'un était une puissance de l'Europe 
et dont l'autre n'était encore qu'une horde asiatique. Mais 
en 1699, quand la Russie compta parmi les nations euro- 
péennes, les escarmouches de la première heure d